Dans les lettres patentes d'établissement de l'opéra, le privilège de non-dérogeance n'est exprimé que pour les chanteurs et chanteuses seulement. Voyez CHANTEUR, DANSE, OPERA. (B)

DANSEUR, s. mas. (Maitre de danse) celui qui danse ou qui montre à danser, en qualité de maître de la communauté de cet art.

Les statuts de cette communauté sont de l'année 1658, donnés, approuvés, confirmés par lettres patentes de Louis XIV. enregistrées au châtelet le 13 Janvier 1659, et au parlement le 12 Aout suivant. Il est bien fait mention dans le Ve des lettres, de plusieurs autres statuts et ordonnances, donnés de temps immémorial par les rois de France ; mais comme on n'en rapporte aucune date, on ne peut rien dire de plus ancien sur son établissement dans la capitale et dans les autres villes du royaume.

Le chef qui est à la tête de la communauté, et qui la gouverne avec les maîtres de la confrairie, a le titre et la qualité de roi de tous les violons, maîtres à danser et joueurs d'instruments, tant hauts que bas, du royaume.

Ce roi de la danse n'entre point dans cette charge par élection, mais par des lettres de provision du Roi, comme étant un des officiers de sa maison.

A l'égard des maîtres de la confrairie, ils sont élus tous les ans à la pluralité des voix, et tiennent lieu dans ce corps, pour leur autorité et fonctions, de ce que sont les jurés dans les autres communautés.

Il y a deux registres où les brevets d'apprentissage et les lettres de maitrise doivent être enregistrés ; celui du roi des violons, et celui des maîtres de la confrairie.

Les apprentis sont obligés pour quatre ans : on peut néanmoins leur faire grâce d'une année. Les aspirants doivent montrer leur expérience devant le roi des violons, qui peut y appeler vingt-quatre maîtres à son choix ; mais seulement dix pour les fils et les maris des filles de maîtres. C'est aussi de ce roi que les uns et les autres prennent leurs lettres.

Les violons de la chambre du Roi sont reçus sur leurs brevets de retenue ; ils paient néanmoins les droits.

Nul, s'il n'est maître, ne peut tenir salle ou école, soit pour la danse, soit pour les instruments, ni donner sérénades, ni donner concerts d'instruments aux noces, aux assemblées publiques ; mais il est défendu aux mêmes maîtres de jouer dans les cabarets et les lieux infames, sous les peines et amendes portées par les sentences du châtelet du 2 Mars 1644, et arrêts du parlement du 11 Juillet 1648.

Enfin il est permis au roi des violons de nommer des lieutenans dans chaque ville du royaume, pour faire observer ces statuts, recevoir et agréer les maîtres, donner toutes lettres de provisions sur la présentation dudit roi ; auxquels lieutenans il appartient la moitié des droits dû. au roi pour les réceptions d'apprentis et de maîtres. Réglement des maîtres à danser, et diction. du Comm.

DANSEUR DE CORDE, s. m. (Art) celui qui, avec un contre-poids ou sans contre-poids dans ses mains, marche, danse, voltige sur une corde de différente grosseur, qui quelquefois est attachée à deux poteaux opposés, d'autres fois est tendue en l'air, lâche ou bien bandée.

Les Littérateurs qui recherchent curieusement l'origine des choses, prétendent que l'art de danser sur la corde a été inventé peu de temps après les jeux corniques, où les Grecs dansaient sur des outres de cuir, et qui furent institués en l'honneur de Bacchus vers l'an 1345 avant J. C. Quoiqu'il en soit de cette opinion, il est toujours vrai qu'on ne peut douter de l'antiquité de l'exercice de la danse sur la corde, dont les Grecs firent un art très-périlleux, et qu'ils portèrent au plus haut point de variété et de raffinement : de-là les noms de Neurobates, Oribates, Schaenobates, Acrobates, qu'avaient chez eux les danseurs de corde, suivant la diverse manière dont ils exécutaient leur art.

Mercurial nous a donné dans sa gymnastique cinq figures de danseurs de corde, gravées d'après des pierres antiques. Les Romains nommaient leurs danseurs de corde funambuli, et Térence en fait mention dans le prologue de son Hecyre ; mais pour abréger, je renvoye sur ce sujet le lecteur à la dissertation d'un savant d'Allemagne, de M. Grodeck. Elle est imprimée à Dantzick (Gedani) en 1702, in -8°. Je me contenterai d'ajouter que les Cyzicéniens firent frapper en l'honneur de l'empereur Caracalla, une médaille insérée et expliquée par M. Spon dans ses recherches d'antiquités ; et cette seule médaille prouve assez que les danseurs de corde, faisaient dans ce temps-là un des principaux amusements des grands et du peuple.

Bien des gens ont de la peine à comprendre quel plaisir peut donner un spectacle qui agite l'âme, qui l'importune avec inquiétude, qui l'effraye, et qui n'offre que des craintes et des alarmes ; cependant il est certain, comme le dit M. l'abbé du Bos, que plus les tours qu'un voltigeur téméraire fait sur la corde sont périlleux, plus le commun des spectateurs s'y rend attentif. Quand ce sauteur, ce voltigeur fait un saut entre deux épées prêtes à le percer si, dans la chaleur du mouvement, son corps s'écartait d'un point de la ligne qu'il doit décrire, il devient un objet digne de toute notre curiosité. Qu'on mette deux bâtons à la place des épées, que le voltigeur fasse tendre sa corde à deux pieds de hauteur sur une prairie, il fera vainement les mêmes sauts, les mêmes tours, on ne daignera plus le regarder, l'attention du spectateur cesse avec le danger.

D'où peut donc venir ce plaisir extrême qui accompagne seulement le danger où se trouvent nos semblables ? Est-ce une suite de notre humanité ? Je ne le pense pas, quoique l'inhumanité n'ait malheureusement que des branches trop étendues : mais je crois avec l'auteur des réflexions sur la Poésie et sur la Peinture, que le plaisir dont il s'agit ici, est l'effet de l'attrait de l'émotion qui nous fait courir par instinct, après les objets capables d'exciter nos passions, quoique ces objets fassent sur nous des impressions fâcheuses. Cette émotion qui s'excite machinalement quand nous voyons nos pareils dans le péril, est une passion dont les mouvements remuent l'âme, la tiennent occupée, et cette passion a des charmes malgré les idées tristes et importunes qui l'environnent. Voilà la véritable explication de ce phénomène, et pour le dire en passant, de beaucoup d'autres qui ne semblent point y avoir de rapport ; comme par exemple de l'attrait des jeux de hasard, qui n'est un attrait que parce que ces sortes de jeux tiennent l'âme dans une émotion continuelle sans contention d'esprit ; en un mot, voilà pourquoi la plupart des hommes sont assujettis aux gouts et aux inclinations, qui sont pour eux des occasions fréquentes d'être occupés par des sensations vives et satisfaisantes. Vous trouverez ce sujet admirablement éclairci dans l'ouvrage que j'ai cité, et ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage. Voyez COMPASSION. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.