Chimie & Pharmacie

v. act. et DÉCANTATION, s. f. (Chimie et Pharmacie) on se sert de ce terme pour exprimer l'action de verser doucement et sans troubler, une liqueur qui s'est clarifiée d'elle-même par le dépôt qui s'est formé au fond du vase où elle est contenue ; c'est ce qu'on nomme aussi verser par inclination.

La décantation est employée, soit pour séparer une liqueur dont on a besoin de dessus des feces que l'on veut rejeter ; soit qu'on ait le dépôt en vue, et que la liqueur surnageante soit inutile ; soit enfin que l'on se propose de séparer deux matières que l'on veut ensuite traiter chacune à part.

S. f. (Chimie et Pharmacie) opération qui consiste à priver, par le secours de la chaleur, différentes matières solides, c'est-à-dire consistantes ou non liquides, d'une eau étrangère à leur mixtion.

La dessiccation diffère de la déphlegmation, en ce que les sujets de cette dernière opération sont des liqueurs. Voyez DEPHLEGMATION.

Les Chimistes dessechent plusieurs corps, qu'ils se proposent de soumettre à d'autres opérations, dans la vue immédiate d'en dissiper une eau qui serait incommode, ou même nuisible dans ces opérations. Ils dessechent, par exemple, les sels neutres qu'ils se proposent de distiller, pour avoir des acides plus concentrés. Voyez VITRIOL, SEL MARIN, etc. C'est dans la même vue qu'ils dessechent les intermèdes employés dans quelques-unes de ces distillations.

(Chimie et Pharmacie) on appelle ainsi toute huile essentielle combinée avec du sucre. C'est un moyen pour rendre les huiles propres à se mêler avec l'eau ; ce qu'elles ne feraient point à moins que le sucre, qui est soluble dans l'eau, ne servit d'intermède à cette union. Pour faire l'eleo-saccharum, on n'a qu'à verser quelques gouttes d'une huile essentielle de citron, de canelle, de lavande, etc. sur du sucre en poudre ; ou bien on n'a qu'à frotter des morceaux de sucre sur la peau d'une orange, d'un citron, etc. par-là le sucre se charge d'une huile essentielle aromatique, et lui donne des entraves qui l'empêchent de se dissiper aussi promtement qu'elle ferait sans cela. C'est-là le moyen qu'emploient les Italiens, et surtout les Napolitains, pour donner à leurs fleurs artificielles les mêmes odeurs qu'ont les fleurs naturelles. Pour cela ils ne font que cacher un peu d'eleo-saccharum dans le calice de la fleur artificielle ; cependant à la fin la partie aromatique se dissipe.

(Chimie et Pharmacie) passer à-travers le filtre. Voyez FILTRATION.

FILTRER, (pierre à) Histoire naturelle Econom. Ce sont des pierres dont le tissu est assez spongieux pour que l'eau puisse passer au-travers : les plus vantées sont celles qui viennent des îles Canaries ; on dit aussi qu'on en tire du fond de la mer dans le golfe de Mexique, et quelques auteurs les ont regardées comme des concrétions tophacées ou des espèces de champignons de mer, qui s'attachent à des roches : on dit que les pierres de cette dernière espèce sont tendres et molles au sortir de l'eau, mais qu'elles se durcissent après qu'elles ont été quelque temps exposées à l'air. Quoi qu'il en sait, on en compte de deux espèces ; l'une est bleuâtre et comme de l'ardoise, l'autre est grise et ressemble à du grès grossier. Au reste il parait que plusieurs pierres de differente nature, et surtout les grès, dont on fait les meules à repasser les couteaux, ont la propriété de donner passage à l'eau au-travers de leurs pores, et peuvent par ce moyen la dégager des saletés et ordures qu'elle peut avoir contractées. Quand on destine les pierres à filtrer à cet usage, on les taille pour leur donner la forme d'un mortier ou d'un vase proportionné à la quantité d'eau qui doit y être reçue ; à l'extérieur on leur donne la figure d'un œuf par son côté le plus pointu ; on laisse en haut des rebords, par lesquels le mortier peut être soutenu au moyen d'une bâtisse de bois carrée, sur laquelle on le place pour qu'il soit suspendu en l'air ; on met au-dessous un vaisseau de terre ; on verse l'eau de rivière ou de pluie qu'on veut filtrer dans le mortier ; elle passe au-travers de la pierre, et les gouttes d'eau qui se sont filtrées viennent se réunir à la pointe de l'œuf, et tombent dans le vaisseau qu'on a placé au-dessous pour les recevoir. De cette manière l'eau se trouve pure et dégagée des saletés dont elle était chargée avant que d'avoir été filtrée.

S. f. (Chimie, Pharmacie, Matière médicale, Diète) Le système des connaissances chimiques bien résumé, porte à croire qu'il existe une huile générale universelle, un principe huileux primitif, très-analogue au soufre commun, du même ordre de composition que ce corps, formé même très-probablement des mêmes principes de l'acide vitriolique et du phlogistique.

Le principe huileux, consideré sous ce point de vue, ne différera du soufre commun que comme la plupart des substances végétales et animales diffèrent des substances analogues que renferme le règne minéral, le vinaigre radical de l'acide du vitriol, par exemple, c'est-à-dire, par une grande atténuation, un degré supérieur de subtilité, une mixtion plus délicate dûe aux élaborations propres à l'oeconomie végétale ou animale, et peut-être à la surabondance du principe aqueux qui est particulier à ces deux règnes. L'huile peut être conçue aussi comme étant au soufre ce qu'une huile rectifiée est à la même huile brute. Ce rapport serait démontré sans-doute, si on réussissait à porter, par des rectifications, le soufre commun à l'état de ténuité spécifique de l'huile, à décomposer l'huile et à démontrer ses principes aussi clairement qu'on a démontré ceux du soufre, et enfin à composer de l'huile artificielle, comme on sait produire du soufre par art, et à la former des mêmes principes. Or je crois bien que ces trois problèmes pratiques doivent se ranger parmi les recherches chimiques les plus sublimes, mais non pas parmi les tentatives téméraires, les efforts supérieurs à l'art. Je crois même pouvoir me promettre de fournir cette démonstration complete , si je trouve le loisir nécessaire pour continuer, sur l'analyse végétale, les travaux que j'avais commencé dans le laboratoire de feu M. le Duc d'Orléans.