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Catégorie parente: Histoire naturelle
Catégorie : Botanique
S. m. suber, (Histoire naturelle, Botanique) genre de plante qui diffère du chêne et du chêne-verd, en ce que son écorce est épaisse, spongieuse et légère. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

LIEGE, grand arbre toujours verd, qui croit en Espagne, en Italie, dans la Provence, le Languedoc, et surtout dans la Guienne, où il se trouve une grande quantité de ces arbres. Le liège prend une tige assez droite jusqu'à douze ou quinze pieds ; il donne peu de branches, et son tronc devient plus gros par proportion que celui d'aucun autre arbre d'Europe : son écorce, qui est très-épaisse, se détache de l'arbre au bout d'un certain nombre d'années : sa feuille est plus large ou plus étroite selon les espèces de cet arbre : ses fleurs ou chatons mâles ressemblent à ceux de nos chênes ordinaires, et il en est de même du fruit qui est un gland, en sorte que le liege, dont la feuille a beaucoup de rapport avec celle du chêne verd, ne diffère sensiblement de ce dernier que par la qualité de son écorce.

On peut élever des liéges dans différents terrains à force de soins et de culture ; mais ils se plaisent singulièrement dans les terres sablonneuses, dans des lieux incultes, et même dans des pays de landes. On a même observé que la culture et la bonne qualité du terrain étaient très-contraires à la perfection que doit avoir son écorce, relativement à l'usage qu'on en fait.

La seule façon de multiplier cet arbre, c'est d'en semer le gland aussi-tôt qu'il est en maturité ; on pourra cependant différer jusqu'au printemps, pourvu que l'on ait eu la précaution indispensable de le conserver dans de la terre seche ou dans du sable. Comme cet arbre réussit très-difficilement à la transplantation, il sera plus convenable de semer les glands dans des pots ou terrines, dont la terre soit assez ferme pour tenir aux racines, lorsqu'il sera question d'en tirer les jeunes plants. La trop grande humidité les fait pourrir, il faudra les arroser modérément. Les glands semés au commencement de Mars, leveront au bout de cinq ou six semaines, ils auront l'automne suivante huit à neuf pouces de hauteur la plupart, et dans la seconde année ils s'éleveront à environ deux pieds. Il sera temps alors de les transplanter en tournant le pot ; et s'il y a plusieurs plants dans un même pot, comme cela arrive ordinairement, il faudra, en les séparant, conserver la terre autant qu'il sera possible autour des racines de chaque plant. Il n'aura pas fallu manquer d'avoir attention d'abriter les pots pendant les hivers contre les gelées. Si l'on a beaucoup de glands à semer, et qu'on se détermine à les mettre en pleine terre, il faudra de grandes précautions pour les garantir des fortes gelées ; on pourra les lever au bout de deux ans, et même différer jusqu'à trois ou quatre ; mais ce sera le plus long terme, encore faudra-t-il avoir eu l'attention de faire fouiller un an auparavant autour des racines pour couper les plus fortes, et même le pivot du jeune arbre, et l'obliger par ce moyen à faire du chevelu, afin qu'on puisse l'enlever avec la motte de terre. Le mois d'Avril est le temps le plus convenable pour la transplantation des jeunes liéges ; et si on n'avait pu les enlever en motte, il faudrait y suppléer en leur mettant au pied de la terre bien meuble et réduite en bouillie à force d'eau, ensuite les garnir de paille pour les garantir des chaleurs et des sécheresses, et leur conserver la fraicheur des arrosements, qu'il ne faut faire qu'une fois par semaine et avec ménagement ; l'excès à cet égard en détruirait plus que tous les autres accidents.

Cet arbre est délicat ; on ne doit pas s'attendre qu'il puisse résister à tout âge en plein air aux hivers rigoureux, qu'on n'éprouve que trop souvent dans la partie septentrionale de ce royaume. Il ne faut donc exposer à toute l'intempérie des saisons que les plants qui seront forts, très-vifs, bien enracinés et bien repris, et les mettre à l'exposition la plus chaude, ou au moins parmi d'autres arbres toujours verts.

L'écorce est la partie de cet arbre la plus utile. Dès que les liéges ont douze ou quinze ans, on les écorce pour la première fois : on recommence au bout de sept ou huit ans, et ainsi de suite pendant plus de cent cinquante ans, sans qu'il paraisse que ce retranchement leur fasse tort. L'écorce des vieux arbres est la meilleure, et ce n'est guère qu'à la troisième levée qu'elle commence à être d'assez bonne qualité. Rien de plus connu que les différents usages que l'on peut faire de cette écorce que l'on nomme liège ; entr'autres on en fait le noir d'Espagne qui s'emploie dans les arts. Les glands peuvent servir à nourrir et à engraisser le bétail et la volaille, et on assure qu'il est assez doux pour que les hommes puissent en manger, en le faisant griller comme les châtaignes. Son bois est aussi d'une grande utilité ; il est très-propre aux ouvrages du charpentier ; il est bon à bruler et à faire le meilleur charbon : on peut en tirer le même service que du bois du chêne verd. On distingue deux espèces de liège ; l'un à feuilles larges, ovales et un peu dentelées, et les feuilles de l'autre espèce sont longues, étroites et sans aucunes dentelures ; son gland est plus petit. Du reste, il n'y a nulle différence essentielle entre ces deux espèces. Article de M. D'AUBENTON.

Cet arbre de moyenne hauteur que Tournefort appelle avec la plupart des botanistes, suber latifolium, perpetuò virents, est une espèce de chêne toujours verd ; mais son tronc est plus gros, il est d'un tissu fort compact, et jette peu de branches. Son écorce est beaucoup plus épaisse que celle du chêne verd, fort légère, spongieuse, raboteuse, de couleur grise, tirant sur le jaune ; elle se fend d'elle-même, crève et se sépare de l'arbre, si l'on n'a pas soin de l'en détacher, parce qu'elle est poussée par une autre écorce rougeâtre qui se forme dessous. Ses feuilles ont aussi la figure de celles de l'yeuse, vertes par-dessus, blanchâtres par-dessous ; mais elles sont plus larges, plus longues, plus molles et plus vertes en dessus ; quelquefois elles sont un peu dentelées par les bords, et piquantes, d'autres fois unies et sans dentelures. Ses chatons et ses glands sont pareillement semblables à ceux du chêne verd ; mais le gland du liège est plus long, plus obtus, d'un goût plus désagréable que celui de l'yeuse. Il en part ordinairement deux d'un même pédicule, qui est ferme et court. Le calice du gland est aussi plus grand et plus velu que celui de l'yeuse.

Cet arbre croit dans les pays chauds, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Provence, en Gascogne, vers les Pyrénées et en Roussillon. Il donne une écorce plus épaisse, et meilleure à proportion qu'il vieillit, et c'est de cette écorce inutîle en Médecine, mais qu'on emploie à divers autres usages, que cet arbre tire tout son lustre. Son fruit sert à nourrir les cochons, et les engraisse mieux, à ce qu'on dit, que les glands des autres chênes. (D.J.)

LIEGE, (Matière médicale) on trouve encore parmi le peuple des femmes qui craient à la vertu du liège porté en amulete pour faire perdre le lait sans danger. Les Médecins et les gens raisonnables n'ont plus de foi pour les propriétés de cette classe, quoiqu'ils attachent encore un collier de bouchons de liège enfilés au cou de leurs chiennes et de leurs chattes qui ont perdu leurs petits. (b)

LIEGE, (Arts et Comm.) écorce extérieure de l'arbre qui porte le même nom.

Pour lever cette écorce, on fend le tronc de l'arbre depuis le haut jusqu'en bas, en faisant aux deux extrémités une incision coronale. On choisit ensuite un temps sec et assuré pour lever cette grosse écorce ; car l'écorce inférieure, qui est encore tendre, se gâterait et ferait périr l'arbre, s'il survenait des pluies abondantes après la récolte du liège. Il est vrai que ce mal n'arrive guère dans les pays chauds, où le temps est en général fort constant. Quand on a dépouillé l'arbre, qui pour cela ne meurt pas, on met l'écorce en pîle dans quelque mare, dans quelque étang, où on la charge de pierres pesantes pour l'aplatir de toutes parts et la réduire en tables. On la retire ensuite de la mare, on la nettoie, on la fait sécher, et quand elle est suffisamment seche on la met en balles pour la commodité du transport.

On emploie le liège pour les pantoufles, pour des patins, mais surtout pour boucher des cruches et des bouteilles ; les pêcheurs s'en servent aussi à faire ce qu'ils appellent des patenostres pour suspendre leurs filets sur l'eau. Enfin, le liège sert à divers autres usages. Les Espagnols, par exemple, le calcinent dans des pots couverts pour le reduire en une cendre noire, extrêmement légère, que nous appelons noir d'Espagne, qui est fort employé par plusieurs ouvriers. Aujourd'hui on fait ce noir par-tout, et mieux que sur les lieux.

On distingue dans le commerce, dit M. Savary, deux sortes de liège, le liège blanc ou de France, et le liège noir ou d'Espagne. Le liège blanc doit être choisi en belles tables unies, légères, sans nœuds ni crevasses, d'une moyenne épaisseur, d'un gris jaunâtre dessus et dedans, et qui se coupent nettement. Le liège noir doit avoir les mêmes qualités, à la réserve de l'épaisseur et de la couleur extérieure ; car le plus épais et le plus noir au dehors, est le plus estimé. (D.J.)

LIEGE FOSSILE, (Histoire naturelle) suber montanum : on nomme ainsi une espèce de pierre extrêmement légère qui parait composée de fibres ou de filets flexibles, et d'un tissu spongieux comme le liège. Wallerius le regarde comme une espèce d'amiante, aussi-bien que la chair fossile, caro fossilis, qui se trouve en quelques endroits du Languedoc. Cette pierre entre en fusion dans le feu, et s'y change en un verre noir. Voyez Wallerius, minéralogie.

LIEGE, (Géographie) ville d'Allemagne dans le cercle de Westphalie, capitale de l'évêché du même nom, dont l'évêque est souverain, et suffragant de Cologne.

On nomme aujourd'hui cette ville en latin Leodium, Leodicum et Leodica ; selon Boxhornius on la nommait anciennement Legia, à cause d'une légion romaine que les habitants du pays défirent, de même que cinq cohortes commandées par Cotta et par Sabinus, comme le remarque César, liv. V. On l'appelle en allemand Luttich, et en Hollandais Luyk.

La plupart des meilleurs écrivains prétendent que S. Hubert, originaire d'Aquittaine, qui florissait en 700, fut le premier évêque de cette ville, qu'il la fonda, lui donna le nom de Legia, et qu'avant son temps ce n'était qu'un village.

Quoique cette ville soit soumise à son évêque pour le temporel et le spirituel, elle jouit de si grands privilèges qu'on peut la regarder comme une république libre, gouvernée par ses bourgmestres, par ses sénateurs et par ses autres magistrats municipaux ; car elle a trente-deux colléges d'artisans, qui partagent une partie de l'autorité dans le gouvernement, et portent l'aisance dans la ville ; mais le nombre de ses églises, de ses abbayes, et de ses monastères, lui font un tort considérable. Pétrarque en sortant de cette ville, écrivit à son amante : Vidi Leodium insignem clero locum ; il dirait encore la même chose.

Son évêché renfermait autrefois tout le comté de Namur, une grande partie du duché de Gueldres et de celui de Brabant. Il n'a plus cette étendue, cependant il comprend encore sous sept archidiaconés vingt et un doyennés ruraux, et en tout environ 1500 paroisses.

Le pays de Liege est divisé en dix drossarderies ou grands bailliages qui sont à la collation du prince, quelques villes, Liege, Tongres, Huy, Maseick, Dinant, Hassel, etc. plusieurs gros bourgs, baronies et seigneuries, sur lesquelles l'évêque a la juridiction de prince ou d'évêque. Le terroir y est fertîle en grains, fruits et venaison. Il se trouve dans le pays des mines de fer et quelques-unes de plomb, avec des carrières d'une espèce de charbon de terre, qu'on appelle de la houille.

La ville de Liege est située dans une vallée agréable, abondante, environnée de montagnes que des vallons séparent, avec des prairies bien arrosées, sur la Meuse, à 5 lieues N. E. de Huy, 4 S. de Mastricht, 14 N. E. de Namur, 25 S. O. de Cologne, 26 N. de Luxembourg, 30 N. O. de Mons, 77 N. E. de Paris. Long. selon Cassini, 26d. 6'. 30''. latit. 50. 40.

" C'est ici qu'est décédé à l'âge de 55 ans, le 7 Aout 1106, Henri IV, empereur d'Allemagne, pauvre, errant, et sans secours, plus misérablement encore que Grégoire VII, et plus obscurément, après avoir si longtemps tenu les yeux de l'Europe ouverts sur ses victoires, sur ses grandeurs, sur ses infortunes, sur ses vices et sur ses vertus. Il s'écriait en mourant, au sujet de son fils Henri V : Dieu des vengeances, vous vengerez ce parricide ! De tous temps les hommes ont imaginé que Dieu exauçait les malédictions des mourants, et surtout des pères ; erreur utîle et respectable, si elle arrêtait le crime ". Voltaire, Histoire universelle, tom. I. pag. 280. (D.J.)

LIEGE, c'est un morceau de bois en forme de petite aile, qui est aux deux côtés du pommeau de la selle, et qui s'appelle batte, lorsqu'il est couvert de cuir et embelli de clous. On dit : ce liege est décollé. Ce mot vient de ce qu'autrefois la batte était de liège ; mais on la fait aujourd'hui de bois. Voyez SELLE.




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