adj. (Histoire naturelle) épithète qu'on donne aux animaux qui se nourrissent naturellement de chair. Voyez ANIMAL et NOURRITURE.

Les Physiciens sont en dispute sur la question, si l'homme est ou n'est pas naturellement carnacier : il y en a qui prétendent que les fruits de la terre étaient destinés seuls à le nourrir ; et que c'a été le besoin dans quelques pays, et le luxe dans d'autres, qui les a portés à se nourrir des animaux auxquels ils ont tant de ressemblance. Pythagore et ses sectateurs regardaient cette action comme une grande impiété, et s'en abstenaient rigoureusement d'après l'opinion ou ils étaient sur la métempsycose ; et les Bramines leurs successeurs continuent encore à en faire autant aujourd'hui. Voyez ABSTINENCE, BRACHMANES, etc.

La réflexion sur laquelle Gassendi insiste le plus, pour prouver que les hommes ne sont pas naturellement animaux carnaciers ; c'est la conformation de nos dents, dont il y en a plusieurs d'incisives et de molaires ; au lieu que nous n'avons de semblables aux animaux carnaciers, et propres à déchirer la chair, que les quatre canines ; comme si la nature nous avait destinés plutôt à couper des herbes, des racines, etc. Cette raison parait assez faible. Mais on peut observer, que si nous nous nourrissons de viandes, ce n'est qu'après une préparation par coction, et en la mangeant soit bouillie, soit rôtie, etc. et qu'alors même, suivant que l'observe le docteur Drake, elle est plus difficile à digérer que toutes les autres nourritures ; ce qui fait qu'on la défend dans les fièvres et dans d'autres indispositions : enfin que les enfants ont de l'éloignement pour les viandes ; jusqu'à ce que leur palais ait été vicié par l'habitude ; et que la maladie des vers à laquelle ils sont sujets, ne vient que de ce qu'on leur fait manger trop-tôt de la viande.

Le docteur Wallis en apporte encore une autre preuve ; c'est que les quadrupedes qui broutent les plantes, ont un long colum avec un coecum à son extrémité inférieure, ou quelque chose d'équivalent, qui porte la nourriture de l'estomac en en-bas par un chemin fort long et fort large, par où la nature parait avoir eu en vue de rendre le passage des nourritures dans les intestins plus lent, et de les y faire arrêter plus longtemps : au lieu que dans les animaux carnaciers on ne trouve point de coecum, mais on trouve en sa place un boyau plus court et plus grêle, par où il est évident que le passage de la nourriture doit se faire plus promtement. Or le coecum est très-visible dans l'homme ce qui forme une forte présomption, que la nature qui agit toujours d'une manière uniforme, ne s'est pas proposé d'en faire un animal carnacier. Il est vrai que le coecum n'est que fort petit dans les adultes, et qu'il semble n'y avoir que fort peu d'usage ou même point du tout : mais il est plus grand à proportion dans le foetus ; et il est probable que les changements que nous faisons dans notre régime à mesure que nous devenons plus âgés, peuvent être la cause de cette diminution. Voyez CARNIVORE, COLUM et COECUM. (L)