ou TITHYMALE, s. m. (Histoire naturelle, Botanique) tithymalus, genre de plante à fleur monopétale, campaniforme, en godet, découpé et entouré de deux feuilles qui semblent tenir lieu de calice. Le pistil est ordinairement triangulaire ; il sort du fond de la fleur, et devient dans la suite un fruit qui a la même forme que le pistil, et qui est divisé en trois loges dans lesquelles on trouve des semences oblongues. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Il n'y a guère de genre de plante plus étendu que celui des titimales ; Tournefort en compte soixante-trois espèces, dans le nombre desquelles il y en a plusieurs d'étrangères. Celles que les médecins connaissent le plus, sont le titimale des marais, les deux ésules, l'épurge et le petit titimale à feuille d'amandier. Tous les titimales rendent un suc laiteux qui dans quelques-uns est plus ou moins caustique.

Le titimale des marais, tithymalus palustris, fruticosus. I. R. H. 87, a la racine très-grosse, blanche, ligneuse, vivace et rampante. Elle pousse plusieurs tiges à la hauteur de deux ou trois pieds, grosses environ comme le petit doigt, rougeâtres, rameuses, revêtues de feuilles alternes, unies, oblongues, vertes, approchantes de celles de l'épurge, mais beaucoup moins grandes, lesquelles périssent l'hiver avec les tiges. Les fleurs naissent au sommet des tiges et des rameaux, petites, jaunes, disposées comme en parasol ; ces fleurs sont de deux sortes, selon M. Linnaeus, les unes mâles ou stériles à cinq pétales, et les autres hermaphrodites à quatre pétales, entières. Après que celles-ci sont passées, il leur succede des fruits relevés de trois coins en forme de verrue, et divisées en trois cellules, qui renferment chacune une semence presque ronde, remplie d'une substance ou moèlle blanche.

Cette plante croit sur les bords sablonneux des rivières et autres lieux marécageux ; elle est commune en Allemagne le long du Rhin ; elle ne l'est guère moins en France le long de la Loire ; elle fleurit en Mai et Juin. Toute la plante est laiteuse comme les autres titimales, c'est-à-dire, empreinte d'un suc âcre, brulant et caustique, qui cause à la bouche et aux gencives une inflammation assez durable ; passons aux ésules.

Les Apoticaires dans les différents pays ont coutume de donner différentes plantes sous le nom d'ésules, et ils choisissent celle qui est la plus commune parmi eux. Les uns emplaient la racine de la petite ésule, d'autres celle de la grande ésule, et d'autres se servent de celle du titimale des marais. M. Tournefort croit qu'il ne faut pas les blâmer en cela, puisque ces plantes ont les mêmes vertus, et qu'on doit les préparer de la même manière. On trouve dans les boutiques deux plantes sous le nom d'ésule, l'une qu'on appelle la petite ésule, et l'autre la grande.

La petite ésule, tithymalus cyparissias, I. R. H. 86, a la racine de la grosseur du doigt, ligneuse, fibreuse, et quelquefois rampante, d'une saveur âcre, piquante, et qui cause des nausées. Ses tiges hautes d'une coudée sont branchues à leur sommet. Ses feuilles naissent en très-grand nombre sur les tiges, d'abord semblables à celles de la linaire, molles, et ensuite il en nait de plus menues et capillacées, lorsque la tige se partage en branches. Ses fleurs viennent au sommet des rameaux disposées en parasol, et sont d'une seule pièce, en grelot, verdâtres, et divisées en quatre parties arrondies ; leur pistil se change en un fruit triangulaire à trois capsules, qui contiennent trois graines arrondies. Toute cette plante est remplie de lait ; elle vient par tout le long des chemins et dans les forêts. Sa racine est seulement d'usage extérieurement.

Il sort encore de la même racine plusieurs petites tiges garnies de feuilles plus courtes, épaisses, arrondies, marquées en-dessous de points de couleur d'or. J. Bauhin n'y a remarqué aucune fleur, et Ray les regarde comme des avortons. On voit par-là, dit J. Bauhin, ce qu'il faut penser du tithymalus stictophyllus, thalii, ou du tithymalus cyparissias, foliis punctis, croceis, notatis, C. B. et du tithymalus foliis maculatis, Park. Ce titimale varie beaucoup, selon les différentes saisons et l'âge de la plante ; car souvent au printemps elle porte une tête rougeâtre ou jaune. Il n'est pas surprenant que les Botanistes aient parlé avec tant de confusion et d'obscurité, des variétés que M. Tournefort a observées dans cette plante. Cependant il est facile de la distinguer des autres espèces, selon la remarque de Ray, par ses racines rampantes, par sa tige peu élevée, par ses feuilles oblongues, étroites, vertes, molles et tendres, qui sont en grand nombre sur la tige, et qui ressemblent de telle sorte à celles de la linaire, qu'on y est trompé.

La grande ésule tithymalus folio pini, fortè Dioscoridis pithyusa, I. R. H. 86, vient dans les champs ; elle jette une racine grosse comme le pouce, longue d'un pied, un peu fibreuse, d'une saveur âcre. Ses tiges sont hautes d'une coudée, branchues, portant des feuilles semblables à celles de la linaire commune. Les découpures de ses fleurs ont la figure d'un croissant. Son fruit est triangulaire et à trois capsules. Toute cette plante est laiteuse. J. Ray soupçonne qu'elle est la même que la précédente.

La racine de la petite ésule, et surtout son écorce, purge fortement la pituite par les selles, mais elle trouble l'estomac, et cause des inflammations internes dans les viscères ; car si on avale un peu de cette écorce, elle laisse une impression de feu dans la gorge, dans l'oesophage et dans l'estomac même. C'est pour cela que les médecins prudents ont coutume de s'en abstenir ; ou du moins ils ne la donnent qu'après l'avoir adoucie ou tempérée de quelque façon.

L'épurge ou la catapuce ordinaire, tithymalus latifolius, cataputia dictus, I. R. H. 86, pousse une tige à la hauteur d'environ deux pieds, grosse comme le pouce, ronde, solide, rougeâtre, rameuse en-haut, revêtues de beaucoup de feuilles, longues de trois doigts, semblables à celles du saule, disposées en croix, d'un verd bleuâtre et lisses. Ses fleurs naissent aux sommités de la tige et des branches, composées chacune de quatre petales, épaisses avec plusieurs étamines déliées, à sommets arrondis, entourées de deux feuilles pointues et jaunâtres qui semblent tenir lieu de calice. Quand ces fleurs sont passées, il leur succede des fruits plus gros que ceux des autres titimales, relevés de trois coins et divisés en trois loges qui contiennent chacune une semence grosse comme un grain de poivre, presque ronde, remplie d'une moèlle blanche.

Toute la plante jette un suc laiteux abondant, de même que les autres espèces de titimale ; elle croit en tout pays, et fréquemment dans les jardins, où elle se multiplie tous les ans de graine jusqu'à devenir incommode ; elle fleurit en Juillet, et mûrit ses semences en Aout et Septembre ; elle varie en grandeur, suivant l'âge, et a les feuilles plus larges ou plus étroites ; elle passe l'hiver, et périt lorsque sa graine est venue à maturité. Les mendiants se servent ordinairement de son lait pour se défigurer la peau, et par ce moyen émouvoir la compassion des passants. Si les poissons mangent de ses feuilles ou de ses fruits jetés dans un étang ; ils viennent à la surface de l'eau couchés sur le côté, comme s'ils étaient morts, en sorte qu'on peut les prendre à la main ; mais on les fait bientôt revenir en les changeant d'eau.

Le petit titimale à feuilles d'amandier, tithymalus amygdaloïdes, angusti-folius, I. R. H. 86, a la racine d'un rouge brun en-dehors, blanche en-dedans, amère, âcre. Elle pousse plusieurs tiges à la hauteur d'environ un demi-pié, quelquefois d'un pied, grêles, garnies de beaucoup de feuilles longuettes, étroites, d'un verd de mer, d'un goût styptique, âcre et amer. Ses fleurs naissent aux sommets des tiges et des rameaux comme en parasol, composées chacune de quatre feuilles jaunes couleur d'herbe. Quand cette fleur est passée, il lui succede un fruit verdâtre, lisse, divisé en trois loges, dans chacune desquelles se trouve une graine roussâtre, bossue, aplatie du côté qu'elle touche aux cloisons des loges.

Les pharmacologistes ont fait encore beaucoup d'espèces de titimales dans la liste des remèdes ; toutes ces espèces possèdent les mêmes propriétés médicinales. On a principalement employé leurs semences et leur racine pour l'usage intérieur. Les semences avalées entières et les racines séchées et mises en poudre sont des purgatifs très-violents que les médecins n'ordonnent presque plus, même dans les hydropisies où le relâchement est le plus évident et le plus extrême. La poudre de racine de titimale n'est plus qu'un remède de charlatan, et les semences un remède de paysan, qui ne réussit même que chez les plus vigoureux.

C'est principalement de l'espèce de titimale appelée épurge ou catapuce que les paysans prennent la semence ; et c'est l'ésule principalement dont la racine est usitée. C'est un ancien usage en pharmacie que de faire subir à cette racine ce qu'on appelle une préparation. Cette préparation consiste à en prendre l'écorce moyenne, à la faire macérer pendant vingtquatre heures dans du fort vinaigre, et à la faire sécher ensuite. On se propose par cette opération de corriger ou de châtrer la trop grande activité de ce remède, et on y réussit en effet, et même selon quelques auteurs, jusqu'au point de la trop affoiblir. La dose de racine d'ésule préparée est, selon les auteurs de matière médicale, depuis un scrupule jusqu'à un gros en substance. Il est très - vraisemblable que la racine d'ésule même préparée est toujours un remède infidèle et suspect.

Au reste la racine qu'on trouve dans les boutiques sous le nom de racine d'ésule, n'est pas toujours tirée de l'une ou de l'autre espèce de titimale qui porte ce nom, savoir de la grande ou de la petite ésule. Les Apoticaires prennent indifféremment et gardent sous ce nom la racine de plusieurs autres espèces de titimale, et ce n'est pas là une infidélité blamable, puisque les meilleurs juges en cette matière assurent que toutes ces plantes ont les mêmes vertus. Tournefort, Geoffroi et le rédacteur du catalogue des remèdes simples, qui est à la tête de la pharmacopée de Paris, sont de ce sentiment. (b)