S. f. (Pharmacie et Matière médicale) c'est ainsi qu'on nomme en Médecine une liqueur laiteuse formée par l'union de l'eau, et d'une substance végétale particulière, contenue dans les semences appelées émulsives. Voyez SEMENCES EMULSIVES.

La liqueur connue de tout le monde sous le nom d'orgeat, n'est autre chose que l'émulsion dont il s'agit ici.

Les semences dont on tire le plus ordinairement les émulsions, et qui en font proprement la base, sont les amandes douces, les pignons, et les quatre semences froides majeures. Voyez AMANDES, PIGNONS, MENCES FROIDESIDES. Plusieurs médecins demandent aussi assez souvent la semence de pavot, celle de laitue, celle de violette, et quelques autres de la même nature : mais comme ces dernières semences, qui sont fort petites, fournissent moins de parties émulsives que les premières, qu'elles donnent ces parties plus difficilement, et qu'il n'est pas possible d'appuyer sur la moindre observation leurs prétendues vertus particulières, qu'il est démontré, par exemple, que la partie émulsive de la semence de pavot ne participe du tout point de la vertu calmante de cette plante ; pour ces raisons, dis-je, on ose avancer avec confiance que c'est une pratique louable de prescrire toujours par préférence les premières semences que nous avons nommées, et de ne pas multiplier inutilement les matériaux de l'émulsion.

Plusieurs auteurs ont des prétentions sur l'émulsion tirée de la semence de chanvre. Voyez CHANVRE.

On emploie aussi quelquefois les amandes amères, mais toujours mêlées en petite dose, à une quantité plus considérable de l'une des semences que nous avons dit devoir faire la base du remède, et seulement dans la vue d'en relever un peu le gout.

On édulcore les émulsions avec une quantité de sucre ou de sirop, déterminée par le médecin ; on les aromatise aussi quelquefois avec quelque eau distillée.

On emploie plus ou moins d'eau, selon qu'on veut avoir une émulsion plus ou moins chargée.

Pour faire une émulsion, c'est-à-dire pour unir à l'eau la substance végétale particulière, que nous connaissons sous le nom d'émulsive, on s'y prend de la manière suivante.

Prenez, par exemple, vingt-quatre amandes douces mondées (voyez MONDER, Pharm.), ou bien de l'une des grandes semences froides mondées, ou des quatre ensemble, six gros, et cinq ou six amandes douces mondées ; écrasez-les dans un mortier de marbre avec un pilon de bois, d'abord à sec, mais bientôt versez sur ces semences une ou deux cuillerées d'eau, et continuez à piler en ajoutant peu-à-peu toute l'eau que vous avez dessein d'employer (la quantité des semences demandées dans cet exemple suffit pour charger suffisamment deux liv. d'eau) ; dissolvez votre sucre (une once suffit pour deux livres d'émulsion), passez à-travers un linge serré, et exprimez légèrement. Si c'est un sirop que vous employez au lieu de sucre, vous ne l'ajouterez qu'après la colature, avec l'eau distillée destinée à aromatiser l'émulsion. Dans l'émulsion que nous venons de décrire, on pourra dissoudre, au lieu de sucre, une once et demie de sirop de capillaire, de violette, de tussilage, de guimauve, ou bien une once de l'un de ces sirops, et trois gros ou demi-once de sirop de diacode, si on veut rendre l'émulsion narcotique. Une pinte de cette liqueur est aromatisée à un point très-agréable par l'addition d'une demi-once d'eau de fleurs d'orange, ou d'eau de canelle appelée orgée.

S'il nage de l'huile sur la surface d'une émulsion qu'on vient de préparer, l'émulsion a été mal faite ou manquée. Cet inconvénient est dû à ce qu'on a séparé une huile qui est un des principes du suc émulsif, d'avec une matière muqueuse qui en est un autre principe, et à laquelle l'huile doit sa miscibilité avec l'eau. Voyez SEMENCES EMULSIVES. On prévient ce défaut en appliquant de bonne heure de l'eau aux semences que l'on pile, et même en les triturant avec une partie du sucre qu'on veut employer dans l'émulsion ; car le sucre est un moyen d'union entre les huiles et l'eau. Voyez HUILE et SUCRE.

Les Chimistes ont aperçu beaucoup d'analogie entre les émulsions et le lait des animaux ; on verra avec combien de fondement, à l'article SEMENCES EMULSIVES. Voyez cet article. Nous nous contenterons d'observer ici que, comme le lait, les émulsions tournent et s'aigrissent après un certain temps, en moins de vingt-quatre heures dans un lieu, ou par un temps chaud ; et que les acides et les esprits fermentés les coagulent comme le lait. On ne préparera donc des émulsions que pour quelques heures, surtout en été ; on ne les mêlera point avec des sirops, ou des sucs acides, et on ne les aromatisera point avec des eaux spiritueuses.

L'émulsion se décompose par l'ébullition ; ce qu'on appelle dans quelque pays une émulsion cuite, c'est-à-dire à laquelle on a fait prendre quelques bouillons, est donc une préparation monstrueuse, un reméde altéré et dégénéré autant qu'il est possible. La vue médicinale de corriger par cette coction une prétendue crudité de l'émulsion, est trop vaine pour pouvoir autoriser une pratique si directement contraire aux règles de l'art.

Les émulsions ont toutes les propriétés des remèdes appelés rafraichissants, tempérants, délayans ; voyez DELAYANT, RAFRAICHISSANT, et TEMPERANT : et de plus elles sont nourrissantes. On les ordonne très-utilement pour boisson ordinaire dans toutes les maladies inflammatoires, et surtout lorsqu'elles affectent principalement les viscères du bas-ventre, dans les diarrhées par irritation, dans les ardeurs d'urine, dans le commencement de la curation des chaudepisses, dans les chaleurs d'entrailles, et même dans certaines fleurs blanches. Voyez ces articles.

Dans tous ces cas on doit prescrire les émulsions à grande dose, à deux ou trois livres par jour au moins ; et c'est avoir une idée fort imparfaite de l'action de ce remède, que d'attendre quelque effet utile d'un seul verre d'émulsion donné dans la journée, ou le soir.

On se sert fort ordinairement de l'émulsion comme d'un véhicule commode, pour donner certains sels neutres, étendus dans une grande quantité de liquide ou en lavage, comme on s'exprime communément. On dissout, par exemple, un gros ou un gros et demi de nitre purifié dans une pinte d'émulsion, pour faire ce qu'on appelle une émulsion nitrée ; c'est un usage fort ordinaire aussi de faire fondre trois ou quatre grains de tartre émétique dans une pinte d'émulsion, qu'on donne par verre pendant le cours de la journée, pour entretenir les évacuations abdominales dans plusieurs maladies aiguës. Voyez FIEVRE.

On prépare une émulsion purgative qui agit assez doucement, et qui n'a point le dégoût des potions purgatives ordinaires, en unissant intimement par une longue trituration dix ou douze grains de résine de jalap à une once de sucre, que l'on emploie ensuite dans la composition d'une émulsion ordinaire : non-seulement le suc émulsif sert dans ce cas à masquer le goût de la résine, mais il concourt aussi avec le sucre à en corriger l'activité. Le sucre est le dissolvant des résines, et il forme avec elles un composé savonneux, miscible à l'eau. Voyez SUCRE et RESINE. Le suc émulsif posséde la même propriété, quoiqu'avec un degré très-inférieur. On fait entrer aussi la résine de scammonée dans ces émulsions, à la dose de deux ou trois grains, avec huit, dix, ou douze grains de résine de jalap. Voyez SCAMMONEE et JALAP.

Si l'on dispose une résine ou un baume à être dissous par l'eau en unissant ces substances au jaune d'œuf, et qu'on applique de l'eau à ce composé selon l'art, il en résulte aussi une liqueur laiteuse, que quelques auteurs ont appelé du nom d'émulsion ; celle-ci est vulnéraire, détersive, et cicatrisante ou purgative, selon la propriété de la résine ou du baume qu'on y a employé. Voyez les articles VULNERAIRE, DETERSIF, et PURGATIF RESINEUX, au mot PURGATIF.

La liqueur connue de tout le monde sous le nom de lait de poule, est parfaitement analogue à l'émulsion. Voyez OEUF, Diete. (b)