S. f. (Chimie et Métallurgie) c'est une substance semi-métallique, arsénicale, sulphureuse, et alkaline, qui s'attache comme une croute aux parois des fourneaux où l'on fait la première fonte de certains minéraux. On la nomme cadmia fornacum, cadmie des fourneaux, pour la distinguer de la pierre calaminaire, qu'on appelle quelquefois cadmia fossilis, cadmie fossile. Voyez l'article CALAMINE. En effet elle en a toutes les propriétés. La vraie différence qui se trouve entre ces deux substances, c'est que la pierre calaminaire est une production de la nature, au lieu que la cadmie des fourneaux en est une de l'art.

Il semble que les auteurs qui ont écrit sur la cadmie, loin de chercher à nous la faire connaitre d'une façon distincte, se sont étudiés à obscurcir l'idée qu'on pouvait s'en former. En effet, à quoi peut on attribuer les différents noms inutiles, empruntés du grec et de l'arabe, dont ils se sont servis pour la défigurer ? On trouve dans différents ouvrages cette matière désignée sous les noms de capnites, diphryges, spodium, ostracites, botryites, catimia, climia, etc. qui tous doivent signifier la cadmie des fourneaux, et qui ne marquent cependant dans leur étymologie que la figure différente qu'elle prend, et la place qu'elle occupe dans le fourneau. C'est encore plus mal-à-propos qu'on la trouve dans quelques auteurs confondue avec d'autres substances, avec qui elle n'a que certains points de conformité, telles que la tutie, le pompholix, et le nihilum. Voyez ces articles. On a cru devoir se récrier contre cette erreur et cet abus de mots, surtout attendu les suites fâcheuses qui peuvent en résulter. En voici un exemple frappant. On sait que la tutie passe pour un bon remède contre les maux d'yeux, et que le pompholix est employé pour dessécher les plaies : où en serait-on, si au lieu de ces remèdes on employait à cet usage la cadmie, qui est presque toujours mêlée de parties arsénicales.

Il y a différentes sortes de cadmies ; c'est la diversité des minéraux, dont les vapeurs les produisent, qui en font la différence. On en voit qui s'élèvent sous la forme d'une farine légère, d'autres sous celle d'une pierre compacte, et cependant friable ; tandis qu'une autre est légère, feuilletée, et spongieuse. La couleur ne laisse point d'en varier comme la figure ; elle est tantôt d'un bleu d'ardoise, tantôt brune, et tantôt elle tire sur le jaune. Enfin il y a de la cadmie qui a la propriété de jaunir le cuivre de rosette ; celle qui a cette qualité, en est redevable au zinc qui lui communique sa volatilité : la preuve est qu'on peut aisément tirer ce demi-métal de la cadmie. Celle qui ne jaunit point le cuivre, ne peut point être appelée une vraie cadmie ; ce n'est autre chose qu'une fumée condensée, dont jusqu'à présent on n'a pu découvrir l'usage.

De toutes les cadmies, la meilleure et la plus usitée est celle de Goslar dans le duché de Brunswick : il y a dans le voisinage de cette ville plusieurs fonderies où l'on travaille des mines de plomb qui sont entremêlées de quelque chose de terrestre, qu'on peut, selon M. Marggraf, à la simple vue, distinguer de ses autres parties, et qui n'est autre chose que de la calamine, où par conséquent il se trouve du zinc ; dans la fonte une partie s'en dissipe en fumée, et l'autre demeure attachée comme un enduit aux parois des fourneaux. M. Stahl dit qu'anciennement on jetait cet enduit comme inutile avec les scories : mais depuis qu'on a trouvé à le vendre à ceux qui font le cuivre de laiton, on le recueille avec soin, et même on a la précaution d'humecter de temps en temps, avec un peu d'eau, la partie antérieure du fourneau vis-à-vis des tuyeres, qu'on appelle ordinairement la chemise, afin qu'il s'y forme davantage de cadmie. Cette partie antérieure ou chemise, est faite avec des tables ou plaques de pierre fort minces, néanmoins capables de résister au feu. Quand après la fonte on les ôte des fourneaux, on en détache à coups de ciseau la cadmie qui s'y est attachée. Elle est d'une couleur d'ardoise, ou d'un gris tirant sur le jaune. C'est-là la matière dont on se sert en bien des endroits d'Allemagne pour faire le cuivre de laiton ; on la préfère même à la calamine. Nous allons en donner le procédé.

Lorsqu'on a détaché la cadmie, on la laisse exposée pendant longtemps, quelquefois même pendant deux ou trois ans, aux injures de l'air : on prétend que cela la rend beaucoup meilleure, parce que par-là elle devient moins compacte et plus friable. On la torréfie dans des fourneaux faits exprès ; on la réduit en une poudre très-fine, qu'on passe au tamis : on en mêle une partie avec deux parties de charbon pilé ; on unit bien exactement ces deux matières toutes seches ; on y verse de l'eau ; d'autres veulent que ce soit de l'urine, et qu'on y joigne un peu d'alun ; ils prétendent que cela contribue à donner une plus belle couleur au laiton : on remue bien tout le mélange, et on y ajoute du sel marin. Voilà la préparation qu'on donne à la cadmie de Goslar. Lorsqu'on veut en faire du laiton, on a pour cela des fourneaux ronds enfoncés en terre, qui sont percés de plusieurs trous par le bas ; pour que le vent puisse y entrer et faire aller le feu ; on met dans chaque fourneau huit creusets à-la-fais, et lorsqu'ils sont échauffés, on y met le mélange qu'on vient de dire, de charbon et de cadmie ; de façon que quarante-six livres de ce mélange se trouvent également reparties dans les huit creusets : on met ensuite dans chaque creuset huit livres de cuivre en morceaux ; on les remet au fourneau, et on les laisse exposés à un feu violent pendant neuf heures : au bout de ce temps, on prend un des creusets pour examiner si la fonte s'est bien faite ; on le remet, et on laisse le tout encore une heure au feu, et enfin on vide les creusets dans des lingotières, où on coule le cuivre de laiton en tables. Il y a des gens qui sont dans l'usage de remettre le laiton encore une fois au fourneau, et qui prétendent par-là lui donner une plus belle couleur : mais il n'y a point de profit à le faire. Le cuivre dans l'opération que nous venons de décrire, acquiert près d'un tiers de son poids : en effet, si avant la fonte on répartit soixante-quatre livres de cuivre dans les huit creusets, on aura à la fin de l'opération quatre-vingt-dix livres de laiton. Voilà suivant Lazare Ercker, la manière dont se fait le cuivre de laiton dans plusieurs endroits d'Allemagne, comme dans le Hartz, dans le pays de Hesse, et près de la ville de Goslar.

On peut tirer du zinc de la cadmie des fourneaux, comme de la cadmie fossile ou calamine. Voyez l'article ZINC. Cette substance fait comme elle effervescence dans les acides. M. Swedenborg dit, que si on fait dissoudre la cadmie dans l'esprit de vinaigre, elle donne une couleur jaune ; si on fait évaporer à siccité ce dissolvant, on trouve au fond du vase un précipité ou une chaux qui a la forme de petites étoiles inscrites dans un cercle, et dont tous les rayons sont à une distance égale les uns des autres. (-)