Le corps ou la partie matérielle de l'homme a été beaucoup étudiée. On a donné le nom d'Anatomistes à ceux qui se sont occupés de ce travail important et pénible. Voyez l'article HOMME, (Anatomie)

On a suivi l'homme depuis le moment de sa formation ou de sa vie, jusqu'à l'instant de sa mort. C'est ce qui forme l'histoire naturelle de l'homme. Voyez l'article HOMME, (Histoire naturelle.)

On l'a considéré comme capable de différentes opérations intellectuelles qui le rendent bon ou mécant, utile ou nuisible, bien ou mal-faisant. Voyez l'article HOMME moral.

De cet état solitaire ou individuel, on a passé à son état de société, et l'on a proposé quelques principes généraux, d'après lesquels la puissance souveraine qui le gouverne, tirerait de l'homme le plus d'avantages possibles ; et l'on a donné à cet article le titre d'homme politique.

On aurait pu multiplier à l'infini les différents coups d'oeil sous lesquels l'homme se considérerait. Il se lie par sa curiosité, par ses travaux et par ses besoins, à toutes les parties de la nature. Il n'y a rien qu'on ne puisse lui rapporter ; et c'est ce dont on peut s'assurer en parcourant les différents articles de cet Ouvrage, où on le verra ou s'appliquant à connaitre les êtres qui l'environnent, ou travaillant à les tourner à son usage.

* HOMME, (Histoire naturelle) L'homme ressemble aux animaux par ce qu'il a de matériel ; et lorsqu'on se propose de le comprendre dans l'énumération de tous les êtres naturels, on est forcé de le mettre dans la classe des animaux. Meilleur et plus mécant qu'aucun, il mérite à ce double titre, d'être à la tête.

Nous ne commencerons son histoire qu'après le moment de sa naissance ; pour ce qui l'a précédé, Voyez les articles FOETUS, EMBRYON, ACCOUCHEMENT, CONCEPTION, GROSSESSE, etc.

L'homme communique sa pensée par la parole, et ce signe est commun à toute l'espèce. Si les animaux ne parlent point, ce n'est pas en eux la faute de l'organe de la parole, mais l'impossibilité de lier des idées. Voyez LANGUE.

L'homme naissant passe d'un élément dans un autre. Au sortir de l'eau qui l'environnait, il se trouve exposé à l'air ; il respire. Il vivait avant cette action ; il meurt si elle cesse. La plupart des animaux restent les yeux fermés pendant quelques jours après leur naissance. L'homme les ouvre aussitôt qu'il est né ; mais ils sont fixes et ternes. Sa prunelle qui a déjà jusqu'à une ligne et demie ou deux de diamètre, s'étrecit ou s'élargit à une lumière plus forte ou plus faible ; mais s'il en a le sentiment, il est fort obtus. Sa cornée est ridée ; sa rétine trop molle pour recevoir les images des objets. Il parait en être de même des autres sens. Ce sont des espèces d'instruments dont il faut apprendre à se servir. Voyez SENS. Le toucher n'est pas parfait dans l'enfance. Voyez TOUCHER. L'homme ne rit qu'au bout de quarante jours : c'est aussi le temps auquel il commence à pleurer. Voyez RIS et PLEURS. On ne voit auparavant aucun signe de passion sur son visage. Voyez PASSION. Les autres parties de son corps sont faibles et délicates. Il ne peut se tenir debout. Il n'a pas la force d'étendre le bras. Si on l'abandonnait il resterait couché sur le dos sans pouvoir se retourner.

La grandeur de l'enfant né à terme est ordinairement de vingt-un pouces. Il en nait de beaucoup plus petits. Il y en a même qui n'ont que quatorze pouces à neuf mois. Le foetus pese ordinairement douze livres, et quelquefois jusqu'à quatorze. Il a la tête plus grosse à proportion que le reste du corps ; et cette disproportion qui était encore plus grande dans le premier âge du foetus, ne disparait qu'après la première enfance. Sa peau est fort fine, elle parait rougeâtre ; au bout de trois jours il survient une jaunisse, et l'enfant a du lait dans les mamelles : on l'exprime avec les doigts. Voyez FOETUS.

On voit palpiter dans quelques nouveaux-nés le sommet de la tête à l'endroit de la fontanelle, et dans tous on y peut sentir avec la main le battement des sinus ou des artères du cerveau. Voyez FONTANELLE. Il se forme au-dessus de cette ouverture une espèce de croute ou de galle quelquefois fort épaisse.

La liqueur contenue dans l'amnios laisse sur l'enfant une humeur visqueuse blanchâtre. Voyez AMNIOS. On le lave ici avec une liqueur tiede ; ailleurs, et même dans les climats glacés, on le plonge dans l'eau froide, ou on le dépose dans la neige.

Quelque temps après sa naissance, l'enfant urine et rend le meconium. Voyez MECONIUM. Le meconium est noir. Le deuxième ou troisième jour, les excréments changent de couleur et prennent une odeur plus mauvaise. On ne le fait teter que dix ou douze heures après sa naissance.

A peine est-il sorti du sein de sa mère, que sa captivité commence. On l'emmaillote, usage barbare des seuls peuples policés. Un homme robuste prendrait la fièvre, si on le tenait ainsi garroté pendant vingt-quatre heures. Voyez MAILLOT.

L'enfant nouveau-né dort beaucoup, mais la douleur et le besoin interrompent souvent son sommeil.

Les peuples de l'Amérique septentrionale le couchent sur la poussière du bois vermoulu, sorte de lit propre et mou. En Virginie on l'attache sur une planche garnie de coton, et percée pour l'écoulement des excréments.

Dans le levant, on alaite à la mamelle les enfants pendant un an entier. Les sauvages du Canada leur continuent cette nourriture jusqu'à l'âge de quatre à cinq ans, quelquefois jusqu'à six ou sept. Parmi nous, la nourrice joint à son lait un peu de bouillie, aliment indigeste et pernicieux. Il vaudrait mieux qu'elle substituât le pis d'un animal, ou qu'elle mâchât pour son nourrisson, jusqu'à-ce qu'il eut des dents.

Les dents qu'on appelle incisives, sont au nombre de huit, quatre au-devant de chaque mâchoire. Elles ne paraissent qu'à sept mois, ou même sur la fin de la première année. Mais il y en a en qui ce développement est prématuré, et qui naissent avec des dents assez fortes pour blesser le sein de leurs mères. Voyez l'article DENTS.

Les dents incisives ne percent pas sans douleur. Les canines, au nombre de quatre, sortent dans le neuvième ou dixième mois : il en parait seize autres sur la fin de la première année, ou au commencement de la seconde. On les appelle molaires ou machelières. Les canines sont contiguès aux incisives, et les machelières aux canines.

Les dents incisives, les canines, et les quatre premières mâchelières, tombent naturellement dans l'intervalle de la cinquième à la huitième année ; elles sont remplacées par d'autres dont la sortie est quelquefois différée jusqu'à l'âge de puberté.

Il y a encore quatre dents placées à chacune des deux extrémités des mâchoires ; elles manquent à plusieurs personnes, et le développement en est fort tardif ; il ne se fait qu'à l'âge de puberté, et quelquefois dans un temps plus éloigné ; on les appelle dents de sagesse ; elles paraissent successivement.

L'homme apporte communément des cheveux en naissant ; ceux qui doivent être blonds, ont les yeux bleus ; les roux d'un jaune ardent, et les bruns d'un jaune faible. Voyez CHEVEUX.

L'enfant est sujet aux vers et à la vermine ; c'est un effet de sa première nourriture ; il est moins sensible au froid que dans le reste de sa vie ; il a le pouls plus fréquent ; en général le battement du cœur et des artères est d'autant plus vite, que l'animal est plus petit ; il est si rapide dans le moineau, qu'à peine en peut-on compter les coups. Voyez CHALEUR ANIMALE.

Jusqu'à trois ans, la vie de l'enfant est fort chancelante ; elle s'assure dans les deux ou trois années suivantes. A six ou sept ans, l'homme est plus sur de vivre qu'à tout âge. Il parait que sur un certain nombre d'enfants nés en même temps, il en meurt plus d'un quart dans la première année, plus d'un tiers en deux ans, et au moins la moitié dans les trois premières années ; observation affligeante, mais vraie. Soyons donc contens de notre sort ; nous avons été traités de la nature favorablement ; félicitons-nous même du climat que nous habitons ; il faut sept à huit ans pour y éteindre la moitié des enfants ; un nouveau-né a l'espérance de vivre jusqu'à sept ans, et l'enfant de sept ans celle d'arriver à quarante-deux ans.

Le foetus dans le sein de sa mère croissait de plus en plus jusqu'au moment de sa naissance ; l'enfant au contraire croit toujours de moins en moins jusqu'à l'âge de puberté, temps auquel il croit, pour ainsi dire, tout-à-coup, pour arriver en peu de temps à la hauteur qu'il doit avoir.

A un mois, il avait un pouce de hauteur, à deux mois deux pouces et un quart, à trois mois trois pouces et demi, à quatre mois cinq pouces et plus, à cinq mois six à sept pouces, à six mois huit à neuf, à sept mois onze pouces et plus, à huit mois quatorze pouces, et à neuf mois dix-huit. La nature semble faire un effort pour achever de développer son ouvrage.

L'homme commence à bégayer à douze ou quinze mois ; la voyelle a qui ne demande que la bouche ouverte et la production d'une voix, est celle qu'il articule aussi le plus aisément. L'm et le p qui n'exigent que l'action des lèvres pour modifier la voyelle a, sont entre les consonnes les premières produites ; il n'est donc pas étonnant que les mots papa, mama, designent dans toutes les langues sauvages et policées, les noms de père et de mère : cette observation, jointe à plusieurs autres et à une sagacité peu commune, a fait penser à M. le président de Brosse, que ces premiers mots et un grand nombre d'autres, étaient de la langue première ou nécessaire de l'homme.

L'enfant ne prononce guère distinctement qu'à deux ans et demi.

La puberté accompagne l'adolescence et précède la jeunesse. Jusqu'alors l'homme avait tout ce qu'il lui fallait pour être ; il va se trouver pourvu de ce qu'il lui faut pour donner l'existence. La puberté est le temps de la circoncision, de la castration, de la virginité, de l'impuissance. Voyez ces mots.

La circoncision est d'un usage très-ancien chez les Hébreux ; elle se faisait huit jours après la naissance ; elle se fait en Turquie à sept ou huit ans ; on attend même jusqu'à onze ou douze ; en Perse, c'est à l'âge de cinq ou six. La plupart de ces peuples auraient le prépuce trop long, et seraient inhabiles à la génération sans la circoncision. En Arabie et en Perse, on circoncit aussi les filles lorsque l'accroissement excessif des nymphes l'exige. Voyez NYMPHES (Anat.). Ceux de la rivière de Benin n'attendent pas ce temps ; les garçons et les filles sont circoncis huit ou quinze jours après leur naissance.

Il y a des contrées où l'on tire le prépuce enavant ; on le perce et on le traverse d'un gros fil qu'on y laisse jusqu'à-ce que les cicatrices des trous soient formées ; alors on substitue au fil un anneau ; cela s'appelle infibuler : on infibule les garçons et les filles. Voyez INFIBULATION.

Dans l'enfance, il n'y a quelquefois qu'un testicule dans le scrotum, et quelquefois point du tout ; ils sont retenus dans l'abdomen ou engagés dans les anneaux des muscles ; mais avec le temps, ils surmontent les obstacles qui les arrêtent et descendent à leur place. Voyez TESTICULES, SCROTUM.

Les adultes ont rarement les testicules cachés ; cachés ou apparents, l'aptitude à la génération subsiste.

Il y a des hommes qui n'ont réellement qu'un testicule ; ils ne sont pas impuissants pour cela ; d'autres en ont trois : quand un testicule est seul, il est plus gros qu'à l'ordinaire.

La castration est fort ancienne ; c'était la peine de l'adultère chez les Egyptiens ; il y avait beaucoup d'eunuques chez les Romains. Dans l'Asie et une partie de l'Afrique, une infinité d'hommes mutilés sont occupés à garder les femmes ; on en sacrifie beaucoup à la perfection de la voix, au-delà des Alpes. Les Hottentots se défont d'un testicule pour en être plus légers à la course ; ailleurs on éteint sa postérité par cette voie, lorsqu'on redoute pour elle la misere qu'on éprouve soi-même.

La castration s'exécute par l'amputation des deux testicules ; la jalousie va quelquefois jusqu'à retrancher toutes les parties extérieures de la génération. Autrefais on détruisait les testicules par le froissement avec la main, ou par la compression d'un instrument.

L'amputation des testicules dans l'enfance n'est pas dangereuse ; celle de toutes les parties extérieures de la génération est le plus souvent mortelle, si on la fait après l'âge de quinze ans. Tavernier dit qu'en 1657, on fit jusqu'à vingt-deux mille eunuques au royaume de Golconde.

Les eunuques à qui on n'a ôté que les testicules, ont des signes d'irritation dans ce qui leur reste, et même plus fréquents que les hommes entiers ; cependant le corps de la verge prend peu d'accroissement, et demeure presque comme il était au moment de l'opération. Un eunuque fait à l'âge de sept ans, est à cet égard à vingt ans comme un enfant entier de sept ans. Ceux qui n'ont été mutilés qu'au temps de la puberté ou plus tard, sont à-peu-près comme les autres hommes. Voyez EUNUQUE.

Il y a des rapports singuliers et secrets entre les organes de la génération et la gorge ; les eunuques n'ont point de barbe ; leur voix n'est jamais d'un ton grave ; les maladies vénériennes attaquent la gorge.

Il y a dans la femme une grande correspondance entre la matrice, les mamelles et la tête.

Quelle source d'observations utiles et surprenantes, que ces correspondances ! Voyez PHYSIOLOGIE.

La voix change dans l'homme à l'âge de puberté ; les femmes qui ont la voix forte, sont soupçonnées d'un penchant plus violent à la volupté.

La puberté s'annonce par une espèce d'engourdissement aux aines ; il se fait sentir en marchant, en se pliant. Il est souvent accompagné de douleurs dans toutes les jointures, et d'une sensation particulière aux parties qui caractérisent le sexe. Il s'y forme des petits boutons ; c'est le germe de ce duvet qui doit les voiler. Voyez POIL. Ce signe est commun aux deux sexes : mais il y en a de particuliers à chacun ; l'éruption des menstrues, l'accroissement du sein pour les femmes (Voyez MENSTRUE et MAMELLES) ; la barbe et l'émission de la liqueur séminale pour les hommes. Voyez BARBE et SPERME. Mais ces phénomènes ne sont pas aussi constants les uns que les autres ; la barbe, par exemple, ne parait pas précisément au temps de la puberté ; il y a même des nations où les hommes n'ont presque point de barbe ; au contraire il n'y en a aucune où la puberté des femmes ne soit marquée par l'accroissement des mamelles.

Dans toute l'espèce humaine, les femmes arrivent plutôt à la puberté que les hommes ; mais chez les différents peuples, l'âge de puberté varie et semble dépendre du climat et des aliments ; le pauvre et le paysan sont de deux ou trois années plus tardifs. Dans les parties méridionales et dans les villes, les filles sont la plupart pubéres à douze ans, et les garçons à quatorze. Dans les provinces du Nord et les campagnes, les filles ne le sont qu'à quatorze, et les garçons qu'à seize ; dans les climats chauds de l'Asie, de l'Afrique, et de l'Amérique, la puberté des filles se manifeste à dix, et même à neuf ans.

L'écoulement périodique des femmes moins abondant dans les pays chauds, est à-peu-près le même chez toutes les nations ; et il y a sur cela plus de différence d'individu à individu, que de peuple à peuple. Dans la même nation, des femmes n'y sont sujettes que de cinq ou six semaines en six semaines ; d'autres tous les quinze jours : l'intervalle commun est d'un mois.

La quantité de l'évacuation varie ; Hippocrate l'avait évaluée en Grèce à neuf onces, elle va depuis une ou deux onces, jusqu'à une livre et plus ; et sa durée depuis trois jours jusqu'à huit.

C'est à l'âge de puberté que le corps acheve de prendre son accroissement en hauteur : les jeunes hommes grandissent tout-à-coup de plusieurs pouces ; mais l'accroissement le plus promt et le plus sensible se remarque aux parties de la génération ; il se fait dans le mâle par une augmentation de volume ; dans les femelles il est accompagné d'un rétrécissement occasionné par la formation d'une membrane appelée hymen. Voyez l'article HYMEN.

Les parties sexuelles de l'homme arrivent en moins d'un an ou deux après le temps de puberté, à l'état où elles doivent rester. Celles de la femme croissent aussi ; les nymphes surtout qui étaient auparavant insensibles, deviennent plus apparentes. Par cette cause et beaucoup d'autres, l'orifice du vagin se trouve rétréci ; cette dernière modification varie beaucoup aussi. Il y a quelquefois quatre protuberances ou caroncules, d'autres fois trois ou deux, souvent une espèce d'anneau circulaire ou semi-lunaire. Voyez CARONCULES.

Quand il arrive à la femme de connaitre l'homme avant l'âge de puberté, nulle effusion de sang, à-moins d'une extrême disproportion entre les parties de l'un et de l'autre, ou des efforts trop brusques. Mais il arrive aussi qu'il n'y a point de sang répandu, même après cet âge, ou que l'effusion reparait même après des approches réitérées, intimes et fréquentes, s'il y a suspension dans le commerce et continuité d'accroissement dans les parties sexuelles de la femme. La preuve prétendue de la virginité ne se renouvelle cependant que dans l'intervalle de quatorze à dix-sept, ou de quinze à dixhuit ans. Celles en qui la virginité se renouvelle ne sont pas en aussi grand nombre que celles à qui la nature a refusé cette faveur chimérique.

Les Ethiopiens, d'autres peuples de l'Afrique, les habitants du Pégu, de l'Arabie, quelques nations de l'Asie, s'assurent de la chasteté de leurs filles par une opération qui consiste en une suture qui rapproche les parties que la nature a séparées, et ne laisse d'espace que celui qui est nécessaire à l'issue des écoulements naturels. Les chairs s'unissent, adhèrent, et il faut les séparer par une incision, lorsque le temps du mariage est arrivé. Ils emplaient aussi dans la même vue l'infibulation qui se fait avec un fil d'amiante ; les filles portent le fil d'amiante, ou un anneau qui ne peut s'ôter ; les femmes un cadenat dont le mari a la clé.

Quel contraste dans les gouts et les mœurs de l'homme ! D'autres peuples méprisent la virginité, et regardent comme un travail servile la peine qu'il faut prendre pour la détruire. Les uns cedent les prémices des vierges à leurs prêtres ou à leurs idoles ; d'autres à leurs chefs, à leurs maîtres ; ici un homme se croit déshonoré, si la fille qu'il épouse n'a pas été déflorée ; là, il se fait précéder à prix d'argent.

L'état de l'homme après la puberté est celui du mariage ; un homme ne doit avoir qu'une femme, une femme qu'un homme, puisque le nombre des femelles est à-peu-près égal à celui des mâles.

L'objet du mariage est d'avoir des enfants ; mais il n'est pas toujours possible : la stérilité vient plus souvent de la part de la femme, que de la part de l'homme. Voyez IMPUISSANCE et STERILITE. Cependant il arrive quelquefois que la conception devance les signes de la puberté ; des femmes sont devenues mères avant que d'avoir eu l'écoulement naturel à leur sexe. D'autres, sans être jamais sujettes à cet écoulement, ne laissent pas d'engendrer. On dit même qu'au Brésil des nations entières se perpétuent, sans qu'aucune femme ait d'évacuation périodique ; la cessation des règles qui arrive ordinairement à quarante ou cinquante ans, ne met pas toutes les femmes hors d'état de concevoir ; il y en a qui ont conçu à soixante, à soixante et dix ans, et même plus tard. Dans le cours ordinaire, les femmes ne sont en état de concevoir qu'après la première éruption, et la cessation de cet écoulement à un certain âge les rend stériles.

L'âge auquel l'homme peut engendrer n'a pas de termes aussi marqués ; il commence entre douze et dix-huit ans ; il cesse entre soixante et soixante et dix ; il y a cependant des exemples de vieillards qui ont eu des enfants jusqu'à quatre-vingt et quatre-vingt-dix ans, et des exemples de garçons qui ont produit leur semblable à neuf, dix, et onze ans, et de petites filles qui ont conçu à sept, huit et neuf.

On prétend qu'immédiatement après la conception l'orifice de la matrice se ferme, et qu'elle s'annonce par un frissonnement qui se répand dans tous les membres de la femme. Voyez les articles CONCEPTION.

La femme de Charles-Town qui accoucha en 1714. de deux jumeaux, l'un blanc et l'autre noir ; l'un de son mari, l'autre d'un negre qui la servait, prouve que la conception de deux enfants ne se fait pas toujours dans le même temps.

Le corps finit de s'accroitre dans les premières années qui suivent l'âge de puberté : l'homme grandit jusqu'à vingt-deux ou vingt-trois ans ; la femme à vingt est parfaitement formée.

Il n'y a que l'homme et le singe qui aient des cils aux deux paupières ; les autres animaux n'en ont point à la paupière inférieure ; et dans l'homme même il y en a beaucoup moins à la paupière inférieure qu'à la supérieure ; les sourcils deviennent quelquefois si longs dans la vieillesse qu'on est obligé de les couper.

La partie de la tête la plus élevée est celle qui devient chauve la première, ensuite celle qui est au-dessus des tempes ; il est rare que les cheveux qui couvrent le bas des tempes tombent en entier, non plus que ceux de la partie inférieure du derrière de la tête.

Au reste, il n'y a que les hommes qui deviennent chauves en avançant en âge ; les femmes conservent toujours leurs cheveux ; ils blanchissent dans les deux sexes ; les enfants et les eunuques ne sont pas plus sujets à être chauves que les femmes.

Les cheveux sont plus grands et plus abondants dans la jeunesse qu'à tout autre âge.

Les pieds, les mains, les bras, les cuisses, le front, l'oeil, le nez, les oreilles, en un mot, toutes les parties de l'homme ont des propriétés particulières. Voyez les différents articles de ce Dictionnaire.

Il n'y en a aucune qui ne contribue à la beauté ou à la laideur, et qui n'ait quelque mouvement agréable ou difforme dans la passion. Voyez HONTE, COLERE, FUREUR, AMOUR, etc.

Ce sont celles du visage qui donnent ce que nous appelons la physionomie.

Toutes concourent par leurs proportions à la plus grande facilité des fonctions du corps ; mais il faut bien distinguer l'état de nature de l'état de société. Dans l'état de nature, l'homme qui exécuterait avec le plus d'aisance toutes les fonctions animales, serait sans contredit le mieux fait ; et réciproquement le mieux fait exécuterait le plus aisément toutes les fonctions animales ; mais il n'en est pas ainsi dans l'état de société. Chaque art, chaque manœuvre, chaque action, exige des dispositions particulières de membres, ou que la nature donne quelquefois, ou qui s'acquièrent par l'habitude, mais toujours aux dépens des proportions les plus régulières et les plus belles. Il n'y a pas jusqu'au danseur, qui forcé de soutenir tout le poids de son corps sur la pointe de son pied, n'eut à la longue cette partie défigurée aux yeux du statuaire, qui ne se proposerait que de représenter un homme bien fait, et non un danseur. Voyez PROPORTION.

La grâce qui n'est que le rapport de certaines parties du corps, soit en repos, soit en mouvement, considerées relativement aux circonstances d'une action, ne s'obtient souvent aussi que par des habitudes, dont le dérangement des proportions est encore un effet nécessaire. Voyez GRACE.

D'où il s'ensuit que l'homme de la nature, celui qu'elle se serait complu à former de la manière la plus parfaite, n'excellerait peut-être en rien ; et que l'imitateur de la nature en doit altérer toutes les proportions, selon l'état de la société dans lequel il le transporte. S'il en veut faire un crocheteur, il en affaissera les cuisses sur les jambes ; il fortifiera celles-ci ; il étendra les épaules, il courbera le dos ; et ainsi des autres conditions.

Par un travers aussi inexplicable que singulier, les hommes se défigurent en cent manières bizarres ; les uns s'aplatissent le front, d'autres s'allongent la tête ; ici on s'écrase le nez, là on se perce les oreilles. On violente la nature avec tant d'opiniâtreté, qu'on parvient enfin à la subjuguer, et qu'elle fait passer la difformité des pères aux enfants, comme d'elle-même. L'habitude de se remplir les narines de poussière est si générale parmi nous, que je ne doute guère que si elle subsiste encore pendant quelques siècles, nos descendants ne naissent tous avec de gros nés difformes et évasés. Mais que ne doit-il pas arriver à l'espèce humaine parmi nous, par le vice de l'habillement, et par les maladies auxquelles nos mœurs dépravées nous exposent ?

La tête de l'homme est à l'extérieur et à l'intérieur d'une forme différente de celle de la tête de tous les autres animaux ; le singe a moins de cerveau.

L'homme a le cou moins gros à proportion que les quadrupedes, mais la poitrine plus large ; il n'y a que le singe et lui qui aient des clavicules.

Les femmes ont plus de mamelles que les hommes ; mais l'organisation de ces parties est la même dans l'un et l'autre sexe ; celles de l'homme peuvent aussi former du lait, et il y en a des exemples.

Le nombril qui est apparent dans l'homme, est presque obliteré dans les animaux ; le singe est le seul qui ait des bras et des mains comme nous ; les fesses qui sont les parties les plus inférieures du tronc n'appartiennent qu'à l'espèce humaine.

L'homme est le seul qui se soutienne dans une situation droite et perpendiculaire.

Le pied de l'homme diffère aussi de celui de quelque animal que ce soit ; le pied du singe est presque une main.

L'homme a moins d'ongle que les autres animaux ; c'est par des observations continuées pendant longtemps sur la forme intérieure de l'homme, que l'on est convenu des proportions qu'il fallait garder dans la Peinture, la Sculpture, et le Dessein. Voyez l'article PROPORTION.

Dans l'enfance, les parties supérieures de l'homme sont plus grandes que les inférieures.

A tout âge, la femme a la partie antérieure de la poitrine plus élevée que nous ; en sorte que la capacité formée par les côtes a plus d'épaisseur en elles et moins de largeur. Les hanches de la femme sont aussi plus grosses ; c'est à ce caractère qu'on distingue son squelete de celui de l'homme.

La hauteur totale du corps humain varie assez considérablement ; la grande taille pour les hommes, est depuis cinq pieds quatre ou cinq pouces, jusqu'à cinq pieds huit ou neuf pouces. La taille médiocre depuis cinq pieds ou cinq pieds un pouce, jusqu'à cinq pieds quatre pouces ; et la petite taille est au-dessous de cinq pieds. Les femmes ont en général deux ou trois pouces de moins ; il y a des espèces d'hommes qui n'ont que depuis quatre pieds, jusqu'à quatre pieds et demi ; tels sont les Lapons.

L'homme relativement à son volume est plus fort qu'aucun animal ; il peut devancer le cheval par sa vitesse ; il le fatigue par la continuité de la marche ; les chaters d'Ispahan font trente-six lieues en quatorze ou quinze heures.

La femme n'est pas à beaucoup près aussi vigoureuse que l'homme.

Tout change dans la nature, tout s'altère, tout périt. Lorsque le corps a acquis son étendue en hauteur et en largeur, il augmente en épaisseur ; voilà le premier point de son dépérissement ; elle commence au moment où la graisse se forme, à trente-cinq ou quarante ans. Voyez GRAISSE. Alors les membranes deviennent cartilagineuses, les cartilages osseux, les of plus solides, et les fibres plus dures ; la peau se seche, les rides se forment, les cheveux blanchissent, les dents tombent, le visage se déforme, et le corps s'incline vers la terre à laquelle il doit retourner.

Les premières nuances de cet état se font apercevoir avant quarante ans ; elles augmentent par degrés assez lents jusqu'à soixante, par degrés plus rapides jusqu'à soixante et dix. Alors commence la vieillesse qui va toujours en augmentant ; la caducité suit, et la mort termine ordinairement avant l'âge de quatre-vingt-dix ou cent ans, la vieillesse et la vie.

Les femmes en général vieillissent plus que les hommes ; passé un certain âge leur durée s'assure ; il en est de même des hommes nés faibles ; la durée totale de la vie peut se mesurer par le temps de l'accroissement. L'homme qui est trente ans à croitre, vit quatre-vingt-dix ou cent ans. Le chien qui ne croit que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ans.

Il est parlé dans les Transactions philosophiques, de deux hommes, dont l'un a vécu cent soixante-cinq ans, et l'autre cent quarante-quatre.

Il y a plus de vieillards dans les lieux élevés que dans les lieux bas ; mais en général l'homme qui ne meurt pas par intempérie ou par accident, vit partout quatre-vingt-dix ou cent ans.

La mort est aussi naturelle que la vie ; il ne faut pas la craindre, si l'on a assez bien vécu pour n'en pas redouter les suites.

Mais il importe en une infinité de circonstances de savoir la probabilité qu'on a de vivre un certain nombre d'années. Voici une courte table calculée à cet effet.

Table des probabilités de la durée de la vie.

On voit par cette table qu'on peut espérer qu'un enfant qui vient de naitre vivra huit ans, et ainsi des autres temps de la vie.

Mais on observera 1°. que l'âge de sept ans est celui où l'on peut espérer une plus longue vie ; 2°. qu'à douze ou treize ans on a vécu le quart de sa vie ; et à vingt-huit ou vingt-neuf, qu'on a vécu la moitié ; et à cinquante, plus des trois quarts.

O vous, qui avez travaillé jusqu'à cinquante ans, qui jouissez de l'aisance, à qui il reste encore de la santé et des forces, qu'attendez-vous donc pour vous reposer ! jusqu'à quand direz-vous, demain, demain ?

Après avoir exposé ce qui concerne l'homme en général, nous renverrons, pour ce qui appartient à ses différents organes, aux différents articles de ce Dictionnaire. Voyez donc, pour la tête, à l'article TETE ; pour les pieds, les mains, les dents, à ces articles ; pour la vue, aux articles OEIL et VUE ; pour l'ouie, aux articles OUIE et OREILLE ; pour l'odorat, aux articles ODORAT et NES, etc. pour les sens en général, aux articles SENS, SENSATIONS, et TOUCHER ; et surtout à l'article ECONOMIE ANIMALE. Et quant aux variétés de l'espèce humaine, voyez les articles de Géographie qui y ont rapport, comme LAPONS, CHINOIS, INDIENS, NEGRES, etc. et l'article HUMAINE ESPECE.

Il y a des hommes blancs, des noirs, des olivâtres, des hommes de couleur de cuivre. Voyez les articles NEGRES, MULATRES, etc.

Les hommes ont une physionomie propre aux lieux qu'ils habitent. Voyez l'article PHYSIONOMIE ; et pour l'histoire naturelle de l'homme, ce que MM. de Buffon et d'Aubenton en ont dit dans leur excellente histoire naturelle, dont nous avons extrait ce qui précède.

HOMME (Exposition anatomique du corps de l') ; ce corps, ainsi que celui de tous les autres animaux, est une machine très-compliquée, et dans la composition de laquelle entre une infinité d'instruments différents par leur structure et par l'usage auquel ils sont destinés. Certaines parties blanches, dures, insensibles, connues sous le nom d'os, soutiennent tout l'édifice. Voyez OS. Dans les endroits où ces parties se meuvent en glissant les unes sur les autres, elles sont enduites et comme encroutées de certaines lames brillantes, blanches, très-élastiques, d'un tissu extrêmement serré qu'on nomme cartilage, et dont on distingue plusieurs espèces : il y a aussi des lieux où les of sont retenus et fixés en place par l'intermède d'autres cartilages un peu différents de ceux dont les extrémités des of mobiles sont couvertes. Voyez CARTILAGE. Les différentes pièces osseuses qui ont du jeu et quelque mouvement, sont arrêtées et liées les unes aux autres par certaines cordes ou certains rubans que les Anatomistes appellent ligaments, et qui sont des parties blanches, souples, extensibles, très-élastiques et douées d'un sentiment très-obtus et presque nul. Voyez LIGAMENT. Parmi ces ligaments, il y en a qui sont très-minces et comme membraneux, qui enveloppent les jointures des os, et empêchent l'écoulement d'une certaine humeur onctueuse nommée synovie ; on les nomme capsules articulaires, ou ligaments capsulaires. Voyez CAPSULES ARTICULAIRES. L'humeur que ces ligaments retiennent est douce et gluante, et faite pour lubréfier les parties et les empêcher de se dessécher et de s'user par les frottements répétés, voyez SYNOVIE ; elle coule de certains paquets glanduleux communément enveloppés de graisse, et que la nature a très-artistement placés dans certains enfoncements pratiqués exprès pour les mettre à l'abri des chocs et des compressions violentes. Voyez GLANDES SYNOVIALES. Toutes ces choses ne se voient que dans les endroits où les of s'unissent de manière à permettre quelque mouvement ; et cette sorte de jonction s'appelle diarthrose, dont il y a plusieurs espèces. Voyez ENARTHROSE, ARTHRODIE, NGLIMELIME. En général, toute union ou jonction de deux pièces osseuses se nomme articulation, laquelle, pour parler le langage des Anatomistes, se fait avec mouvement ou sans mouvement : cette dernière espèce est la synarthrose, et comprend sous elle plusieurs divisions. Voyez SUTURE, HARMONIE et GOMPHOSE. Les of articulés par diarthrose, ont besoin d'être maintenus en place, et liés les uns aux autres par différents moyens ; cette liaison s'appelle symphise, et se fait tantôt avec des ligaments, c'est la synnevrose ; d'autres fois avec les chairs ou les muscles, c'est la syssarcose, et dans certains lieux, par l'intermède des cartilages, c'est la synchondrose. Voyez SYNNEVROSE, SYSSARCOSE et SYNCHONDROSE. Tous les of du corps de l'homme, excepté les couronnes des dents, sont couverts d'une membrane assez forte, dont l'épaisseur varie suivant les lieux, et qui soutient une prodigieuse quantité de vaisseaux très-fins et de toute espèce ; on l'appelle le périoste, tant qu'elle est appliquée sur les of ; lors que de-là elle passe sur les ligaments, on la nomme péridesme ; et quand enfin elle s'étend sur les cartilages, elle reçoit le nom de périchondre. Voyez PERIOSTE. Cette membrane se glisse et s'insinue jusques dans les cavités intérieures des os, elle les tapisse exactement ; c'est le périoste interne qui enveloppe la moelle, et fournit les cloisons sans nombre qui forment les cellules dans lesquelles cette humeur onctueuse est renfermée. Voyez MOELLE. Les of sont formés de deux substances, l'une dure et d'un tissu très-serré, composée de lames très-étroitement unies les unes aux autres, c'est la substance ou matière compacte ; l'autre est cellulaire, et quand elle résulte de l'assemblage de plusieurs lames, on l'appelle substance spongieuse ; mais quand elle résulte de l'entrelacement d'un grand nombre de filets, c'est la substance réticulaire. Voyez SUBSTANCE OSSEUSE et OSSIFICATION.

Les os, et avec eux toutes les autres parties des animaux, sont mis en mouvement par certaines puissances que les Anatomistes appellent muscles. Ce sont des organes mous, d'une couleur rouge, formés de fibres, qui ont la faculté de se raccourcir, et qui par ce raccourcissement tirent les parties auxquelles ils sont annexés : un tissu cellulaire plus ou moins fin, lie toutes ces fibres entr'elles, et soutient les divisions presque infinies des nerfs, des artères et des autres vaisseaux qui pénétrent la substance du muscle ; un autre tissu cellulaire plus lâche, et communément chargé de graisse, unit entr'eux les différents muscles, ou les attache à d'autres parties : on nomme contraction, l'action par laquelle un muscle se raccourcit ; et fibre musculaire ou contractile, celle qui peut exercer cette action : il faut que ce pouvoir dépende en partie de la manière dont les fibres sont unies entr'elles ; car dans le milieu du muscle, où les fibres sont molles et rouges, on les voit se contracter, et l'on n'observe rien de semblable dans les extrémités, qui sont blanches et d'un tissu bien plus ferme et bien plus serré : cependant ce sont les mêmes fibres qui, sans interruption, vont d'un bout à l'autre du muscle, mais qui, ramassées vers les extrémités, sont si étroitement serrées entr'elles qu'elles en perdent l'aptitude au mouvement, il faut, pour qu'une fibre musculaire se raccourcisse, qu'elle se gonfle et se renfle ; ce renflement devient impossible quand les fibres sont trop rapprochées et trop fermement unies entr'elles ; quand en se rapprochant ainsi, elles forment par leur assemblage des cordes blanches, souples et fléxibles, c'est ce qu'on nomme des tendons, voyez TENDONS ; lorsqu'elles s'épanouissent en manière de membranes, elles sont ce qu'on appelle des aponévroses, voyez APONEVROSE : c'est par le moyen de ces tendons ou de ces aponévroses que les muscles s'attachent aux os, ou bien aux autres parties qu'ils doivent mouvoir ; ainsi dans chaque muscle il y a toujours un milieu rouge et mollet (les anciens le nommaient le ventre du muscle) et deux extrémités tendineuses plus ou moins longues, dont l'une portait chez les anciens le nom de tête, et l'autre, celui de queue : ces noms étaient tirés de la camparaison qu'ils faisaient d'un muscle avec un rat écorché : au reste, les noms qu'on a donnés aux différents muscles viennent ou de leur figure, comme deltoïde, triangulaire, carré ; ou de leur situation, comme fessier, dorsal, pectoral ; ou de leur action comme fléchisseur, extenseur, abaisseur, ou de quelque autre circonstance. Voyez MUSCLE.

C'est aux nerfs et aux vaisseaux sanguins que les muscles doivent la faculté, dont ils jouissent, de se contracter ; et de mouvoir par-là toutes les autres parties. Les nerfs sont des cordons blanchâtres, composés de filets extrêmement fins, qui tous tirent leur origine du cerveau, de la moelle allongée, ou de la moelle épinière : ils communiquent différemment entr'eux ; cependant les deux manières de communication établies les plus ordinaires sont ou par forme d'entrelacement et de réseau, ce qu'on nomme plexus, et qui spécialement a lieu à l'intérieur pour les viscères de la poitrine et du ventre, voyez PLEXUS ; ou par le moyen de certaines tumeurs rougeâtres, d'une consistance assez marquée, et de différentes figures qu'on appelle ganglions, lesquelles se rencontrent dans différentes parties, mais surtout le long de la colonne épinière, voyez GANGLIONS. Quoique les yeux ne puissent saisir de cavité dans les nerfs, on ne saurait cependant se dispenser d'y en admettre : bien des expériences semblent prouver qu'un fluide très-subtil passe sans-cesse, à la faveur de ces cavités, du cerveau et de la moelle vers les autres parties, et reflue peut-être de ces mêmes parties vers les organes desquels il avait commencé à couler ; ce fluide qui parait fait pour animer toute la machine, s'appelle esprit animal, voyez ESPRIT ANIMAL ou ESPRITS ANIMAUX. La nature de cet esprit ne nous est pas encore bien connue : il n'est guère raisonnable d'en nier l'existence ; peut-être y en a-t-il de plusieurs espèces. Quand un nerf s'insinue dans une partie, il s'y divise de façon qu'en le suivant avec soin, il semble que toute la partie elle-même ne soit faite que par sa division : ce qui a donné lieu de penser que dans son principe et son origine, le corps des animaux n'était qu'un épanouissement nerveux différemment fait dans les différentes parties. Quoi qu'il en soit de toutes ces choses, toujours est-il certain que c'est aux nerfs que les parties de notre corps doivent le sentiment et le mouvement : une chose singulière, sans-doute, c'est que le principe du sentiment dérivant du cerveau, du cervelet et de la moelle épinière, ces parties soient cependant insensibles. On nomme Névrologie la partie d'Anatomie qui traite des nerfs et de leurs distributions : cette partie est une des moins développées, et cependant c'est une des plus importantes et des plus intéressantes. Voyez NERF et NEVROLOGIE.

Les vaisseaux sanguins sont des tuyaux membraneux, cylindriques, plus ou moins élastiques, dont les uns, sous le nom d'artères, portent le sang du cœur aux autres parties ; les autres se nomment veines, et leur office est de reprendre le sang que les artères ont apporté, et de le ramener au cœur : le mouvement par lequel le sang est ainsi porté et rapporté, s'appelle circulation. Voyez CIRCULATION DU SANG. Les artères ont leurs tuniques plus fortes et plus épaisses que les veines ; elles ont un mouvement sensible de pulsation, c'est le pouls, voyez POULS, et le sang marche bien plus vite dans ces tuyaux que dans les veines : toutes les artères ne sont que des ramifications de deux troncs principaux, connus sous les noms d'aorte et d'artère pulmonaire, voyez ARTERE. Les membranes des veines sont faibles et minces, elles ont peu d'action ; mais pour suppléer à ce défaut, la nature a placé dans leurs cavités des replis membraneux qu'on appelle valvules, et qui sont disposés de manière qu'ils cedent sans peine à l'impulsion du sang qui retourne au cœur, mais ils se lèvent pour l'empêcher de revenir sur ses pas : les artères n'ont point de valvules ; on n'en découvre point non plus dans les grosses veines placées dans le ventre ou dans la poitrine : toutes les veines vont se rendre à cinq tuyaux communs, dont l'un, qui est le principal et le plus gros de tous, se nomme veine-cave, et va se rendre à l'oreillette droite du cœur : trois autres partent du poulmon, et viennent décharger le sang dans l'oreillette gauche du cœur : le cinquième amasse le sang de tous les viscères qui servent à la digestion des aliments, et le charrie au foie, on le nomme veine-porte. Outre ces tuyaux, il y en a d'autres dans le corps humain, dont les uns sont pleins d'une liqueur claire, transparente, sans goût et sans odeur ; on la nomme lymphe, et les tuyaux qui la contiennent, s'appellent vaisseaux lymphatiques. Voyez LYMPHE et VAISSEAUX LYMPHATIQUES. Les autres conduits, qui ne contiennent ni sang, ni lymphe, sont destinés à recevoir l'air, on les appelle bronches : ils naissent tous d'un canal, en partie cartilagineux et en partie membraneux, qui du fond de la bouche gagne jusques dans la poitrine ; on lui donne le nom de trachée-artère, voyez TRACHEE-ARTERE et BRONCHE : l'air amené par ces tuyaux gonfle les poumons et soulève la poitrine ; quand il en sort, la poitrine se resserre et les poumons s'affaissent : ce double mouvement qui se fait alternativement pendant tout le cours de la vie, constitue cette importante fonction, connue de tout le monde sous le nom de respiration : quand l'air rentre, c'est l'inspiration ; quand il sort, c'est l'expiration. Voyez RESPIRATION.

Toute partie qui remplit une fonction d'une certaine importance, et qui est renfermée dans l'une des grandes cavités de la machine, se nomme viscère, voyez VISCERE. On voit encore certaines parties arrondies, assez fermes, de différentes couleurs, et qui pour la plupart séparent du sang une humeur particulière, on les appelle en général du nom de glandes ; quand elles sont isolées et détachées les unes des autres, elles se nomment glandes conglobées ; elles prennent le nom de glandes conglomérées, quand elles sont ramassées plusieurs ensemble et renfermées sous une même enveloppe. Voyez GLANDE. L'action par laquelle les glandes, ainsi que d'autres parties, séparent de la masse commune des humeurs une liqueur particulière, porte en général le nom de sécrétion, voyez SECRETION ; et les canaux par lesquels cette humeur est reçue pour être conduite en un lieu différent, se nomment vaisseaux excréteurs : quand ils sont très-fins et très-déliés, on les nomme pores, et du nombre de ces derniers il en est dont la fonction diffère des autres, et qui sont destinés à pomper quelque humeur, à s'en charger, pour la ramener à la masse, soit médiatement, soit immédiatement ; ils ont reçu le nom de pores absorbans, et il parait que la surface de tous nos viscères en est aussi criblée que celle de la peau. Voyez PORES ABSORBANS. Cette dernière partie couvre tout notre corps, ainsi que tout le monde le sait : on l'appelle à cause de cela le tégument universel ; elle est composée de plusieurs lames, dont la plus superficielle et la plus mince se nomme épiderme : celle-ci est insensible, et formée d'un grand nombre de petites écailles très-fines ; elle se replie dans les grandes ouvertures de la peau, et s'y confond, ou s'y perd dans la membrane qui revêt l'extérieur de l'oeil, les narines, la bouche, le gosier, l'oesophage, etc. Voyez EPIDERME. On aperçoit à la face de l'épiderme qui touche la peau, un réseau plus ou moins fin dans les différentes parties ; il semble être un appendice de l'épiderme, on le nomme le corps réticulaire. Voyez CORPS RETICULAIRE. Quelques anatomistes pensent que ce qui fait la liaison de l'épiderme et de la peau est une certaine substance à-peu-près muqueuse, qu'ils ont appelée le corps muqueux, et qu'ils craient être le siege de la couleur blanche de la peau des Européens, etc. et celui de la couleur noire de la peau des Négres. Voyez CORPS MUQUEUX. La peau, proprement dite, est immédiatement sous ce corps ; elle est faite par l'assemblage et l'entrelacement le plus singulier de fibres qui approchent fort de la nature des fibres ligamenteuses : à travers cet entrelacement pénètrent mille et mille filets nerveux, qui viennent à sa superficie s'épanouir en papilles aplaties, ou se gonfler de manière à former les papilles pyramidales : ces papilles sont l'organe immédiat du plus étendu, du plus important et peut-être du plus utile de tous nos sens, du toucher, voyez TOUCHER. C'est dans la peau que s'opère l'excrétion la moins sensible, et cependant la plus abondante de toutes celles qui se font dans notre machine ; elle est connue sous le nom d'insensible transpiration : l'humeur qu'elle fournit est chassée par les pores de la peau. Voyez INSENSIBLE TRANSPIRATION. La peau ne se réfléchit point comme l'épiderme par la bouche, le nez, le fondement, etc. elle est vraiment trouée dans tous ces endroits-là : il s'en manque beaucoup que la peau ait par-tout la même sensibilité, la même consistance, la même élasticité : toutes ces choses varient suivant les lieux. Voyez PEAU. Ajoutez à tout cela que cette partie soutient les poils et les ongles. Ces premiers sont des filets très-déliés, de diverses couleurs, de différentes longueurs, toujours insensibles dans l'état naturel, lesquels naissent d'un petit oignon placé à la face interne de la peau, et qui paraissent destinés à couvrir et défendre du froid, etc. la surface du corps. Voyez POILS. Les ongles paraissent faits d'une substance assez semblable à celle des poils : chacun sait qu'ils garnissent le bout des doigts, des mains et des pieds : leur racine jouit d'une grande sensibilité ; l'extrémité se coupe sans qu'on en sente rien. Voyez ONGLE. Dans la plupart des quadrupedes, on trouve sous la peau une lame musculaire, qui s'appelle le pannicule charnu : cette partie manque dans l'homme, voyez PANNICULE CHARNU. Il n'y a sous la peau du corps humain qu'un tissu formé par un grand nombre de cellules irrégulières, lesquelles renferment une humeur huileuse condensée, douce et jaunâtre, connue sous le nom de graisse, voyez GRAISSE : ces cellules sont autant de petits réservoirs où la nature met en dépôt l'humeur dont nous venons de parler, et qu'elle saura bien reprendre en cas de besoin, par exemple, dans le temps des maladies, soit pour nourrir le corps, soit pour adoucir l'acrimonie des humeurs morbifiques : les membres gagnent à ce dépôt une forme plus régulière, des contours plus gracieux et une souplesse très-marquée : la sagesse de la nature sait tirer plusieurs avantages d'une même chose ; elle les épuise ; le tissu cellulaire joint aux propriétés que nous venons d'indiquer, celle de servir de lien à toutes les parties du corps ; c'est lui qui les soutient, qui les fixe à leurs places, et qui fait que, quoiqu'adhérentes les unes aux autres, elles peuvent pourtant se mouvoir les unes sur les autres sans la moindre difficulté. Voyez TISSU CELLULAIRE ou GRAISSEUX.

Le corps de l'homme se divise en plusieurs parties principales, qui sont la tête, le tronc et les extrémités : ces dernières sont, les unes supérieures, ce sont les bras ; les autres inférieures, qui sont formées des cuisses et des jambes. Chacune de ces parties se divise encore en plusieurs autres régions.

On distingue dans la tête deux régions principales : l'une couverte de poils, on la nomme partie chevelue ; l'autre en est dépouillée pour la plus grande partie, c'est la face. Voyez TETE.

La tête est unie à la poitrine par le moyen du cou. Voyez COU. Le tronc se divise en thorax ou poitrine, et bas-ventre ou abdomen. Le devant de la poitrine obtient le nom de thorax ; le derrière s'appelle le dos. C'est du haut et des côtés de cette région, que sortent les extrémités supérieures.

Le bas-ventre a comme la poitrine une face en devant et l'autre en arrière ; la première se partage en trois régions : la première est au milieu, elle est marquée par le nombril, et de là elle a pris le nom de région ombilicale ; celle qui est au-dessus, et qui va jusqu'au bas de la poitrine, se nomme région épigastrique ; la troisième qui s'étend au-dessous, et gagne jusqu'aux parties génitales de l'un et de l'autre sexe, a reçu le nom de région hypogastrique. Chacune de ces régions se divise encore en trois autres ; savoir, celle du milieu et les deux latérales : le milieu de la région épigastrique se nomme épigastre ; les côtés sont les hypochondres. Voyez EPIGASTRE et HYPOCHONDRES.

Les côtés de la région du nombril s'appellent les lombes ; le milieu a conservé le nom de région ombilicale.

La dernière des régions antérieures du ventre se partage en haute et basse ; le milieu de la première est l'hypogastre ; les parties latérales sont les îles ou les flancs : la partie basse répond au petit bassin, son milieu est le pénil, ses côtés sont les aines.

La face postérieure du ventre présente un grand enfoncement, qu'on appelle aussi région lombaire postérieure, ou plus communément le creux ou le pli des reins ; ce qui est au-dessous se relève et fait saillie ; c'est la région des fesses, entre lesquelles est l'ouverture par où le corps se débarasse de ses excréments ; on l'appelle le fondement, ou l'anus (Voyez ANUS) ; l'espace qui est entre cette ouverture et les parties génitales de l'un ou l'autre sexe, porte le nom de périné, et la ligne qui le partage en partie droite et gauche, se nomme raphé. Les extrémités supérieures sont chacune composées de l'épaule, du bras, de l'avant-bras et de la main ; les inférieures le sont chacune aussi des cuisses, des jambes et du pied.

Après cette idée générale des principales parties du corps humain, examinons chacune de ces mêmes parties : nous suivrons dans cet examen l'ordre le plus simple ; nous ne ferons mention des organes qu'à mesure qu'ils se présenteront successivement à nos yeux : commençons par la tête. Les poils qui couvrent plus de la moitié de la surface de cette partie, sont au moins dans les blancs, beaucoup plus longs que ceux du reste du corps, on les nomme cheveux. Voyez CHEVEUX. La partie la plus haute de la région chevelue se nomme le vertex ; le derrière s'appelle l'occiput ; le devant porte le nom de sinciput ; et les côtés celui de tempes. Le cuir qui porte les cheveux est plus crasse et moins sensible que la peau du reste du corps ; on y voit un plus grand nombre de glandes sébacées. Voyez GLANDES SEBACEES. Le tissu cellulaire qui est au-dessous, a la propriété de ne se charger que d'une certaine quantité de graisse assez petite, et logée dans des cellules étroites ; ce tissu étant enlevé, on découvre en devant deux muscles minces qui vont sous la peau descendre sur le front jusqu'auprès des sourcils, qu'ils relèvent en faisant rider la peau du front. Ce sont les muscles frontaux. Voyez MUSCLES FRONTAUX. En marchant du sinciput vers l'occiput, le milieu de droite à gauche est occupé par une aponevrose, à laquelle tiennent les fibres des muscles frontaux ; M. Winslow l'a nommée calotte aponevrotique du crâne. Voyez CALOTTE APONEVROTIQUE. Du bas et des côtés de cette aponevrose, partent en arrière des lames charnues qui vont s'attacher à l'os qui se trouve dans cet endroit, et qui à cause de cela, a reçu le nom d'os occipital ; ce sont les muscles occipitaux, dont l'usage parait être d'aider les frontaux dans leur action. Voyez MUSCLES OCCIPITAUX. Tout attenant ces muscles, on en aperçoit deux petits qui vont transversalement s'attacher au derrière de la conque de l'oreille externe, qu'ils tirent en arrière ; on les nomme les muscles postérieurs de l'oreille. En remontant vers les tempes, il se présente de chaque côté une lame musculaire large et mince, qui du bord de la calotte aponevrotique, s'avance vers l'oreille, et s'y insere à quelque distance au-dessus du conduit ; c'est le muscle supérieur de l'oreille externe ; il sert à l'élever un peu. Voyez RELEVEUR DE L'OREILLE EXTERNE. L'artère temporale parait à quelque distance de ce muscle en devant ; on la voit serpenter dans cet endroit et se partager en deux branches principales, dont l'une va vers le front, et l'autre vers l'occiput ; cette dernière s'anastomose avec l'artère occipitale : le mot d'anastomose est employé par les Anatomistes pour désigner l'abouchement de deux vaisseaux qui se confondent et n'en font plus qu'un. Voyez ANASTOMOSE.

Quand on a enlevé l'aponévrose dont nous venons de parler, et les muscles qui y sont annexés, on découvre sur toute la tête, à l'exception des côtés, la membrane qui couvre les of immédiatement, on la nomme la péricrâne : elle ne diffère point du périoste des autres parties ; on la voit s'insinuer par les sutures entre les of de la tête, et communiquer avec la membrane qui tapisse les of en dedans, et qui se nomme la dure mère. Voyez PERICRANE. Sur les côtés, dans les régions temporales, se trouve une aponévrose, que l'on a mal-à-propos prise pour une des lames du péricrâne ; elle couvre un muscle qui occupe toute cette région, et qui est attaché aux of du crâne par son extrémité supérieure, et à l'apophise coronoïde de la mâchoire inférieure, par son extrémité inférieure ; il a principalement la fonction de lever la mâchoire inférieure, il porte le nom de crotaphite. Voyez MUSCLE CROTAPHITE. Sous ce muscle se découvre un nerf, qui part du maxillaire inférieur à la sortie du crâne par le trou ovale de l'os sphénoïde ; on le nomme le nerf temporal.

L'oreille extérieure est placée au bas de la région temporale ; on distingue la partie supérieure qui est cartilagineuse, d'avec l'inférieure qui est faite par la peau seulement et le tissu cellulaire ; on la nomme le lobule. La portion supérieure présente plusieurs replis et plusieurs enfoncements qui ont différents noms ; entre ces derniers, il y en a un qui mène à un canal appelé conduit auditif externe. Voyez OREILLE EXTERNE.

Derrière l'oreille est le nerf auriculaire postérieur qui vient de la portion dure du nerf auditif ; sur le devant sont les auriculaires antérieurs, qui sont produits par deux des nerfs cervicaux ; je ne fais point mention du muscle antérieur de l'oreille, parce que je ne l'ai jamais vu.

Le muscle crotaphite et le péricrâne étant emportés, on voit en devant l'os frontal ; sur les côtés et en-haut, les deux of pariétaux ; en-bas et toujours sur les côtés, les grandes ailes de l'os sphénoïde, et les of des tempes, en arrière l'os occipital : ce dernier est uni avec les pariétaux et les temporaux par la suture lambdoïde ; les pariétaux le sont entr'eux par la suture sagittale, et avec les of temporaux et les grandes ailes du sphénoïde, par la suture écailleuse ; enfin par-devant, ils s'unissent avec l'os frontal par la suture appelée coronale ; ces of sont la partie supérieure et les côtés de la boite osseuse du crâne. Voyez OS FRONTAL, OS PARIETAUX, etc.

Il y a dans les enfants une ouverture au crâne dans le milieu de la suture coronale, dans l'endroit où la sagittale la rencontre ; on la nomme la fontanelle ou la fontaine de la tête. Voyez FONTANELLE.

Pour découvrir ce que le crâne renferme, on le scie tout-au-tour ; et quand on a séparé la calotte, les parties qui s'offrent aux yeux, sont d'abord une membrane forte, épaisse, composée de deux lames, et très-adhérente à la face interne du crâne : c'est la première des enveloppes du cerveau ; on l'appelle la dure mère. Voyez DURE MERE. Celle des deux lames qui regarde le cerveau, se réfléchit entre les deux principales portions de ce viscère, et forme une cloison nommée la faulx : sur le dos de cette cloison est un conduit d'une forme triangulaire, qui va toujours en s'élargissant à mesure qu'il avance en arrière, et qui reçoit le sang des veines du cerveau ; c'est le sinus longitudinal supérieur : au bord opposé de la faulx, est un autre conduit bien plus délié ; c'est le sinus longitudinal inférieur : le long du premier de ces sinus, surtout en arrière, sont plusieurs grappes glanduleuses ; on leur a donné le nom de glandes de Pacchioni.

Sous la dure-mère est une membrane fine, transparente, composée de deux lames, dont l'intérieur s'enfonce dans les sillons qui sont creusés à la surface extérieure du cerveau ; la première lame se nomme la pie-mère, la seconde a reçu le nom d'arachnoïde. Voyez PIE-MERE, etc.

Le cerveau vient ensuite ; c'est un viscère très-gros, mol, insensible, arrosé d'un prodigieux nombre de vaisseaux, composé de deux substances, l'une extérieure et grise, où l'on pense que l'esprit vital est situé ; l'autre blanche, et qu'on nomme médullaire, que l'on croit formée par l'assemblage des vaisseaux excréteurs de la première, et qui donne naissance aux nerfs, soit immédiatement, soit médiatement : ce viscère est partagé en deux portions principales nommées hémisphères ; chaque hémisphère l'est en trois lobes ; l'un antérieur, l'autre moyen, et le troisième postérieur : à la surface extérieure sont différents enfoncements connus sous le nom d'anfractuosités : la substance grise qu'on appelle aussi corticale, s'insinue dans toutes les anfractuosités : une lame blanche assez épaisse, fait par en-bas et dans la partie moyenne, la réunion des deux hémisphères ; c'est le corps calleux, où quelques-uns ont assez ridiculement placé le siège de l'âme : sur les côtés de ce corps, un peu plus bas que lui, sont creusées deux grandes cavités connues sous le nom de ventricules supérieurs ou latéraux du cerveau, qui sont fort irrégulières, et qui s'enfoncent en le contournant comme les cornes d'un bélier ; sous les lobes moyens du cerveau, une cloison transparente se voit entre les deux ventricules ; elle les sépare, elle est formée de deux lames fort distinctes ; c'est le septum lucidum : la première chose qui frappe dans les ventricules supérieurs, c'est une masse de vaisseaux très-fins, et différemment entortillés, laquelle, en s'élargissant en arrière, se prolonge jusqu'au fond des ventricules ; elle a pris le nom de plexus choroïde : les vaisseaux qui la forment se réunissent en une grosse veine, nommée veine de Galien, qui décharge le sang dans un sinus, que nous observerons dans l'instant : otez le plexus choroïde, et vous apercevrez en devant et sur le côté dans chaque ventricule, une bosse oblongue, qui se termine en-arrière par une sorte de queue ; elle est grise à l'extérieur, mais le dedans est mêlé de la substance blanche et de la grise ; c'est le corps cannelé. Sous le septum lucidum est une lame blanche qui s'élargit en s'avancant en-arrière, et s'y partage en deux branches minces ; on la nomme la voute à trois piliers : enlevez cette voute, rejetez-la en devant, et vous apercevrez qu'elle s'y divise en deux cordons blancs, dans l'écartement desquels vous pourrez distinguer un troisième cordon transversal nommé la commissure antérieure du cerveau : vis-à-vis est une ouverture qui va au troisième ventricule : plus loin sont deux éminences ovales, appelées couches des nerfs optiques ; ces éminences laissent entre leurs extrémités postérieures une autre ouverture qui va aussi au troisième ventricule ; on la nomme anus, l'antérieure s'appelle vulva : attenant l'anus est la commissure postérieure du cerveau ; c'est un cordon transversal qui s'avance assez peu de chaque côté : dans le lieu où la cavité des ventricules supérieurs commence à s'enfoncer, on voit un petit prolongement pointu en-arrière ; c'est le processus ancyroïde : on aperçoit dans le reste un bourrelet qui suit les contours de la cavité ; les Anatomistes l'ont nommé la corne d'ammon ; quand on écarte les couches des nerfs optiques, il se présente une cavité oblongue d'assez peu d'étendue, d'une forme à peu près triangulaire ; c'est le troisième ventricule du cerveau qui s'enfonce en devant, et forme l'entonnoir, dont le bec aboutit à une petite colonne médullaire, appuyée sur la glande pituitaire ; on la nomme à cause de cela, tige pituitaire : on aperçoit à la face postérieure du troisième ventricule, l'ouverture de l'aqueduc de Sylvius ; c'est un conduit qui du troisième ventricule mène au quatrième : sur le trajet de ce conduit, il y a quatre éminences arrondies, que les anciens ont assez ridiculement appelées natès et testès. Après avoir considéré tous les objets que nous venons d'indiquer, si l'on renverse la masse du cerveau de devant en arrière, on voit d'abord sous les lobes antérieurs les nerfs de la première paire, ou nerfs olfactoires, qui vont gagner la lame cribreuse de l'os ethmoïde ; ensuite on voit les nerfs optiques, dont on observe la réunion sur le devant de la selle du turc, et le passage par les trous optiques de l'os sphénoïde : les artères carotides sont à côté de ces nerfs, et les touchent ; on les voit se partager en deux branches principales, dont l'une s'avance entre les deux lobes antérieurs du cerveau, et se réfléchit sur le corps calleux ; l'autre s'engage dans la grande scissure de Sylvius, et va se rendre au lobe moyen et à la plus grande partie du lobe postérieur : derrière la réunion des deux nerfs optiques, est l'extrémité de la tige pituitaire, et dans le voisinage sont deux éminences appelées mamillaires : viennent ensuite deux grosses masses blanches et arrondies, qui marchant de devant en arrière, se rapprochent et s'enfoncent dans un gros bourrelet arrondi, appelé pont de varole, ou protubérance annulaire ; ces deux masses sont les crura cerebri : dans ce trajet se voient les nerfs de la troisième paire, ou nerfs grands moteurs des yeux, lesquels vont se rendre à l'orbite par la fente sphénoïdale : un peu plus en arrière et sur les côtés, se présentent aussi les gros nerfs de la cinquième paire, qui vont, après s'être partagés en trois branches, à l'orbite, à la mâchoire supérieure, et à la mâchoire inférieure.

Si l'on enlève la masse du cerveau, après avoir coupé vers les cuisses, ou crura cerebri, voici les choses qui se présentent à la vue : en devant est le plancher osseux qui soutenait les lobes antérieurs du cerveau ; il est fait par l'os frontal en partie, et par certaines productions de l'os sphénoïde, nommées ailes d'Ingrassias ; le milieu de ce plancher s'enfonce plus que le reste, et c'est dans cet enfoncement qu'est logée la lame cribreuse de l'os ethmoïde ; sur le milieu de cette lame en devant, est l'éminence crista galli, à laquelle s'attache la pointe de la faulx du cerveau : sur le devant de cette éminence, est le trou borgne, duquel part le sinus longitudinal supérieur de la dure mère, au-dessus duquel s'élève l'épine frontale : sur le bord de la lame cribreuse est le nerf accessoire de l'olfactif, qui sort de l'orbite par un des trous orbitaires internes : au bord postérieur du plancher dont nous parlons, vers le milieu, sont les deux apophyses clinoïdes antérieures, et tout auprès, les deux trous optiques : au-dessous de ce bord sont deux grandes fosses séparées par une éminence mitoyenne ; la paroi de ces fosses est formée par les of temporaux et le sphénoïde : sur l'éminence moyenne, est creusée la selle du turc qui renferme la glande pituitaire et son accessoire, avec quelques petits sinus ; cette cavité est terminée en arrière par les apophyses clinoïdes postérieures : sur les côtés de la selle du turc, sont les deux sinus orbitaires, au-dessus desquels se glisse le nerf pathétique, ou nerf de la quatrième paire, qui va se rendre dans l'orbite par la fente sphénoïdale, et se perd dans le muscle extérieur de l'oeil : dans la cavité des sinus orbitaires sont renfermés les nerfs de la troisième paire, ceux de la cinquième et sixième, l'artère carotide interne et les filets qui sont la communication du nerf grand sympathique, avec la sixième paire et la première branche de la cinquième : dans le fond des fosses moyennes de la base du crâne, sont plusieurs petits sinus, et l'on voit au-dessous des ailes d'Ingrassias, les fentes sphenoïdales : plus bas et plus en arrière, les trous ronds antérieurs qui laissent passer la seconde branche du nerf de la cinquième paire : plus loin, en marchant toujours en arrière, les trous ovales, les trous innominés, et les trous épineux de l'os sphénoïde ; ce dernier laisse passer l'artère qui se distribue à la dure-mère : le rocher dans lequel est renfermé l'organe de l'ouie, sépare les fosses moyennes du crâne d'avec les postérieures : on voit à sa face antérieure un petit trou, et sur son sommet un sinus nommé le sinus supérieur du rocher : les artères carotides pénètrent dans le crâne vers la pointe de ce rocher, et se couchent en s'avançant en devant sur les côtés de la selle du turc pour gagner les apophyses clinoïdes antérieures : au niveau du rocher se découvre un plancher membraneux, un peu élevé dans son milieu, où s'appuie la partie la plus large de la faulx, et échancré en-devant pour laisser passer la moèlle allongée ; il est fait par la réflexion de la lame interne de la dure-mère ; c'est la tente du cervelet ; il soutient les lobes postérieurs du cerveau : le pressoir d'Hérophile marche dans son milieu de devant en-arrière ; c'est à ce sinus que la grande veine de Galien et le sinus longitudinal inférieur viennent se rendre ; cette tente est attachée dans son contour, aux branches transversales de l'éminence cruciale de l'os occipital, et à l'angle supérieur du rocher ; c'est dans la première partie de cette adhésion que se trouvent les sinus latéraux, dans lesquels vont se dégorger le sinus longitudinal supérieur, et le pressoir d'Hérophile ; ces sinus vont en s'enfonçant, aboutir au golfe des jugulaires. Voyez CERVEAU et tous les noms écrits en lettres italiques.

Le cervelet parait quand on a enlevé la tente commune ; c'est un viscère plus petit que le cerveau ; mais qui, eu égard aux principales circonstances, a beaucoup de ressemblance avec lui : une petite faulx que l'on voit en-arrière, le partage en deux hémisphères ; la substance grise est à l'extérieur, la blanche se ramifie en dedans, et forme ce qu'on nomme l'arbre de vie ; en soulevant le bord antérieur, on voit une pellicule, c'est la grande valvule de Vieussens, qui couvre le quatrième ventricule, et du voisinage de laquelle on voit aussi naitre les nerfs de la quatrième paire ; cette valvule rompue, la cavité qui se présente est le quatrième ventricule, ou le calamus scriptorius, dont les côtés sont formés par les pédoncules du cervelet ; par le même renversement qui découvre ces parties, on met aussi sous les yeux dans son entier, l'appendice vermiforme : si vous coupez les deux pédoncules, et que vous emportiez le cervelet, les fosses postérieures de la base du crâne se font voir ; vous apercevez aussi les sinus occipitaux, et sur la face postérieure du rocher, le méat auditif interne, dans lequel s'insinue la double portion du nerf acoustique et les artères auditives : plus bas vous voyez les trous déchirés postérieurs, par lesquels sortent les sinus latéraux, la huitième paire des nerfs, ou la paire vague et le nerf accessoire de Willis : sur le milieu est un gros cylindre médullaire ; c'est la moèlle allongée qui descend vers le grand trou occipital, passe par cette ouverture, et descend dans le canal de l'épine en prenant le nom de moèlle épinière. Renversez-la en arrière, l'éminence transversale que vous voyez en haut, est le pont de Varole : vous distinguez au bas les éminences olivaires et les piramidales : les deux nerfs que vous apercevez vers le milieu, sont ceux de la sixième paire : plus bas sur les côtés, sont ceux de la septième paire, ou les nerfs auditifs : un peu au-dessous, plusieurs filets se ramassent pour former la paire vague ; d'autres naissant après vont aux trous condiloïdiens antérieurs, et sont les nerfs de la neuvième paire, ou nerfs hypoglosses ; les nerfs sous-occipitaux paraissent ensuite : coupez la moèlle au niveau du trou occipital, et vous apercevez les artères vertébrales se réunir pour former la basilaire, de laquelle vous voyez naitre les spinales, les auditives, etc. ensuite la basilaire montant vers les apophyses clinoïdes postérieures, communique avec les carotides, donne au cervelet, et va aux lobes postérieurs du cerveau : au bas des apophyses que nous venons de nommer, sont les sinus caverneux, qui par le haut communiquent avec les orbitaires, et par le bas avec deux tuyaux assez déliés, qui sous le nom de sinus inférieurs du rocher, vont s'ouvrir à l'extrémité des sinus latéraux ; enfin on voit ici la tubérosité occipitale interne, l'éminence cruciale de l'os occipital, et l'apophyse basilaire du même os, qui va jusqu'au sphénoïde pour s'unir et se confondre avec lui chez les adultes. Voyez CERVELET et tous les mots écrits en lettres italiques.

La tête renferme encore les principaux organes des sens : celui de l'ouïe est placé dans la portion dure de l'os des tempes. Nous avons déjà remarqué le conduit auditif extérieur, il est terminé par une cloison membraneuse un peu enfoncée dans son milieu, on la nomme membrane du tympan : la cavité qu'elle ferme est le tambour, qui est assez peu régulier, et par-tout tapissé d'un périoste très-fin : ce qu'on distingue au premier coup-d'oeil, ce sont trois petits osselets, dont l'un est placé en-devant, et ne ressemble pas mal à une massue, on l'appelle le marteau ; deux muscles viennent s'y insérer : l'un est renfermé dans un conduit osseux, qui suit la direction de la trompe d'Eustache ; le second passe par la fêlure articulaire. Derrière le marteau sur la même ligne est un autre osselet appelé l'enclume, il s'unit avec la tête du marteau ; il a deux branches, dont la plus courte s'avance dans l'ouverture des cellules mastoïdiennes, la plus longue va s'unir à un petit os, appelé l'étrier : ce dernier a un muscle fort petit, et qui est renfermé dans le conduit osseux de la pyramide : entre la tête de l'étrier et la branche de l'enclume qui s'y joint, il y a un petit osselet, qu'on nomme orbiculaire : on distingue entre ces parties un cordon nerveux, qui d'arrière s'avance en descendant en-devant, pour sortir par la fêlure articulaire de l'os des tempes et se joindre au nerf lingual qui vient de la cinquième paire ; ce nerf porte le nom de corde du tambour : plusieurs orifices s'ouvrent dans la cavité du tympan ; celui qui est enhaut et en-arrière, conduit aux cellules mastoïdiennes, qui sont des cavités assez irrégulières, creusées dans la base du rocher au-dessus des apophyses mastoïdes : la seconde ouverture est em-bas et en-devant, elle mène à un conduit, qui va toujours en s'élargissant se terminer vers le fond des narines ; c'est la trompe d'Eustache : la troisième ouverture s'appelle la fenêtre ovale, elle est remplie par la base de l'étrier, et conduit au vestibule : la dernière est la fenêtre ronde qui communique avec le limaçon ; entre la fenêtre ovale et le haut du tympan se trouve une partie de l'aqueduc de Fallope ; c'est un conduit osseux qui part du fonds du méat auditif interne, &, après plusieurs contours, vient aboutir au trou stilo-mastoïdien ; il renferme la portion dure du nerf auditif. La petite cavité qui est vis-à-vis la fenêtre ovale, ressemble à un petit dôme, où viennent se rendre les canaux demi-circulaires, et l'un des conduits du limaçon, on la nomme le vestibule : ces canaux demi circulaires sont au nombre de trois, le supérieur, l'inférieur, et le postérieur. Au bas de ces canaux est un canal partagé intérieurement en deux, qui tournant en spirale et toujours en se retrécissant, fait environ deux tours et demi, et ressemble fort à un limaçon dont il a emprunté le nom. Voyez OREILLE INTERNE, et tous les mots écrits en lettres italiques.

Les autres organes des sens qui ont leur siège à la tête, sont placés dans la face : le premier et le plus important est l'oeil qui est logé dans l'orbite, et couvert des paupières : le front s'élève au-dessus ; et dessous la peau qui le couvre, on voit la veine préparate vers le milieu, et les deux nerfs frontaux qui viennent de la première branche, ou branche orbitaire supérieure de la cinquième paire. La racine du nez est au milieu des fibres musculaires qui viennent des frontaux et la couvrent : on a compté ces fibres au nombre des muscles du nez : les sourcils se présentent ici, et suivent dans leur contour le bord supérieur de l'orbite ; sous leur grosse extrémité ou tête est le muscle corrugateur, qui s'attache d'une part à l'apophyse orbitaire interne du frontal, et de l'autre au revers de la peau vers le milieu des sourcils qu'il abaisse. Sous la peau qui couvre et forme les paupières est un muscle large, mince, dont les fibres disposées circulairement vont aboutir à un petit tendon placé à la partie intérieure des paupières, il les rapproche, ferme l'oeil, et s'appelle le muscle orbiculaire des paupières : chacune de ces parties est bordée d'une rangée de poils appelés cils, qui sont soutenus par certains petits cartilages aplatis (les tarses), et dans le voisinage desquels on voit à la face interne les glandes ciliaires : les endroits où ces cartilages se rencontrent, se nomment les angles de l'oeil ; l'un grand ou interne, c'est celui du côté du nez ; l'autre petit ou externe, c'est l'opposé. Au grand angle est la coroncule lacrymale ; c'est une petite glande grenue et rouge : près d'elle est le repli semi-lunaire de la conjonctive : dans le même lieu, le bord de chaque paupière porte une petite éminence au sommet de laquelle est un petit trou, c'est le point lacrymal, qui mène à un petit canal membraneux, lequel s'avance vers le grand angle de l'oeil ; on le nomme conduit lacrymal : celui de la paupière supérieure venant à rencontrer le canal de l'inférieure s'unit à lui, et de cette réunion résulte le canal commun, qui est très-court et qui s'ouvre dans un sac placé au grand angle de l'oeil, on le nomme sac lacrymal ; il est membraneux, d'une forme oblongue, et finit em-bas par un conduit membraneux, qui s'enfonce dans le canal nasal et décharge dans le nez l'humeur des larmes que les conduits lacrymaux ont apportée dans le sac : la paupière supérieure a un muscle qui l'éleve, et qu'on nomme le releveur de la paupière supérieure ; il vient du fond de l'orbite, et finit au cartilage de la paupière : on trouve vers le petit angle en-haut dans un enfoncement creusé à la face interne de l'apophyse orbitaire externe, la glande qui fait la sécrétion de l'humeur des larmes, on la nomme la glande lacrymale : de sa face concave partent douze ou quinze tuyaux excréteurs très-fins, qui percent la conjonctive et versent l'humeur sur l'oeil, ce sont les vaisseaux hygrophtlamiques : la tunique qui revêt les paupières en-dedans, se nomme conjonctive, elle se réfléchit sur la face antérieure du globe de l'oeil, et la couvre jusqu'au bord de la cornée transparente.

Si l'on enlève la paroi supérieure de l'orbite, on voit d'abord le périoste de cette cavité qui parait n'être qu'un prolongement de la dure-mère, ensuite on distingue le nerf orbitaire supérieur, c'est la première branche de la cinquième paire, puis le muscle releveur de la paupière, sous lequel est le muscle superbe ou releveur de l'oeil ; au côté extérieur est placé l'oblique abducteur de l'oeil, et le nerf de la quatrième paire qui va s'y distribuer tout entier : du côté du nez parait d'abord le muscle grand oblique de l'oeil, vulgairement dit trochléateur : il vient comme les autres du fond de l'orbite, mais il passe son tendon par une petite poulie cartilagineuse placée vers le grand angle de l'oeil, et de-là se réfléchit en arriére et en-dehors pour s'insérer au globe de l'oeil entre le superbe et le dédaigneux. Sous le grand oblique est placé le muscle adducteur ou bibiteur : on trouve aussi dans cet endroit le nerf accessoire de l'olfactif, et la branche de l'orbitaire supérieure qui va au sac lacrymal, etc.

Le globe de l'oeil parait en écartant les muscles supérieurs, il n'est pas tout à fait au milieu de l'orbite ; le gros cordon blanc que vous voyez partir en arrière de son fond et gagner la pointe de l'orbite, est le nerf optique ; les petits filets qui l'entourent, forment le plexus optique ; vous les voyez naitre pour la plupart d'une petite tumeur, c'est le ganglion lenticulaire, auquel se rendent des nerfs qui viennent de la troisième paire et de la cinquième : la première tunique du globe est épaisse, forte et grise, c'est la sclérotique ; elle se change en-devant en une lame transparente, nommée cornée, à travers laquelle passent les rayons visuels : derrière cette cornée est un espace qui contient une humeur fort claire, et qui se régénere avec une extrême facilité, on la nomme l'humeur aqueuse, ses sources nous sont inconnues ; le lieu qui la renferme s'appelle la chambre antérieure de l'oeil ; sous la sclérotique se trouve une membrane composée de deux lames, qui est d'une couleur brune, et à la surface de laquelle sont les filets nerveux du plexus optique qui ont traversé la sclérotique et qui s'avancent en devant : cette seconde tunique porte le nom de choroïde ; quand elle est venue près du bord de la cornée, elle adhere fortement à la face interne de la sclérotique : cette adhérence est marquée par un bourrelet assez mal-à-propos appelé ligament ciliaire : les filets nerveux que nous venons d'observer s'y terminent : de-là la choroïde se réfléchit et forme une cloison qui sépare la chambre antérieure de l'oeil d'avec la postérieure, qui loge l'humeur vitrée et le crystallin ; cette cloison est percée dans son milieu, le trou est rond et il peut se resserrer et s'élargir, c'est la pupille ; la face antérieure de cette même partie est teinte de plusieurs couleurs, on la nomme iris ; la face postérieure est brune, elle s'appelle uvée par quelques Anatomistes : c'est-là qu'on voit les fibres musculaires qui resserrent et dilatent la pupille ; plus loin sont plusieurs lignes disposées en rayons, nommées processus ciliaires ; ces lignes vont aboutir au lieu où la circonférence de la cloison adhere à la sclérotique : la rétine est sous la choroïde, c'est une membrane molle et pulpeuse qui s'étend en s'amincissant jusqu'à la cloison ; on la regarde comme l'organe immédiat de la vue : dans le creux que toutes ces tuniques forment, est renfermée une masse claire, brillante et semblable à du verre fondu, c'est le corps vitré ; une membrane très-fine, connue sous le nom de membrane hialoïde, l'enveloppe : elle est composée de deux lames ; l'intérieure se replie en-dedans et forme un prodigieux nombre de cellules : le crystallin est placé en-devant entre ces deux lames, qui font sa capsule ou son chaton ; cette partie est un corps transparent, d'une certaine consistance situé immédiatement derrière la pupille, sa forme approche assez de celle d'une lentille un peu aplatie en-devant. Sous le globe de l'oeil sont placés deux muscles, l'humble ou l'abaisseur, et le petit oblique ; si l'on enlève le globe et ses muscles, on voit em-bas et en-dehors une longue fente, c'est la fente orbitaire inférieure ; elle livre passage au nerf maxillaire supérieur et aux artères orbitaires. On voit alors que la cavité de l'orbite est pyramidale, et que plusieurs of entrent dans sa composition ; savoir le frontal et le sphénoïde en-dessus, le maxillaire et le palatin em-bas, sur le côté extérieur l'os de la pommette et une partie de la grande aile du sphénoïde, en-dedans l'os éthmoïde et l'os unguis ; on y voit en-dehors les deux fentes orbitaires, l'une supérieure et l'autre inférieure : en dedans le trou optique, les trous orbitaires internes, le commencement du conduit nasal, em-bas le conduit orbitaire inférieur qui laisse passer le nerf maxillaire supérieur. Voyez OEIL, etc.

L'organe de l'odorat est fait par le nez, l'extérieur et l'intérieur : le premier, dont la situation est assez connue, offre à sa racine, sous la peau et les lames musculaires dont nous avons parlé, deux of nommés of du nez, et deux apophyses longues de l'os maxillaire supérieur ; au bas de ces of est un cartilage, qui se prolongeant en dedans, fait la partie antérieure de la cloison des narines, c'est le grand cartilage ou le moyen, après lequel se présentent deux autres cartilages recourbés, qui sont les ailes et le bas de la cloison du nez extérieur ; vers le bout des ailes on trouve quelques petits cartilages irréguliers : dans le voisinage, on aperçoit le muscle incisif, qui vient de la racine du nez et du bord voisin de l'orbite pour se terminer à la peau de la lèvre supérieure qu'il releve, en dilatant la narine : au-dessous de l'aile de la narine est le muscle myrthiforme : si l'on pénétre dans l'intérieur des narines, on voit tout tapissé par la membrane pituitaire ; elle est l'organe de l'odorat : au milieu de cette cavité est une cloison moitié osseuse, moitié cartilagineuse. Nous venons de voir que le cartilage moyen du nez fournissait ce qu'elle a de cartilagineux : la lame descendante de l'os ethmoïde et le vomer sont la portion osseuse qui est en arrière : on aperçoit en haut le corps cellulaire de l'os ethmoïde, dans lequel on distingue les deux cornets supérieurs du nez ; entre ces cellules se découvrent deux rigoles qui conduisent à deux trous arrondis, creusés dans le bord du frontal, et qui sont les orifices des sinus frontaux ou sourciliers : sur chacun des côtés, il se présente un petit of fait et disposé en manière d'auvent, on le nomme la conque inférieure du nez : au-dessus se voit l'ouverture du sinus maxillaire, c'est une grande cavité qui occupe tout l'intérieur de l'os du même nom : plus bas que la conque est l'extrémité du conduit nasal : en-arrière, et toujours sur le côté, est une grande ouverture, c'est le pavillon de la trompe d'Eustache ; cette trompe est un conduit en partie cartilagineux et membraneux, en partie osseux, qui montant en se retrécissant de bas en haut et de dedans en dehors, va communiquer avec la cavité du tympan : la paroi intérieure de la fosse nasale est en partie osseuse et en partie membraneuse : la portion osseuse est faite par les of maxillaires et les of palatins ; la portion membraneuse est en-arrière, elle va en pente vers le gosier ; c'est ce qu'on appelle le voile du palais : les côtés de la fosse nasale sont formés par les of maxillaires et les of du palais : le haut est fait par les of du nez, l'os ethmoïde, et en arrière par le sphénoïde ; dans la portion nasale de ce dernier of on voit les ouvertures des sinus sphénoïdaux, qui sont placés sous la selle du turc, et occupent tout le corps de l'os : au-dessous de ces trous sont les narines postérieures ou arrières narines, par lesquelles le nez communique avec le gosier : outre les nerfs olfactoires, dont les filets passent et descendent dans le nez par les petits trous de la lame cribreuse de l'os ethmoïde, il y a encore des nerfs qui, accompagnés de petites artères, s'insinuent par les trous sphéno-palatins, ceux-là viennent du maxillaire supérieur : au bas de la cloison du nez dans les of secs, il y a une ouverture de chaque côté qui va aboutir dans le haut du palais en-devant au trou palatin antérieur.

Les joues sont sur le côté du nez ; on y voit sous la peau, qui est très-fine et très-colorée dans cet endroit, les muscles zygomatiques grand et petit, qui tous les deux vont à la commissure des lèvres qu'ils tirent en-dehors ; la glande parotide qui s'avance jusqu'à l'oreille, c'est la plus grosse des salivaires : son conduit excréteur part en-devant, vient s'ouvrir dans la bouche, et s'appelle le conduit de Sténon : le muscle masseter, un des principaux releveurs de la mâchoire, se voit sous la parotide dont il est en partie caché, et sous ce muscle est la branche de la mâchoire inférieure : l'os de la pommette est dans le même lieu, et l'on voit son apophyse externe s'avancer vers les tempes, et former avec une autre apophyse de l'os des tempes l'arcade zygomatique, sous laquelle passe le tendon du crotophite, et au bord de laquelle s'attache le masseter par en-haut. Sous l'os de la pommette est un enfoncement (c'est la fosse malaire) dans lequel on voit le muscle canin et le trou orbitaire externe, par lequel sort l'extrémité du nerf maxillaire supérieur, qui s'unissant ici avec la portion dure du nerf auditif, fait un plexus d'une grande étendue.

Chacun sait où la bouche est placée ; les Anatomistes distinguent la bouche extérieure de la cavité à laquelle elle conduit. Cette bouche extérieure s'ouvre entre les deux lèvres : sous la peau de chacune des lèvres, on voit les artères labiales qui viennent de la maxillaire externe : elles serpentent sur le muscle orbiculaire, qui fait une partie de l'épaisseur des lèvres ; l'angle qu'elles forment en se rencontrant, se nomme la commissure, à laquelle viennent se rendre les muscles zygomatiques, canin, buccinateur, quelques fibres du peaucier, le muscle triangulaire, le carré, la houppe du menton : la peau qui couvre ces trois derniers laisse passer les poils de la barbe, ainsi que celle des lèvres et du bas des joues, dans les mâles seulement : en renversant les lèvres, on aperçoit la membrane fine qui les couvre, et sous laquelle est un tissu légérement spongieux, qui soutient les glandes labiales et les papilles nerveuses : cette membrane, avec son tissu, se réfléchissant sur les bords de chaque mâchoire, y forme les gencives, et produit deux petits replis qu'on nomme freins des lèvres. Elle tapisse aussi le reste de la bouche, et loge d'autres glandes semblables aux labiales, et qu'on nomme buccales : si l'on enlève les parties que nous venons d'indiquer, la face externe de la mâchoire parait à nud ; on distingue dans son milieu ce qu'on nomme la symphise ; à quelque distance on voit les trous mentonniers par lesquels sortent les extrémités des nerfs maxillaires inférieurs, lesquels vont former par leur union avec la portion dure de l'auditif, le plexus maxillaire : l'artère maxillaire externe se présente aussi sur le bord de la mâchoire : les dents se montrent toutes, et l'on peut distinguer les incisives qui sont en-devant au nombre de quatre à chaque mâchoire ; les canines qui viennent après, et qui sont au nombre de deux, et les molaires placées le plus en arrière ; on en compte dix, cinq de chaque côté : en écartant les mâchoires, on voit en bas la langue ; sa base est en-arrière : observez le trou qui y est creusé, c'est le trou borgne ; depuis ce trou jusqu'à la pointe vous distinguez une ligne légérement creusée, c'est la ligne médiane : à la face supérieure de cette partie sont les papilles nerveuses : les pyramidales vers sa pointe, les boutonnées au milieu, et vers sa base celles qui sont à tête de champignon : plus loin que ces dernières sont placées les glandes linguales : ce même écartement des mâchoires fait paraitre des ligaments intermaxillaires et les glandes molaires : si vous relevez la pointe de la langue en arrière, vous apercevrez une petite duplicature de la membrane interne de la bouche, c'est le frein de la langue : à côté sont les artères et les veines de la langue, on les nomme ranines : deux petites élévations se font aussi apercevoir, elles sont percées : leur trou est l'orifice du tuyau excréteur des glandes maxillaires et sublinguales : ces dernières sont placées dans l'endroit que nous examinons : la voute du palais répond à la face supérieure de la langue, on y voit les glandes palatines et le voile du palais : au milieu de l'arcade que ce voile forme par son bord inférieur est la luette : au-dessus d'elle jusqu'à l'épine palatine est le muscle azygos ; sur les côtés sont deux replis qui viennent tomber sur les bords de la base de la langue, ils forment le contour de l'isthme du gosier, et renferment les muscles glosso-staphylins : deux autres replis partent également du voisinage de la luette, et vont se perdre en-arrière dans le fond du gosier. Les glandes amygdales sont situées entre ces replis : les muscles petro-staphylins, pterygo-staphylins supérieurs et les inférieurs vont se rendre au voile du palais, et servent aux différents mouvements qu'il exécute. L'espace qui est derrière le voile du palais est l'arriere-bouche ou le pharynx, qui va en s'allongeant en manière d'entonnoir, aboutir à l'oesophage : cette partie est toute musculeuse, et se resserre par la contraction des muscles pétro et céphalo-pharyngiens, ptérygo-pharyngiens, hypéro-pharyngiens, bucco-pharyngiens, maxillo-pharyngiens, glosso-pharyngiens, hyopharyngiens, syndesmo-pharyngiens, thyro-pharyngiens et crico-pharyngiens : dans la partie antérieure et basse de cette région, on voit une ouverture qui mène à la trachée-artère, c'est la bouche du larynx ; plus bas est une fente connue sous le nom de glotte : au-dessus est un cartilage nommé épiglotte, il fait la fonction de valvule dans le temps de la déglutition : sur les côtés de la glotte sont les ventricules du larynx, et sur ces cavités sont placées les cartilages aryténoïdes et les glandes du même nom. Quittons pour un moment cette région, et considérons le bas du menton et le col. La première partie qui se présente en-devant sous les téguments est le muscle peaucier ; quand on l'a enlevé, on aperçoit sous la mâchoire le muscle digastrique qui y tient, et va de l'autre bout s'attacher au crâne dans la rainure-mastoïdienne : sous la portion antérieure du digastrique est le muscle mylo-hyoïdien : qu'on le détache de la mâchoire à laquelle il tient par son bord supérieur, et qu'on le renverse sur l'os hyoïde, les parties qu'on découvre sont les muscles génio-hyoïdiens ; après lesquels viennent les génio-glosses, sur le côté desquels sont placées les glandes sublinguales, et à quelque distance vers l'angle de la mâchoire les glandes maxillaires : on a cru voir dans cet endroit deux muscles que l'on avait nommés mylo-glosses : mais ils n'existent point ; l'os hyoïde est en-devant au-dessous de ces parties ; les fibres musculaires qui s'élèvent de son bord supérieur, et qui montent à la base de la langue, constituent le muscle hyo-glosse : on voit au-dessous de ce même of les muscles sterno-hyoïdiens et les omo-hyoïdiens : les uns et les autres sont attachés au bas de l'os hyoïde, et les premiers vont au sternum, les derniers à l'omoplate : ces muscles étant enlevés, il en parait deux autres, l'un court, et qui du bord inférieur de l'os hyoïde va se terminer à l'aile du cartilage thyroïde, c'est le hyo-thyroïdien ; l'autre est plus long, et va du même cartilage se rendre au sternum et s'y insérer, c'est le sterno-thyroïdien. Il s'élève aussi du sternum et de la partie voisine de la clavicule, un muscle très-fort, qui monte jusqu'à l'apophyse mastoïde de l'os des tempes, et s'y attache ainsi qu'à la partie la plus prochaîne de la ligne demi-circulaire supérieure de l'occiput, c'est le sterno-mastoïdien : la trachée-artère se présente en-devant au milieu du cou ; c'est un tuyau qui reçoit l'air, et le conduit au poumon : sa partie antérieure est faite de petites bandes cartilagineuses semi-circulaires liées entre elles par des membranes, le derrière est tout membraneux : on aperçoit en-dedans et en-arrière les glandes trachéales et les bandes musculaires de Morgagni : dans l'endroit où ce conduit s'enfonce dans la poitrine chez les enfants, il est en partie couvert par le thymus ; c'est une glande dont l'usage n'est pas encore bien connu, et qui descend dans le foetus jusqu'au péricarde : au commencement de la trachée-artère, on voit une espèce de tête qu'on appelle larynx, c'est elle qui fait l'éminence appelée pomme d'Adam : une glande étroite dans son milieu, et renflée sur les côtés, embrasse le bas du larynx, on la nomme la glande thyroïde : le plus grand et le plus antérieur des cartilages du larynx ressemble à un bouclier, il a pris, à cause de cela, le nom de thyroïde ou de scutiforme ; il a deux apophyses en-haut et en-arrière, qui par le moyen d'un petit ligament, sont unies aux extrémités des cornes de l'os hyoïde : deux autres apophyses moins longues, mais plus larges, s'articulent en-arrière et em-bas avec le cartilage cricoïde : ce second cartilage a la forme d'un anneau, dont le chaton fort large et fort élevé est en-arrière ; le muscle crico-thyroïdien est en-devant entre les bords correspondants du thyroïde et du cricoïde. Au-dessus de ce dernier, en-arrière, sont les cartilages ariténoïdes : on voit aussi plusieurs muscles de chaque côté ; les premiers vont de la surface du chaton du cricoïde à la partie inférieure des ariténoïdes, ce sont les crico-aryténoïdiens postérieurs : les seconds vont en se croisant du bord supérieur du cricoïde au milieu de la face creuse et postérieure de l'ariténoïde ; du côté opposé, ils ont le nom de crico-aryténoïdiens croisés : les troisiemes sont placés sur le bord du cricoïde en-devant, et vont gagner l'ariténoïde, ce sont les crico-aryténoïdiens latéraux : il y a encore ici deux muscles nommés thyro-aryténoïdiens : entre l'os hyoïde et le cartilage thyroïde pénètre le nerf laryngé supérieur ; on voit em-bas le nerf laryngé inférieur et l'artère laryngée, dont plusieurs rameaux serpentent sur la glande thyroïde ; au-dessus de l'os hyoïde on distingue l'artère linguale et les trois nerfs hypo-glosses, le grand, le moyen et le petit. Les deux ligaments suspenseurs du même of se montrent aussi, et vont gagner l'apophyse styloïde, de laquelle trois muscles semblent partir, dont l'un va à la langue, l'autre au pharynx, et le troisième à l'os hyoïde : le premier s'appelle stylo-glosse, le second stylo-pharyngien, le troisième stylo-hyoïdien : c'est à-peu-près dans cette région et vers l'angle de la mâchoire inférieure que se rendent les veines qui rapportent le sang des parties indiquées ; elles vont s'ouvrir dans la grosse veine jugulaire interne ; mais il y a beaucoup de variétés dans la manière dont elles le font : cette grosse veine jugulaire interne descend le long de la partie latérale du cou pour se rendre à la poitrine : à côté d'elle s'élève l'artère carotide, qui se divise en deux vers le bas du larynx : le rameau postérieur, sous le nom d'artère carotide interne, va pénétrer dans l'intérieur du crâne par le trou et le conduit carotidien de l'os des tempes, il se distribue au cerveau : la seconde branche, sous le nom d'artère carotide externe, se distribue aux parties extérieures de la tête, et fournit les artères laryngée, linguale, cervicale antérieure et supérieure, maxillaire externe, occipitale, massétérines, maxillaire interne, de laquelle naissent les artères temporales, orbitaires, épineuse, nasale postérieure ; les troncs des carotides et des veines jugulaires internes sont accompagnés dans leur trajet des nerfs de la huitième paire, et du tronc de l'intercostal, qui par le haut aboutit au ganglion olivaire, et par le bas au ganglion cervical inférieur : dans le bas du cou, on voit encore les artères cervicales antérieures et inférieures, et les veines gutturales ; derrière la tranchée-artère est le conduit musculaire qui mène à l'estomac, et qui porte le nom d'oesophage : il est appuyé sur la colonne vertébrale, sur laquelle sont placés, dans la partie la plus élevée, les muscles droits antérieurs de la tête, l'un appelé long, le second court, et le troisième latéral : plus bas, et sur le côté, est le muscle long antérieur du cou.

Examinons maintenant la face postérieure du cou. Le muscle trapése est la première partie qui se présente sous les téguments, lequel s'étend jusqu'à la partie inférieure du dos, et gagne en-devant jusqu'à la moitié de la clavicule : sous le trapèse est en-arrière le muscle splenius qui couvre immédiatement une masse musculaire assez compliquée, nommée muscle complexus : ce dernier étant emporté, on découvre les deux muscles droits postérieurs de la tête, l'un appelé le grand droit, et l'autre nommé petit droit. Il y a encore deux autres muscles placés obliquement ; le premier s'appelle le grand oblique, le second se nomme petit oblique : au-dessous de la seconde des vertébres du cou est une masse charnue qui occupe tout l'espace compris en-arrière entre les apophyses transverses et les apophyses épineuses des vertèbres du cou ; cette masse est la partie cervicale d'un muscle très-composé, qui porte le nom d'oblique épineux, et qui est un des plus forts extenseurs de l'épine : l'artère occipitale, l'artère cervicale postérieure, se trouvent aussi dans cet endroit : enfin sur le côté, sont placés les muscles releveurs de l'omoplate, les muscles scalenes, et le mastoïdien latéral, auxquels il faut ajouter les portions superieures du sacro-lombaire et du très-long du dos ; les nerfs cervicaux sortent sur les côtés par les trous latéraux de la portion cervicale de l'épine : l'artère vertébrale monte par ceux des apophyses transverses des vertèbres du cou : on trouve aussi le nerf récurrent de Willis, ou l'accessoire de la huitième paire. Toutes ces parties ôtées, les vertèbres cervicales restent à nud ; il y en a sept, la première s'appelle atlas, la seconde se nomme axis : les quatre suivantes n'ont point de noms particuliers : la septième s'appelle prominente : dans l'union de la première et de la seconde est l'apophyse odontoïde, et de cette apophyse naissent les deux forts ligaments qui vont s'attacher à l'occiput, et qu'on nomme les odonto-occipitaux : le ligament transversal et l'infundibuliforme sont aussi placés dans ce lieu, etc. Voyez tous les noms écrits en lettres italiques.

La peau qui couvre la poitrine en-devant est plus fine que par-tout ailleurs : elle soutient dans les deux sexes les mamelles, qui, quoique différentes à bien des égards, se ressemblent pourtant en ce que dans l'un comme dans l'autre, il s'élève du milieu un bouton appelé du nom de papille : il est bien plus gros chez les femmes ; un cercle plus ou moins large l'entoure ; c'est l'aréole. Dans les femmes le corps de la mamelle est fait par une masse de glandes réunies et entourées de graisse ; la forme et le volume varient, mais l'usage et la destination sont les mêmes : le lait filtré dans les mamelles des nourrices, passe dans certains réservoirs nommés vaisseaux galactophores, desquels il s'échappe par des tuyaux plus fins, qui pénètrent le mamelon et s'ouvrent à sa surface. Sous les mamelles se rencontrent les muscles grands pectoraux : ils tirent le bras en-bas et en devant, et couvrent la plus grande partie de la poitrine ; le reste est couvert en-devant et sur le côté, premièrement par la partie supérieure des muscles droits du ventre, et l'aponévrose sous laquelle ils sont situés, et secondement, par la portion supérieure des muscles grands obliques du bas-ventre. Au milieu de la poitrine est un of que la peau et quelques expansions aponévrotiques couvrent uniquement ; on lui donne le nom de sternum ; il est fait de trois pièces, dont la dernière et la plus basse porte le nom d'appendice, ou plus ordinairement de cartilage xiphoïde ; les cartilages des vraies côtes se joignent aux côtés de cet os, et par son extrémité supérieure il s'articule avec deux of nommés clavicules, lesquels s'etendent jusqu'à l'épaule dont ils font une partie. Entre cet of et la première des vraies côtes, il y a de chaque côté un muscle nommé souclavier ; il abaisse la clavicule et la tire un peu en-devant : on trouve sous la clavicule et derrière ce muscle la veine et l'artère sous-clavières. Cette dernière produit les artères mammaires internes, de l'anastomose desquelles avec l'artère épigastrique, on a fait tant de bruit, quoique cela n'en méritât guère la peine. La sous-clavière fournit encore les artères vertébrales, cervicales, et pour l'ordinaire les premières intercostales. Les veines qui accompagnent ces artères et qui portent les mêmes noms pour la plupart, vont se terminer à la veine sous-clavière, ou au tronc prochain de la veine-cave. Sous le muscle grand pectoral on aperçoit celui qui porte le nom de petit pectoral, et qui va s'insérer à l'apophyse coracoïde de l'omoplate : un peu plus bas est le muscle grand dentelé, qui tient d'une part aux côtes, et de l'autre à la base de l'omoplate dans toute sa longueur. Cet of qu'on appelle omoplate, se trouve à la partie supérieure et postérieure de la poitrine ; il forme une partie de l'épaule. Le muscle trapèse s'insere à certaine éminence de cet os, qu'on nomme l'épine de l'omoplate, dont le bout saillant est ce qu'on nomme l'acromion, et qui s'unit avec la clavicule. Du bord postérieur de l'omoplate part un muscle qui va s'insérer à l'épine, c'est le romboïde, au-dessus duquel est l'insertion du releveur de l'omoplate. La côte qui est au-dessus de l'épine de l'omoplate, et qui porte le nom de côte surépineuse, renferme un muscle, qui va s'insérer à l'os du bras ; on l'appelle muscle surépineux : au-dessous de la même épine est placé le muscle sous-épineux. Sur le bord antérieur de l'omoplate se trouve le muscle petit rond ; et de son angle intérieur nait le muscle grand rond : une partie de cet angle est couvert par le bord supérieur du muscle grand dorsal : c'est le plus large de tous les muscles de notre machine ; il descend de l'os du bras jusqu'au sacrum. Sous l'omoplate est le muscle sous-scapulaire : on trouve dans l'aisselle les glandes nommées axillaires ; elles sont lymphatiques comme les glandes du cou : l'artère et veine axillaires se rencontrent aussi dans la même région : l'artère produit la mammaire externe et les scapulaires. Enfin, on peut considérer ici les nerfs qui vont au bras, et qui dans ce lieu forment un plexus nommé brachial, duquel naissent principalement les nerfs suivants ; savoir, les scapulaires tant supérieurs qu'inférieurs, le médian, le cutané, le musculo-cutané, le cubital, le radial, et l'huméral. Si l'on écarte toutes les parties désignées, on voit paraitre en-arrière les muscles dentelés postérieurs, dont l'un se nomme supérieur, et l'autre inférieur, tous les deux, comme il est aisé de le penser, à cause de leur situation. Sous ces muscles sont les principaux extenseurs de l'épine, qui sont connus sous les noms de sacrolombaires, très-longs du dos, épineux et obliques épineux. Les releveurs des côtes paraissent ensuite, c'est-à-dire, quand on a enlevé le sacrolombaire et le très-long du dos, les côtes sont maintenant découvertes ; on peut distinguer les vraies d'avec les fausses, et leur articulation avec le sternum et les vertébres thorachiques, ou dorsales. Les espaces que les côtes laissent entr'elles sont remplis par les muscles intercostaux, dont il y a deux plans, l'un interne, l'autre externe, qui ont tous deux la même action, qui consiste à élever les côtes. Dans une certaine rainure creusée au bord inférieur de chaque côte, sont logées les veines et les artères intercostales, lesquelles sont accompagnées des nerfs costaux. Si l'on ouvre la poitrine, on rencontrera sur le sternum et les parties voisines des dernières vraies côtes, les bandes musculaires appelées muscles sterno-costaux. On voit aussi certaines portions charnues, qui suivant la direction des intercostaux internes, passent quelquefois par-dessus une ou deux côtes sans s'y attacher, pour s'insérer à la côte qui est au-dessus. Ce sont les sous-costaux de Verheyen : la plèvre est la membrane qui couvre l'intérieur de la poitrine ; elle se réfléchit vers le milieu pour former le médiastin ; c'est une cloison qui partage la poitrine en deux loges. Entre les deux lames de cette cloison, est placé un grand sac conique, composé de trois tuniques, et qui renferme le premier de nos viscères, le cœur. Sa base est attachée fort étroitement à la face supérieure du diaphragme : on trouve ordinairement un peu d'eau dans ce sac. Le cœur est un muscle creux, placé presqu'au milieu de la poitrine ; de manière que sa pointe est à gauche, et sa base directement à la partie moyenne du thorax. L'artère pulmonaire sort de la partie la plus élevée de la face antérieure, qui répond à l'une des principales cavités du cœur appelée ventricule droit par les anciens, et que les modernes ont nommé ventricule antérieur. La grande artère ou l'aorte, prend sa naissance en-arrière du ventricule gauche ou ventricule postérieur. A la base du cœur au-dessus de chaque ventricule, est un sac nommé oreillette, l'une droite et plus grande, l'autre gauche et plus petite. C'est dans la première que la veine-cave vient dégorger le sang qu'elle ramasse de toutes les parties du corps : on voit à son entrée par bas un repli membraneux nommé la valvule d'Eustache. L'oreillette a un petit prolongement qu'on appelle son appendice : une cloison sépare les deux oreillettes, et dans le foetus on voit dans son milieu le trou botal avec la valvule ; dans l'adulte il ne reste que la trace de cette ouverture ; les veines pulmonaires viennent se rendre à l'oreillette gauche. On voit à la surface du cœur les artères coronaires : les deux ventricules sont à l'intérieur séparés par une cloison forte et épaisse : toute la surface interne de ces cavités présente un grand nombre de cordes charnues plus ou moins grosses, nommées colomnes du cœur : leurs racines s'entrelacent d'une manière admirable ; et de leurs extrémités opposées partent plusieurs filets tendineux, qui se réunissant et s'épanouissant, forment une valvule festonée, qu'on trouve placée à l'entrée de l'oreillette dans le ventricule, et qu'on appelle la valvule auriculaire. Les anciens appelaient valvules mitrales les deux festons de cette soupape, qui pendent dans le ventricule gauche, et ils donnaient le nom de valvules tricuspidales, à ceux du ventricule droit. A l'embouchure des deux grosses artères dans les ventricules, se rencontrent trois soupapes ou valvules appelées sémi-lunaires, à cause de la figure qu'elles ont. Auprès de ces valvules à l'entrée de l'artère aorte, se trouvent les orifices des artères coronaires : cette grande artère s'élève en sortant du cœur, puis se contourne de droite à gauche, et descend derrière le cœur, en s'appliquant sur le côté gauche de la colonne de l'épine. Cette courbure est ce qu'on appelle la crosse de l'aorte : un conduit : va dans le foetus de la concavité de cette courbure jusqu'à l'artère pulmonaire à laquelle il s'abouche ; c'est le canal artériel. La convexité de la même courbure produit à droite un gros tronc qui se partageant en deux, fait les artères carotides et souclavières droites : à gauche naissent séparément les deux artères du même nom ; en descendant vers le diaphragme, l'aorte produit de chaque côté un peu en-arrière les artères intercostales, et en-devant l'artère bronchiale, et les artères oesophagiennes. Dans le voisinage est l'oesophage, qui continue sa route vers l'estomac, à côté duquel sont les glandes oesophagiennes ; la veine azygos se trouve encore dans cette région. Entre elle et la grande artère est placé le conduit thorachique : derrière la plèvre sur les extrémités des côtes sont rangés les ganglions des nerfs grands sympathiques. On voit aussi sur le côté de l'épine plusieurs nerfs provenans de ces ganglions se réunir, pour traverser le diaphragme, et s'aller rendre dans le ventre aux ganglions sémi-lunaires : le poumon remplit dans la poitrine tout le vuide que les parties susdites laissent. C'est un très-gros viscère, mou, et cellulaire ; il reçoit l'air et le chasse, et doit être regardé comme le principal organe de la sanguification. La trachée-artère, après avoir fait quelque chemin dans la poitrine, se partage en deux branches qu'on appelle bronches, et sur les divisions desquelles sont plusieurs petits paquets glanduleux nommés glandes bronchiales : la poitrine étant vuidée, on voit les douze vertèbres du dos, leurs ligaments, etc. Ces vertèbres, comme les cervicales, font en-arrière un conduit pour le passage de la moèlle épinière : on découvre aussi la cloison musculaire, qui sépare le ventre de la poitrine ; c'est le diaphragme. Sa partie moyenne est aponévrotique ; on la nomme le centre nerveux ; on voit trois ouvertures dans ce muscle ; l'une laisse passer la veine-cave, elle est ronde et creusée dans la portion aponévrotique : la seconde est dans le bas de la portion charnue ; elle est oblongue, et livre passage à l'oesophage : la troisième est placée entre les deux piliers du diaphragme ; et c'est par cette dernière que descend l'artère aorte, et que montent la veine azygos et le conduit thorachique. Ce qu'on nomme piliers du diaphragme, sont deux appendices placées sur les vertèbres des lombes, et qui s'y attachent ; ils forment ce qu'on appelle le pétit muscle du diaphragme.

Sous cette cloison est la plus grande des cavités de notre machine, le ventre intérieur ou l'abdomen : chacun sait que le nombril est au milieu de sa surface antérieure. Sous les téguments sont placés en-devant les muscles grands obliques, les petits obliques, les transverses, et les droits à la partie inférieure desquels on trouve souvent deux petits muscles nommés piramidaux : la ligne blanche sépare les muscles du côté droit de ceux du côté gauche. Sous les muscles droits sont situées les artères mammaires internes et les épigastriques, dont les rameaux s'anastomosent ensemble. L'aponévrose du muscle grand oblique laisse vers le pubis un écartement appelé l'anneau des muscles du bas-ventre, par lequel sort dans les hommes le cordon des vaisseaux spermatiques, et dans la femme les ligaments ronds de la matrice. Du bord inférieur du muscle petit oblique, il se détache un petit muscle qui va jusqu'au testicule ; il porte le nom de crémaster : l'intérieur du bas-ventre est tapissé par le péritoine. C'est une membrane assez semblable à la plèvre, et qui se réfléchit dans plusieurs endroits pour former des sacs dans lesquels plusieurs viscères sont renfermés. L'estomac est placé dans l'hypocondre du côté gauche, et s'étend plus ou moins dans l'épigastre. L'orifice qui communique avec l'oesophage, et qui est à la partie supérieure du sac se nomme cardia : celui qui est au bout de la petite extrémité, et par lequel les aliments passent dans les intestins, s'appelle le pylore : on voit autour du cardia les ramifications de l'artère coronaire stomachique. Dans le même endroit sont les nerfs de la huitième paire ; tout le long de la grande courbure de l'estomac pend une membrane graisseuse nommée omentum ; et dans le lieu où elle adhere à l'estomac, il se trouve deux artères, dont l'une vient de droite à gauche ; c'est la grande-gastrique ; l'autre vient dans un sens contraire, c'est la petite gastrique. Ces deux tuyaux s'anastomosent en se rencontrant ; la rate est placée derrière la grosse extrémité de l'estomac à gauche : on voit l'artère splénique qui va s'y rendre, et la grosse veine splénique qui en revient ; les vaisseaux courts sont dans cet endroit : au-dessus de la petite courbure de l'estomac est placé le petit épiploon de M. Winslow. La région hypocondriaque droite est occupée par le foie : son grand lobe est perpendiculaire, et descend jusqu'au bord des fausses côtes. Le petit lobe va horizontalement, et s'avance dans la région de l'épigastre, en couvrant la petite extrémité de l'estomac. La grande scissure sépare ces deux lobes, au bout de laquelle en-arrière est le lobule de Spigel. C'est dans cette grande scissure que s'avance la veine ombilicale, qui depuis le nombril jusqu'au foie est soutenue par une petite duplicature du péritoine nommée la faulx du péritoine. Cette veine s'ouvre dans le sinus de la veine-porte : de ce dernier canal il en part un dans le foetus, qui va se rendre à la veine-cave en passant près du lobule de Spigel ; on lui donne le nom de conduit veineux. Dans la région de cette grande scissure, on trouve, outre le sinus de la veine-porte, l'artère hépatique, le canal hépatique, et les nerfs qui vont au foie et font le plexus hépatique antérieur. La vésicule du fiel est placée à la face interne du grand lobe ; elle fournit le conduit cystique, qui se réunissant à l'hépatique, fait le canal cholidoque. En allant au foie, l'artère hépatique envoie les artères pylorique, duodénale, grande gastrique, pancréatiques droites, et les deux gemelles ou artères cystiques. Les veines hépatiques vont en-haut et en-arrière se rendre à la veine-cave ; elles sont au nombre de trois principales. Le foie est attaché au diaphragme par le moyen de trois ligaments ; le moyen ou suspenseur, le latéral droit, et le latéral gauche : outre cela sa surface adhere immédiatement à celle du diaphragme ; et cette adhérence est ce qu'on nomme le ligament coronaire du foie. Entre l'estomac et le foie se trouve l'intestin duodenum, dans la cavité duquel est l'orifice du conduit cholidoque, et celle du canal pancréatique. Le pancréas est derrière l'estomac, et un peu plus bas que lui : c'est dans cette région que l'artère aorte produit les artères coeliaques et phréniques, et un peu plus bas l'artère mésentérique supérieure. On y trouve aussi les ganglions sémi-lunaires, auxquels se rendent les nerfs de la paire vague, et qui produisent la plus grande partie des plexus nerveux du bas-ventre ; savoir le plexus transversal, le plexus splénique, le plexus hépatique postérieur, les plexus reinaux, le plexus solaire, et le plexus mesentérique supérieur, auxquels cas on peut ajouter le plexus arrière mésentérique. Quand on a levé l'épiploon, on découvre les intestins jejunum et ileum ; ils sont arrêtés par le mésentère, dans le tissu cellulaire duquel on trouve les glandes mésentériques et les rameaux de l'artère mésentérique supérieure, accompagnés des veines mésaraïques. Les vaisseaux lactés sont à côté, et vont se rendre à un certain sac membraneux, qui porte le nom de réservoir de Pecquet, duquel s'élève le canal thorachique ; les gros intestins sont derrière ceux que nous venons de nommer ; le coecum est le premier ; il porte l'appendice vermiforme ; le second est le colon ; la valvule de Bauhin est placée à l'entrée du coecum dans le colon. A la surface externe de ce dernier sont les appendices épiploïques, et les trois bandes charnues appelées improprement ligaments du colon, ou bandes ligamenteuses. On découvre aussi les cellules de cet intestin : le mésocolon retient la principale partie de ce gros intestin, que l'on nomme l'arc du colon, qui passe sous l'estomac, et à laquelle s'attache la seconde lame de l'épiploon. Ce qu'on appelle l'S du colon est fait par deux contours de ce boyau dans la région lombaire et iliaque gauches : en se continuant et se prolongeant dans le petit bassin pour gagner le podex, le gros boyau prend le nom de rectum. A son extrémité sont placés les muscles releveurs de l'anus, et les deux sphincters, l'interne et le cutané. La grosse veine hémorrhoïdale avec l'artère intestinale inférieure, sont placées sur le rectum. On peut voir dans le mésocolon l'artère colique supérieure, et dans la seconde courbure de son S l'artère mésentérique inférieure. Si l'on enlève maintenant tous les viscères mentionnés et le péritoine, on aperçoit derrière cette toile membraneuse les deux reins, et au-dessus les capsules atrabilaires : l'aorte envoie deux artères aux reins ; on les nomme rénales ; deux veines du même nom reviennent vers la veine-cave. Le rein a vers la partie postérieure un conduit de décharge nommé uretère, dont le principe est fait en forme de vessie et se nomme le bassinet du rein. Les tuyaux qui s'ouvrent dans ce bassinet, aboutissent à certains épanouissements membraneux, qui embrassent les papilles du rein, et que l'on appelle les calices : ces papilles sont les extrémités de la substance rayonnée du rein, laquelle est enveloppée de la substance corticale. Entre les deux reins et sur le devant de l'épine, est l'artère aorte qui fournit en-arrière les artères lombaires, et en-devant à quelque distance des émulgentes les artères spermatiques. La veine-cave est sur la droite à quelque distance ; dans le fonds de la région lombaire sont les vertèbres de même nom, et sur leurs côtés les principes, ou parties supérieures des muscles grands et petits psoas, les muscles carrés des lombes, et les parties inférieures des extenseurs de l'épine, le muscle dentelé postérieur et inférieur, et partie du muscle très-large du dos.

Le bassin qui est à la partie basse du ventre est fait par le sacrum, le coccix, et les of innominés, qu'on distingue en trois portions, qui sont l'os des iles, l'os ischium, et le pubis. L'union de ce dernier of du côté droit avec celui du côté gauche, se nomme la symphise du pubis. A l'extérieur du bassin sont placés en-arrière les muscles grands, moyens, et petits fessiers, les muscles coxigiens, les pyramidaux, l'accessoire de l'obturateur interne, le carré de la cuisse. Les ligaments ilio-sacro-sciatiques, et les sacro-sciatiques, sont aussi dans cette même région ; on y trouve aussi les artères fessières, les grandes honteuses, les sciatiques, et les veines qui portent les mêmes noms : on y voit enfin le gros nerf sciatique, qui produit les nerfs fessiers, etc.

A la partie antérieure du petit bassin sont placées les parties génitales externes de l'un et l'autre sexe : dans les mâles ces parties sont la verge et les bourses. La première a une sorte de tête appelée le gland, qui est couvert par le prépuce ; on voit au bout du gland l'orifice du conduit des urines, qui va le long de la verge jusqu'à la vessie, et qu'on nomme l'urethre : à la base du gland est un bourrelet nommé la couronne du gland, dans le voisinage duquel sont certaines glandes nommées glandes odorantes de Tyson. Le corps de la verge est fait par les deux corps caverneux et l'urethre, qui est entouré d'un tissu spongieux : un ligament se présente vers sa racine ; on le nomme le ligament élastique de la verge. C'est aussi vers cette racine que viennent se terminer les muscles ischio-caverneux, et les muscles bulbo-caverneux : sur le dos de la verge sont placés beaucoup de vaisseaux sanguins et de nerfs. La peau qui forme les bourses se nomme le scrotum, au-dessous de laquelle est un tissu appelé le dartos ; la tunique vaginale du testicule vient ensuite, puis le testicule lui-même, dont la membrane extérieure se nomme albuginée. Le testicule porte une appendice, qui rampe sur son bord supérieur, c'est l'épididime qui produit le canal déférent. Ce conduit monte le long du cordon des vaisseaux spermatiques ; il est accompagné de l'artère spermatique des nerfs honteux, et d'un lacis de veines qu'on nomme le corps pampiniforme : le crémaster couvre la plus grande partie de ce cordon. Après que le conduit déférent a pénétré dans l'abdomen, il se porte derrière la vessie urinaire, et communique avec les vésicules séminales, lesquelles donnent naissance à un petit tuyau excréteur qui va se terminer dans le canal de l'urethre, et y porte la semence. Le commencement de ce conduit est embrassé par la glande prostate : on voit à l'intérieur une éminence nommée le verumontanum : le tissu spongieux commence à quelque distance de là à couvrir le canal de l'urethre ; ce commencement qui est renflé s'appelle le bulbe de l'urethre : au-dessus est la partie membraneuse de ce conduit, et l'on trouve-là les glandes petites prostates, le muscle transversal, et les petits muscles prostatiques. On voit aussi à l'extérieur du conduit les lacunes, et vers son extrémité qui traverse le gland, on observe la fosse naviculaire : par son autre extrémité, ce conduit mène à la vessie urinaire, laquelle est placée derrière le pubis, et donne de son sommet naissance à un cordon nommé l'ouraque, qui va jusqu'au nombril, et à côté duquel sont placées les artères ombilicales ; dans le bas de la vessie sont les orifices des urethres.

La face interne de l'os des îles est couverte par le muscle iliaque : les artères et veines iliaques avec les nerfs cruraux, sont vers le bord du bassin ; l'artère sacrée est au milieu vers le bord du sacrum. On voit sur le côté des vertèbres des lombes les nerfs lombaires, et plus bas les nerfs sacrés sortent par les trous antérieurs du sacrum : le muscle obturateur interne couvre en dedans le grand trou ovale de l'os innominé. Le ligament obturateur le soutient, et au-dessus se remarque une ouverture qui laisse passer le nerf obturateur et l'artère obturatrice : en dehors se trouve le muscle obturateur externe sur le même trou ovale. Enfin depuis le diaphragme jusqu'au bas du petit bassin, on voit une double rangée des ganglions du nerf grand lympatique ; quelques-uns les ont appelés ganglions hordéiformes.

Les parties génitales des femmes sont internes et externes : au-dessus de ces dernières s'élève le mont de vénus : la grande fente est plus bas ; ses bords se nomment les grandes lèvres : les angles qu'elles font en se rencontrant sont les commissures ; dans l'inférieure est la fourchette. En écartant les lèvres on voit en haut le gland du clitoris avec son prépuce : le corps de cette partie est caché sous la peau ; il ressemble à la verge de l'homme : il est fait de deux corps caverneux, dont les racines sont attachées aux branches du pubis : il est soutenu par un ligament élastique et deux muscles de chaque côté s'y rendent, qui sont les bulbes caverneux et les constricteurs de la vulve, sous lesquels est placé le plexus rétiforme. Il ne manque au clitoris pour ressembler parfaitement à la verge de l'homme, que d'avoir comme elle un urethre. Le méat urinaire et le conduit des urines sont en haut à quelque distance du clitoris, et l'on voit un peu plus en devant les deux appendices nommées nymphes ; plus loin est l'hymen dans les vierges, et les caroncules mirthiformes dans les personnes mariées. La première des parties intérieures est le vagin ; il est placé sur l'intestin rectum : on voit à son extrémité supérieure l'orifice de la matrice, ou l'os tincae, au-dessus duquel est le col de ce même organe, qui vient ensuite lui-même, et qui est retenu par les ligaments larges et les ligaments ronds : il y a une petite ouverture de chaque côté à son angle supérieur ; elle mène à la trompe de Fallope ; c'est un conduit membraneux, qui va toujours en s'élargissant, et se termine par une extrémité frangée, qu'on nomme le pavillon de la trompe, à quelque distance duquel est le testicule des femmes, que les modernes ont appelé ovaire. Chacun sait que la matrice est le lieu où l'enfant séjourne pendant neuf mois, avant de venir au monde : il y est renfermé dans une double membrane ; la première porte le nom de chorion, et la seconde celui d'amnios : il y a de plus une grosse masse aplatie semblable à un gâteau, laquelle s'attache à la matrice ; c'est le placenta auquel le cordon ombilical vient se rendre ; ce cordon est fait des deux artères ombilicales et de la veine du même nom, liées ensemble par un tissu assez fort.

Après avoir passé en revue les parties du tronc, jetons un coup d'oeil sur celles des extrémités ; commençons par les supérieures.

Ce qui fait le gros moignon de l'épaule, c'est le muscle deltoïde, qui couvre l'articulation du bras avec l'omoplate. A la partie antérieure du bras sous les téguments, sont placés les muscles biceps et le brachial : du tendon du biceps nait cette aponévrose, qui couvre toute la partie interne et supérieure de l'avant-bras : à la partie interne et supérieure du bras, est une portion du grand pectoral, qui cache une des extrémités du biceps et le muscle coracobrachial, au bas duquel est le ligament intermusculaire interne : sous la peau qui couvre ces parties, se trouve l'artère brachiale, qui donne en-haut l'humérale et la grande collatérale. Elle fournit par en-bas la petite collatérale, ou l'interne ; les veines brachiales satellites accompagnent l'artère aussi bien que les nerfs médian, cutané interne et le nerf cubital : celui qu'on nomme musculo cutané, traverse le muscle coracobrachial, passe entre le brachial et le biceps, et vient à l'extérieur de l'avant bras : il y en a encore un au-dessus ; c'est l'huméral qui se perd dans le deltoïde. La partie postérieure du bras est occupée par le muscle triceps brachial : on trouve en dehors le nerf radial et l'artère collatérale externe descendante : l'os du bras s'appelle humerus. L'avant bras est formé de deux os, savoir du cubitus et du radius : le ligament qui tient l'espace que ces of laissent entr'eux, se nomme ligament inter-osseux brachial ; celui qui entoure la tête de l'os du rayon est le coronaire radial ; enfin le ligament humero-radial est au côté externe de l'article, et l'humero-cubital est au côté interne. La première chose qui parait sous la peau de l'avant-bras, est l'aponévrose qui vient en partie du biceps, sous laquelle on voit d'abord l'artère brachiale qui se divise en cubitale et radiale, et la division du nerf médian : sur l'aponévrose sont les veines basilique, médiane ; la céphalique est sur le haut de l'avant-bras en dehors, et les cubitales sont en dedans vers le coude. On voit du côté interne une masse charnue, composée des muscles radial interne, rond pronateur, long palmaire, cubital interne : sous cette première couche musculaire, il en est une autre faite par les muscles sublime et profond, avec le fléchisseur propre du pouce : au bas de l'avant-bras en devant est placé le muscle pronateur carré. L'artère cubitale et le nerf du même nom sont dans la même région.

L'avant-bras présente une autre masse du côté du rayon ; celle-ci est formée par les muscles long supinateur, les radiaux externes, et le court supinateur : la veine céphalique est ici sous la peau, et plus profondément se trouve l'artère radiale qui fournit une petite artère, laquelle remonte vers l'articulation ; et qui se nomme l'artère collatérale ascendante radiale. La cubitale en fournit une semblable de son côté, c'est l'artère collatérale ascendante cubitale. A la partie postérieure de l'avant-bras, sont placés les muscles cubital externe, l'extenseur commun des doigts, l'extenseur propre du petit doigt : et plus haut que ces muscles vers l'olécrane, on voit le muscle anconeus : sous les muscles que je viens d'indiquer, sont placés les extenseurs propres du pouce, et celui de l'index, qu'on nomme indicateur : l'artère intérosseuse externe se perd dans ces muscles ; l'interne, conjointement avec le nerf intérosseux, rampe à la surface antérieure du ligament intérosseux.

La main est la troisième partie de l'avant-bras, le dedans se nomme la paulme de la main : la partie opposée s'appelle le dos. Sous la peau de cette dernière région sont plusieurs veines, entre lesquelles les anciens distinguaient celle qui répond au petit doigt ; ils l'appelaient la salvatelle : la peau et les veines étant enlevées, on voit les tendons des radiaux externes et ceux des extenseurs commun et propre lesquels sont tous bridés par le ligament annulaire externe placé vers l'articulation du poignet. Ces tendons se continuent sur les doigts, au mouvement desquels ils servent. Les intervalles que laissent les of du métacarpe entr'eux, sont occupés par les muscles intérosseux externes ; celui qui est entre l'os, qui soutient le pouce et l'os qui porte l'index, se nomme l'adducteur de l'index. Sous la peau du dedans de la main est placée l'aponevrose palmaire, à laquelle tient le muscle palmaire cutané : vers le haut du poignet se trouve le ligament annulaire interne, sous lequel passent les tendons des muscles fléchisseurs ; l'aponevrose levée, ces tendons paraissent à découvert, ils s'avancent jusqu'au bout des doigts, et sont arrêtés en chemin par plusieurs traverses ligamenteuses. Il y a ici quatre petits muscles nommés lombricaux, qui tiennent par un bout aux tendons du muscle fléchisseur profond. Les intérosseux internes sont ici placés entre les of du métacarpe : on appelle antithénar celui qui est entre le pouce et l'index : sur le premier of du pouce est placé le muscle appelé thénar. Il y a deux muscles du côté du petit doigt ; l'un se nomme hypothenar, l'autre est le métacarpien : les artères radiales et cubitales se rencontrent et s'anastomosent dans la paume de la main : on y voit aussi les divisions des nerfs palmaires qui viennent du médian et du cubital. Le poignet est fait de huit petits os, qui sont le trapèse, le piramidal, le grand os, le crochu, le scaphoïde, le lunaire, le cuneïforme et le pisiforme ; sur ces of sont placés les cinq of du métacarpe, dont l'un soutient le pouce : chaque doigt est fait de trois petits of nommés phalanges, excepté le pouce qui n'en a que deux. On trouve aux articulations des doigts, certains petits of appelés of sésamoïdes.

L'extrémité inférieure est composée de la cuisse, de la jambe et du pied. A la partie antérieure de la cuisse sous les téguments, se trouve le muscle quadriceps ; une partie du grand couturier, les vaisseaux et les nerfs cruraux en haut, le muscle obturateur externe qui est appliqué sur le bassin, aussi-bien que le pectineus : à la partie interne sont les vaisseaux cruraux et les trois adducteurs de la cuisse : le fascia lata et le muscle épineux sont placés extérieurement, et l'on trouve en arrière le muscle biceps crural, le demi-nerveux, le demi-membraneux, et les vaisseaux qui changent de nom en passant sous le jarret, et prennent celui de poplités. L'os de la cuisse se nomme femur. Dans son articulation avec l'os innominé se trouve un ligament aplati, et dans son union avec la jambe, on voit en devant la rotule, et dans l'intérieur les ligaments croisés. La jambe est faite de deux os, le tibia et le péroné ; entre ces deux of est un ligament intérosseux, à la face antérieure duquel sont placés les muscles jambiers antérieurs, le long extenseur commun des orteils, et l'extenseur propre du pouce : l'artère tibiale antérieure se trouve entre ces muscles : sur le côté sont les deux muscles péroniers externes et les nerfs péroniers ; en arrière sont les muscles gastrocnémiens, le tibial grêle, le solaire, le jambier postérieur, le long fléchisseur commun des orteils, le fléchisseur propre du pouce, l'artère tibiale postérieure, la péronière, la surale, l'intérosseuse, et les veines satellites de toutes ces artères, les nerfs tibiaux : vers les malléoles sous la peau, sont les veines saphènes, l'une interne et l'autre externe : vers la jointure du pied est en devant le ligament annulaire externe, et en arrière le tendon d'Achille. Le pied est fait du tarse, du métatarse et des orteils : le tarse est fait par l'assemblage de sept os, qui sont le calcancum, l'astragal, le scaphoïde, le cuboïde, et les trois cunéïformes : le métatarse est fait de cinq os, et chacun des orteils de trois phalanges, à l'exception du pouce qui n'en a que deux. Sous la peau du dos du pied sont les tendons extenseurs et le muscle pédieux : sous celle de la plante du pied est placée l'aponévrose plantaire ; les tendons des fléchisseurs couverts par le muscle sublime, les lombricaux, et le muscle accessoire du profond ; les nerfs et les vaisseaux plantaires, les muscles fléchisseurs courts du gros orteil, le muscle abducteur transversal du même, les muscles intérosseux internes ; les externes paraissent en dehors, et la masse musculaire qui fait le bord externe de la plante du pied, et qui se divise en muscle métatarsin et muscle abducteur du petit orteil. Cet article est de M. PETIT, doct. en Medec. profess. en Anat. de l'acad. des Scienc.

HOMME, (Matière médicale) le corps humain fournit plusieurs remèdes à la Médecine, soit tandis qu'il jouit de la vie, soit après qu'il a cessé de vivre.

Le corps vivant donne la salive, le sang, l'urine, la cire des oreilles et la fiente. On retire du cadavre la graisse, les poils, les ongles et le crâne. Voyez ces articles particuliers. (b)

HOMME, s. m. (Morale) ce mot n'a de signification précise, qu'autant qu'il nous rappelle tout ce que nous sommes ; mais ce que nous sommes ne peut pas être compris dans une définition : pour en montrer seulement une partie, il faut encore des divisions et des détails. Nous ne parlerons point ici de notre forme extérieure, ni de l'organisation qui nous range dans la classe des animaux. Voyez HOMME, (Anatomie). L'homme que nous considérons est cet être qui pense, qui veut et qui agit. Nous chercherons donc seulement quels sont les ressorts qui le font mouvoir et les motifs qui le déterminent. Ce qui peut rendre cet examen épineux, c'est qu'on ne voit point dans l'espèce un caractère distinctif auquel on puisse reconnaitre tous les individus. Il y a tant de différence entre leurs actions, qu'on serait tenté d'en supposer dans leurs motifs. Depuis l'esclave qui flatte indignement son maître, jusqu'à Thamas qui égorge des milliers de ses semblables, pour ne voir personne au-dessus de lui, on voit des variétés sans nombre. Nous croyons apercevoir dans les bêtes des traits de caractère plus marqués. Il est vrai que nous ne connaissons que les apparences grossières de leur instinct. L'habitude de voir, qui seule apprend à distinguer, nous manque par rapport à leurs opérations. En observant les bêtes de près, on les juge plus capables de progrès qu'on ne le croit ordinairement. Voyez INSTINCT. Mais toutes leurs actions rassemblées laissent encore entr'elles et l'homme une distance infinie. Que l'empire qu'il a sur elles soit usurpé si l'on veut, il n'en est pas moins une preuve de la supériorité de ses moyens, et par conséquent de sa nature. On ne peut qu'être frappé de cet avantage lorsqu'on regarde les travaux immenses de l'homme, qu'on examine le détail de ses arts, et le progrès de ses sciences ; qu'on le voit franchir les mers, mesurer les cieux, et disputer au tonnerre son bruit et ses effets. Mais comment ne pas frémir de la bassesse ou de l'atrocité des actions par lesquelles s'avilit souvent ce roi de la nature ? Effrayés de ce mélange monstrueux, quelques moralistes ont eu recours pour expliquer l'homme, à un mélange de bons et de mauvais principes, qui lui-même a grand besoin d'être expliqué. L'orgueil, la superstition et la crainte ont produit des systèmes, et ont embarrassé la connaissance de l'homme de mille préjugés que l'observation doit détruire. La religion est chargée de nous conduire dans la route du bonheur qu'elle nous prépare au-delà des temps. La Philosophie doit étudier les motifs naturels des actions de l'homme, pour trouver des moyens du même genre, de le rendre meilleur et plus heureux pendant cette vie passagère.

Nous ne sommes assurés de notre existence que par des sensations. C'est la faculté de sentir qui nous rend présents à nous-mêmes, et qui bientôt établit des rapports entre nous et les objets qui nous sont extérieurs. Mais cette faculté a deux effets qui doivent être considérés séparément, quoique nous les éprouvions toujours ensemble. Le premier effet est le principe de nos idées et de nos connaissances ; le second est celui de nos mouvements et de nos inclinations. Les Philosophes qui ont examiné l'entendement humain, ont marqué l'ordre dans lequel naissent en nous la perception, l'attention, la réminiscence, l'imagination, et tous ces produits d'une faculté générale qui forment et étendent la chaîne de nos idées. Voyez SENSATIONS. Notre objet doit être ici de reconnaitre les principaux effets du désir. C'est l'agent impérieux qui nous remue, et le créateur de toutes nos actions. La faculté de sentir appartient sans-doute à l'âme ; mais elle n'a d'exercice que par l'entremise des organes matériels dont l'assemblage forme notre corps. De-là nait une différence naturelle entre les hommes. Le tissu des fibres n'étant pas le même dans tous, quelques-uns doivent avoir certains organes plus sensibles, et en consequence recevoir des objets qui les ébranlent, une impression dont la force est inconnue à d'autres. Nos jugements et nos choix ne sont que le résultat d'une comparaison entre les différentes impressions que nous recevons. Ils sont donc aussi peu semblables d'un homme à un autre que ces impressions mêmes. Ces variétés doivent donner à chaque homme une sorte d'aptitude particulière qui le distingue des autres par les inclinations, comme il l'est à l'extérieur par les traits de son visage. De-là on peut conclure que le jugement qu'on porte de la conduite d'autrui est souvent injuste, et que les conseils qu'on lui donne sont plus souvent encore inutiles. Ma raison est étrangère à celle d'un homme qui ne sent pas comme moi ; et si je le prend pour un fou, il a droit de me regarder comme un imbécille. Mais toutes nos sensations particulières, tous les jugements qui en résultent, aboutissent à une disposition commune à tous les êtres sensibles, le désir du bien-être. Ce désir sans-cesse agissant, est déterminé par nos besoins vers certains objets. S'il rencontre des obstacles, il devient plus ardent, il s'irrite, et le désir irrité est ce qu'on appelle passion ; c'est-à-dire un état de souffrance, dans lequel l'âme toute entière se porte vers un objet comme vers le point de son bonheur. Pour connaitre tout ce dont l'homme est capable, il faut le voir lorsqu'il est passionné. Si vous regardez un loup rassasié, vous ne soupçonnerez pas sa voracité. Les mouvements de la passion sont toujours vrais, et trop marqués pour qu'on puisse s'y méprendre. Or en suivant un homme agité par quelque passion, je le vois fixé sur un objet dont il poursuit la jouissance ; il écarte avec fureur tout ce qui l'en sépare. Le péril disparait à ses yeux, et il semble s'oublier soi-même. Le besoin qui le tourmente ne lui laisse voir que ce qui peut le soulager. Cette disposition frappante dans un état extrême, agit constamment, quoique d'une manière moins sensible dans tout autre état. L'homme sans avoir un caractère particulier qui le distingue, est donc toujours ce que ses besoins le font être. S'il n'est pas naturellement cruel, il ne lui faut qu'une passion et des obstacles pour l'exciter à faire couler le sang. Le mécant, dit Hobbes, n'est qu'un enfant robuste. En effet, supposez l'homme sans expérience comme est un enfant, quel motif pourrait l'arrêter dans la poursuite de ce qu'il désire ? c'est l'expérience qui nous fait trouver dans notre union avec les autres, des facilités pour la satisfaction de nos besoins. Alors l'intérêt de chacun établit dans son esprit une idée de proportion entre le plaisir qu'il cherche, et le dommage qu'il souffrirait s'il aliénait les autres. De-là naissent les égards, qui ne peuvent avoir lieu, qu'autant que les intérêts sont superficiels. Les passions nous ramènent à l'enfance, en nous présentant vivement un objet unique, avec ce degré d'intérêt qui éclipse tout. Ce n'est point ici le lieu d'examiner quels peuvent être l'origine et les fondements de la société. Voyez SOCIABILITE et SOCIETE.

Quels que puissent être les motifs qui forment et resserrent nos liens réciproques, il est certain que le seul ressort qui puisse nous mettre en mouvement, le désir du bien-être, tend sans-cesse à nous isoler. Vous retrouverez par-tout les effets de ce principe dominant. Jettez un coup d'oeil sur l'univers, vous verrez les nations séparées entr'elles, les sociétés particulières former des cercles plus étroits, les familles encore plus resserrées, et nos vœux toujours circonscrits par nos intérêts, finir par n'avoir d'objet que nous-mêmes. Ce mot que Paschal ne haïssait dans les autres, que parce qu'un grand philosophe s'aime comme un homme du peuple, n'est donc pas haïssable, puisqu'il est universel et nécessaire. C'est une disposition réciproque que chacun de nous éprouve de la part des autres, et lui rend. Cette connaissance doit nous rendre fort indulgens sur ce que nous regardons comme torts à notre égard : on ne peut raisonnablement attendre de l'attachement de la part des hommes, qu'autant qu'on leur est utile. Il ne faut pas se plaindre que le degré d'utilité en soit toujours la mesure, puisqu'il est impossible qu'il y en ait une autre. L'attachement du chien pour le maître qui le nourrit, est une image fidèle de l'union des hommes entr'eux. Si les caresses durent encore lorsqu'il est rassasié, c'est que l'expérience de ses besoins passés lui en fait prévoir de nouveaux. Ce qu'on appelle ingratitude doit donc être très-ordinaire parmi les hommes ; les bienfaits ne peuvent exciter un sentiment durable et désintéressé, que dans le petit nombre de ceux en qui l'habitude fait attacher aux actions rares une dignité qui les élève à leurs propres yeux. La reconnaissance est un tribut qu'un orgueil estimable se paye à lui-même, et cet orgueil n'est pas donné à tout le monde. Dans la société, telle que nous la voyons, les liens n'étant pas toujours formés par des besoins apparents, ou de nécessité étroite, ils ont quelquefois un air de liberté qui nous en impose à nous-mêmes. On n'envisage pas, comme effets du besoin, les plaisirs enchanteurs de l'amitié, ni les soins désintéressés qu'elle nous fait prendre, mais nous ne pensons ainsi, que faute de connaitre tout ce qui est besoin pour nous. Cet homme, dont la conversation vive fait passer dans mon âme une foule d'idées, d'images, de sentiments, m'est aussi nécessaire que la nourriture l'est à celui qui a faim. Il est en possession de me délivrer de l'ennui, qui est une sensation aussi importune que la faim même. Plus nos attachements sont vifs, plus nous sommes aisément trompés sur leur véritable motif. L'activité des passions excite et rassemble une foule d'idées, dont l'union produit des chimères comme la fièvre forge des rêves à un malade ; cette erreur, sur le but de nos passions, ne nous séduit jamais d'une manière plus marquée, que dans l'amour. Lorsque le printemps de notre âge a développé en nous ce besoin qui rapproche les sexes, l'espérance jointe à quelques rapports, souvent mal-examinés, fixe sur un objet particulier nos vœux, d'abord errants ; bientôt cet objet toujours présent à nos désirs, anéantit pour nous tous les autres : l'imagination active va chercher des fleurs de toute espèce pour embellir notre idole. Adorateur de son propre ouvrage, un jeune homme ardent voit dans sa maîtresse le chef-d'œuvre des grâces, le modèle de la perfection, l'assemblage complet des merveilles de la nature ; son attention concentrée ne s'échappe sur d'autres objets, que pour les subordonner à celui-là. Si son âme vient à s'épuiser par des mouvements aussi rapides, une langueur tendre l'appesantit encore sur la même idée. L'image chérie ne l'abandonne dans le sommeil, qu'avec le sentiment de l'existence ; les songes la lui représentent, et plus intéressante que la lumière, c'est elle qui lui rend la vie au moment du réveil. Alors si l'art ou la pudeur d'une femme, sans désespérer ses vœux, vient à les irriter par le respect et par la crainte, l'idée des vertus jointe à celle des charmes, lui laisse à peine lever des yeux tremblans sur cet objet majestueux : ses désirs sont éclipsés par l'admiration ; il croit ne respirer que pour ce qu'il adore ; sa vie serait mille fois prodiguée, si l'on désirait de lui cet hommage. Enfin arrive ce moment qu'il n'osait prévoir, et qui le rend égal aux dieux : le charme cesse avec le besoin de jouir, les guirlandes se fannent, et les fleurs desséchées lui laissent voir une femme souvent aussi flétrie qu'elles : il en est ainsi de tous nos sacrifices. Les idées factices que nous devons à la société, nous présentent le bien-être sous tant de formes différentes, que nos motifs originels se dérobent. Ce sont ces idées, qui en multipliant nos besoins, multiplient nos plaisirs et nos passions, et produisent nos vertus, nos progrès, et nos crimes. La nature ne nous a donné que des besoins aisés à satisfaire : il semble d'après cela, qu'une paix profonde dut régner parmi les hommes ; et la paresse qui leur est naturelle, paraitrait devoir encore la cimenter. Le repos, ce partage réservé aux dieux, est l'objet éloigné que se proposent tous les hommes, et chacun envisage la facilité d'être heureux sans peine, comme le privilege de ceux qui se distinguent ; de-là nait dans chaque homme un désir inquiet, qui l'éveille et le tourmente. Ce besoin nouveau produit des efforts que la concurrence entretient, et par-là la paresse devient le principe de la plus grande partie du mouvement dont les hommes sont agités. Ces efforts devraient au moins s'arrêter au point où doit cesser la crainte de manquer du nécessaire ; mais l'idée de distinction étant une fois formée, elle devient dominante, et cette passion sécondaire détruit celle qui lui a donné la naissance. Dès qu'un homme s'est comparé avec ceux qui l'environnent, et qu'il a attaché de l'importance à s'en faire regarder, ses véritables besoins ne sont plus l'objet de son attention, ni de ses démarches. Le repos, en perspective, qui faisait courir Pyrrhus, fatigue encore tout ambitieux qui veut s'élever, tout avare qui amasse au de-là de ses besoins, tout homme passionné pour la gloire, qui craint des rivaux. La modération, qui n'est que l'effet d'une paresse plus profonde, est devenue assez rare pour être admirée, et dès lors elle a pu être encore un objet de jalousie, puisqu'elle était un moyen de considération. La plupart des hommes modérés ont même été de tout temps soupçonnés de masquer des desseins, parce qu'on ne voit dans les autres que la disposition qu'on éprouve, et que les désirs de chaque homme ne sont ordinairement arrêtés que par le sentiment de son impuissance. Si on ne peut pas attirer sur soi les regards d'une république entière, on se contente d'être remarqué de ses voisins, et on est heureux par l'attention concentrée de son petit cercle. Des prétentions particularisées naissent ces différentes choses, qui divisent les connaissances, et qui n'ont rien à démêler entr'elles. Beaucoup d'individus s'agitent dans chaque tourbillon, pour arriver aux premiers rangs : le faible, ne pouvant s'élever, est envieux, et tâche d'abaisser ceux qui s'élèvent ; l'envie exaltée produit des crimes, et voilà ce qu'est la société. Ce désir, par lequel chacun tend sans-cesse à s'élever, parait contredire une pente à l'esclavage, qu'on peut remarquer dans la plupart des hommes, et qui en est une suite. Autrefais la crainte, et une sorte de saisissement d'admiration, ont dû soumettre les hommes ordinaires à ceux que des passions fortes portaient à des actions rares et hardies ; mais depuis que la connaissance a des degrés, c'est l'ambition qui mène à l'esclavage. On rampe aux pieds du trône où l'on est encore au dessus d'une foule de têtes qu'on fait courber. Les hommes qui ont des prétentions communes, sont donc les uns à l'égard des autres dans un état d'effort réciproque. Si les hostilités ne sont pas continuelles entr'eux, c'est un repos semblable à celui des gardes avancées de deux camps ennemis ; l'inutilité reconnue de l'attaque maintient entr'elles les apparences de la paix. Cette disposition inquiete, qui agite intérieurement les hommes, est encore aidée par une autre, dont l'effet, assez semblable à celui de la fermentation sur les corps, est d'aigrir nos affections, soit naturelles, soit acquises. Nous ne sommes présents à nous-mêmes que par des sensations immédiates, ou des idées, et le bonheur, que nous poursuivons nécessairement, n'est point sans un vif sentiment de l'existence : malheureusement la continuité affoiblit toutes nos sensations. Ce que nous avons regardé longtemps, devient pour nous comme les objets qui s'éloignent, dont nous n'apercevons plus qu'une image confuse et mal terminée. Le besoin d'exister vivement est augmenté sans-cesse par cet affoiblissement de nos sensations, qui ne nous laisse que le souvenir importun d'un état précédent. Nous sommes donc forcés pour être heureux, ou de changer continuellement d'objets, ou d'outrer les sensations du même genre. De-là vient une inconstance naturelle, qui ne permet pas à nos vœux de s'arrêter, ou une progression de désirs, qui toujours anéantis par la jouissance, s'élancent jusques dans l'infini. Cette disposition malheureuse altère en nous les impressions les plus sacrées de la nature, et nous rend aujourd'hui nécessaire, ce dont hier nous aurions frémi. Les jeux du cirque, où les gladiateurs ne recevaient que des blessures, parurent bientôt insipides aux dames Romaines. On vit ce sexe, fait pour la pitié, poursuivre à grands cris la mort des combattants. On exigea dans la suite qu'ils expirassent avec grâce, dit l'abbé Dubos, et ce spectacle affreux devint nécessaire pour achever l'émotion et complete r le plaisir. Par-là notre attention se porte sur les choses nouvelles et extraordinaires, nous recherchons avec intérêt tout ce qui réveille en nous beaucoup d'idées ; par-là sont déterminés même nos gouts purement physiques. Les liqueurs fortes nous plaisent principalement, parce que la chaleur qu'elles communiquent au sang produit des idées vives, et semble doubler l'existence : on pourrait en conclure que le plaisir ne consiste que dans le sentiment de l'existence, porté à un certain degré. En effet, en suivant ceux du chatouillement, depuis cette sensation vague, qui est une importunité jusqu'à ce dernier terme, au de-là duquel est la douleur : en descendant du chagrin le plus profond, jusqu'à cette douleur tendre et intéressante, qui en est une teinte affoiblie, on serait tenté de croire que la douleur et le plaisir ne diffèrent que par des nuances. Voyez PLAISIR. Quoi qu'il en sait, il est certain que nous devons au besoin d'être émus une curiosité, qui devient la passion de ceux qui n'en ont point d'autres, un goût pour le merveilleux, qui nous entraine à tous les spectacles extraordinaires, une inquiétude qui nous promene dans la région des chimères. Ce qui est renfermé dans ce qu'on appelle les termes de la raison, ne peut donc pas être longtemps pour nous le point fixe du bonheur. Les choses difficiles et outrées, les idées hors de la nature doivent nous séduire presque surement. Voyez FANATISME. La vigilance religieuse, et l'occupation de la prière ne suffisent pas à l'imagination mélancholique d'un bonze. Il lui faut des chaînes dont il se charge ; des charbons ardents qu'il mette sur sa tête ; des cloux qu'il s'enfonce dans ses chairs ; il est averti de son existence d'une manière plus intime et plus forte, que celui qui remplit simplement les devoirs de la vie civile et de la charité. Suivez le cours de toutes les affections humaines, vous les verrez tendre à s'exalter, au point de paraitre entièrement défigurées. L'homme délicat et sensible devient faible et pusillanime : la dureté succede au courage ; le contemplatif devient quiétiste, et le zélé est bientôt un homme atroce. Il en est ainsi des autres caractères, et même de celui qui se montre de la manière la plus constante dans quelques individus, la gaieté. Il est rare qu'elle dure plus longtemps que la jeunesse, parce qu'elle est absorbée par les passions, qui occupent l'âme plus profondément, ou détruite par son exercice même. Mais dans ceux en qui ce caractère subsiste plus longtemps, parce qu'ils ne sont capables que d'intérêts superficiels, il s'altère par degrés, et perd beaucoup de son honnêteté première. Les hommes légers qui n'ont que la gaieté pour attribut, ressemblent assez à ces jeunes animaux qui, après avoir épuisé toutes les situations plaisantes, finissent par égratigner et mordre. Cette pente qui entraine presque tous les individus, peut s'observer en grand dans la masse des événements qui ont agité la terre. Suivez l'histoire de toutes les nations, vous verrez les meilleurs gouvernements se dénaturer ; une fermentation lente a fait croitre la tyrannie dans les républiques : la monarchie est changée par le temps en pouvoir arbitraire. Voyez GOUVERNEMENT.

Lorsque dans un état la sécurité commence à polir les mœurs, et que les idées se tournent du côté des plaisirs, la vertu règne au milieu d'eux : une urbanité modeste couvre la volupté d'un voile, mais il devient bientôt importun. Alors le libertinage se produit sans pudeur, et des gouts honteux insultent la nature. Dans les arts, vous verrez l'architecture quitter une simplicité noble pour prodiguer les ornements ; la peinture chargera son coloris ; la même altération se fera sentir dans les ouvrages d'esprit. Le besoin de nouveauté mettra la finesse à la place de l'élégance ; l'obscurité prendra celle de la force, ou sophistiquera fort ; une métaphysique puérile analysera les sentiments ; tout sera perdu, si quelques génies heureux ne rompent pas cette marche naturelle des penchants humains. Mais la physique expérimentale cultivée et le tableau de la nature présenté par des hommes d'une trempe forte et rare pourront donner à l'esprit humain un spectacle qui étendra ses vues, et fera naitre un nouvel ordre de choses.

Nous voyons que l'homme paresseux par nature, mais agité par l'impatience de ses désirs est le jouet continuel d'un esprit qui ne se renouvelle que pour le trahir. Fatigué dans la recherche du bonheur par mille intérêts étrangers qui le croisent, rebuté par les obstacles, ou dégouté par la jouissance, il semble que la mécanceté lui dut être pardonnable, et que le malheur soit son état naturel. L'intérêt de tous réclamant contre l'intérêt de chacun, a donné naissance aux lois qui arrêtent l'extérieur des grands crimes. Mais malgré les lais, il reste toujours à la mécanceté un empire qui n'en est pas moins vaste pour être ténébreux. Dans une société nombreuse, une foule d'intérêts honnêtes et obscurs que la scélératesse peut troubler, lui donne sans danger un exercice continuel. La société humaine serait donc une confédération de mécants que l'intérêt seul tiendrait unis, et auxquels il ne faudrait que la suppression de cet intérêt pour les armer les uns contre les autres. Mais en observant l'homme de près, il n'est pas possible de méconnaitre en lui un sentiment doux qui l'intéresse au sort de ses semblables toutes les fois qu'il est tranquille sur le sien. Peut-être rencontrerez-vous quelques monstres atrabilaires qu'une organisation vicieuse et rare porte à la cruauté. Une habitude affreuse aura rendu peut-être à quelques autres cette émotion nécessaire. La plupart des hommes, lorsque des passions particulières ne les enleveront pas aux mouvements de la nature, céderont à une sensibilité précieuse qui est la source de toutes les vertus, et qui peut être celle d'un bonheur constant. Voyez HUMANITE. Ce sentiment tempere dans l'homme l'activité de l'amour propre ; et peu semblable aux autres genres d'émotion, il acquiert des forces en s'exerçant. On ne saurait donc l'inspirer de trop bonne heure aux enfants. On devrait chercher à l'exciter en eux par des images pathétiques, et leur présenter des situations attendrissantes qui puissent le développer. Des leçons de bienséance seraient peut-être plus de leur gout, et leur serviraient surement plus que ne peuvent faire les mots barbares dont on les fatigue. Si ces idées ne sont pas fort actives pendant l'effervescence de la jeunesse, elles s'emparent du terrain que les passions abandonnent, et leur douceur remplace l'yvresse de celles-ci. Elles élèvent et remplissent l'âme. Malheureux qui n'a point éprouvé la sensation complete qu'elles procurent ! Nous disons qu'on pourrait développer dans les enfants le sentiment vertueux de la pitié. L'expérience apprend qu'on pourrait aussi leur inspirer tous les préjugés favorables, soit au bien des hommes en général, soit à l'avantage de la société particulière dans laquelle ils vivent. Ces heureux préjugés faisaient à Sparte autant de héros que de citoyens, et ils pourraient produire dans tous les hommes toutes les vertus relatives aux situations dans lesquelles ils sont placés. L'amour propre étant une fois dirigé vers un objet, une première action généreuse est un engagement pour la seconde, et des sacrifices qu'on a faits nait l'estime de soi-même qui soutient et assure le caractère qu'on s'est donné. On devient pour soi le juge le plus sévère. Cet orgueil estimable maitrise l'âme, et produit ces mouvements de vertu que leur rareté fait regarder comme hors de la nature. Cette estime de soi-même est le principe le plus sur de toute action forte et généreuse ; on ne doit point en attendre d'esclaves avilis par la crainte. L'asservissement ne peut conduire qu'à la bassesse et au crime. Mais l'éducation ne peut pas être regardée comme une affaire de préceptes ; c'est l'exemple, l'exemple seul, qui modifie les hommes, excepté quelques âmes privilégiées qui jugent de l'essence des choses, parce qu'elles sentent elles-mêmes, les autres sont entrainés par l'imitation. C'est elle qui fait prosterner l'enfant aux pieds des autels, qui donne l'air grave au fils d'un magistrat, et la contenance fière à celui d'un guerrier. Cette pente à imiter, cette facilité que nous avons d'être émus par les passions des autres, semblent annoncer que les hommes ont entr'eux des rapports secrets qui les unissent. La société se trouve composée d'hommes modifiés les uns par les autres, et l'opinion publique donne à tous ceux de chaque société particulière un air de ressemblance qui perce à-travers la différence des caractères. La continuité des exemples domestiques fait sans-doute une impression forte sur les enfants ; mais elle n'est rien en comparaison de celle qu'ils recoivent de la masse générale des mœurs de leur temps. Voyez MOEURS. Chaque siècle a donc des traits marqués qui le distinguent d'un autre. On dit, le siècle de la chevalerie : on pourrait dire, le siècle des beaux-arts, celui de la philosophie ; et plut à Dieu qu'il en vint un qu'on put appeler, le siècle de la bienfaisance et de l'humanité ! Puisque ce sont l'exemple et l'opinion qui désignent les différents points vers lesquels doit se tourner l'amour propre des particuliers, et qui déterminent en eux l'amour du bien-être, il s'ensuit que les hommes se font, et qu'il est à-peu-près possible de leur donner la forme qu'on voudra. Cela peut arriver surtout dans une monarchie : le trône est un piédestal sur lequel l'imitation va chercher son modèle. Dans les républiques, l'égalité ne souffre point qu'un homme s'élève assez pour être sans-cesse en spectacle. La vertu de Caton ne fut qu'une satyre inutile des vices de son temps. Mais dans tout gouvernement les opinions et les mœurs dépendent infiniment de sa situation actuelles. S'il est tranquille au-dehors, et qu'au-dedans le bon ordre et l'aisance rendent les citoyens heureux, vous verrez éclore les arts de plaisir, et la mollesse marchant à leur suite énerver les corps, engourdir le courage, et conduire à l'affaissement par la volupté. Si des troubles étrangers ou des divisions intestines menacent la sûreté de l'état des citoyens, la vigilance naitra de l'inquiétude, l'esprit, la crainte et la haine formeront des projets, et ces passions tumultueuses produiront des efforts, des talents et des crimes hardis. Il faudrait des révolutions bien extraordinaires dans les situations, pour en produire d'aussi subites dans les sentiments publics. Le caractère des nations est ordinairement l'effet des préjugés de l'enfance, qui tiennent à la forme de leur gouvernement. A l'empire de l'habitude, on ajouterait pour les hommes la force beaucoup plus puissante du plaisir, si l'on prenait soin de l'éducation des femmes. On ne peut que gémir en voyant ce sexe aimable privé des secours qui feraient également son bonheur et sa gloire. Les femmes doivent à des organes délicats et sensibles des passions plus vives que ne sont celles des hommes. Mais si l'amour propre et le goût du plaisir excitent en elles des mouvements plus rapides, elles éprouvent aussi d'une manière plus forte le sentiment de la pitié qui en est la balance. Elles ont donc le germe des qualités les plus brillantes, et si l'on joint à cet avantage les charmes de la beauté, tout annonce en elles les reines de l'univers. Il semble que la jalousie des hommes ait pris à tâche de défigurer ces traits. Dès l'enfance on concentre leurs idées dans un petit cercle d'objets, on leur rend la fausseté nécessaire. L'esclavage auquel on les prépare, en altérant l'élévation de leur caractère, ne leur laisse qu'un orgueil sourd qui n'emploie que de petits moyens : dès-lors elles ne règnent plus que dans l'empire de la bagatelle. Les colifichets devenus entre leurs mains des baguettes magiques, transforment leurs adorateurs comme le furent autrefois ceux de Circé. Si les femmes puisaient dans les principes qui forment leur enfance, l'estime des qualités nobles et généreuses ; si la parure ne les embellissait qu'en faveur du courage ou des talents supérieurs, on verrait l'amour concourir avec les autres passions à faire éclore le mérite en tout genre ; les femmes recueilleraient le fruit des vertus qu'elles auraient fait naitre. Combien aujourd'hui, victimes d'une frivolité qui est leur ouvrage, sont punies de leurs soins par leurs succès ! Article de M. LE ROI.

* HOMME, (Politique) il n'y a de véritables richesses que l'homme et la terre. L'homme ne vaut rien sans la terre, et la terre ne vaut rien sans l'homme.

L'homme vaut par le nombre ; plus une société est nombreuse, plus elle est puissante pendant la paix, plus elle est redoutable dans les temps de la guerre. Un souverain s'occupera donc sérieusement de la multiplication de ses sujets. Plus il aura de sujets, plus il aura de commerçans, d'ouvriers, de soldats.

Ses états sont dans une situation déplorable, s'il arrive jamais que parmi les hommes qu'il gouverne, il y en ait un qui craigne de faire des enfants, et qui quitte la vie sans regret.

Mais ce n'est pas assez que d'avoir des hommes, il faut les avoir industrieux et robustes.

On aura des hommes robustes, s'ils ont de bonnes mœurs, et si l'aisance leur est facile à acquérir et à conserver.

On aura des hommes industrieux, s'ils sont libres.

L'administration est la plus mauvaise qu'il soit possible d'imaginer, si faute de liberté de commerce, l'abondance devient quelquefois pour une province un fléau aussi redoutable que la disette.

Voyez les articles GOUVERNEMENT, LOIS, IMPOTS, POPULATION, LIBERTE, etc.

Ce sont les enfants qui font les hommes. Il faut donc veiller à la conservation des enfants par une attention spéciale sur les pères, sur les mères et sur les nourrices.

Cinq mille enfants exposés tous les ans à Paris peuvent devenir une pepinière de soldats, de matelots et d'agriculteurs.

Il faut diminuer les ouvriers du luxe et les domestiques. Il y a des circonstances où le luxe n'emploie pas les hommes avec assez de profit ; il n'y en a aucune où la domesticité ne les emploie avec perte. Il faudrait asseoir sur les domestiques un impôt à la décharge des agriculteurs.

Si les agriculteurs, qui sont les hommes de l'état qui fatiguent le plus, sont les moins bien nourris, il faut qu'ils se dégoutent de leur état, ou qu'ils y périssent. Dire que l'aisance les en ferait sortir, c'est être un ignorant et un homme atroce.

On ne se presse d'entrer dans une condition que par l'espoir d'une vie douce. C'est la jouissance d'une vie douce qui y retient et qui y appele.

Un emploi des hommes, n'est bon que quand le profit va au-delà des frais du salaire. La richesse d'une nation est le produit de la somme de ses travaux au-delà des frais du salaire.

Plus le produit net est grand et également partagé, plus l'administration est bonne. Un produit net également partagé peut être préférable à un plus grand produit net, dont le partage serait très-inégal, et qui diviserait le peuple en deux classes, dont l'une regorgerait de richesses et l'autre expirerait dans la misere.

Tant qu'il y a des friches dans un état, un homme ne peut être employé en manufacture sans perte.

A ces principes clairs et simples, nous en pourrions ajouter un grand nombre d'autres, que le souverain trouvera de lui-même, s'il a le courage et la bonne volonté nécessaires pour les mettre en pratique.

HOMME NOUVEAU, novus homo, (Histoire romaine) les Romains appelaient hommes nouveaux, ceux qui commençaient leur noblesse, c'est-à-dire, ceux qui n'ayant aucune illustration par leurs ancêtres, commençaient les premiers à se pousser par leurs vertus ; c'est cependant ce reproche d'homme nouveau que tant de gens firent à l'orateur de Rome, et entr'autres Catilina, lorsqu'il lui fut préferé pour la première magistrature : " Je ne prétens pas, dit Cicéron en plein sénat, m'étendre sur les louanges de mes ancêtres, par cette seule raison qu'ils ont vécu sans rechercher les applaudissements de la renommée populaire, et sans désirer l'éclat des honneurs que vous conférez ".

Cicéron était donc un homme nouveau ; il était sans-doute bien illustre par lui-même, et bien digne des premiers emplois ; mais il n'était pas noble, il n'avait pas le droit de faire porter à ses funérailles le buste de cire de ses ayeux : celui-là seul avait ce droit dont les ancêtres étaient parvenus aux grandes charges ; il était noble par ce titre, et rendait nobles ses descendants. Ceux qui avaient les images de leurs ayeux, pour me servir des termes d'Asconius, étaient appelés nobles, nobiles ; ceux qui n'avaient que les leurs, on les nommait hommes nouveaux, novi homines ; et ceux qui n'avaient ni les images de leurs ancêtres, ni les leurs, étaient appelés ignobles, ignobiles ; ainsi la noblesse, le droit d'images, jus imaginum, se trouvait attaché aux charges, aux dignités ; c'est pourquoi Caton le censeur, qu'on qualifiait comme Cicéron d'homme nouveau, répondit qu'il l'était quant aux dignités, mais que quant au mérite de ses ancêtres, il pouvait se dire très-ancien. (D.J.)

HOMME LIBRE, (Histoire des Francs) on appelait au commencement de notre monarchie hommes libres ceux qui d'un côté n'avaient point de bénéfices ou fiefs, et qui de l'autre n'étaient point soumis à la servitude de la glebe ; les terres qu'ils possédaient étaient des terres allodiales ; alors deux sortes de gens étaient tenus au service militaire, les leudes vassaux, ou arriere-vassaux, qui y étaient obligés en conséquence de leurs fiefs, et les hommes libres, francs, romains et gaulois, qui servaient sous le comte et étaient menés à la guerre par lui, et ses officiers qu'on nommait vicaires ; de plus, comme les hommes libres étaient divisés en centaines (en anglais hundred) qui formaient ce qu'on appelait un bourg, les comtes avaient encore sous eux outre les vicaires d'autres officiers, nommés centeniers, qui conduisaient les hommes libres du bourg, ou de leur centaine, au camp.

Les droits du prince sur les hommes libres ne consistaient qu'en de certaines voitures exigées seulement dans de certaines occasions publiques, et dans quelques endroits sur les rivières ; et quant aux droits judiciaires, il y avait des lois des Ripuaires et des Lombards pour prévenir les malversations.

J'ai dit que les hommes libres n'avaient point de fiefs ; cela se trouvait ainsi dans les commencements, alors ils n'en pouvaient point encore posséder ; mais ils en devinrent capables dans la suite, c'est-à-dire, entre le règne de Gontram et celui de Charlemagne. Dans cet intervalle de temps, il y eut des hommes libres, qui furent admis à jouir de cette grande prérogative, et par conséquent à entrer dans l'ordre de la noblesse ; c'est du moins le sentiment de M. de Montesquieu, voyez l'Esprit des lais, liv. XXXI. ch. xxiij. (D.J.)

HOMME D'ÉTAT, (Droit politique) celui à qui le souverain confie sous ses yeux les rènes du gouvernement en tout, ou en partie.

Un citoyen d'Athènes ou de Rome nous dirait que le devoir d'un homme d'état est de n'être rempli que du seul bien de sa patrie, de lui tout sacrifier, de la servir inébranlablement sans aucune vue de gloire, de réputation, ni d'intérêt ; de ne point s'élever pour quelque honneur qu'on lui rende, et de ne point s'abaisser pour quelque refus qu'il éprouve ; de soumettre toujours ses propres affaires aux affaires publiques ; de tirer sa consolation dans ses malheurs particuliers, de la prospérité générale de son pays ; de ne s'occuper qu'à le rendre heureux ; en un mot, de vivre et de mourir pour lui seul.

Mais je ne tiendrai point ici des propos si sublimes, qui ne vont ni à nos mœurs, ni à nos idées, ni à la nature des gouvernements sous lesquels nous vivons : c'est bien assez de demander à un homme d'état du travail, de l'honneur, de la probité, de servir son prince fidèlement, d'avoir l'oreille plus ouverte à la vérité qu'au mensonge, d'aimer l'ordre et la paix, de respecter les lais, de ne pas opprimer la nation, et de ne se pas jouer du gouvernement.

Le vulgaire suppose toujours une étendue d'esprit prodigieuse, et un génie presque divin aux hommes d'état, qui ont heureusement gouverné ; mais il ne faut souvent, pour y réussir, qu'un esprit sain, de bonnes vues, de l'application, de la suite, de la prudence, des conjonctures favorables. Cependant je suis persuadé que, pour être un bon ministre, il faut sur toutes choses avoir pour passions, l'amour du bien public : le grand homme d'état est celui dont les actions parlent à la postérité, et dont il reste d'illustres monuments utiles à sa patrie. Le cardinal de Mazarin n'était qu'un ministre puissant ; Sully, Richelieu et Colbert ont été de grands hommes d'état. Alexandre se fit voir un grand homme d'état, après avoir prouvé qu'il était un grand capitaine. Alfred a été tout ensemble, le plus grand homme d'état, et le plus grand roi qui soit monté sur le trône depuis l'époque du christianisme. (D.J.)

HOMMES D'INTELLIGENCE, (Théologie) nom d'une secte d'hérétiques, qui parurent dans la Picardie en 1412 ; leur chef était Fr. Guillaume de Hildernissen, allemand, de l'ordre des Carmes, et un certain Gilles le Chantre, homme séculier. Celui-ci disait qu'il était le sauveur des hommes, et que par lui les fidèles verraient Jesus-Christ, comme par Jesus-Christ ils verraient Dieu le Père ; que les plaisirs du corps étant de simples actions de la nature, n'étaient point des péchés, mais des avant-gouts du paradis ; que le temps de l'ancienne loi avait été celui du Père ; que le temps de la nouvelle loi était celui du Fils ; et qu'il y en aurait bientôt un troisième, qui serait celui du saint Esprit, lequel mettrait les hommes en toute liberté. Le carme se retracta à Bruxelles, à Cambrai, et à Saint Quentin, où il avait semé ses erreurs, et cette secte se dissipa. Mezerai, Histoire de France. (G)

HOMME D'ARMES, (Cart. milit. et hist.) C'était dans l'ancienne gendarmerie un gentilhomme qui combattait à cheval, armé de toutes pièces, cataphractus eques. Chaque homme d'armes avait avec lui cinq personnes ; savoir trois archers, un coutillier, ou un écuyer, ainsi appelé d'une espèce de couteau ou bayonnette, qu'il portait au côté, et enfin un page ou un valet. Charles VII ayant commencé à réduire la noblesse française en corps réglé de cavalerie, il en composa quinze compagnies, chacune de cent hommes d'armes, appelées compagnies d'ordonnance ; et comme chaque homme d'armes avait cinq autres hommes à sa suite, chaque compagnie se trouvait de six cent hommes, et les quinze ensemble faisaient neuf mille chevaux. Il y avait outre cela une grande quantité de volontaires, qui suivaient ces compagnies à leurs dépens, dans l'espérance d'y avoir, avec le temps, une place de gendarme. Au reste, le nombre d'hommes qui était attaché à l'homme d'armes, ou qui composaient la lance fournie, comme on parlait alors, n'a pas toujours été le même. Louis XII, dans une ordonnance du 7 Juillet 1498, met sept hommes pour une lance fournie ; François I. huit, selon une autre ordonnance, du 28 Juin de l'an 1526. Les archers de ces hommes d'armes étaient de jeunes gentilshommes qui commençaient le métier de la guerre, et qui par la suite parvenaient à remplir les places des hommes d'armes. Voyez COMPAGNIE D'ORDONNANCE.

Les hommes d'armes, qu'on appelait aussi gendarmes, formaient le corps de la gendarmerie. Voyez GENDARME.

HOMME, (Jurisprudence) en matière féodale, signifie tantôt vassal, et tantôt sujet, ou censitaire, ainsi qu'on le peut voir dans un grand nombre de coutumes. (A)

HOMMES ALLODIAUX, étaient ceux qui tenaient des terres en aleu, ou franc-aleu. On les appelait aussi leudes, leudi vel leodes, et en français leudes. Voyez le style de Liege, chap. xix. art. 11. (A)

HOMME DE COMMUNE. On appelait ainsi ceux qui étaient compris dans la commune, ou corps des habitants d'un lieu qui avaient été affranchis par leur seigneur, qui juraient d'observer les articles de la charte de commune, et participaient aux privilèges accordés par le seigneur. (A)

HOMME CONFISQUANT, était un homme, que les gens d'église et autres gens de main-morte, étaient obligés de donner au seigneur haut-justicier pour leurs nouvelles acquisitions, à quelque titre que ce fût, afin que par son fait, le fief put être confisqué au profit du seigneur haut-justicier, et que le seigneur ne fût pas totalement frustré de l'espérance d'avoir la confiscation du fief.

Quelques coutumes, comme celles de Peronne, veulent que les gens d'église et de main-morte donnent au seigneur homme vivant, mourant et confisquant ; ce qui suppose que le fief dominant et la justice soient dans la même main ; car lorsqu'ils étaient divisés, il n'était dû au seigneur féodal qu'un homme vivant et mourant, et au seigneur haut-justicier un homme confisquant.

L'obligation de fournir un homme confisquant au seigneur haut-justicier, était fondée sur ce qu'anciennement on ne jugeait que par le fait de l'homme vivant et mourant : l'héritage pouvait être confisqué au profit du seigneur haut-justicier ; mais suivant la dernière jurisprudence, l'héritage ne peut plus être confisqué par le fait d'un tiers ; c'est pourquoi l'on n'oblige plus les gens d'église et de main-morte à donner l'homme confisquant, mais seulement l'homme vivant et mourant ; ce qui n'empêche pas qu'il ne soit dû une indemnité au seigneur haut-justicier, lors de l'amortissement, à cause de l'espérance des confiscations dont il est privé. Voyez les Mémoires de M. Auzanet, tit. de l'indemnité dûe par les gens de main-morte. Voyez aussi HOMME VIVANT ET MOURANT. (A)

HOMMES ET FEMMES DE CORPS, sont des gens dont la personne est serve, à la différence des main-mortables, qui ne sont serfs qu'à raison des héritages qu'ils possèdent, et qui sont d'ailleurs des personnes libres. Il est parlé des hommes et femmes de corps dans la coutume de Vitry, art. 1, 103, 140 et suiv. Châlons, art. 18, et en la coutume locale de Resberg, ressort de Meaux, et au chap. xxxjx. de l'ancien style de parlement à Paris, et en l'ancienne coutume du bailliage de Bar, et au liv. II. de l'usage de Paris et d'Orléans.

Sur l'origine de ces servitudes de corps, Voyez Beaumanoir, chap. xlv. pag. 254. (A)

HOMMES COTTIERS. On appelle ainsi en Picardie, Artais, et dans les Pays-bas, les propriétaires des héritages roturiers. Ils sont obligés de rendre la justice en personne, ou par procureur, avec leur seigneur. On les en a déchargés en Picardie ; mais cela a encore lieu en Artais, et dans plusieurs autres coutumes des Pays-bas. Voyez l'auteur des notes sur Artais, art. 1, n. 23. et suiv. (A)

HOMME DE LA COUR DU SEIGNEUR, sont les vassaux qui rendent la justice avec leur seigneur dominant ; ce sont ses pairs. Voyez l'ancienne coutume de Montreuil, art. 23. (A)

HOMME FEODAL ou FEUDAL, dans quelques coutumes, est le seigneur qui a des hommes tenans en fief de lui. Voyez Ponthieu, art. 72 et 87. Boulenais, art. 15 et 39. Hainaut, chap. j, iv et v : mais en l'art. 74 et 81 de la coutume de Ponthieu, et dans celle de Boulenais, l'homme feudal est le vassal. (A)

HOMME DE FER. C'était dans quelques seigneuries, un sujet obligé d'exécuter les ordres de son seigneur, et de le suivre armé à la guerre. La maison qu'il occupait s'appelait maison de fer. Il y a encore un homme de fer, jouissant de certaines exemptions, dans le comté de Neuviller-sur-Moselle en Lorraine.

HOMMES DE FIEFS, dans les coutumes de Picardie, Artais et des Pays-bas, sont les vassaux qui doivent rendre la justice avec le seigneur dominant. (A)

HOMME DE FOI, c'est le vassal. Voyez la coutume d'Anjou, art. 151, 174, 176 et 177. Bretagne, 283, 294, et 662. (A)

HOMME DE FOI LIGE, est le vassal qui doit la foi et hommage lige. Voyez FOI LIGE et HOMMAGE LIGE. (A)

HOMME DE FOI SIMPLE, est celui qui ne doit que l'hommage simple, et non l'hommage lige. Voyez HOMMAGE SIMPLE. (A)

HOMMES JUGEANS, étaient les hommes de fiefs ou vassaux, qui rendaient la justice avec leur seigneur dominant. Il en est souvent fait mention dans les anciens arrêts de la cour, et dans la quest. 169 de Jean le Coq ; les vassaux de Clermont qui jugeaient en la cour de leur seigneur, sont appelés hommes jugeans. (A)

Hommes jugeans ou jugeurs, sont aussi les conseillers ou assesseurs, que les baillifs et prevôts appelaient pour juger avec eux. Il y a encore dans quelques coutumes de ces sortes d'assesseurs. Voyez HOMMES COTTIERS, HOMMES DE FIEFS, HOMMES DE LOI. (A)

HOMME LIGE, homo ligius, est le vassal qui doit à son seigneur la foi et hommage lige. Voyez Ponthieu, art. 66, et aux mots FOI et HOMMAGE LIGE, et HOMMAGE LIGE. (A)

HOMME DE MAIN-MORTE, ou MAINMORTABLE, est la même chose, comme on voit dans la coutume de Vitri, article 78, Voyez MAINMORTE (A)

HOMME SANS MOYEN, on appelait ainsi un vassal, qui relevait immédiatement du roi, comme il est dit au chap. lxvj. de la vieille chronique de Flandres. (A)

HOMME DE PAIX, était un vassal qui devait procurer la paix à son seigneur, ou bien celui qui avait juré de garder paix et amitié à quelqu'un plus puissant que lui. D'autres entendent par homme de paix, celui qui devait tenir et garder, par la foi de son hommage, la paix faite par son seigneur, comme il est dit en la somme rurale : mais tout cela n'a plus lieu depuis l'abolition des guerres privées. Voyez ci-dessus HOMMAGE DE PAIX. (A)

HOMME DE PREJURE, était un vassal qui était obligé de se donner en gage, ou ôtage pour son seigneur, quand le cas le requérait, comme quand plusieurs barons, qui étaient vassaux du roi, furent envoyés en Angleterre pour tenir prison et ôtage pour le roi Jean, et faire pléjure de sa rançon. Voyez les assises de Jerusalem, chap. ccvj. Boutillier, som. lxxxvij. rur. l. m. 1. chap. vij. pag. 429. (A)

HOMME DE POTE, quasi potestatis ; c'est un sujet qui est dans une espèce de servitude envers son seigneur, qui est obligé de faire pour lui des corvées, et d'acquitter d'autres droits et devoirs. Voyez HOMME DE CORPS. (A)

HOMMES PROFITABLES, sont les sujets dont le seigneur tire profit et revenu. Coutume de Bretagne, art. 91. (A)

HOMME DU ROI, est celui qui représente le roi dans quelque lieu, comme un ambassadeur, envoyé ou résident chez les étrangers, un intendant dans les provinces ; dans les tribunaux royaux, le procureur du roi ; et dans les cours, le procureur général. (A)

HOMME DE SERVICE, est un vassal qui, outre la foi et le service militaire auquel tous les fiefs sont tenus, doit en outre à son seigneur dominant quelque droit ou service particulier, et qui tient quelques possessions à cette condition. Voyez Cujas ad tit. 5, lib. II. feudor. Boutillier, som. rur. (A)

HOMME DE SER VITUDE, sont des gens de condition servile ; ils sont ainsi appelés dans la coutume de Troyes, art. 1. et 6, et dans celle de Chaumont, art. 9. Voyez HOMME DE CORPS. (A)

HOMME DE VIGNE est une certaine étendue de terre plantée en vigne, égale à ce qu'un homme laborieux peut communément façonner en un jour : l'homme de vigne contient ordinairement 800 seps ou un demi quartier, mesure de Paris. Cette manière de compter l'étendue des vignes par hommes ou hommées, est usitée dans le Lyonnais et dans quelques autres provinces. En quelques endroits de Champagne, il faut douze hommes de vigne pour faire un arpent de cent cordes, de vingt pieds pour corde : dans d'autres l'arpent n'est divisé qu'en huit hommes. (A)

HOMME VIVANT ET MOURANT, est un homme que les gens d'église et autres gens de main-morte, sont obligés de donner au seigneur féodal, pour les représenter en la possession d'un héritage, en faire la foi et hommage en leur place, si c'est un fief, attendu qu'ils ne peuvent la faire eux-mêmes, et afin que, par le décès de cet homme, il y ait ouverture au droit de relief, si l'héritage est tenu en fief.

La coutume d'Orléans appelle l'homme vivant et mourant vicaire.

Les gens d'église de main-morte sont obligés de donner homme vivant et mourant, pour toute acquisition par eux faite, à quelque titre que ce sait.

Il n'est dû ordinairement que pour les fiefs ; cependant quelques auteurs prétendent qu'il en est aussi dû un pour les rotures, quoiqu'à dire vrai, l'indemnité suffise pour les rotures ; mais il est certain que l'on ne donne point d'homme vivant et mourant pour les franc-aleux, pas même au seigneur haut-justicier. Voyez HOMME CONFISQUANT.

C'est au seigneur féodal dominant qu'on donne l'homme vivant et mourant, et non au seigneur haut-justicier.

L'amortissement fait par le roi, n'empêche pas que les gens d'église et de main-morte ne doivent au seigneur homme vivant et mourant, avec le droit d'indemnité.

S'ils ne donnaient pas homme vivant et mourant, le seigneur pourrait saisir le fief, et ferait les fruits siens.

Les bénéficiers particuliers qui ne forment point un corps, ne sont pas obligés de donner homme vivant et mourant, parce qu'il y a mutation par leur mort.

Les communautés ecclésiastiques, et autres gens de main-morte, peuvent donner pour homme vivant et mourant, une personne de leur corps, ou telle autre personne que bon leur semble, pourvu qu'elle ait l'âge requis pour faire la foi ; ainsi à Paris, il faut que l'homme vivant et mourant soit âgé de vingt ans. Dans d'autres coutumes, où la foi se peut faire plutôt, il suffit que l'homme vivant et mourant ait l'âge requis par la coutume, pour porter la foi.

Quand l'homme vivant et mourant est décédé, il faut en donner un autre dans les quarante jours, et il est dû un droit de relief pour la mutation du vassal. Dans quelques coutumes, comme celle de Péronne, il est dû en outre un droit de chambellage.

Faute de donner dans les quarante jours un nouvel homme, le seigneur peut saisir le fief, et faire les fruits siens.

La mort civile de l'homme vivant et mourant, soit pour profession en religion, soit par quelque condamnation qui emporte peine de mort civile, n'oblige point de donner un nouvel homme vivant et mourant ; il n'en est dû qu'en cas de mort naturelle ; ce n'est aussi que dans ce cas qu'il y a ouverture au fief.

L'obligation de fournir un homme vivant et mourant est imprescriptible, par quelque temps que les gens d'église et de main-morte aient joui de leur fief. Voyez le tit. des fiefs de Billecoq, liv. V, chap. xij, sect. 6. (A)