Le mot alchimie est composé de la préposition al qui est arabe, et qui exprime sublime ou par excellence, et de chimie, dont nous donnerons la définition en son lieu (voyez CHIMIE) ; de sorte que alchimie, suivant la force du mot, signifie la chimie sublime, la chimie par excellence.

Les antiquaires ne conviennent pas entr'eux de l'origine ni de l'ancienneté de l'alchimie. Si on en croit quelques histoires fabuleuses, elle était dès le temps de Noé : il y en a même eu qui ont prétendu qu'Adam savait de l'alchimie.

Pour ce qui regarde l'antiquité de cette science, on n'en trouve aucune apparence dans les anciens auteurs, soit Médecins, soit Philosophes, soit Poètes, depuis Homère, jusqu'à quatre cens ans après Jesus-Christ. Le premier auteur qui parle de faire de l'or, est Zozime, qui vivait vers le commencement du cinquième siècle. Il a composé en grec un livre sur l'art divin de faire de l'or et de l'argent. C'est un manuscrit qui est à la bibliothèque du Roi. Cet ouvrage donne lieu de juger que lorsqu'il a été écrit, il y avait déjà longtemps que la Chimie était cultivée, puisqu'elle avait déjà fait ce progrès.

Il n'est point parlé du remède universel, qui est l'objet principal de l'Alchimie, avant Geher, auteur arabe, qui vivait dans le septième siècle.

Suidas prétend que si on ne trouve point de monument plus ancien de l'Alchimie, c'est que l'empereur Dioclétien fit bruler tous les livres des anciens Egyptiens, et que c'étaient ces livres qui contenaient les mystères de l'Alchimie.

Kirker assure que la théorie de la pierre philosophale est expliquée au long dans la table d'Hermès, et que les anciens Egyptiens n'ignoraient point cet art.

On sait que l'empereur Caligula fit des essais pour tirer de l'or de l'orpiment. Ce fait est rapporté par Pline, Histoire naturelle chap. jv. liv. XXXIII. Cette opération n'a pu se faire sans des connaissances de Chimie, supérieures à celles qui suffisent dans la plupart des arts, et des expériences pour lesquelles on emploie le feu.

Au reste le monde est si ancien, et il s'y est fait tant de révolutions, qu'il ne reste point de monuments certains de l'état où étaient les Sciences dans les temps qui ont précédé les vingt derniers siècles : je n'en rapporterai qu'un exemple. La Musique a été portée dans un certain temps chez les Grecs à un haut point de perfection ; elle était si fort au-dessus de la nôtre, à en juger par ses effets, que nous avons peine à le comprendre ; et on ne manquerait pas de le révoquer en doute, si cela n'était bien prouvé par l'attention singulière qu'on sait que le gouvernement des Grecs y donnait, et par le témoignage de plusieurs auteurs contemporains et dignes de foi. Voyez An ad sanitatem musice, de M. Malouin. A Paris, chez Quillau, rue Galande.

Il se peut aussi que la Chimie ait de même été portée à un si haut point de perfection, qu'elle ait pu faire des choses que nous ne pouvons faire aujourd'hui, et que nous ne comprenons pas comment il serait possible que l'on exécutât. C'est la Chimie ainsi perfectionnée, qu'on a nommée Alchimie. Cette science, comme toutes les autres, a péri dans certains temps, et il n'en est resté que le nom. Dans la suite, ceux qui ont eu du goût pour l'Alchimie, se sont tout-d'un-coup mis à faire les opérations dans lesquelles la renommée apprend que l'Alchimie réussissait ; ils ont ainsi cherché l'inconnu sans passer par le connu : ils n'ont point commencé par la Chimie, sans laquelle on ne peut devenir alchimiste que par hasard.

Ce qui s'oppose encore fort au progrès de cette science, c'est que les Chimistes, c'est-à-dire ceux qui travaillent par principes, croient que l'Alchimie est une science imaginaire à laquelle ils ne doivent pas s'appliquer ; et les Alchimistes au contraire croient que la Chimie n'est pas la route qu'ils doivent tenir.

La vie d'un homme, un siècle même, n'est pas suffisant pour perfectionner la Chimie ; on peut dire que le temps où a vécu Beker, est celui où a commencé notre Chimie. Elle s'est ensuite perfectionnée du temps de Stahl, et on y a encore bien ajouté depuis ; cependant elle est vraisemblablement fort éloignée du terme où elle a été autrefois.

Les principaux auteurs d'Alchimie sont Geber, le Moine, Bacon, Ripley, Lulle, Jean le Hollandais, et Isaac le Hollandais, Basile Valentin, Paracelse, Van Zuchten, Sendigovius, etc. (M)