S. f. (Agriculture) c'est une terre labourable, sur laquelle on ne seme rien pendant une année, et que cependant on cultive pour la disposer à produire du blé.

Les spéculateurs en agriculture ont beaucoup raisonné pour et contre ce repos périodique, qui de trois années parait en faire perdre une. L'usage constant de cette méthode dans beaucoup de pays est une présomption qu'elle est appuyée sur des raisons très-fortes ; et le succès d'une culture différente dans d'autres lieux est une preuve que cette année de repos n'est pas par-tout d'une indispensable nécessité.

Il parait difficile de se passer de l'année de jachère dans toutes les terres que la nature n'a pas douées d'une fertilité extraordinaire, ou dont on ne peut pas compenser la médiocrité par des engrais fort abondants. En général les terres qu'on fait rapporter sans interruption s'épuisent, à moins qu'on ne répare continuellement ce que la fécondité prend sur elles. L'année de repos est pour la plupart une condition essentielle à la recolte du blé.

Pendant cette année la culture a deux objets ; d'ameublir la terre, et de détruire l'herbe. Ces deux objets sont remplis par les labours, lorsqu'ils sont distribués et faits avec intelligence. On donne aux terres trois ou quatre labours pendant l'année de jachère, mais il vaut toujours mieux en donner quatre, excepté dans les glaises, parce que la difficulté de saisir le moment favorable pour les labourer, est beaucoup plus grande.

On dit lever la jachère, lorsqu'on donne le premier labour. Il doit être peu profond, et fait, autant qu'il est possible, pendant les mois de Novembre et de Décembre. Les gelées qui surviennent ameublissent et façonnent la terre, lorsqu'elle est retournée. Ce labour d'hiver a beaucoup plus d'influence qu'on ne croit sur les recoltes.

Vers la fin d'Avril, lorsque les semailles de Mars sont finies, on donne le second labour aux jachères, et les autres successivement, à mesure que l'herbe vient à croitre. Voyez LABOUR. Dans les intervalles de chacun de ces labours, les troupeaux paissent sur les jachères qui leur sont très-utiles depuis le printemps jusqu'au moment où la recolte des foins leur laisse les prés libres.

La terre exposée ainsi pendant un an, dans presque toutes ses parties, aux influences de l'air, acquiert une disposition à la fécondité qui est nécessaire pour assurer une récolte abondante de blé. Mais si l'on veut rendre et le repos et les labours aussi utiles qu'ils peuvent l'être, il faut que ces labours soient toujours faits par un temps sec, et suivis, quelques jours après, d'un hersage. Sans ces deux conditions la terre n'est point suffisamment ameublie, et les herbes ne sont pas assez détruites. Dans les années pluvieuses, souvent quatre labours ne suffisent pas ; il faut les multiplier autant que les herbes qui renaissent en établissent la nécessité.

A ces préparations on joint l'engrais. C'est pendant l'année de jachère qu'on porte le fumier sur les terres. Lorsque la cour en est suffisamment fournie, on fait bien de répandre ce fumier immédiatement avant le second labour. Il se desseche moins alors, que lorsqu'il est répandu pendant les grandes chaleurs de l'été, et il est mieux mêlé avec la terre par les labours qui suivent le second.

Si une terre est dans un état habituel de bonne culture, et qu'elle ait été longtemps engraissée, on peut, sans crainte, ne pas la laisser entièrement oisive pendant l'année de jachère. Alors on retourne le chaume de Mars au mois de Novembre, et on herse bien ce labour. Au mois de Mars suivant on fume bien la terre, on la laboure de nouveau, et on y seme de bonne heure des pois ou de la vesce. Dès qu'ils sont recueillis, on laboure encore pour semer le blé dont on peut se promettre une bonne recolte. Mais il est sage de ne pas toujours demander à la terre cette fécondité continue. On doit conseiller aux cultivateurs de ne traiter ainsi chaque année que la moitié de leurs jachères, afin que leurs terres se réparent tous les six ans par un plein repos. Il y a cependant des méthodes qu'on peut tenter peut-être avec de grands succès, quoique le repos n'y entre pour rien. Telle est celle qui a été pratiquée par Patulho. Voyez l'Essai sur l'amélioration des terres.