S. m. (Physiologie) le toucher est un des sens externes, à l'aide duquel nous concevons les idées du solide, du dur, du mol, du rude, du chaud, du froid, de l'humide, du sec, et des autres qualités tangibles, de la distance, de la démangeaison, de la douleur, etc. Voyez SENS, SOLIDE, DUR, etc.

Le toucher est de tous nos sens le plus grossier, mais en même temps le plus étendu, en ce qu'il embrasse plus d'objets que tous les autres ensemble : même quelques-uns réduisent tous les autres sens au seul sens de l'attouchement. Voyez SENSATION.

Aristote dit positivement que toute sensation n'est qu'un attouchement, et que les autres sens, comme la vue, l'ouie, le goût et l'odorat, ne sont que des espèces raffinées, ou des degrés d'attouchement. De anim. l. IV. c. iij. et l. III. c. xij. Voyez VUE, OUIE, etc.

Les sentiments des naturalistes sont partagés, sur l'organe du toucher. Aristote croit que ce sens réside dans la chair, entant que chair, de sorte que toute chair est, selon lui, capable de sensation. Histoire anim. l. I. c. iv. D'autres veulent que le toucher gisse dans les parties qui sont pourvues de fibres nerveuses ; suivant ce système il résiderait dans la peau, la chair, les muscles, les membranes, et les parenchymes ; d'autres le restreignent simplement à la peau, cutis, parce qu'on observe qu'il n'y a que les parties qui sont couvertes d'une peau, qui aient proprement la faculté de toucher ou d'apercevoir des qualités tangibles.

Mais on est encore partagé sur la partie de la peau à laquelle on doit attribuer cette fonction. Les uns veulent que cette sensation réside dans la partie membraneuse, d'autres dans la partie charnue, et d'autres encore soutiennent qu'elle est dans la partie moèlleuse qui dérive des nerfs.

Malpighi, et d'après lui tous nos meilleurs auteurs modernes, prétendent que les organes immédiats du sens que nous nommons toucher, sont les papilles pyramidales de la peau.

Ces papilles sont de petites éminences molles, moèlleuses, et nerveuses, qui se trouvent par tout le corps immédiatement sous l'épiderme ; elles sont formées des nerfs sous-cutanés, qui pour cet effet se dépouillent de leur membrane externe, et deviennent extrêmement délicates et sensibles ; une humeur subtile et déliée les humecte continuellement, et l'épiderme ou la cuticule est tout ce qui les couvre et qui les défend d'injure. Ces papilles sont plus grandes et paraissent davantage dans les parties que la nature a destinées pour être les organes du toucher, comme dans la langue, dans les extrémités des doigts de la main et du pied ; elles ont la faculté de se contracter et de se dilater facilement. Voyez PAPILLES, voyez aussi LANGUE, DOIGT, etc.

Le toucher se fait donc sentir ainsi : le bout du doigt, par exemple, étant appliqué à l'objet qu'on veut examiner, les papilles s'élèvent en vertu de cette intention de l'âme, et étant frottées légèrement sur la surface de l'objet, il s'y fait une ondulation qui par le moyen des nerfs qui les viennent joindre, se communique de-là au sensorium commun, et y excite la sensation du chaud, du froid, du dur, etc. Voyez SENSATION.

Cela nous fait voir la raison pourquoi le toucher devient douloureux lorsque la cuticule a été emportée, brulée, macerée, etc. et pourquoi lorsque la cuticule devient épaisse et dure, ou qu'elle est cicatrisée, etc. on perd la sensation du toucher ; d'où vient l'engourdissement qu'on sent en touchant le torpedo, et pourquoi on sent une douleur si aiguë au-dessous des ongles et à leur racine, etc. Voyez CUTICULE, BRULURE, CALUS.

Le toucher est par plusieurs raisons, le plus universel de nos sens : tous les animaux en sont pourvus. Pline observe que tous les animaux ont la sensation du toucher, même ceux qu'on croit dépourvus de tous les autres sens, comme les huitres et les vers de terre. Ce naturaliste dit que son opinion est que tous ont aussi un autre sens, qui est le goût : existimaverim omnibus sensum et gustatus esse. Histoire naturelle l. X. c. lxxj.

Les autres sens sont bornés par des limites étroites ; le toucher seul est aussi étendu que le corps, comme étant nécessaire au bien-être de toutes ses parties.

Le sentiment du toucher, comme dit Ciceron, est également répandu par tout le corps, afin que nous puissions apercevoir dans chaque partie tout ce qui peut la mouvoir, et sentir tous les degrés de chaleur, de froid, etc. De nat. deor. l. II. c. lvj.

Les naturalistes disent que les araignées, les mouches, et les fourmis, ont la sensation de l'attouchement beaucoup plus parfaite que les hommes : cependant nous avons des exemples de gens qui ont sçu distinguer les couleurs au toucher ; et d'autres qui par la même sensation comprenaient les paroles que l'on disait. Voyez COULEUR, URDOURD.

La sensation du toucher est effectivement si parfaite et si généralement utile, qu'on l'a vue quelquefois faire pour ainsi dire, la fonction des yeux, et dédommager en quelque façon des aveugles de la perte de la vue. Un organiste d'Hollande, devenu aveugle, ne laissait point de faire parfaitement son métier ; il acquit de plus l'habitude de distinguer au toucher les différentes espèces de monnaie, et même les couleurs ; celles des cartes à jouer, n'avaient pas échappé à la finesse de ses doigts, et il devint par-là un joueur redoutable, car en maniant les cartes, il connaissait celles qu'il donnait aux autres, comme celles qu'il avait lui-même. Observ. de physiq. tom. II. p. 214.

Le sculpteur Ganibasius de Volterre, l'emportait encore sur l'organiste dont je viens de parler ; il suffisait à cet aveugle d'avoir touché un objet, pour faire ensuite une statue d'argile, qui était parfaitement ressemblante.

TOUCHER, v. act. (Grammaire) c'est exercer l'action du tact : on touche toutes les choses sur lesquelles on porte la main : on touche d'un instrument, ou un instrument : ces objets se touchent : on dit, il a touché une somme considérable ; nous touchons à la fin de notre travail ; il a touché le vrai point de la difficulté ; nous touchons au moment de l'action ; l'éloquence de cet homme touche ; sa situation est si humble, qu'il faudrait être de pierre pour n'en être pas touché ; il a touché cette corde délicate et avec succès ; il est dangereux de toucher aux choses de la religion, des mœurs et du gouvernement. Voyez encore les articles suivants.

TOUCHER, (Marine) c'est heurter contre la terre, faute d'eau ou de fond.

TOUCHER à une côte ou à un port, (Marine) c'est aborder à une côte ou à un port et y mouiller.

TOUCHER le compas, (Marine) c'est aimanter l'aiguille de la boussole. Voyez AIGUILLE AIMANTEE.

TOUCHER, en terme de commerce, se dit de l'argent qu'on a reçu, ou qu'on a du recevoir. Je touchai hier quinze cent livres, je dois encore en toucher deux mille le mois prochain.

TOUCHER, terme d'Imprimerie ; c'est après avoir pris une quantité d'encre proportionnée à la grosseur du caractère, et l'avoir bien distribuée sur les balles, c'est-à-dire, les avoir maniées ou frottées en tout sens l'une contre l'autre, pour les enduire également, appuyer ces mêmes balles deux fois et de suite, sur la superficie de la forme, de façon que l'oeil de toutes les lettres se trouvant également atteint d'une légère couche d'encre, il puisse communiquer au papier cette couleur noire qui fait le corps de l'impression. Pour avoir une belle impression, il faut toucher maigre et tirer gras, cela veut dire qu'en toutes occasions, il faut ménager l'encre, et ne pas trop ménager ses forces en tirant le barreau.

TOUCHER aux bois, il se dit du cerf, du daim, et du chevreuil, lorsqu'ils détachent la peau velue qu'ils ont sur leur bois.

TOUCY, (Géographie moderne) petite ville, ou plutôt bourg de France, au diocèse et à cinq lieues au couchant d'Auxerre, dans un terrain aquatique. C'est une petite baronie qui relève en foi et hommage de l'évêque d'Auxerre. (D.J.)