Le mot d'ablution est particulièrement usité dans l'église Romaine pour un peu de vin et d'eau que les communiants prenaient anciennement après l'hostie, pour aider à la consommer plus facilement.

Le même terme signifie aussi l'eau qui sert à laver les mains du Prêtre qui a consacré. (G).

ABLUTION, cérémonie qui consiste à se laver ou purifier le corps, ou quelque partie du corps, et fort usitée parmi les Mahométants, qui la regardent comme une condition essentiellement requise à la prière. Ils ont emprunté cette pratique des Juifs, et l'ont altérée comme beaucoup d'autres. Ils ont pour cet effet des fontaines dans les parvis de toutes les Mosquées.

Les Musulmants distinguent trois sortes d'ablutions ; l'une, qu'ils appellent Goul, et qui est une espèce d'immersion ; l'autre, qu'ils nomment Wodou, et qui concerne particulièrement les pieds et les mains ; et la troisième, appelée terreuse ou sabloneuse, parce qu'au lieu d'eau on y emploie du sable ou de la terre.

A l'égard de la première, trois conditions sont requises. Il faut avoir intention de se rendre agréable à Dieu, nettoyer le corps de toutes ses ordures, s'il s'y en trouve, et faire passer l'eau sur tout le poil et sur la peau. La Sonna exige encore pour cette ablution qu'on récite d'abord la formule usitée, au nom du grand Dieu : louange à Dieu, Seigneur de la Foi Musulmane ; qu'on se lave la paume de la main avant que les cruches se vuident dans le lavoir ; qu'il se fasse une expiation avant la prière ; qu'on se frotte la peau avec la main pour en ôter toutes les saletés ; enfin que toutes ces choses soient continuées sans interruption jusqu'à la fin de la cérémonie.

Six raisons rendent cette purification nécessaire. Les premières communes aux deux sexes, sont les embrassements illicites et criminels par le désir seul, quoiqu'il n'ait été suivi d'aucune autre impureté : les suites involontaires d'un commerce impur, et la mort. Les trois dernières sont particulières aux femmes, telles que les pertes périodiques du sexe, les pertes de sang dans l'accouchement, et l'accouchement même. Les vrais croyans font cette ablution au moins trois fois la semaine ; et à ces six cas, les sectateurs d'Aly en ont ajouté quarante autres ; comme lorsqu'on a tué un lésard, touché un cadavre, etc.

Dans la seconde espèce d'ablution, il y a six choses à observer : qu'elle se fasse avec intention de plaire à Dieu ; qu'on s'y lave tout le visage, les mains et les bras jusqu'au coude inclusivement ; qu'on s'y frotte certaines parties de la tête ; qu'on s'y nettoie les pieds jusqu'aux talons inclusivement ; qu'on y observe exactement l'ordre prescrit.

La Sonna contient dix préceptes sur le Wodou. Il faut qu'il soit précédé de la formule au nom du grand Dieu, etc. qu'on se lave la paume de la main avant que les cruches soient vuidées ; qu'on se nettoie le visage ; qu'on attire l'eau par les narines ; qu'on se frotte toute la tête et les oreilles ; qu'on sépare ou qu'on écarte la barbe pour la mieux nettoyer quand elle est épaisse et longue, ainsi que les doigts des pieds ; qu'on nettoie les oreilles l'une après l'autre ; qu'on se lave la main droite avant la gauche ; qu'on observe le même ordre à l'égard des pieds ; qu'on répète ces actes de purification jusqu'à trois fais, et qu'on les continue sans interruption jusqu'à la fin.

Cinq choses rendent le Wodou nécessaire : 1°. l'issue de quelqu'excrément que ce soit (excepto semine) par les voies naturelles : 2°. lorsqu'on a dormi profondément, parce qu'il est à supposer que dans un profond sommeil on a contracté quelqu'impureté dont on ne se souvient pas : 3°. quand on a perdu la raison par quelqu'excès de vin, ou qu'on l'a eu véritablement aliénée par maladie ou quelqu'autre cause : 4°. lorsqu'on a touché une femme impure, sans qu'il y eut un voile ou quelqu'autre vêtement entre deux : 5°. lorsqu'on a porté la main sur les parties que la bienséance ne permet pas de nommer.

Quant à l'ablution terreuse ou sabloneuse, elle n'a lieu que quand on n'a point d'eau, ou qu'un malade ne peut souffrir l'eau sans tomber en danger de mort. Par le mot de sable, on entend toute sorte de terre, même les minéraux ; comme par l'eau, dans les deux autres ablutions, on entend celle de rivière, de mer, de fontaine, de neige, de grêle, etc. en un mot toute eau naturelle. Guer, Mœurs des Turcs ; tome I. livre II.

Au reste ces ablutions sont extrêmement fréquentes parmi les Mahométants : 1°. pour les raisons ci-dessus mentionnées ; et en second lieu, parce que la moindre chose, comme le cri d'un cochon, l'approche ou l'urine d'un chien, suffisent pour rendre l'ablution inutile, et mettre dans la nécessité de la réitérer : au moins est-ce ainsi qu'en usent les Musulmants scrupuleux. (G)

ABLUTION, LOTION. On appelle de ce nom plusieurs opérations qui se font chez les apothicaires. La première est celle par laquelle on sépare d'un médicament, en le lavant avec de l'eau, les matières qui lui sont étrangères : la seconde, est celle par laquelle on enlève à un corps les sels surabondants, en répandant de l'eau dessus à différentes reprises ; elle se nomme encore édulcoration : la troisième, est celle dont on se sert, quand pour augmenter les vertus et les propriétés d'un médicament, on verse dessus, ou du vin, ou quelque liqueur distillée qui lui communique sa vertu ou son odeur, par exemple lorsqu'on lave les vers de terre avec le vin, etc.

Le mot d'ablution ne convient qu'à la première de ces opérations, et ne peut servir tout au plus qu'à exprimer l'action de laver des plantes dans l'eau avant que de les employer : la seconde, est proprement l'édulcoration : la troisième peut se rapporter à l'infusion. Voyez EDULCORATION, INFUSION. (N)