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Catégorie parente: Physique particulière
Catégorie : Minéralogie & Métallurgie
S. m. (Histoire naturelle, Minéralogie et Métallurgie) stannum, plumbum album, Jupiter, etc. c'est un métal blanc comme l'argent, très-flexible et très-mou, qui, quand on le plie, fait un bruit ou cri (stridor) qui le caractérise, et auquel il est aisé de le distinguer : c'est le plus leger de tous les métaux ; il n'est presque point sonore quand il est sans alliage, mais il le devient quand il est uni avec d'autres substances métalliques. C'est donc une erreur de croire, comme font quelques auteurs, que plus l'étain est sonore, plus il est pur. La pésanteur spécifique de l'étain est à celle de l'or comme 3 est à 8.

Les mines d'étain ne sont pas si communes que celles des autres métaux ; il s'en trouve cependant en plusieurs pays, tels que la Chine, le Japon, les Indes orientales. Celui qui nous vient de ces derniers pays est connu sous le nom d'étain de Malaque ; on lui donne la forme de petits pains ou de pyramides tronquées ; ce qui fait que les ouvriers le nomment étain en chapeau. Il s'en trouve aussi en Europe ; il y en a des mines en Bohème : celle de Schlakenwald en fournit une assez petite quantité, et passe pour contenir aussi de l'argent. Mais de tous les pays de l'Europe, il n'y en a point qui ait des mines d'étain aussi abondantes et d'une aussi bonne qualité, que la Grande-Bretagne ; elle était fameuse pour ses mines d'étain dans l'antiquité la plus reculée : on prétend que les Phéniciens en connaissaient la route, et y venaient chercher ce métal ; le savant Bochart croit même que le nom de Bretagne est dérivé du nom syrien Varatanac, qui signifie pays d'étain. Voyez le dict. de Chambers. Ce sont les provinces de Cornouailles et de Devonshire qui en fournissent surtout une très-grande quantité.

Les mines d'étain, comme celles des autres métaux, se trouvent ou par filons, ou par masse, ou par morceaux détachés. Voyez l'article FILON et MINE. Dans la province de Cornouailles, les filons de mines d'étain sont environnés d'une terre rougeâtre ferrugineuse, qui n'est vraisemblablement que de l'ochre. Ces filons ne sont quelquefois que légèrement couverts de terre, et viennent même souvent aboutir et se montrer à nud à la surface ; mais quand ils sont cachés dans le sein des montagnes, les mineurs cherchent aux environs de l'endroit où ils soupçonnent une mine d'étain, s'ils ne trouveront point ce qu'ils appellent en anglais shoads : ce sont des fragments du filon métallique, qu'ils supposent en avoir été détachés, soit par la violence des eaux du déluge universel, soit par les pluies, les torrents, ou d'autres révolutions particulières. On distingue ces fragments de mine des autres pierres, par leur pesanteur : on dit qu'ils sont quelquefois poreux et semblables à des os calcinés. Quand ils en trouvent, ils ont lieu de croire qu'ils ne sont point éloignés du filon. Ils ont encore plusieurs manières de s'assurer de la présence d'une mine d'étain ; mais comme elles sont communes à toutes les mines en général, nous en parlerons aux mots MINE, FILON, etc.

La direction des filons de mine d'étain de Cornouailles et de Devonshire, est ordinairement de l'occident à l'orient, quoique dans d'autres parties d'Angleterre les filons aillent ordinairement du nord au sud ; pour lors constamment ces filons s'enfoncent vers le nord perpendiculairement de trois pieds sur huit de cours. Les mineurs ont remarqué que les côtés latéraux de ces filons qui vont de l'occident à l'orient, ne sont jamais perpendiculaires, mais toujours un peu inclinés. Voyez les Transactions philosophiques, n°. 69.

Quand on a découvert une mine d'étain, on en fait l'exploitation de même qu'aux mines des autres métaux, c'est-à-dire qu'on y pratique des puits, des galeries, des percements, etc. Voyez ces différents articles. On trouve dans les mines d'étain de Cornouailles des crystaux polygones, que les mineurs appellent Cornish diamonds, diamants de Cornouailles. Il parait qu'on peut les regarder comme une espèce de grenats : en effet on dit qu'ils sont d'un rouge transparent comme le rubis ; d'ailleurs ils ont assez de dureté pour pouvoir couper le verre. Voyez les Transactions philosophiques, n°. 138.

Il y a en Saxe dans le district d'Altemberg une mine d'étain en masse que les Allemands nomment stockwerck, qui peut être regardée comme un prodige dans la Minéralogie ; cette mine a environ 20 taises de circonférence, et fournit de la mine d'étain depuis la surface de la terre jusqu'à 150 taises de profondeur perpendiculaire.

La mine d'étain se trouve aussi par morceaux détachés, et même en poussière, et pour lors elle est répandue dans les premières couches de la terre : c'est ce que les mineurs allemands nomment seyffenwerck, et les anglais shoads. A Eybenstock en Saxe il y a une mine de cette espèce ; on fouille le terrain l'espace de plusieurs lieues jusqu'à six et même dix taises de profondeur, pour le laver et en séparer la partie métallique : on y trouve des fragments de mine de fer et de mine d'étain, et de ces mines en poudre ; on y rencontre aussi quelquefois des paillettes d'or. Dans d'autres endroits du même district on ne fouille le terrain, pour le laver, qu'à quatre taises de profondeur, parce que le roc se trouve au-dessous, et l'on ne Ve pas plus avant ; peut être l'expérience a-t-elle appris qu'il ne s'y trouvait rien ; cependant suivant les principes des Anglais, les fragments de mine d'étain (shoads) annoncent le voisinage d'un filon, dont ils supposent toujours que ces fragments ont été détachés. Quoiqu'il en sait, on fait un canal le long de ce terrain dans lequel on fait venir de l'eau d'une hauteur voisine, afin qu'elle puisse entrainer la partie terrestre inutile ; on place des fagots et broussailles dans le fond du canal pour arrêter la partie minérale qui peut être utile ; des laveurs en bottes à l'épreuve de l'eau descendent dans le canal, et remuent avec des rateaux garnis de dents de fer ; ils jettent hors du canal tout ce qui se trouve de pierreux ; des jeunes garçons choisissent et mettent à part ce qui est bon. On enlève tous les jours avec une pelle la matière pesante qui s'est déposée au fond du canal, et que l'eau n'a pu emporter ; on la passe par un crible de fil-de-fer ; on regarde ce qui a passé comme de la mine prête à fondre ; on porte le reste au bocard pour y être mis en poudre et lavé. Ces détails sont tirés de deux mémoires de MM. Saur et Blumenstein, insérés dans le traité de la fonte des mines de Schlutter, publié en français par M. Hellot, de l'académie des Sciences, tome II. pag. 591 et 587 et 588.

Voici, suivant la minéralogie de M. Wallerius, les différentes espèces de mines d'étain connues.

1°. L'étain vierge ; c'est de l'étain qu'on suppose n'être point minéralisé ni avec le soufre, ni avec l'arsenic, mais qui est tout pur et sous la forme métallique. On le dit très-rare ; cependant plusieurs naturalistes nient l'existence de l'étain vierge, et prétendent que les morceaux de mines sur lesquels on voit des grains d'étain tout formés, ne présentent ce métal que parce qu'on a employé le feu pour détacher la mine ; opération dans laquelle l'étain qui était minéralisé auparavant, a été réduit, c'est-à-dire mis dans l'état métallique.

2°. Les crystaux d'étain, que les minéralogistes allemands nomment zinn-graupen : c'est de l'étain combiné avec du fer et de l'arsenic, qui a pris un arrangement régulier sous la forme de crystaux à plusieurs côtés, dont les facettes sont très-luisantes ; les sommets des angles sont tronqués Ces crystaux sont, à l'exception des vrais métaux, la substance la plus pesante qu'il y ait dans la nature. M. Nichols dit que leur pesanteur spécifique est à celle de l'eau, comme 90 1/2 est à 10 ; ce qui a lieu de surprendre ; d'autant plus que l'étain est le plus leger des métaux. Voyez les Transactions philosophiques, n° 403. Ils ne sont point durs ; la couleur en est ou blanche, ou jaune, ou rougeâtre, ou brune, ou noire ; ils sont ordinairement transparents et de différentes grandeurs.

3°. La mine d'étain appelée Zwitter par les Allemands ; c'est de l'étain minéralisé avec le fer et l'arsenic. On ne peut point y remarquer de figure régulière ; c'est un amas de petits crystaux difficiles à distinguer, qui sont renfermés dans des matrices ou minières de différente nature. Il parait qu'elle ne diffère de la précédente, que par la petitesse de ses crystaux, et qu'elle ne doit en être regardée que comme une variété. C'est la mine d'étain la plus commune.

4°. La pierre d'étain ; c'est de la mine d'étain qui a pour matrice de la pierre de différente espèce, qui en masque les petits crystaux ; ce qui fait qu'elle ressemble à des pierres ordinaires, dont on ne peut la distinguer que par sa pesanteur, et par l'odeur arsénicale que le feu en fait partir.

5°. La mine d'étain dans du sable : ce sont des particules de mine d'étain qui se trouvent mêlées avec de la terre ou du sable, qu'elles rendent noir.

Il est aisé de voir que ces deux dernières espèces ne devraient être regardées que comme des variétés des deux précédentes ; ainsi il n'y a réellement que deux espèces de mines d'étain : ce sont celles des n° 2 et 3. La première parait purement chimérique.

M. Cramer, dans sa docimasie, parle d'une mine d'étain blanche, demi-transparente, très-pesante, qui ressemble assez à du spath à l'extérieur : c'est, selon lui, de toutes les mines d'étain la plus rare. Cette mine est, selon toute apparence, de la seconde espèce. On peut encore mettre les grenats au nombre des mines d'étain, attendu que ces pierres en contiennent souvent une portion, quoique très-petite. En général on peut dire que les mines d'étain sont composées d'étain, de beaucoup de parties ferrugineuses, d'une grande quantité d'arsenic, et d'une terre subtile, facile à vitrifier ou à réduire en scories.

La mine d'étain se trouve dans des pierres de toute espèce comme les mines des autres métaux ; M. Henckel remarque cependant que c'est le talc blanc ou argent de chat et la stéatite, qui lui servent de matrice, au lieu qu'il est rare que ce soit du spath.

La mine d'étain est quelquefois engagée dans des roches si dures, que les outils des ouvriers ne peuvent la détacher ; et il y aurait de l'inconvénient à la faire sauter avec de la poudre, pour lors on fait bruler du bois contre le roc, afin que le feu venant à la pénétrer la rende plus tendre et plus facile à détacher ; la mine qui a été tirée de cette manière ne peut être écrasée sous les pilons du bocard, qu'après avoir été préalablement calcinée, parce que sans cela elle serait trop dure.

Voici une manière de faire l'essai d'une mine d'étain ; elle est de M. Henckel. Prenez une partie d'étain noir, c'est-à-dire de mine d'étain grillée, pulvérisée et lavée, ou bien de mine d'étain réduite en poudre, de potasse ou de flux noir deux parties, de poix un quart, et d'huile de lin un huitième : faites fondre brusquement le tout dans un creuset à grand feu. Voyez les élements de Minéralogie de M. Henckel, part. II.

Les mines d'étain se trouvent presque toujours unies avec un grand nombre de substances, qui les rendent difficiles à traiter ; telles sont surtout les mines de fer arsénicales et réfractaires, que les Allemands nomment wolffram, eisenmahl schirl, etc. les ochres, les pyrites : cela vient de la facilité avec laquelle le fer s'unit avec l'étain dans la fusion. Un autre obstacle vient encore des pierres réfractaires, c'est-à-dire non-calcinables et non-vitrifiables, qui accompagnent très-fréquemment la mine d'étain : telles que le talc, le mica, la pierre de corne (hornstein), &c.

Les mines d'étain d'Angleterre se trouvent fréquemment jointes avec une substance, que les mineurs anglais appellent mundic ; ce n'est autre chose qu'une pyrite arsénicale, et qui est quelquefois un peu cuivreuse. Avant donc que de traiter la mine d'étain au fourneau, il faut la séparer autant qu'on peut de toutes ces matières étrangères, qui rendraient l'étain impur et lui ôteraient sa ductilité. On se sert pour cela du bocard, on y fait écraser la mine, et l'eau des lavoirs entraine les particules étrangères, tandis que la mine d'étain qui, comme on l'a remarqué, est très-pesante, reste au fond du lavoir. Les Anglais nomment black-tin, étain noir, la mine d'étain, lorsqu'elle a été ainsi préparée : les Allemands la nomment zinnstein, pierre d'étain. Mais ce lavage ne suffit pas ; il faut encore outre cela que la mine, après avoir été écrasée et lavée, soit grillée, afin d'en dégager la partie arsénicale. Ce grillage se fait dans un fourneau de reverbere qui est carré : ce fourneau est fermé en-haut par une large pierre qui a 6 pieds de long et 4 pieds de large, au milieu de laquelle est une ouverture carrée d'un demi-pié de diamètre. Cette pierre sert à en couvrir une autre semblable, qui est à un pied de distance au-dessous ; mais cette dernière est moins longue qu'elle d'un demi-pié, parce qu'il ne faut point qu'elle aille jusqu'au fond du fourneau, attendu qu'il faut y laisser une ouverture pour le passage de la flamme qui vient de dessous, où l'on fait un grand feu de fagots. La partie antérieure ressemble à un four ordinaire à cuire du pain. Lorsque ce fourneau a été bien échauffé, on verse l'étain noir par l'ouverture carrée qui est à la pierre supérieure, il tombe sur la seconde pierre ; et quand elle en est couverte à trois ou quatre doigts d'épaisseur, on bouche l'ouverture de la pierre supérieure, afin que la flamme puisse rouler sur la matière qu'on veut griller. Pendant ce temps, un ouvrier remue continuellement cette matière avec un rable de fer, afin que tout le mundic soit entièrement consumé ; ce que l'on reconnait lorsque la flamme devient jaune, et par la diminution des vapeurs : car tant que le mundic brule, la flamme est d'un bleu très-vif. Pour lors on pousse toute la matière grillée dans le foyer du fourneau par l'ouverture qui est au fond, et l'on retire le mélange de mine, de charbons et de cendres, par une ouverture carrée qui est pratiquée à un des côtés du foyer. On laisse refroidir le tout à l'air libre pendant trois jours ; ou si l'on n'a pas le temps d'attendre, on l'éteint avec de l'eau, et ce mélange devient comme du mortier. Il faut l'écraser de nouveau, avant que de le porter au fourneau de fusion. Voyez les Transactions philosophiques n°. 69.

Cependant il y a des mines d'étain assez pures pour pouvoir être traitées au fourneau de fusion, sans qu'il soit besoin de les griller auparavant. Quelquefois les mines d'étain sont mêlées d'une si grande quantité de parties ferrugineuses, qu'il est impossible de les en séparer entièrement par le lavage ; celle de Breytenbrunn en Saxe est dans ce cas. Voici, suivant M. Saur, la manière dont on s'y prend pour la dégager de son fer : elle est assez singulière pour trouver place ici. D'abord on brise la mine en morceaux à-peu-près de la grosseur d'un œuf, puis on la calcine et on l'écrase au bocard ; on la lave ensuite et on la calcine de nouveau dans un fourneau de reverbere : après quoi on met environ 50 livres de la mine ainsi préparée dans une bassine, et on passe par-dessus un aimant pour attirer le fer qu'on sépare à mesure que l'aimant s'en est chargé ; et l'on continue cette longue manœuvre jusqu'à ce qu'on ait enlevé le fer autant qu'on a pu. La même chose se pratique en Boheme ; mais il suffit que la mine ait été pilée et lavée, sans qu'il soit besoin qu'elle soit calcinée. Voyez le traité de la fonte des mines de Schlutter, page 586 tome II. de la traduction française.

Dans les mines d'étain d'Allemagne, on sait encore tirer parti du soufre et de l'arsénic qui sont dégagés dans la calcination de la mine ; pour cet effet la fumée qui en part est reçue dans une cheminée de 40 ou 50 taises de longueur qui Ve horizontalement, et aux parois de laquelle l'arsénic s'attache sous la forme d'une poussière blanche. La même chose se pratique pour la calcination des mines de cobalt. Voyez l'article COBALT.

Lorsque la mine d'étain a été préparée de la manière qui vient d'être décrite, elle est en état d'être traitée au fourneau de fusion. Nous allons donner le détail de cette opération, telle qu'elle est décrite dans l'ouvrage allemand de Roessler, qui a pour titre, speculum Metallurgiae politissimum.

Le fourneau où l'on fait fondre l'étain, est un fourneau à manche de la même espèce que celui où l'on traite la mine de plomb, excepté qu'il est plus petit, parce que l'étain se fond plus aisément que le plomb. Il faut que le sol du fourneau soit élevé d'environ quatre pieds au-dessus du rez-de-chaussée de l'attelier ou de la fonderie ; le sol du fourneau se fait avec une table de pierre sur laquelle on élève les murs latéraux : le tout doit être fait avec des pierres propres à résister au feu, que l'on maçonne avec de la glaise mêlée d'ardoise pilée ; en fermant le fourneau, on laisse par-devant un oeil ou ouverture d'environ deux doigts, pour que l'étain et ses scories puissent tomber dans la casse ou le bassin que l'on aura pratiqué à environ un demi-pié au-dessous de l'oeil pour les recevoir. Il faut que l'ouverture par où passe la tuyere soit disposée de façon que le vent des soufflets aille donner directement sur l'oeil par où la matière fondue doit passer ; quand la fusion sera en train, l'étain fondu tombera dans la casse accompagné de ses scories, que l'on a soin d'enlever continuellement, et de mettre à part. L'étain se purifie dans cette casse ; on a soin qu'il y soit toujours tenu en fusion ; c'est pourquoi on y met continuellement de la poussière de charbon, et il faut que le vent des soufflets vienne donner sur cet étain fondu en passant par l'oeil du fourneau ; c'est pour cela que la casse ne doit point être placée trop bas au-dessous de l'oeil. Sur le rez-de-chaussée, au pied de la casse, on pratique un creux ou fosse oblongue que l'on forme avec de la pierre et de la terre grasse ; ce creux sert à mettre l'étain pur que l'on puise à mesure avec des cuilleres de fer dans la casse, quand il s'est un peu refroidi ; ou bien on fait un trou de communication de la casse avec la fosse ; et quand la casse est assez pleine, on débouche ce trou pour laisser couler l'étain fondu qui Ve s'y rendre. Au haut du fourneau on pratique une chambre sublimatoire (c'est une espèce de caisse de bois que l'on enduit par-dedans avec de la terre grasse, pour que le feu ne puisse pas s'y mettre) ; on y laisse quelques ouvertures ou fenêtres pour le passage de la fumée : cette chambre est destinée à retenir les particules les plus légères de la mine d'étain que la violence du feu pourrait entrainer en l'air ; quelquefois on forme une seconde chambre au-dessus de la première ; on fait des degrés à côté du fourneau pour pouvoir monter à ces chambres, et une porte pour pouvoir charger le fourneau. On ne se sert point de brasque, c'est-à-dire d'un enduit de terre et de charbon pour garnir ces fourneaux ; on y emploie seulement un mélange de terre grasse et d'ardoise pilée. Pour charger le fourneau, on y met des couches alternatives de charbon et de mine mouillée ; on fait fondre brusquement, afin que l'étain n'ait point le temps de se calciner, de se dissiper ou de se réduire en chaux, et pour qu'il ne fasse, pour ainsi dire, que passer au-travers du fourneau ; la mine qui est en gros morceaux, ne doit pas être confondue avec celle qui a été réduite en une poudre fine ; il faut donc l'assortir et se régler là-dessus pour faire aller le vent des soufflets : on donne, par exemple, un vent très-fort pour la mine la plus grossière et pour les scories qu'on remet au fourneau ; mais on le modere à proportion que la mine est plus ou moins fine. Lorsque la mine est d'une bonne espèce, et qu'elle a été dû.ent préparée et séparée des substances étrangères, on a de l'étain très-coulant, c'est-à-dire qui entre bien en fusion, et qui est très-ductile et très-doux ; mais si l'on n'a pas eu toutes les précautions nécessaires dans le travail préliminaire, et qu'on n'ait pas suffisamment divisé la mine avant de la porter au fourneau, on aura un étain aigre et cassant comme du verre. Le moyen d'y remédier, sera de le remettre au fourneau avec des scories qui lui enleveront son aigreur, et le rendront tel qu'il doit être. Les scories qu'on a enlevé de dessus l'étain fondu se jettent dans l'eau, et on les écrase pour les remettre au fourneau avec les crasses qui peuvent contenir encore des parties métalliques. Les scories peuvent être employées jusqu'à deux ou trois fois dans la fonte, pour achever d'en tirer l'étain qui peut y être resté.

Voilà la manière dont le travail de l'étain se sait en Allemagne ; on ignore si elle est la même en Angleterre, d'autant plus que les Anglais n'en ont donné nulle part un détail satisfaisant, quoique personne ne fût plus à portée de jeter du jour sur cette matière ; s'ils ont eu peur de divulguer leur secret aux autres nations, leur crainte est très-mal fondée, puisqu'en donnant la manière d'opérer, ils ne donneraient pas pour cela les riches mines d'étain dont leur pays est seul en possession. Quoi qu'il en sait, voici le peu qu'on a pu découvrir de leurs procédés ; il a été communiqué à M. Rouelle, de l'académie royale des Sciences, à qui l'on en est redevable.

Le fourneau de fusion parait être à-peu-près le même que celui de Roessler ; l'étain au sortir du fourneau est reçu dans une casse où il se purifie ; quand cette casse est remplie, on laisse au métal fondu le temps de se figer, sans cependant se refroidir entièrement, pour lors on frappe à grands coups de marteau à sa surface ; cela fait que l'étain se fend et se divise en morceaux qui ressemblent assez aux glaçons qui s'attachent en hiver le long des toits des maisons : c'est-là ce qu'on appelle étain vierge ; l'exportation en est, dit-on, défendue sous peine de la vie par les lois d'Angleterre.

On fait ensuite fondre de nouveau cet étain ; on le coule dans des lingotières de fer fondu fort épaisses ; elles ont deux pieds et demi de long sur un pied de large, et un demi-pié de profondeur. Ces lingotières sont enterrées dans du sable, qu'on a soin de bien échauffer. Après y avoir coulé l'étain, on les couvre de leurs couvercles qui sont aussi de fer. On laisse refroidir lentement ce métal pendant deux fois vingt-quatre heures. Lorsqu'il est tout à fait refroidi, on sépare chaque lingot horizontalement en trois lames, avec un ciseau et à coups de maillet. La lame supérieure est de l'étain très-pur, et par conséquent fort mou ; on y joint trois livres de cuivre au quintal, afin de lui donner plus de corps. La seconde lame du lingot qui est celle du milieu, est de l'étain plus aigre ; parce qu'il est joint à des substances étrangères, que le travail n'a point pu entièrement en dégager : pour corriger cette aigreur, on joint cinq livres de plomb sur un quintal de cet étain. M. Geoffroi dit qu'on y joint deux livres de cuivre. La troisième lame est plus aigre encore, et l'on y joint neuf livres de plomb, ou dix-huit, suivant M. Geoffroi, sur un quintal ; alors on fait encore refondre le tout ; on le fait refroidir promptement : c'est-là l'étain ordinaire qui vient d'Angleterre. On voit par-là qu'il n'est pas aussi pur qu'on se l'imagine, et qu'il est déjà allié avec du cuivre et du plomb avant que de sortir de ce pays.

Les Potiers-d'étain allient leur étain avec du bismuth ou étain de glace. Ceux de Paris mêlent du cuivre et du régule d'antimoine avec l'étain de Malaque ; ensuite de quoi quand ils en veulent former des vases ou de la vaisselle, on le bat fortement à coups de marteau, afin de rendre cet alliage sonore. C'est ce qu'on appelle écrouir l'étain.

Après avoir décrit les principaux travaux de l'étain, nous allons parler de ses propriétés et des phénomènes qu'il présente. L'étain s'unit facilement avec tous les métaux ; mais il leur ôte leur ductilité, et les rend aigres et cassants comme du verre : c'est cette mauvaise qualité de l'étain qui l'a fait appeler par quelques chimistes, diabolus metallorum. Un grain d'étain suffit, suivant M. Wallerius, pour ôter la malléabilité à un marc d'or ; la vapeur même de l'étain, quand il est exposé à l'action violente du feu, peut produire le même effet : il le produit cependant moins sur le plomb, que sur les autres métaux. Voyez Cramer, tome I. page 60. Urbanus Hiaerne, tome II. pag. 92 et 102 ; et le laboratoire chimique de Kunckel.

L'étain entre en fusion au feu très-promtement ; quand il est fondu, il se forme à sa surface une pellicule qui n'est autre chose qu'une chaux métallique. Cette chaux d'étain s'appelle potée ; elle sert à polir le verre, etc. Voyez POTEE.

Si on expose l'étain au foyer d'un miroir ardent, il répand une fumée fort épaisse, et se réduit en une chaux blanche, légère et fort déliée ; en continuant, il entre en fusion, et forme des petits crystaux semblables à des fils. Voyez Geoffroi, materia medica, page 283. tom. I.

Si on fait fondre ensemble parties égales de plomb et d'étain, en donnant un feu violent, l'étain se sépare du plomb pour venir à sa surface, y brule en scintillant, et donne une fumée comme ferait une plante. Dans cette opération, l'étain se réduit en une chaux, et prend un arrangement symétrique strié ; mais il faut pour cela que l'opération se fasse dans un creuset découvert, parce que le contact de l'air est nécessaire pour qu'elle réussisse. Cette préparation s'appelle étain fulminé sur le plomb ; elle donne une couleur jaune, propre à être employée sur la porcelaine et dans l'émail.

L'étain entre dans la composition de la soudure pour les métaux mous. Voyez l'art. SOUDURE. Il entre aussi dans la composition du bronze. Voyez BRONZE. Pour lors on l'allie avec du cuivre.

Si on fait fondre ensemble quatre parties d'étain et une partie de régule d'antimoine, et que sur deux parties de cet alliage on en mette une de fer, on obtiendra une composition métallique très-dure, qui fait feu lorsqu'on la frappe avec le briquet ; si on en met dans du nitre en fusion, il se fait un embrasement très-violent. Cette expérience est de Glauber.

En faisant fondre une demi-livre d'étain, y joignant ensuite une once d'antimoine et une demi-once de cuivre jaune, on aura une composition d'étain qui ressemble à de l'argent. On peut y faire entrer du bismuth au lieu de régule, et du fer ou de l'acier, au lieu de cuivre jaune ; le fer rend cette composition plus dure et plus difficile à travailler ; mais elle en est plus blanche. Ce procédé est de Henckel.

M. Wallerius rapporte un phénomène de l'étain qui mérite de trouver place ici : " Si on met du fer dans de l'étain fondu, ces deux métaux s'allient ensemble ; mais si on met de l'étain dans du fer fondu, le fer et l'étain se convertissent en petits globules, qui crevent et font explosion comme des grenades ". Voyez la minéralogie de Wallerius, tom I. pag. 546, de la traduction française.

Si on fait un alliage avec de l'étain, du fer, et de l'arsenic, on aura une composition blanche, dure, un peu cassante, propre à faire des chandeliers, des boucles, etc. mais elle noircit à l'air, après y avoir été exposée quelque temps.

L'étain s'attache extérieurement au fer et au cuivre : c'est sur cette propriété qu'est fondée l'opération d'étamer. Voyez cet article et celui de FER-BLANC.

L'étain fait une détonation vive avec le nitre ; il donne une flamme très-animée : par cette opération il se réduit en une chaux absolue. Cinq parties d'étain en grenailles, mêlées avec trois parties de soufre pulvérisé et mises sur le feu, s'enflamment vivement, et l'étain se réduit en une chaux d'une couleur de cendre ; si on continue la calcination, cette chaux devient brune comme de la terre d'ombre ; si on l'expose au fourneau de reverbere, elle devient d'un blanc sale ou jaunâtre : cette chaux d'étain fondue avec du verre de plomb et du sable, forme un verre opaque d'un blanc de lait, propre aux émaux et à faire la couverte de la fayence. Voyez les articl. EMAIL. et FAYENCE.

Il est très-difficile de réduire la chaux de l'étain, lorsqu'elle a été longtemps calcinée. Il y a lieu de soupçonner qu'une partie de ce métal a été détruite par la calcination.

L'étain se dissout, mais avec des différences, dans tous les acides. Il se dissout dans l'acide vitriolique, de la manière suivante : on met deux ou plusieurs parties d'huile de vitriol sur une partie d'étain dans un matras, et on fait évaporer le mélange jusqu'à siccité ; on reverse de l'eau sur le résidu ; et en donnant un degré de chaleur convenable, il se met en dissolution. Si on verse de l'alkali volatil dans cette dissolution, il se précipite une poudre blanche qui, selon Kunckel, montre des vestiges de mercure.

L'esprit de nitre dissout l'étain, mais il faut qu'il ne soit point trop concentré. Cette dissolution est d'un grand usage pour la teinture en écarlate, parce qu'elle exalte considérablement la couleur de la cochenille, et produit la couleur écarlate, ou le ponceau : mais pour réussir il faut que la dissolution de l'étain dans l'eau-forte se fasse lentement ; parce qu'il est important de ne pas laisser dissiper la partie mobile de l'acide nitreux qui part lorsque la dissolution se fait trop rapidement : rien n'est donc plus à propos que d'affoiblir le dissolvant.

L'étain dissous dans l'eau régale, forme une masse visqueuse comme de la glu, opale et blanchâtre. Quand ce métal est allié avec du cuivre, la dissolution devient verdâtre : mais pour que la dissolution réussisse il faut, suivant Cassius, que l'eau régale soit composée de parties égales d'esprit de sel marin et d'acide nitreux ; ou, selon M. Marggraf, de huit parties d'esprit de nitre et d'une partie de sel ammoniac : pour lors il se précipite une poudre grise, qui est de l'arsenic ; sur quoi l'on remarquera qu'il est très-difficile de séparer cette substance de l'étain par la voie seche ; il faut avoir recours à la voie humide.

Le vinaigre distillé agit aussi sur l'étain, mais difficilement ; l'alkali fixe dissous dans l'eau, l'attaque lorsqu'il est en limaille. L'étain s'unit facilement avec le soufre, et de cette union il en résulte une masse striée comme l'antimoine, fragile et difficile à fondre. Il est dissous parfaitement par l'hepar sulphuris.

L'étain s'amalgame très-bien avec le mercure, et fait avec lui une union parfaite : c'est sur cette propriété qu'est fondée l'opération d'étamer les glaces. Voyez l'article GLACES.

Pour faire le beurre d'étain ou étain corné, on fait un amalgame composé de parties égales d'étain et de mercure ; à une partie de cet amalgame, on joint trois parties de sublimé corrosif, on distille ce mélange : alors l'acide du sel marin abandonne le mercure pour s'unir avec l'étain, et le rend volatil. Cette liqueur répand continuellement des vapeurs blanches : on l'appelle liqueur fumante de Libavius. Les Alchimistes font usage de cette liqueur pour la volatilisation de l'or.

Mais parmi les phénomènes que présente l'étain, il n'en est point de plus remarquable que celui par lequel on obtient la précipitation de l'or en couleur pourpre. Cette opération se fait en mettant tremper des lames d'étain bien minces et bien nettes dans une dissolution d'or, dans l'eau régale étendue de beaucoup d'eau : pour lors il se fait un précipité d'un rouge foncé ou pourpre très-beau. Ce précipité dû.ment préparé peut servir à donner de la couleur aux verres, aux pierres précieuses factices, aux émaux, à la porcelaine, etc. il y a beaucoup d'autres façons de la préparer, qu'il serait trop long de rapporter ici. Celle que nous venons d'indiquer est celle de Cassius, chimiste allemand. L'étain ainsi uni avec la dissolution d'or sans être édulcorée, peut teindre en pourpre la laine blanche, les poils, les plumes, les os, etc. en les faisant tremper dans de l'eau chaude, où l'on aura mis un peu de la dissolution qui vient d'être décrite. Voyez Juncker, conspectus chemiae, tab. xxxvij. p. 966. La dissolution d'étain ayant la propriété de donner une couleur pourpre avec la dissolution de l'or, il n'est point de moyen plus sur pour éprouver s'il y a de l'or mêlé avec quelqu'autre matière ; parce que pour peu qu'il y en ait, la dissolution d'étain versée dans la dissolution d'or ne manquera pas de le déceler.

M. Henckel, dans son traité intitulé flora saturnisans, dit que plusieurs auteurs ont cru qu'on pouvait tirer de l'étain du genêt (genista) ; il cite à ce sujet un ouvrage qui a pour titre astronomia inferior, dans lequel on rapporte la lettre d'un habile apoticaire de Bavière, qui prétend qu'ayant " brulé du genêt pour en avoir le sel, et en ayant mis la cendre dans un creuset, elle entra en fusion et se convertit en étain ; que craignant qu'il ne se fût par hasard glissé quelque particule d'étain dans son creuset, il avait recommencé l'opération dans un nouveau creuset et avec de nouveau genêt, et qu'il avait eu le même succès ". M. Henckel semble ajouter foi à ce phénomène, et continue " qu'il n'est point impossible que le genêt, ou une autre plante, ne se charge de quelques particules d'étain, attendu que ce métal est poreux, volatil, et très-chargé du principe inflammable ". Tollius rapporte un fait à-peu-près semblable dans ses epistolae itinerariae, et s'appuie d'Alonso Barba. Quoi qu'il en soit de toutes ces différentes autorités, c'est à la seule expérience à faire voir ce qu'on doit en penser.

Toutes les propriétés de l'étain dont nous avons parlé dans cet article, ont fait conclure à quelques chimistes que ce métal était composé 1°. d'une terre alkaline ou calcaire : ce qui le prouve, c'est la difficulté qu'on éprouve à vitrifier l'étain : en effet, jamais sa chaux ne se vitrifie sans addition ; et quand elle est mêlée avec du verre, elle le rend opaque et laiteux, ce qui marque qu'il ne se fait point une vraie combinaison. Joignez à cela que l'étain rend toujours opaques et laiteux tous les dissolvants auxquels on l'expose. Cette terre alkaline a la propriété du zinc et de la calamine ; et M. Henckel a tiré de l'étain une laine philosophique, semblable à celle que fournit le zinc. 2°. L'étain est composé de beaucoup de matière inflammable ; ce que prouve sa détonation avec le nitre, etc. 3°. Il entre aussi du principe mercuriel ou arsenical dans sa composition ; ce que prouve l'odeur d'ail qu'il répand lorsqu'on le brule. Voyez la minéralogie de Wallerius, tome I. page 551. et suiv.

Les usages de l'étain sont très-connus. On en trouvera quelques-uns à la suite de cet article. Le plus universel est en poterie d'étain. Voyez l'art. qui suit,

ETAIN (Potiers d'étain). On en fait des assietes, des plats, des pots, des pintes et toutes sortes d'ustensiles de ménage. Mais une chose que bien des gens ignorent, c'est que l'usage des vaisseaux d'étain peut être très-pernicieux, non-seulement lorsque ce métal est allié avec du plomb, mais encore lorsqu'il est sans alliage. M. Marggraf a fait voir dans les mém. de l'acad. royale des Scienc. de Berlin, année 1747, que tous les acides des végétaux agissaient sur l'étain, et en dissolvaient une partie : pour cet effet il a laissé séjourner du vinaigre, du vin du Rhin, du jus de citron, etc. dans des vaisseaux d'étain d'Angleterre, d'étain de Malaque, et d'étain d'Allemagne, et toujours il a trouvé qu'il se dissolvait une portion d'étain. Ce savant chimiste prouve dans le même mémoire, que l'étain contient presque toujours de l'arsenic, non que cette substance soit de l'essence de ce métal, puisqu'il a obtenu de l'étain qui n'en contenait point du tout ; mais parce que souvent les mines d'étain contiennent ce dangereux demi-métal, qui dans l'opération de la fusion s'unit très-facilement avec l'étain, et ne s'en separe plus que très-difficilement. M. Marggraf conclud de-là que l'usage journalier des vaisseaux d'étain doit être très-pernicieux à la santé, surtout si on y laisse séjourner des liqueurs aigres ou acides. Voyez l'article ETAMER.

A l'égard des usages medicinaux de l'étain, par ce que nous avons dit, on voit qu'ils doivent être très-suspects ; cependant on le fait entrer dans celui qu'on appelle l'anti-hectique de potier, qui n'est autre chose que de l'étain et du régule d'antimoine détonnés avec trois parties de nitre : mais les gens sensés savent que c'est un fort mauvais remède, et qui doit être par conséquent banni de la Médecine. Pour les autres usages de l'étain, nous renvoyons aux articles ETAMER, FACTEUR D'ORGUES, FER-BLANC, GLACES, MIROIRS METALLIQUES, etc. (-)

ETAIN, (Potiers-d'étain) Tout ce que nous allons ajouter sur l'étain a été tiré du dictionnaire du Commerce et du dictionnaire de Chambers. La distinction des différents étains, ainsi que les autres opérations qui se font dans la boutique du potier d'étain, se sont trouvées assez exactes pour que l'artiste qui s'est chargé de cette partie n'ait eu besoin d'y faire ni addition, ni changement. Il faut bien distinguer cette partie de l'article ETAIN de la partie qui précéde. Je crois qu'on eut aisément reconnu qu'elles étaient de deux mains différentes, quand nous n'eussions pas pris la précaution d'en avertir. Les Potiers-d'étain distinguent l'étain doux qui est le plus fin d'avec l'étain aigre qui ne l'est pas tant. L'étain doux étant fondu et coulé, puis refroidi, est uni, reluisant et maniable comme le plomb. Celui qu'on appelle du Pérou, qu'on nomme petits chapeaux, est le plus estimé : c'est de cet étain doux que les Facteurs-d'orgue font les tuyaux de montre de buffet, et les Miroitiers le battent en feuilles, pour donner le teint aux glaces avec le vif-argent.

Pour employer de l'étain doux en vaisselle, les Potiers-d'étain y mettent de l'aloi. Cet aloi est du cuivre rouge, qu'on nomme cuivre de rosette, fondu à part, et que l'on incorpore dans l'étain étant aussi fondu. La dose est d'environ cinq livres de cuivre par cent d'étain doux : quelques-uns n'y en mettent que trois livres, et une livre d'étain de glace ou bismuth, et pour lors il perd sa qualité molle, et devient ferme, dur, et plus sonnant qu'il n'était. A l'égard de l'étain aigre on y met moins de cuivre, selon qu'il l'est plus ou moins, et quelquefois point du tout, principalement si on veut l'employer en poterie d'étain, et qu'on en ait du vieux qui ait servi pour le mélanger, et qui l'adoucit.

Pour connaitre le titre ou la qualité de l'étain, on en fait essai. Voyez ESSAI, et la suite de cet article.

Les étains qui nous viennent d'Angleterre sont sous plusieurs formes différentes. Les uns sont en lingots, les autres en saumons, et les autres en lames qu'on nomme verges. Les lingots pesent depuis trois livres jusqu'à 35 ; les saumons depuis deux cent cinquante livres jusqu'à environ quatre cent ; et les lames environ une demi-livre. Les saumons sont d'une figure carrée, longue et épaisse comme une auge de Maçon ; mais tous pleins. Les lingots sont de la même forme, et les lames sont étroites et minces.

Il se tire des Indes espagnoles une sorte d'étain très-doux qui vient en saumons fort plats, du poids de cent vingt à cent trente livres. Il en vient aussi de Siam par masses irrégulières, que les Potiers-d'étain nomment lingots, quoiqu'ils soient bien différents de ceux d'Angleterre. L'étain d'Allemagne qui se tire de Hambourg est en saumons de deux cent jusqu'à deux cent cinquante livres, ou en petits lingots de huit à dix livres, qui ont la figure d'une brique ; ce qui les fait appeler de l'étain en brique. L'étain d'Allemagne est estimé le moins bon, à cause qu'il a déjà servi à blanchir le fer en feuille ou fer-blanc.

Etain de glace, que les droguistes appellent bismuth. Voyez BISMUTH. Il sert à faire de la soudure légère. Voyez SOUDER.

Une matière qui ressemble assez à l'étain de glace, mais qui est plus dure, qu'on appelle du zinc (voyez ZINC), sert aux Potiers d'étain pour décrasser l'étain lorsqu'il est fondu, avant de l'employer pour le jeter en moule, surtout si c'est de la vaisselle ; il faut prendre garde d'en mettre trop, car il occasionne des soufflures aux pièces. Ces soufflures sont des petits trous cachés dans l'intérieur des pièces, surtout si elles sont fortes, et ces trous ne se découvrent qu'en les tournant sur le tour. Une once ou environ de zinc suffit pour décrasser quatre à cinq cent livres d'étain fondu. Les Chauderonniers ne pourraient faire leur soudure sans zinc, etc.

L'étain en feuille est de l'étain neuf du plus doux, qu'on a battu au marteau sur une pierre de marbre bien unie. il sert aux Miroitiers à appliquer derrière les glaces des miroirs, par le moyen du vif-argent qui a la propriété de l'attacher à la glace ; ce sont les maîtres Miroitiers qui travaillent cette sorte d'étain pour le réduire en feuilles, ce qui leur fait donner dans leurs statuts le nom de Batteurs d'étain en feuille. Il se tire de Hollande une autre espèce d'étain battu dont les feuilles sont très-minces et ordinairement roulées en cornet ; elles sont ou toutes blanches, ou mises en couleur seulement d'un côté. Les couleurs qu'on leur donne le plus communement sont le rouge, le jaune, le noir, et l'aurore ; ce n'est qu'un vernis appliqué sur l'étain : c'est de cette sorte d'étain que les marchands Epiciers-ciriers appellent de l'appeau, dont ils mettent sur les torches et autres ouvrages de cire qu'ils veulent enjoliver, et dont les Peintres se servent dans les armoiries, cartouches, et autres ornements, pour les pompes funèbres ou pour les fêtes publiques.

Etain en treillis ou en grilles. On nomme ainsi certains ronds d'étain à claire voie, que l'on voit attaché aux boutiques des Potiers d'étain, et qui leur servent comme de montre ou d'étalage. Ces treillis sont pour l'ordinaire d'étain neuf doux sans aloi, c'est-à-dire qu'il est tel qu'il était en saumons ou lingots, à la fonte près qu'on lui a donnée pour le mettre en treillis. Cette espèce d'étain se vend aux Miroitiers, Vitriers, Ferblantiers, Plombiers, Facteurs-d'orgue, Eperonniers, Chauderonniers, et autres semblables ouvriers qui emploient ce métal dans leurs ouvrages. Les Potiers-d'étain mettent l'étain en treillis pour la facilité de la vente, étant plus aisé de le débiter de cette manière qu'en lingots ou saumons.

Etain d'antimoine, que les Potiers-d'étain nomment vulgairement métal ; c'est de l'étain neuf qu'on a allié de régule d'antimoine, d'étain de glace, et de cuivre rouge, pour le rendre plus blanc, plus dur, et plus sonnant. Cet alliage se fait en mettant sur un cent pesant d'étain huit livres de régule d'antimoine, une livre d'étain de glace, et quatre à cinq livres de cuivre rouge plus ou moins, suivant que l'étain est plus ou moins doux. On ne l'emploie guère qu'en cuilleres et fourchettes, qu'on polit en façon d'argent. Voyez POLI.

Etain plané, c'est de l'étain neuf d'Angleterre, comme il est dit ci-devant. On le nomme étain plané, parce qu'il est travaillé au marteau sur une platine de cuivre placée sur une enclume avec un ou deux cuirs de castor entre l'enclume et la platine. Cette manière de planer l'étain le rend très-uni tant dessus que dessous, et empêche qu'il n'y paraisse aucuns coups de marteau. Il n'y a que la vaisselle qui se plane. Voyez FORGER L'ETAIN.

Etain sonnant ou étain fin ; c'est celui qui est un peu moindre que le plané, où il y a plus de vieux étain, et qui est plus aigre ; ce qui le rend inférieur à l'étain plané, et à meilleur marché.

Etain commun ; on le fait en mettant quinze livres de plomb sur un cent d'étain neuf ; ou vingt livres, si l'étain neuf est bien bon.

Les Potiers-d'étain vendent à différents artisans une sorte de bas- étain, moitié plomb et moitié étain neuf, qu'ils appellent claire soudure ou claire-étoffe : cette espèce d'étain est la moindre de toutes. Il n'est pas permis aux Potiers-d'étain de l'employer dans aucun ouvrage, si ce n'est en moule pour la fabrique des chandelles, à quoi il est très-propre. On en fait aussi quantité de petits ouvrages, que les Merciers appellent du bimblot.

Etain en rature, ou rature d'étain ; c'est de l'étain neuf sans alliage, que les Potiers-d'étain mettent en petites bandes très-minces, larges environ d'une ligne à deux par le moyen du tour et d'un instrument coupant nommé crochet. Cet étain en rature sert aux Teinturiers pour leurs teintures, étant plus facile à dissoudre dans l'eau-forte quand il est ainsi raturé, que s'il était en plus gros morceaux. Ils le mettent au nombre des drogues non-colorantes ; ils s'en servent particulièrement pour le rouge écarlate. On nomme aussi ratures d'étain, tout ce que les crochets ôtent sur les pièces, que les Potiers-d'étain sont obligés de tourner.

Il entre de l'étain dans l'alliage des métaux qui servent à fondre les pièces d'artillerie, les cloches, et les statues, mais suivant diverses proportions. L'alliage pour l'artillerie est de six, sept, et huit livres d'étain, sur cent livres de rosette. L'étain empêche les chambres dans la fonte des canons ; mais aussi il est cause que la lumière résiste moins. Quant à l'alliage pour les cloches, voyez l'article CLOCHE ; et à celui pour les statues équestres, voyez l'art. BRONZE.

Il était autrefois permis aux François d'enlever de l'étain d'Angleterre, en payant le double des droits de sortie que payaient les Anglais. Ce commerce leur est à-présent interdit, et il n'y a plus qu'une seule compagnie anglaise qui, à l'exclusion de toute autre, ait le privilege d'en faire le négoce ; ce qui a doublé au moins le prix de l'étain. Voyez les diction. du Commerce et de Chambers.

ETAIN, (Essayer de l') On fait l'essai de l'étain de cette manière, pour en connaitre la qualité et le titre. On prend une pierre de craie dure, sur laquelle on fait un trou rond comme la moitié d'un moule de balle, qui contient environ deux onces d'étain ; on y joint une petite coulure de deux pouces de long et d'une ligne de large, et à-peu-près aussi profonde, et cela sur la surface plate de la pierre ; et par le moyen de cette coulure qu'on nomme le jet, on emplit ce trou d'étain fondu ; et lorsqu'il est froid, on voit sa qualité. L'étain doux est clair, uni, d'égale couleur dessus et dessous ; il se retire comme un petit point au milieu de l'essai. L'étain fin aigre se retire plus au milieu, et pique de blanc sur la surface ; il est uni et luisant par dessous. L'étain fin qui est moins bon, est tout blanc dessus et dessous. L'étain commun est tout blanc aussi, excepté où la queue du jet joint le rond de l'essai, où il se trouve un peu de brun ; et plus ce brun parait avant dans l'essai, moins l'étain est bon : en sorte que si l'essai perd tout son blanc et devient brun en entier, ce n'est plus de l'étain commun, mais de la claire, que les Potiers-d'étain ne peuvent travailler : cela sert aux Chauderonniers pour étamer, et aux Vitriers pour souder les panneaux en plomb ; on peut cependant remettre cette claire en étain commun, en mettant sur chaque livre une livre d'étain fin.

L'étain fin qui se trouve abaissé, se rétablit en y mettant une quantité suffisante de bon étain neuf ou du plané.

Il y en a qui essaient d'une autre manière : on prend un moule à faire des balles de plomb, et on jette de l'étain dedans ; on pese les balles des différents étains qu'on a jetés, et le plus leger est le meilleur.

Enfin une méthode d'essayer plus commune et plus ordinaire, est de toucher avec un fer à souder la pièce qu'on veut essayer, et on connait si elle est bonne ou mauvaise, à l'inspection de la touche.

La touche est un coup de fer chaud en coulant, qui dénote la qualité de l'étain ; s'il est fin, l'endroit touché est blanc, et pique un petit point au milieu : au commun l'endroit touché est brun autour, et blanc au milieu ; moins il y a de blanc, moins l'étain est bon : cela a assez de rapport à l'essai à la pierre, et les gens du métier s'en servent plutôt pour essayer quelque pièce douteuse, que pour essayer des saumons ou gros lingots ; car pour ceux-ci, il faut revenir à l'une ou l'autre des deux manières ci-dessus.

Il est constant que la matière d'étain, principalement le commun, peut s'altérer en y mettant plus de plomb qu'il ne faut : mais outre qu'un autre ouvrier s'y connaitra aisément, l'obligation où se trouve chaque maître de mettre son poinçon sur son ouvrage, ne le fera-t-il pas connaitre pour ce qu'il est ? Si dans les provinces où on n'est point assujetti aux visites des jurés, et où on ne marquera pas sa mauvaise marchandise, on croit faire plus de profit, c'est un mauvais moyen ; car 1°. à l'œuvre on connait l'ouvrier, et la marchandise se connait à l'user ; 2°. ce qu'on croit gagner d'un côté on le perd de l'autre, parce qu'elle est plus mal-aisée à travailler ; 3°. enfin on se trompe souvent soi-même, parce qu'étant renfermé dans un certain canton, cette marchandise revient pour la plus grande partie à l'ouvrier qui l'a faite, ou aux siens après lui : ainsi il est de l'intérêt et de l'honneur du Potier-d'étain d'être fidèle dans sa profession. Voyez les dictionnaires du Commerce et de Chambers.



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