VERVENE, s. f. (Histoire naturelle, Botanique) verbena ; genre de plante à fleur monopétale, labiée, dont la lèvre supérieure est droite et découpée ordinairement en deux parties, et l'inférieure en trois, de façon que cette fleur parait au premier coup d'oeil composée de cinq pièces. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, et entouré de quatre embrions qui deviennent dans la suite autant de semences minces et oblongues ; elles remplissent presque toute la capsule qui a servi de calice à la fleur. Ajoutez aux caractères de ce genre, que les fleurs naissent le plus souvent en gril sans être disposées en rond, et qu'elles sont réunies quelquefois en une sorte de tête. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

La verveine commune, verbena vulgaris, caeruleo flore, I. R. H. 200, est la principale des huit espèces de Tournefort. Sa racine est oblongue, un peu moins grosse que le petit doigt, garnie de quelques fibres, blanche, d'un goût tirant sur l'amer. Elle pousse des tiges hautes d'un pied et demi, anguleuses ou carrées, dures, un peu velues, quelquefois rougeâtres et rameuses. Ses feuilles sont oblongues, opposées deux-à-deux, découpées profondément, ridées, d'un verd plus foncé dessus que dessous, d'un goût amer et desagréable.

Ses fleurs naissent en épi long et grêle, petites, formées en gueule, ordinairement bleues, quelquefois blanchâtres ; chacune est un tuyau évasé par le haut et découpé en cinq parties presque égales, avec quatre petites étamines dans le milieu, à sommets recourbés. Quand cette fleur est tombée, le calice qui est fait en cornet, devient une capsule remplie de quatre semences jointes ensemble, grêles et oblongues. Cette plante croit aux lieux incultes, comme aussi le long des chemins, contre les haies et contre les murs ; elle fleurit en été, quelquefois même en automne. Voyez VERVEINE, (Littérature) (D.J.)

VERVEINE, (Matière médicale) il n'y a pas de plante que les anciens aient tant recommandée que celle-ci, en qualité de vulnéraire ; ils l'ont regardée comme capable de chasser les corps étrangers : ce qui lui a fait donner le nom de herba vulneraria. Il n'y a pas non plus de plante dont ils aient fait un plus grand usage dans les sacrifices : ce qui l'a fait appeler herba sacra, herbe sainte, è mensâ Jovis, table de Jupiter ; on en répandait sur les autels, et on s'en servait à les essuyer. Il n'y a pas de plante non plus sur laquelle les magiciens aient fait plus de contes ridicules. Si, par exemple, ont dit quelques-uns d'entr'eux, on décrit un cercle autour de cette plante, et qu'on la cueille de la main gauche avant d'avoir vu le soleil ou la lune, on sera heureux dans tout ce qu'on entreprendra ; mais si on la cueille de la droite, tout arrivera de travers. On lit dans quelques auteurs que si on fait mâcher de cette herbe aux enfants, leurs dents viendront sans douleur. On la dit bonne aussi contre les convulsions et contre les charmes. Quelques-uns estiment la racine de verveine bonne à être portée en amulete contre les tumeurs scrophuleuses ; et il faut qu'elle soit attachée au col de la main d'une vieille.

La verveine est apéritive, détersive, fortifiante et fébrifuge. Les feuilles infusées dans du vin sont bonnes dans la chlorose et dans la jaunisse. La poudre des feuilles est bonne pour l'hydropisie, et le suc guérit les fièvres intermittentes. Une infusion des feuilles faite en manière de thé est bonne dans la passion hystérique.

Les feuilles pilées et appliquées en forme de cataplasme, sont un très-bon résolutif dans les douleurs de côté et dans la pleuresie. Le peuple croit que cette application attire en-dehors le sang dont l'arrêt cause ces maux. L'eau distillée de cette plante, aussi bien que son suc, guérit l'inflammation des yeux, est bonne dans les plaies, augmente le lait des nourrices, brise et chasse la pierre de la vessie, et donne du soulagement dans la colique venteuse. Extrait du dictionnaire de médecine de James.

Nous ne croyons pas inutile de donner de temps en temps quelques échantillons de la manière des pharmacologistes tant anciens que modernes. Au reste il n'y a qu'à prendre les assertions positives sur les vertus de cette plante pour le simple énoncé de ses usages ou pour les prétentions des auteurs, et l'on aura ce que nous savons de plus réel sur cette plante.

Ses feuilles entrent dans l'eau vulnéraire, la poudre contre la rage, et l'emplâtre de bétoine, et les sommités fleuries dans l'huile de scorpion composée, etc. (b)

VERVEINE, (Littérature) cette plante était chez les Romains fort en usage dans leurs cérémonies religieuses ; on en balayait les autels de Jupiter ; on se présentait dans les temples couronné de verveine ; on tenait à la main de ses feuilles lorsqu'il fallait apaiser les dieux. Quand il s'agissait de chasser des maisons les malins esprits, on faisait des aspersions d'eau lustrale tirée de la verveine.

Il faut cependant remarquer que les Latins appelaient verbenae, verbena, verbernaca, hierabotane, non-seulement la verveine, mais en général diverses sortes d'herbes, de branches, de feuilles d'arbres vertes, et cueillies dans un lieu sacré. Ils s'en servaient pour les couronnes des héraults d'armes lorsqu'on les envoyait annoncer la paix ou la guerre. C'est pourquoi Térence a dit :

En ara, hinc sume verbenas tibi.

" Prenez des herbes sacrées de cet autel ".

Et Horace, ode II. l. IV. vers. 7 :

Ara castis

Vincta verbenis.

" L'autel est environné d'herbes sacrées " ; car il ne s'agit pas ici de la seule verveine.

Il n'en était pas de même des Druïdes ; ils étaient entêtés des prétendues vertus de la verveine en particulier ; ils ne la cueillaient qu'en y mêlant beaucoup de superstitions ; ce devait être à la pointe du jour, au moment que la canicule se levait, et après avoir offert à la Terre un sacrifice d'expiation ; cette plante passait chez eux comme un souverain remède pour guérir toutes sortes de maladies, mais de plus comme un moyen de reconcilier les cœurs que l'inimitié avait aliénés. (D.J.)