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Catégorie parente: Physique particulière
Catégorie : Minéralogie & Métallurgie
S. m. (Histoire naturelle, Métallurgie et Minéralogie) cuprum, aes, venus, etc. C'est un métal imparfait, d'un rouge éclatant, très-sonore, très-dur, ductile et malléable. Il parait composé d'une substance terreuse rouge, et de beaucoup de phlogistique ou de principe inflammable.

Le cuivre diffère des autres métaux, non-seulement par sa couleur, mais encore par le son qu'il possède à plus haut degré que tous les autres. Son poids est à celui de l'or, comme 4 est à 9. Il est moins pesant que l'argent ; il n'y a que le fer qui soit plus dur et plus difficile à fondre que lui. Il rougit longtemps au feu avant que d'entrer en fusion ; il donne à la flamme une couleur qui tient du bleu et du verd : un feu violent et continué pendant longtemps, dissipe une portion de ce métal sous la forme de vapeurs ou de fumée, tandis qu'une autre partie est réduite en une chaux rougeâtre qui n'a plus sa forme métallique ; c'est ce qu'on appelle chaux de cuivre, ou aes ustum. Voyez cet article.

Si on frotte le cuivre avec les mains, il répand une odeur desagréable qui lui est particulière ; et mis sur la langue, il imprime une saveur stiptique, austère, et capable d'exciter des nausées : exposé à l'air, il se couvre d'une rouille verte. Tous les dissolvants, tels que l'eau, les huiles, les acides, les alkalis, les sels neutres, les résines, etc. agissent sur le cuivre, et il les colore en verd ; c'est à cette couleur verte qu'il est facile de reconnaitre la présence du cuivre. Les alkalis volatils changent cette couleur verte en bleu. Quand ce métal est en fusion, le contact de la moindre humidité ou d'une goutte d'eau lui fait faire une explosion très-considérable et très-dangereuse pour ceux qui voudraient en tenter l'expérience.

La nature ne nous présente que rarement et en petite quantité le cuivre sous sa véritable forme ; il faut pour cela qu'il soit tiré de sa mine, séparé d'une infinité de substances étrangères qui contribuent à le masquer tant qu'il est dans le sein de la terre : cependant il se trouve quelquefois tout formé, comme nous le dirons plus bas, mais il n'est point si pur que celui qui a passé par les travaux de la Métallurgie.

Il y a des mines de cuivre dans toutes les parties du monde connu ; il s'en trouve en Europe, en Asie, et en Amérique : celles de l île de Cypre étaient les plus riches que les anciens connussent. Aujourd'hui la Suède et l'Allemagne sont les pays qui fournissent le plus de cuivre. Il s'en trouve aussi en France que l'on travaille avec assez de succès. Le cuivre qui vient du Japon est fort estimé : il est en petits lingots assez minces : son mérite consiste à être extrêmement pur ; mais il n'a d'ailleurs aucun avantage sur le cuivre de rosette d'Europe qui a été bien purifié.

Le cuivre est de tous les métaux celui dont les mines sont les plus variées, soit pour les couleurs ; soit pour l'arrangement des parties : quelquefois on le trouve par filons, quelquefois par couches dilatées, d'autres fois par morceaux détachés répandus dans la terre : nous allons donner une description succincte des différentes espèces de mines de cuivre qui sont connues. Il y a,

1°. Le cuivre natif. C'est du cuivre tout formé qui se trouve attaché à des pierres de différentes espèces, et surtout à de l'ardoise, sans affecter de figure déterminée : on ne le trouve pas ordinairement par grosses masses ; mais il est ou par petites paillettes, ou par feuillets minces, ou par petits grains. Ce cuivre n'est pas tout à fait si pur que le cuivre de rosette.

2°. Le cuivre précipité. Il est très-pur ; il a été précipité, ou naturellement, ou par art, des eaux vitrioliques cuivreuses. Voyez l'article EAU CEMENTATOIRE.

3°. Le verd de montagne ou chrysocolle verte. Cette mine ressemble à du verd-de-gris ; c'est du cuivre qui a été mis en dissolution dans le sein de la terre, et qui en se précipitant s'est uni à différentes espèces de pierre ou de terre ; c'est ce qui fait que la chrysocolle varie pour la consistance et pour l'arrangement. On la trouve, ou compacte, ou en globules ; quelquefois elle presente de petites crystallisations en bouquets ou en houpes soyeuses. La mine de cuivre verte de la chine, qui est si recherchée des curieux est de cette espèce.

4°. Le bleu de Montagne ou chrysocolle bleue. D'est du cuivre qui a été dissous naturellement, qui par le concours d'un alkali volatil a pris une couleur bleue, et qui de même que le verd de montagne s'est attaché à quelque substance terreuse ou pierreuse : son bleu est plus ou moins éclatant. Le lapis lazuli est une mine de cuivre de cette espèce.

5°. La mine de cuivre azuré. Elle est d'un tissu qui la fait ressembler à du verre dans l'endroit où elle a été rompue. Elle est d'un bleu plus ou moins mêlangé : ce n'est vraisemblablement qu'une variété de la mine qui précède.

6°. La mine de cuivre vitreuse. La couleur de cette mine est assez variée ; elle ressemble à du verre, ce qui lui a fait donner le nom qu'elle porte.

7°. La mine de cuivre grise. Elle est d'un gris plus ou moins foncé. Il est assez difficile au simple coup-d'oeil de la distinguer d'avec une mine de fer.

8°. La mine de cuivre hépatique. Elle est d'un rouge mat ou d'un brun jaunâtre qui la fait ressembler à du foie : c'est la quantité de parties martiales qu'elle contient qui lui donne cette couleur. Elle contient aussi du soufre.

9°. La mine de cuivre blanche. Cette blancheur n'est que relative ; c'est proprement un gris clair qui tire un peu sur le jaunâtre. Cette mine contient du fer, de l'arsenic, et même un peu d'argent.

10°. La pyrite cuivreuse, ou mine jaune de cuivre ; c'est la moins riche et la plus commune des mines de cuivre ; elle contient, outre le cuivre, du fer, du soufre et de l'arsenic. Cette mine est quelquefois d'un jaune d'or très-éclatant, entre-mêlé de différentes couleurs très-brillantes, rouges, violettes, bleues, vertes, gorge de pigeon, etc. Quelquefois cette mine est d'un jaune pâle, ou d'un jaune tirant sur le verdâtre ; mais ces deux dernières mines ne sont que des pyrites cuivreuses, à qui plus ou moins d'arsenic, et une moindre quantité de cuivre, ont fait prendre une nuance plus claire.

11°. Les mines de cuivre figurées. On peut nommer ainsi les mines de cuivre dans lesquelles on remarque une figure étrangère au règne minéral. Ces mines de cuivre se trouvent toujours dans de l'ardoise. Il y a une mine de cette espèce à Mansfeld en Thuringe, dans laquelle on trouve des empreintes de poissons ; dans d'autres on voit des empreintes de végétaux.

12°. La mine de cuivre terreuse : elle est de différentes couleurs, comme grise, jaune, brune, etc. c'est du cuivre uni avec de l'ochre ou avec de la terre de différente espèce. On reconnait souvent la présence du cuivre dans ces terres, par l'enduit du verd-de-gris qu'on y remarque. L'ochre de Goslar parait être de cette nature ; on la mêle avec de l'huile de lin ; on en forme des globules qu'on met en distillation dans une cornue bien luttée ; on donne un très-grand feu, ensuite on écrase les globules, on les passe au-travers d'un tamis, et sur la poudre qui est passée on verse de l'eau pour en faire le lavage : on sépare la partie la plus légère d'avec la plus pesante qui Ve au fond : on mêle cette dernière avec deux parties de flux noir, et on la fait fondre dans un creuset : on obtient par-là du cuivre. Voyez Juncker, de cupro, tab. xxxv. p. 905. C'est-là ce que quelques Chimistes ont appelé cuivre artificiel. D'autres ont cru que dans cette opération il se faisait une transmutation ; mais il est évident que ce n'est autre chose qu'une séparation et une réduction de la partie cuivreuse qui était contenue dans l'ochre de Goslar.

Outre les mines dont on vient de faire l'énumération, il se trouve encore des parties cuivreuses mêlées avec les mines des autres métaux ; il y a aussi des portions de ce métal unies avec une grande quantité de terres et de pierres : en général on a lieu de soupçonner sa présence dans la plupart de celles où l'on remarque du verd ou du bleu ; cependant cette règle n'est point sans exception, attendu que le fer peut aussi quelquefois produire les mêmes couleurs. Il est certain néanmoins que le cuivre est ce qui donne le bleu et le verd à un grand nombre de substances minérales, telles que l'éméraude, le saphir, la turquaise, le lapis lazuli, etc. Glauber prétend avoir trouvé du cuivre dans les tourbes de Hollande, et surtout dans celles qui sont le plus profondément sous terre. Si l'on veut un détail plus circonstancié sur les mines de cuivre, on peut consulter la Minéralogie de Wallerius, tome I. p. 495 et suiv.

Les différentes opérations en usage pour tirer le cuivre de sa mine, sont un chef-d'œuvre de la Métallurgie : il n'y a point de métal plus difficile à traiter ; on en pourra juger par le détail abrégé de ces opérations, qu'on Ve trouver dans cet article. Ces difficultés viennent des matières étrangères, martiales, sulphureuses, arsénicales, terreuses ou pierreuses, etc. qui sont quelquefois étroitement unies avec le cuivre dans sa mine. Les Fondeurs suédois distinguent trois espèces de mines de cuivre : 1°. les mines de cuivre simples ; ce sont celles qui sont dégagées des parties terreuses et pierreuses : 2°. les mines de cuivre dures ; ce sont celles qui sont unies avec des pierres vitrifiables, telles que le quartz, ce qui en rend la fusion difficile : 3°. les mines de cuivre réfractaires ; ce sont celles qui sont mêlées avec des pierres qui résistent à l'action du feu, telles que le talc, l'amiante, etc. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. pag. 517 et suiv.

Il arrive souvent que dans les mines de cuivre les parties hétérogènes, telles que le fer, la terre, la pierre, etc. s'y trouvent en beaucoup plus grande abondance que ce métal : ces inconvénients n'empêchent point de travailler ces mines pauvres dans les pays, comme la Suéde et quelques parties de l'Allemagne, où le bois est commun et la main-d'œuvre à bon marché ; hors ce cas, il y aurait beaucoup de perte à vouloir les traiter.

Manière de traiter la mine de cuivre. C'est une suite de différentes opérations, dont nous allons donner le détail le plus exact. Ces opérations ne sont pas absolument les mêmes partout ; elles varient selon la qualité des mines : mais c'est à l'expérience à instruire de la nature et du besoin de ces variétés. Il suffit dans un ouvrage de décrire avec précision et clarté un procédé général qui puisse servir de base dans toutes les circonstances possibles.

Du triage de la mine. C'est l'opération par laquelle on commence : elle consiste, 1°. à séparer les morceaux purement pierreux, des morceaux tenant métal, et à rejeter ceux-là : 2°. à séparer ceux qu'on croit purement métalliques, pour les envoyer à la fonderie : 3°. à séparer ceux qui sont mêlés de pierre et de mine, qu'on appelle mine à bocard, et qu'on fait bocarder.

Détail du triage. On commence par passer toute la mine par un crible à mailles carrées, de la largeur d'un pouce ou quinze lignes : ce crible a dix-neuf pouces de diamètre sur cinq pouces de profondeur. La mine est ramassée dans un coin ; on en Ve charger son crible, et on se transporte dans un autre endroit où on la sasse : ce qui reste sur le crible se lave ; pour cet effet on a un baquet de fer percé par le bas de trous d'une ligne de diamètre. On jette dans ce baquet ce qui est resté de mine sur le crible, et l'on plonge le baquet dans une cuve d'eau. On donne ce lavage à toute la mine nouvellement triée, et l'on répand sur une table les morceaux de mine lavés.

Quant à ce qui a passé à-travers les mailles du crible dans le premier sassement, on y revient : on a un autre crible dont les mailles sont de six à sept lignes en carré ; on le charge de cette mine, et on la sasse pour la seconde fois ; ce qui reste sur le crible est jeté dans le baquet, lavé dans la cuve, comme on l'a pratiqué après le premier sassement, et répandu sur une seconde table.

On travaille ensuite ce qui a passé à-travers le second crible au second sassement, en le sassant une troisième fois à-travers un troisième crible qui a les mailles d'un quart de pouce. On met ce qui reste sur ce troisième crible, dans une espèce de sebille dont le fond est garni d'un petit treilli de fil-de-fer très-serré. Un ouvrier secoue cette sebille dans la cuve ; par ses secousses, mouvements et tours de poignet, il parvient à élever à la surface les parties pierreuses, qu'il sépare du reste en les prenant par pincées. les parties métalliques qui occupent le fond de la sebille, vont à la fonderie, les pierreuses sont envoyées au bocard pour y être écrasées de nouveau.

On a donc des gros morceaux de mine lavée sur une table, des moindres morceaux sur une autre table, une poussière qui s'est précipitée dans la cuve au lavage, et des parties pierreuses qu'on envoye au bocard ou pilon, comme nous l'avons dit. Quant à la poussière qui s'est précipitée dans l'eau de la cuve pendant le lavage, on la porte au lavoir. Voyez un de ces instruments Pl. IV. de Métallurg. Voici ce qu'on fait des morceaux exposés sur les tables.

Ces morceaux de mine sont triés par des filles et par des petits garçons instruits à cette manœuvre. Dans ce triage, tout ce qui est purement métallique Ve à la fonderie ; ce qui est tout pierreux est rebuté ; ce qui est mêlé de pierre et de métal, passe au maître trieur.

Le maître trieur casse ces morceaux, et tâche de séparer exactement le pierreux du métallique. S'il rencontre des morceaux où le mélange de la pierre et de la mine lui paraisse intime, il les écrase, et rejette ce qui est purement pierreux ; le reste est criblé, lavé à la sebille, et séparé en deux parties, dont l'une Ve au bocard, et l'autre à la fonderie.

Cela fait, le triage est achevé, et l'on porte à la fonderie tout ce qui doit y aller.

De la calcination ou du grillage. Entre les mines il y en a qui, avant que d'être mises au fourneau, ont besoin de cette préparation : d'autres peuvent s'en passer. Pour les distinguer, et s'assurer si la mine exige une calcination préliminaire, on cherche à découvrir par l'essai, si elle n'est point arsénicale, sulphureuse ou martiale. Le fer donne lieu à des porcs ou cochons. On appelle porcs ou cochons, des masses qui se figent aux fourneaux de fusion, et qui n'ayant pris au feu qu'une espèce de molesse, et ne pouvant entrer dans une fusion parfaite, les obstruent, et font qu'on est obligé de recommencer l'opération. D'ailleurs ces porcs tiennent du cuivre ; mais quand la mine a été grillée, il ne s'en fait plus : le grillage a disposé une partie du fer à se vitrifier, et le fer calciné coule et se vitrifie facilement à l'aide de certains mélanges.

Les mines qui ont besoin d'être grillées ou calcinées, le sont dans un fourneau fort simple, et tel qu'on en voit un au bas de la Pl. II. de Métallurgie, fig. 4. et l'on procede au grillage de la manière suivante au Tillot en Lorraine. On fait un lit de buches dans les séparations du fourneau A ; on répand sur ce lit les gros morceaux de mine, puis les morceaux moins gros, et ensuite la poussière : on allume le feu, on l'entretient pendant vingt-quatre, trente, trente-six heures de suite. Le grillage se réitère communément une ou deux fois ; il y a des mines qu'on grille jusqu'à huit : il y en a aussi qu'on grille beaucoup moins. Lorsque la mine est grillée, elle passe au fourneau voisin, qu'on appelle fourneau de fonderie, ou fourneau à manche.

De la fonderie. La mine grillée ou non grillée se traite d'abord dans le fourneau B, Métallurgie, Pl. V. fig. 1. on y voit en entier ce fourneau, dont on a donné les coupes et la construction détaillée, Pl. VI. de Métallurgie, fig. 1. 2. 3. 4. La figure 1. représente une coupe sur la longueur ; la figure 2. une autre coupe sur la profondeur ; la figure 3 les évents pratiqués au terrain plein ; la figure 4. la vue intérieure du fourneau.

On charge ce fourneau avec un mélange de mine et de charbon de bois et de scories, en certaine proportion : ces scories sont de la fonte précédente : on met plus ou moins de charbons. La mine lavée demande plus de charbon que celle qui ne l'a pas été ; il y a même des mattes à qui il en faut plus qu'à la mine ordinaire.

On remplit de ce mélange le fourneau jusqu'en haut : on fait jouer les soufflets. L'ouverture qu'on a pratiqué au bas du mur antérieur du fourneau, est toujours libre. A mesure que la matière fond, elle coule dans un réservoir qu'on appelle poche ou catin, qui est sous l'ouverture : cette poche est creusée dans un massif un peu élevé au-dessus de terrain. Quand il y a dans la poche une certaine quantité de matière, les ouvriers en enlèvent la partie supérieure, qui est vitreuse ou en scorie, avec un grand instrument de fer ; ils la prennent en-dessous avec cette espèce de pelle ; elle est alors figée. Ils continuent d'enlever ces surfaces vitreuses et figées, jusqu'à ce que la poche soit pleine de matière métallique.

Les poches sont saupoudrées et enduites d'un mélange de terre grasse et de charbon en poudre, qu'ils appellent brasque ou brasse. Lorsque la poche supérieure est pleine, ils dégagent l'ouverture qui conduit de cette poche à une autre poche inférieure, et la matière coule dans celle-ci.

Aussi-tôt que la matière a coulé et que la poche supérieure est vide, les ouvriers la réparent en l'enduisant d'une nouvelle couche de terre grasse mêlée de charbon : cette couche peut avoir environ deux pouces d'épais. On referme alors la communication de la première poche, casse ou catin (car ces trois mots sont synonymes), à l'inférieure.

Quand la matière contenue dans la seconde poche se refroidit, les ouvriers l'enlèvent de la manière suivante, et dans l'ordre que nous allons dire. Ils commencent par les couches supérieures qui sont scories : la scorie enlevée, ils aspergent la surface de la matière restante, d'un peu d'eau, qui en fait prendre ou figer une certaine épaisseur : ils enlèvent cette épaisseur ; ils continuent d'asperger, de refroidir, et d'enlever des épaisseurs de matière prise ou figée, jusqu'à ce que la casse en soit tout à fait épuisée, et ces espèces de plaques s'appellent pierres de cuivre, ou mattes.

Du travail de la matte ou pierre de cuivre. On porte les mattes dans les fourneaux de calcinations ou de grillage A, Pl. II. de Métallurgie, fig. 4. on les y calcine à cinq, huit, dix, vingt feux, selon le plus ou le moins de pureté de la matte. Cette pureté s'estime 1°. par l'usage et par la qualité de la mine : 2°. par la fusion première, seconde ou troisième, dont elle est le produit. Calciner à un feu, c'est traiter une fois la matte de la manière que nous avons dit, en parlant du grillage ou de la calcination, qu'on commençait par traiter la mine qui avait besoin d'être calcinée ou grillée : la griller à deux feux, c'est la passer d'une des séparations du fourneau A, dans une autre, et l'y traiter comme elle l'avait été dans la précèdente, et ainsi de suite.

On ne met qu'un lit de buches pour le premier grillage ou feu ; on augmente la quantité de bois à mesure que le nombre des feux augmente, et avec raison : car plus la matte contient de soufre, plus il faut faire durer le feu, chauffer doucement, et user d'un feu qui n'aille pas si vite.

Les mattes calcinées se fondent dans le fourneau B, Pl. V. de Métallurgie, fig. 1. avec cette seule différence, que les soufflets vont moins vite, et qu'on pousse moins le feu. La matière coule du fourneau dans la première casse, de la première casse dans la seconde, d'où on l'enlève par plaques ou pains, comme nous l'avons décrit ci-dessus, et l'on a des secondes mattes et un peu de cuivre noir : ce cuivre noir est mis à part.

Ces secondes mattes se reportent encore au fourneau de grillage A, pour y être recalcinées, d'où elles reviennent ensuite pour être fondues au fourneau B. On les calcine cette fois au fourneau A à cinq ou six feux ; et par cette nouvelle fusion au fourneau B, il vient une troisième matte plus riche que la seconde, ainsi que la seconde était plus riche que la première, avec du cuivre noir. On obtient du reste une troisième matte par la même manœuvre que les mattes précédentes, et l'on met aussi à part le cuivre noir.

On reporte au fourneau de grillage ou de calcination, la troisième matte, où elle essuie encore cinq à six feux ; on la remet au fourneau de fusion, d'où il sort cette fois une matte riche, avec trois quarts de cuivre noir.

Telle est la suite des opérations de la fonderie ou fusion, et l'ordre dans lequel elles se succéderaient dans une mine et des fourneaux où l'on travaillerait pour la première fois ; mais on procede autrement quand les fourneaux sont en train. Alors on fond la mine et les différentes sortes de mattes dans un même fourneau B, dont le travail est ininterrompu. On commence par fondre les mattes, et entre les mattes on choisit les plus riches, pour les faire passer les premières ; on leur fait succéder les mattes les moins riches ; à celles-ci, celles qui le sont moins encore, ou les mattes pauvres, et l'on finit par la mine.

La raison de cet ordre ; c'est que le fourneau s'use, qu'il s'y forme, surtout au fond, des cavités, et qu'il vaut mieux que ces creux se remplissent de matte pauvre que de matte riche. Il arrive cependant dans la succession ininterrompue des fusions, que l'on a quelquefois dans les poches ou casses des mattes plus ou moins riches, et du cuivre noir ; et il ne faut pas craindre que ces différents produits se confondent, et que l'on perde le fruit des calcinations : car les mattes riches étant plus pesantes que les autres, gagnent toujours le fond de la casse en sorte qu'on a dans les casses le cuivre noir, la matte riche, la matte moins riche, la matte pauvre, à-peu-près dans l'ordre des calcinations.

On observe toutefois dans les fourneaux de calcinations, de griller ensemble les mattes les moins riches. Il y a à ce procédé de l'oeconomie ; car il ne faut pas plus de bois pour griller trente quintaux de matte, que pour n'en griller que cinq à six.

Conséquemment on a soin d'attendre qu'on ait beaucoup de mattes riches, et l'on en ramasse le plus qu'on peut, pour en faire le grillage à part, ou du moins on ne la confond qu'avec celle qui lui succede immédiatement en richesse.

Voici donc l'ordre des produits de toutes les différentes opérations : scories, matte pauvre, matte moyenne, matte riche, cuivre noir.

Le cuivre noir est l'état dernier auquel on tend par les calcinations et les fusions réitérées, à réduire toute la mine, en la faisant passer par ces états de mattes différentes.

Du raffinage du cuivre. Raffiner le cuivre, c'est le conduire de l'état de cuivre noir à celui de cuivre de rosette, ou c'est dissiper le reste de soufre qui le constitue cuivre noir.

Cette opération se fait au fourneau C, Planch. V. de Métallurg. fig. 2. qu'on y voit en entier, et dont on a représenté une coupe et l'intérieur, Plan. VI. de Métallurg. fig. 6. et les évents de son terre-plein ; fig. 5. même Planche.

On commence par garnir la casse ou poche qui est au-dedans avec le mélange de terre grasse et de charbon en poudre dont nous avons parlé plus haut. Après ce préliminaire, on la fait sécher avec du charbon, qu'on y entretient allumé pendant une ou deux heures.

Cela fait, il s'agit de travailler. Pour cet effet on remplit toute la casse de charbon de bois ; on place sur ce charbon un pain de cuivre noir ; on fait sur ce pain un lit de charbon ; on met sur ce lit trois ou quatre pains, ensuite du charbon, puis lit sur lit des pains alternativement, du charbon, jusqu'à la concurrence de cent, cent vingt, cent cinquante, deux cent, deux cent cinquante, trois cent pains, suivant la grandeur de la casse, qui s'étend considérablement pendant le travail.

On chauffe. Les soufflets marchent à-peu-près pendant deux heures, au bout desquelles le raffineur trempe une verge de fer dans le cuivre qui a gagné le fond de la casse ; c'est un essai : au sortir de la casse, il plonge sa baguette enduite d'une pellicule de cuivre, dans de l'eau froide ; elle s'en détache ; il en examine la couleur, et il juge à cette couleur si la matière est ou n'est pas affinée. Cet essai se répète d'un moment à l'autre ; car la matière prend avec beaucoup de vitesse des nuances successives, différentes et perceptibles pour l'affineur.

Dans le cours de cette fusion, on décrasse la matière, une, deux, trois, ou quatre fais, ce qui se fait en écartant le brasier qui nage à sa surface avec un rable, ou en se servant de cet instrument pour en enlever les ordures : ensuite on repousse le brasier, et l'on y substitue de nouveau charbon, s'il en est besoin.

Lorsque l'affineur s'est assuré par un dernier essai de la perfection de sa matière et de son degré d'affinage, on écarte encore le charbon, on décrasse de nouveau, on balaye les bords de la casse ; le cuivre parait alors dans un état de fluidité très-subtile, sans toutefois bouillonner ; il fremit seulement, il élance dans l'air une pluie de grains menus, qu'on peut ramasser en passant une pelle de fer à-travers cette espèce de vapeur, à un pied ou environ au-dessus de la surface du fluide. Elle s'appelle fleurs de cuivre ou cendre de cuivre. Pour en arrêter l'effluvium, et empêcher la matière de s'éparpiller ainsi, le fondeur asperge légèrement la surface avec un balai chargé d'un peu d'eau. Pour faire cette aspersion sans péril, on laisse refroidir la surface du cuivre ; cela est essentiel, car si l'on répandait l'eau avant que la surface eut commencé à se figer, il se ferait une explosion considérable, capable de faire sauter l'attelier.

Lors donc que la surface commence à se consolider un peu, on a un petit baquet plein d'eau, on en jette une flaquée légère sur la surface du métal : cette eau bouillonne et disparait en un moment ; on a alors un pic de fer, avec lequel on détache du tour de la casse la lame figée, et l'on enlève cette lame ou plaque avec des pinces. On répand sur la surface du métal restant une seconde flaquée d'eau froide ; on détache avec le pic et l'on enlève avec la pince une seconde lame ; et ainsi de suite, jusqu'à ce que la casse soit épuisée et l'ouvrage fait. Le dernier morceau de cuivre qui reste au fond de la casse, après qu'on en a détaché et enlevé le plus de lames qu'il était possible, s'appelle le roi ; et toutes les lames ou pains de cuivre qui l'ont précédé et qu'on a formés, détachés, et enlevés successivement, s'appellent cuivre de rosette, et se vendent dans cet état et sous ce nom dans le commerce.

C'est de l'alliage de la pierre calaminaire avec le cuivre de rosette, qu'on fait le cuivre de laiton. Voyez à l'article LAITON, l'art de le faire, et celui de couler le laiton en table, de le battre, et de le trifiler. Voyez aussi les articles CALAMINE, CADMIE, et ZINC.

Nous n'avons examiné jusqu'à présent que le travail de la mine qui ne contient que du cuivre ; mais il arrive souvent qu'elle contienne du cuivre et de l'argent ; et du cuivre, du plomb, et de l'argent : telle est la qualité de celle de Sainte-Marie-aux-Mines ; alors elle demande à être traitée d'une manière particulière, que nous allons exposer.

Du travail de la mine de cuivre et argent ; et cuivre, plomb, et argent. Le triage de cette mine n'est pas différent du triage de la mine de cuivre simple. Quant à la calcination, elle se fait au fourneau de reverbere en grand, ou par la flamme : cette manière de calciner épargne du bois et du temps, parce qu'on n'y emploie que du fagot, et qu'on exécute en deux fois vingt-quatre heures, ce qu'on ne fait au Tillot qu'en quinze jours et par vingt grillages. On ne suit pas au Tillot la même voie ; parce qu'entre tous les ouvriers il n'y en a point qui aient un attachement plus scrupuleux pour leurs vieilles manœuvres, que ceux qui travaillent les mines, parce qu'il n'y en a aucun dont la pratique soit moins éclairée.

Les fourneaux de grand reverbere, tels qu'on les voit Pl. VII. de Métall. fig. 1. et fig. 2. sont en usage à Giromagni. Ils y ont été apportés par des Anglais. Ils s'en servirent d'abord pour la fonte du plomb ; ensuite pour celle du cuivre. Ils y calcinaient, fondaient, etc. travaillaient cette mine par la flamme ; ils s'assuraient qu'elle était cuivre de rosette, comme nous l'avons dit plus haut, et ils continuaient le travail de la manière que nous l'allons dire en peu de mots.

Ils avaient de petits moules de terre, qu'ils rangeaient devant la casse ; ils puisaient avec une grande cuillere dans le cuivre en fusion, et ils jetaient une de ces cuillerées dans chaque moule. Ils revenaient ensuite au premier de ces moules, sur lequel ils jetaient une seconde cuillerée, et ainsi de suite des autres moules, continuant de la même manière jusqu'à ce que toute la matière de la casse fût épuisée. Avant que de verser dans le premier moule une seconde cuillerée, la première versée avait eu le temps de se refroidir assez pour ne pas se souder avec la seconde. Quand la casse était entièrement épuisée, la seule fraicheur de l'eau suffisait pour séparer les produits de toutes ces différentes fusions, et en former autant de pains.

On voit, Pl. VII. fig. 1. et 2. deux de ces fourneaux de grand reverbere en entier, et l'on en voit différentes coupes, Plan. VIII. fig. 1. 2. 3. 4. et 5. La figure 1. est le plan du fourneau de grand reverbere H de la Planche VII. pris au niveau du commencement des voutes. La figure 2. est une coupe du même fourneau, prise verticalement et selon sa largeur. La figure 3. est une coupe horizontale du fourneau de grand reverbere I de la Planche VII. prise à la hauteur de la voute. La fig. 4. est une coupe du même fourneau sur la ligne A B. La figure 5. en est une autre coupe verticale.

Dans les coupes du fourneau de grand reverbere H, fig. 1 et 2. Pl. VIII. C, C est la grille ; D, la cheminée de la fumée ; E, la cheminée des vapeurs métalliques.

Dans les coupes du fourneau de grand reverbere I. même Pl. VIII. fig. 3. 4. 5. C est la grille et le cendrier, fig. 3. et 4 ; et c est la grille et le cendrier, fig. 5 ; d la casse ; e l'ouverture extérieure ; f, f, la cheminée des fumées, antérieure et extérieure ; u, u, la cheminée des vapeurs ; g, g, g, la cheminée postérieure et intérieure des vapeurs.

Nous avons dit ce qui concernait le triage et le grillage des mines tenant cuivre et argent, et cuivre, plomb, et argent : c'est dans ces fourneaux de reverbere que se fait aussi le grillage des mattes qui proviennent de ces mines. Quant à la fonderie, elle s'exécute dans un fourneau tel que celui qu'on voit en B, Pl. V. fig. 1. et de la même manière que si la mine était cuivre seul. On obtient par des fusions réitérées la même suite de produits dans l'un et l'autre cas, avec cette différence que le cuivre noir contient dans celui-ci du cuivre et de l'argent, qu'il faudra séparer par une autre opération dont nous allons parler.

Cette opération est fondée sur la propriété qu'a le plomb fondu avec le cuivre et l'argent, d'enlever l'argent au cuivre noir : d'où il s'ensuit que quand la mine tient cuivre, plomb, et argent, le plomb même qu'elle contiendra commencera dès la première fonte à se saisir d'une partie de l'argent ; et le mélange de plomb et d'argent étant plus pesant que le reste, on aura dans le fond de la casse des pains de plomb tenant argent.

On met de côté ces pains de plomb tenant argent, et l'on traite les autres mattes, comme nous avons dit ci-dessus, réduisant tout par calcinations et fusions à l'état de cuivre noir tenant argent.

On fait ensuite l'essai du cuivre noir, pour savoir quelle est sa richesse, et ce qu'il y faut ajouter de plomb. Après l'essai, on met ce cuivre noir dans un fourneau tel que le fourneau B, Pl. V. fig. 1. on le travaille comme la mine ordinaire, et l'on a dans le fond des casses, des pains tenant plomb et argent, et sur ces pains d'autres pains de cuivre noir. On appelle rafraichir le cuivre, l'opération par laquelle on lui joint du plomb.

On met de côté ces seconds pains plomb et argent avec les premiers ; mais ceux du cuivre noir n'étant pas à beaucoup près entièrement dépouillés d'argent, on tire ce qu'ils en contiennent de la manière suivante.

On place verticalement dans le fourneau D, Pl. V. fig. 1. qu'on voit entier, et dont on a des coupes fig. 1. et 7. Pl. VI. les pains de cuivre noir avec du charbon ; on contient le tout avec une espèce d'assemblage en forme de boite, composée de quatre plaques de tole. Le feu qu'ils essuient suffit pour faire fondre et couler le plomb tenant argent, et pour en épuiser à-peu-près le cuivre. Ce plomb tenant argent tombe dans le cendrier du fourneau, d'où il descend par une rigole inclinée vers une casse placée au-devant du cendrier. On a donc dans cette casse des troisiemes pains tenant plomb et argent, qu'on met de côté avec les autres. Cette opération s'appelle liquation, et le fourneau se nomme fourneau de liquation ou de ressuage.

Mais au sortir du fourneau D, ces pains de cuivre noir contenant encore de l'argent, ils sont portés, pour en être entièrement dépouillés, au fourneau qu'on voit entier en G, fig. 3. Pl. VII. et dont on voit la coupe fig. 6. Pl. VIII. on les y étale comme des rouleaux de jetons sur une table ; on fait dessous un violent feu de bois ; et pour donner au feu plus d'action, on ferme le devant du fourneau, de manière que l'air ne pousse que par l'ouverture du cendrier : ce feu acheve d'épuiser ces pains de cuivre noir de tout l'argent et plomb qu'ils contenaient. Il y a aussi à ce fourneau rigole et casse sur le devant.

Toute la matière se trouve donc maintenant réduite, partie en pains tenant plomb et argent, partie en pains de cuivre noir pur. Le pain de cuivre noir pur se conduit à l'état de cuivre de rosette, comme nous l'avons expliqué plus haut ; et l'argent et le plomb se séparent dans le travail des autres, comme nous allons l'expliquer.

Pour séparer le plomb et l'argent, on coupelle au fourneau, qu'on voit en entier Pl. IX. fermé en F, fig. 1. et ouvert en partie, même Pl. fig. 2. en E, et dont on a différentes coupes, Pl. VI. fig. 8, 9, 10. La figure 8. est le plan de ce fourneau au niveau de l'âtre ; la figure 9. en est une coupe suivant la ligne C L ; et la figure 10. est un plan des évents du fourneau F, et du seul étage où il y ait des évents au fourneau E. Pour cet effet, on couvre le fond du fourneau d'une couche de cendres lessivées, et préparées à la manière de celles qu'on emploie aux coupelles d'essai ordinaires. Voyez les articles ESSAI et COUPELLE. On bat cette cendre ; on lui donne un peu de concavité : cela fait, on y dispose un petit lit de foin, afin qu'en posant les pains on ne fasse point de trous à la couche de cendres, qu'on appelle cendrée. Voyez cet article. On range ensuite les pains les uns sur les autres à plat et circulairement ; on allume un feu de bois, on couvre le fourneau avec son couvercle ; on dirige le vent des soufflets sur la surface du métal : les pains fondent. Quand la fusion est complete , une partie du plomb se vitrifie, et se met en litharge liquide : cette litharge gagne les bords.

On lui a menagé une rigole ; et avec un ringard, on l'attire au-dehors, où elle ne tarde pas à se figer. C'est sous cette forme qu'on se débarrasse d'une partie du plomb ; le reste ou se dissipe en vapeur, ce qu'on appelle fumer ; ou pénètre dans la cendrée et s'y fige, entrainant avec lui tout ce qui n'est pas argent. Ce qui est argent demeure seul et se purifie. On ne dit rien ici du feu ; il se doit ménager selon l'art. Voyez l'article FEU.

Aussitôt que le plomb a été épuisé par les voies que nous venons d'indiquer, l'argent se fige au milieu de la coupelle ; le figer de l'argent suit si rapidement la défection du plomb, que les ouvriers ont donné à ce phénomène le nom d'éclair. Voyez l'article ECLAIR. Si l'on n'a pas soin de retirer le cuivre aussitôt après qu'il a fait éclair, il se brule et se réduit en chaux.

On a trois matières, l'argent pur, la litharge, et la matière imbibée dans la coupelle ou cendrée. La litharge et la coupelle ont leur utilité ; on peut les substituer au plomb dans l'opération même que nous venons de détailler plus haut : mais il est à-propos d'observer que la litharge et la coupelle ne sont autre chose que des chaux de plomb, qui ne se réduisent pas toutes dans la fonte en grand. On trouve dans ces travaux qu'un quintal de litharge réduite, ne donne guère que soixante et quinze livres de plomb, et qu'un quintal de coupelle n'en donne guère plus de cinquante : ainsi, quand au lieu de plomb on emploie la litharge et la coupelle, il faut avoir égard à ces déchets. Dans les coupellations en grand, on prend communément partie plomb neuf, partie litharge, partie coupelle. Voyez sur la même matière, les articles FONDERIE, METALLURGIE, et DOCIMASIE.

Les opérations qui viennent d'être décrites suffisent pour donner une idée générale de la manière de traiter les mines de cuivre : au reste dans chaque pays, on suit, comme nous l'avons dit plus haut, des méthodes différentes, parce qu'on a à traiter des mines de différente nature ; il faudrait des volumes entiers pour donner tous les détails qui se pratiquent. Ceux qui seront curieux de s'instruire à fond sur cette matière, pourront consulter le traité de la fonte des mines d'André Schlutter, publié en français par M. Hellot de l'académie des Sciences ; et Schwedenborg de cupro ; ouvrages dans lesquels on a recueilli presque toutes les manières de traiter les mines de cuivre pratiquées par différents peuples de l'Europe.

Quand le cuivre a passé par les travaux que nous venons de décrire, il est pur, dégagé de toutes matières étrangères, et on l'appelle cuivre de rosette, ou simplement cuivre : c'est alors qu'il a les propriétés indiquées dans la définition que nous avons donnée au commencement de cet article, et qu'il présente les autres phénomènes dont nous allons parler.

Le cuivre a la propriété de s'unir très-facilement par la fusion avec plusieurs substances métalliques. Il s'unit très-aisément avec le fer ; il y a même des chimistes qui prétendent qu'il n'y a point de fer qui n'en contienne une portion. Si on le fond avec l'antimoine, il fait le régule d'antimoine cuivreux ; avec le zinc, il fait le tombac et le métal de prince ; avec la calamine ou la cadmie des fourneaux, il fait ce qu'on appelle le cuivre jaune ou laiton. Voyez les articles CALAMINE, CADMIE, et LAITON. Si on le mêle avec de l'orpiment et de l'étain, on aura une composition propre à faire des miroirs métalliques. Uni avec de l'arsenic détoné avec le nitre, il devient blanc, fragile, et cassant : c'est ce qu'on appelle cuivre blanc. Allié avec de l'étain, il fait une composition très-sonnante, propre à faire des cloches, des statues, etc. cette composition s'appelle bronze. Voyez BRONZE. On mêle une petite portion de cuivre avec l'or et l'argent, pour donner à ces métaux une dureté et une consistance qu'ils n'auraient point sans cela, et pour les rendre plus faciles à être travaillés : outre cela il conserve leur ductilité à ces métaux qui sont sujets à la perdre très-aisément. Lorsque le cuivre a été rougi dans le feu, si on lui joint du soufre, il entre en fusion avec beaucoup plus de facilité que si le cuivre était tout seul.

Le cuivre exposé pendant longtemps au feu de reverbere, se change en une chaux métallique qu'on nomme aes ustum, ou safran de venus, ou écaille de cuivre, qui est propre à colorer en verd les verres, les émaux, et à peindre la fayence et la porcelaine. On peut réduire cette chaux en cuivre, en y joignant du charbon et du verre de plomb. Kunckel nous dit que cette chaux de cuivre, calcinée avec partie égale de soufre dans un plat découvert, s'allume et fulmine ; ce qui n'arrive plus, si on y remet de nouveau soufre : mais si l'on en dégage tout le soufre, et qu'on fasse reverbérer de nouveau la chaux de cuivre, elle s'allumera de nouveau avec le soufre. Voyez Kunckel, laboratorium chimicum.

Nous avons déjà remarqué que tous les dissolvants agissent sur le cuivre : voici les phénomènes qui accompagnent ces différentes dissolutions.

L'acide vitriolique dissout le cuivre difficilement, lorsqu'il est entier ; il faut pour que la dissolution se fasse promptement, que le cuivre soit ou en limaille ou en chaux, c'est-à-dire dans un état de division. L'union de l'acide vitriolique et du cuivre, fait le vitriol de vénus ; voyez l'article VITRIOL : il est rhomboïde ou losange.

L'acide nitreux dissout le cuivre avec une rapidité étonnante, quand il est concentré ; il s'élève beaucoup de vapeurs rougeâtres : la dissolution est d'un bleu qui tire sur le verd : les crystaux qui en résultent sont d'un beau bleu. En distillant la dissolution du cuivre dans l'esprit de nitre, il passera une liqueur d'un beau verd, et le résidu de la distillation sera un sel inflammable. Si on joint de l'huile de vitriol à la même dissolution, et qu'on distille, il passera des gouttes fort pesantes d'une liqueur verte. Si on fait évaporer jusqu'à moitié la dissolution de cuivre dans l'esprit de nitre, et que tandis qu'elle est encore chaude, on y verse une certaine quantité d'huile de vitriol, et qu'on y ajoute trois fois autant de mercure que d'huile de vitriol, après qu'on aura distillé à grand feu pour faire passer toute la liqueur, on aura un sublimé d'un très-beau rouge : si on réitère ce travail à plusieurs reprises, en faisant dissoudre de nouveau le résidu dans de l'esprit de nitre, et remettant du mercure pour la sublimation, le cuivre sera, dit-on, à la fin entièrement détruit, et du résidu on pourra en tirer un vrai sel métallique. Voyez l'alchymia denudata. En joignant du sel marin à la dissolution de cuivre dans de l'esprit de nitre, elle jaunit.

L'esprit de sel marin dissout le cuivre ; dans cette dissolution l'effervescence est considérable, mais la dissolution est lente : elle produit des crystaux soyeux ou par bouquets, qui sont d'un beau verd, et qui attirent l'humidité de l'air. Ce sel neutre est propre à colorer en verd les feux d'artifice ; pour peu qu'on en mette dans un brasier, la flamme conserve longtemps une couleur d'arc-en-ciel très-vive.

Le cuivre se dissout dans l'acide du vinaigre, mais il faut pour cela que ce métal soit dans un état de division, comme dans l'aes ustum. Cette dissolution donne des crystaux verds, qu'on nomme crystaux de verdet. Pour les faire il ne s'agit que de mettre du verd-de-gris et du vinaigre dans une bassine de cuivre. On fait bouillir ce mélange. Quand le mouvement d'effervescence est passé, on filtre la liqueur, et on la fait évaporer : par ce moyen on a des crystaux, sans courir les mêmes risques que si on faisait digérer le vinaigre et le verd-de-gris dans des matras fermés. Voyez l'art. VERD-DE-GRIS. En mettant en distillation les crystaux de verdet, on obtient le vinaigre radical, ou le prétendu alkahest de Zwelfer.

Le cuivre qui a été mis en dissolution dans un acide quelconque, peut être précipité sous sa forme naturelle par le moyen du fer. Il n'est donc question que de tremper du fer dans la dissolution, et pour lors le cuivre se met à la place du fer qui se dissout, et le fer parait enduit de particules cuivreuses : c'est ce que quelques gens ont voulu faire passer pour une transmutation, tandis que ce n'est qu'une précipitation, ou plutôt une révivification du cuivre.

Les alkalis fixes agissent sur le cuivre, de même que les acides, et la dissolution en est bleuâtre : les alkalis volatils rendent la dissolution d'un bleu plus foncé. Rien n'est plus propre à indiquer la présence du cuivre, que l'alkali volatil. En effet, quelque petite que soit la portion de ce métal contenue dans une liqueur, l'alkali volatil en développe sur le champ la couleur. Un phénomène très-digne d'attention, c'est que si on met de la limaille de cuivre dans une phiole qu'on remplisse ensuite d'esprit de sel ammoniac ; si on bouche ce vaisseau, on ne remarquera aucune couleur dans la liqueur ; mais dès qu'on débouchera la phiole, et qu'on ôtera une partie de la liqueur pour donner passage à l'air, on lui verra prendre une couleur bleue très-vive et très-belle. Cela prouve que pour que la dissolution du cuivre se fasse dans l'alkali volatil, il faut le contact de l'air. Un autre phénomène, c'est que le cuivre qui a été dissous par un acide, peut être précipité ou non précipité à volonté par les alkalis fixes et volatils. Si on veut que la précipitation se fasse, il faut n'en mettre qu'un peu ; si on veut qu'il ne se fasse point de précipité, il n'y a qu'à y mettre une trop grande quantité d'alkali : pour lors l'alkali redissout le cuivre sur le champ, et le précipité disparait. Cette expérience est de M. Rouelle.

La dissolution du cuivre dans l'alkali volatil, fournit une preuve des plus convainquantes de la grande divisibilité de la matière. Boyle ayant dissous un grain de cuivre dans de l'esprit de sel ammoniac, et ayant ensuite mêlé cette dissolution avec 28534 grains d'eau pure, ce grain de cuivre teignit en bleu 10557 pouces cubes ; et comme un pouce a, selon lui, 216000000 particules visibles, il s'ensuit qu'un grain de cuivre peut être divisé en 227880000 parties visibles.

Le cuivre peut s'amalgamer avec le mercure, mais il faut pour cela qu'il soit en limaille, et qu'on le fasse rougir au feu : alors on triture le mélange. Cet amalgame se fait aussi par la voie humide. Le cuivre dissous dans un acide, est précipité par le mercure, qui le trouvant dans un état de division, fait union avec lui. Par exemple, on prend parties égales de vitriol bleu et de mercure ; on met ce mélange à bouillir dans du vinaigre dans un vaisseau de fer : par-là il se fait un amalgame du mercure avec le cuivre, qu'on a voulu faire passer pour une transmutation du cuivre en argent ; mais dans cette opération l'acide attaque le vaisseau de fer et lâche le cuivre, qui pour lors s'unit au mercure. Borrichius prétend que par l'amalgame le cuivre est décomposé, et n'est plus réductible.

Plusieurs chimistes fondés sur quelques analogies, ont prétendu que le cuivre contient une portion arsénicale et saline, qui est intimément unie à sa terre, et que c'est la raison de la facilité qu'il a à se dissoudre dans toutes les liqueurs, et des mauvais effets qu'il produit lorsqu'on le prend intérieurement. Quoi qu'il en soit de ce sentiment, il est certain que le cuivre est un poison très-dangereux ; en effet les ouvriers qui travaillent le cuivre sont sujets à l'asthme et à la phtisie ; cela vient des particules cuivreuses répandues dans leurs ateliers qu'ils respirent continuellement : d'ailleurs le cuivre est un violent émétique ; il excite de cruelles nausées, et donne à l'estomac des secousses épouvantables accompagnées de douleurs très-aigues et de spasmes, parce qu'il est très-corrosif. Malgré ces mauvaises qualités, quelques médecins en ont vanté l'usage médicinal interne dans certains cas. Boerhaave entr'autres a beaucoup célebré la teinture du cuivre faite par l'alkali volatil comme un puissant remède contre l'hydropisie. D'autres ont attribué de grandes vertus à la teinture de venus, c'est du cuivre dissous dans le vinaigre et précipité par de l'alkali volatil ; en évaporant cette dissolution, on a des crystaux bleus qui donnent cette couleur à de l'esprit-de-vin rectifié. Mais malgré ces éloges, l'usage du cuivre pris intérieurement doit toujours être regardé comme très-suspect, et par conséquent il faut absolument le bannir de la Pharmacie : il n'en est pas de même de l'usage extérieur ; on regarde les préparations cuivreuses comme propres à nettoyer les ulcères et les plaies, à les dessecher, à ronger les chairs baveuses, et à les faire cicatriser, etc.

Les usages du cuivre dans les arts et métiers sont très-connus ; on en fait un grand nombre de vases et ustensiles, des canons, des planches pour la gravure, des cordes pour les clavecins ; il en entre dans les caractères d'Imprimerie. En trempant le cuivre et le travaillant au marteau, on peut le rendre presque aussi dur que l'acier, et en faire toutes sortes d'instruments tranchans, comme avec le fer : il y a des preuves que les anciens se servaient de couteaux de sacrifices, de haches, etc. de cuivre. On en fait de la monnaie, et l'on allie une petite portion de cuivre aux espèce d'or et d'argent, pour leur donner plus de consistance et pour empêcher qu'elles ne s'usent trop promptement : on en fait des statues et des ornements. Il serait fort heureux qu'on se bornât là ; mais par un aveuglement impardonnable, on ne se sert que de cuivre pour faire la batterie et presque tous les ustensiles de la cuisine : malgré les inconvénients facheux qui en résultent journellement, on continue toujours à se servir d'un métal dont les dangers sont reconnus de tout le monde. On se croit en sûreté par l'étamage, sans faire attention qu'il y a de la témérité à ne mettre entre la mort et soi qu'une lame très-mince d'une composition métallique très-dangereuse par elle-même : en effet, l'étain et le plomb qui servent à étamer les casseroles et les autres morceaux de batterie de cuisine, ne se dissolvent-ils point par les sels, les acides des plantes, le vinaigre, etc. et pour lors ne sont-ils point de vrais poisons ? Joignez à cela qu'il faut un degré de feu si leger pour fondre l'étain et le plomb, qu'il est presqu'impossible de préparer un ragoût ou une sauce sans que l'étamage n'entre en fusion, ce qui donne aux matières grasses la facilité d'agir et de dissoudre le cuivre qui en est recouvert.

Un abus pour le moins aussi dangereux et contre lequel tout bon citoyen devrait s'élever, c'est l'usage que font quelques apoticaires de mortiers de bronze, pour préparer leurs médicaments et piler des drogues ; on sent aisément que presque toutes les substances résineuses, grasses, etc. agissant sur le cuivre, et d'ailleurs les coups redoublés des pilons pouvant détacher des particules métalliques d'un pareil mortier, il résulte des dangers évidents de l'usage interne de médicaments ainsi préparés ; c'est de-là qu'on voit souvent des remèdes opérer d'une façon tout à fait contraire au but que s'est proposé celui qui les a ordonnés, et produire dans les malades des vomissements, des spasmes, des nausées, et d'autres accidents fâcheux auxquels on n'avait point lieu de s'attendre, et qui peuvent se terminer par la mort.

Il serait donc bien à souhaiter que ceux qui sont dépositaires de l'autorité publique prissent ces abus en considération, et cherchassent à y remédier efficacement. Quiconque pourrait venir à bout de produire un changement si favorable à l'humanité, mériterait qu'on lui élevât, du métal qu'il aurait fait proscrire, une statue, au pied de laquelle on mettrait OB CIVES SERVATOS ; inscription mille fois plus glorieuse que celle qu'on pourrait graver sur la statue d'un conquérant, dont les armes victorieuses n'auraient fait que dessoler une portion de l'univers.

On sait que le cuivre fait une partie très-considérable du commerce des Suédais ; cette considération quelqu'importante qu'elle paraisse au premier coup-d'oeil, n'a point empêché le gouvernement de proscrire l'usage du cuivre dans tous les hôpitaux et établissements qui sont de son ressort : un exemple aussi généreux doit-il n'être point suivi par des nations moins intéressées que la Suède au commerce du cuivre ? (-)

CUIVRE DE CORINTHE, Métallurgie) en latin aes Corinthiacum, et par Virgile, Ephyreia aera. C'est cette fameuse et précieuse composition métallique si vantée pour sa beauté, sa solidité, sa rareté, etc. qu'on préférait à l'or même.

Il ne faut pas se persuader avec quelques modernes, sur le témoignage de Florus et autres historiens, que ce fût un alliage de cuivre, d'or et d'argent, qui se fit accidentellement lors de l'embrasement de Corinthe par l'armée Romaine, l'an de Rome 607, et 147 ans avant Jesus-Christ : c'est une pure fable qui ne mérite aucune croyance. Le cuivre de Corinthe était réellement une composition d'un mélange de cuivre, d'or, et d'argent fait par art, et l'orichalque factice des anciens était suivant toute apparence une espèce de cuivre de Corinthe ; mais le secret de cette composition était déjà perdu un siècle avant la destruction d'Ephyra par les Romains. L'interprete Syriaque de la Bible prétend que les vases que Hiram donna à Salomon pour le temple étaient de cuivre Corinthien. Il semble qu'on peut recueillir de cette opinion, que le cuivre de Corinthe était en usage lorsque Salomon bâtit le temple, c'est-à-dire, plus de 900 ans avant la ruine de cette malheureuse ville.

Sa rareté semble avoir été la principale cause de ce que son prix devint exorbitant. On en faisait un si grand cas, qu'il passe en proverbe que ceux qui voulaient paraitre plus habiles que les autres sur les Arts, flairaient la pureté du cuivre de Corinthe. C'est le sujet d'une des jolies épigrammes de Martial :

Consuluit nares an olèrent aera Corinthum,

Culpavit statuas, et Polyclete, tuas.

" Mon cher Polyclete, il a condamné vos statues, parce qu'elles n'ont point à son nez l'odeur du cuivre de Corinthe. ".

Savot a parlé plus exactement de ce cuivre, que divers naturalistes. Il en établit, comme Pline, de trois espèces ; l'une où l'or était le métal dominant ; l'autre où l'argent prédominait ; et la troisième où l'or, l'argent, et le cuivre se trouvaient par égales portions. Nous imiterions peut-être fort bien ces diverses espèces de cuivre de Corinthe, si nous voulions nous donner la peine d'allier ces trois métaux.

Les médailles qu'on nous donne aujourd'hui pour être de cuivre de Corinthe, n'en sont surement pas, suivant la remarque de Swedenborg. Celles qu'on connait même pour être du temps d'Auguste, et qu'on range parmi le moyen bronze, sont de cuivre rouge. Il y en a aussi de cuivre jaune, parmi le grand et le moyen bronze. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.



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