S. f. (Anatomie et Physiologie) l'action d'attirer et de repousser l'air. Voyez AIR.

La respiration est un mouvement de la poitrine, par lequel l'air entre dans les poumons, et en sort alternativement. Elle consiste donc en deux mouvements opposés, dont l'un se nomme inspiration, l'autre expiration. Pendant l'inspiration, l'air entre dans les vésicules des poumons par la trachée-artère ; et il en sort de nouveau pendant l'expiration. Voyez INSPIRATION et EXPIRATION.

Les principaux organes de la respiration, sont les poumons, la trachée-artère, le larynx, etc. dont on peut voir la description aux articles POUMONS, TRACHEE, LARYNX.

Manière dont se fait la respiration. Il faut observer que les poumons hors la poitrine, occupent beaucoup moins d'espace, que lorsqu'ils y étaient renfermés, et cela au moyen de la contraction des fibres musculaires, qui lient ensemble les parties cartilagineuses des bronches. Si lorsqu'ils sont ainsi contractés, on vient à y insérer une nouvelle quantité d'air à-travers la glotte, ils se distendent de nouveau, et occupent un espace égal, ou même plus grand que lorsqu'ils étaient dans la poitrine. Voyez MUSCLE.

Il parait par-là, que les poumons tendent toujours d'eux-mêmes à occuper un espace moindre que celui qu'ils occupaient dans la poitrine, et que pendant la vie de l'homme, ils sont toujours dans un état de dilatation violente ; et même dans la supposition qu'ils fussent environnés d'air dans la poitrine, cet air enfermé entre leur membrane externe et la plèvre, ne serait pas aussi dense que l'air ordinaire.

En effet, l'air entre toujours librement dans les poumons ; mais celui qui les comprime rencontre un obstacle dans le diaphragme, et ne peut entrer dans la poitrine en une quantité suffisante pour faire équilibre.

Puis donc que dans l'inspiration, l'air entre dans les poumons en plus grande quantité qu'auparavant, il doit les dilater davantage, et surmonter leur force naturelle. Il s'ensuit donc que les poumons sont entièrement passifs, et c'est des observations que nous devons apprendre quelle est la nature de ce qui agit.

Pour que l'air s'insinue dans les poumons, il faut que le thorax s'élargisse ; alors comme il se trouverait un vuide dans la cavité du thorax, si les poumons ne suivaient les parais, c'est une nécessité que l'air par sa pesanteur se jette dans les vésicules de la trachée-artère et les gonfle. On peut par-là décider les questions : 1°. si les poumons tirent ou sucent l'air : 2°. si l'air n'entre dans les poumons que par l'impulsion qu'il reçoit du thorax. On ne saurait dire que l'air soit tiré par le poumon, ce serait une chose aussi ridicule, que si l'on disait que l'eau qui monte par les pompes, est attirée par les parois des tuyaux. Pour la seconde question, il faut ignorer les premiers principes de la pesanteur des fluides, pour s'y arrêter comme à une difficulté ; il est vrai que le thorax pousse l'air qui l'environne, mais cet air par la seule pesanteur, entre avec force dans les poumons. Il y a un auteur, qui pour faire voir que l'air n'entre pas dans les poumons, parce qu'il est poussé, dit qu'on peut respirer, si l'on prend un tuyau fort long, qui soit fermé par un bout, de telle manière que l'air n'y puisse pas entrer, quand on aura l'autre extrémité à la bouche ; par-là, dit-il, il est évident que l'air n'entre pas dans les poumons, parce qu'il est poussé par le thorax.

Après avoir examiné la cause qui fait entrer l'air dans les poumons, il faut déterminer la quantité d'air qui entre dans ce viscère à chaque inspiration. J'ai pris, dit l'auteur, des essais de Physique sur l'usage des parties, etc. de qui tout ceci est tiré, à l'exemple de Borelli, un long tuyau, je l'ai plongé dans un fluide, j'ai tiré ensuite par une inspiration ordinaire l'air contenu dans ce tuyau ; alors le fluide est monté et a pris la place de l'air. Or j'ai trouvé que la masse de ce fluide égalait une masse de douze ou treize pouces cubiques, par conséquent l'air qui était entré dans le poumon, était un volume de douze ou treize pouces : mais en faisant réitérer cette expérience par plusieurs personnes, j'en ai trouvé qui n'inspiraient que dix pouces d'air, et d'autres jusqu'à seize ou dix-sept pouces ; mais toutes ces inspirations étaient de petites inspirations ordinaires, telles qu'elles sont dans un état fort tranquille : de-là il s'ensuit qu'il peut entrer une quantité assez considérable d'air dans le poumon, sans que le mouvement du thorax soit fort sensible. On ne sera donc pas surpris du calcul de Pitcarn, qui a trouvé que si le petit diamètre de la poitrine est de quinze pouces, et l'axe de vingt ; la capacité de la poitrine sera augmentée de trois pouces cubiques, si le petit axe est augmenté de la centième partie d'un pouce.

Rien n'est plus difficile à déterminer, que la cause qui oblige les muscles intercostaux à dilater le thorax, et à le laisser resserrer. 1°. M. Pitcarn après Bellini, a regardé les muscles inspirateurs, comme n'ayant pas d'antagonistes. 2°. Il a supposé que tout muscle tendait à se contracter ; en effet, un muscle qu'on partage transversalement, rapproche d'abord de ses attaches ses parties coupées. 3°. De-là, ces grands philosophes ont conclu que les muscles inspirateurs devaient se contracter et élever les côtes, puisqu'ils n'ont pas d'antagoniste qui leur oppose un obstacle, alors le thorax se dilate ; mais dans cette dilatation il arrive, selon eux ou leurs sectateurs, deux choses qui sont ensuite cause de l'expiration. 1°. Les fibres musculaires par leur contraction et par plusieurs impulsions, élèvent les côtes au-delà du point où elles seraient en équilibre par leur résistance avec l'action des muscles. 2°. L'air qui entre avec rapidité, acquiert plus de force en descendant, et par ses diverses impulsions pousse les côtes au-delà de ce point où serait l'équilibre dont nous venons de parler. 3°. Après que les côtes ont été poussées au-delà de leur point d'équilibre, le mouvement des causes qui les poussent venant à diminuer, elles se trouvent supérieures en force, alors elles retombent et retrécissent le thorax ; mais de même qu'elles étaient montées au-delà du point où elles devaient s'arrêter pour être en équilibre, elles vont aussi en descendant plus loin qu'il ne faut ; enfin les muscles intercostaux agissent de nouveau comme auparavant ; ainsi la respiration ayant une fois commencé, ne doit jamais cesser. Pour renverser ce sentiment, on n'a qu'à demander pourquoi les côtes et les muscles intercostaux ne se mettent pas enfin en équilibre : quelque chose que l'on puisse dire, cela doit arriver.

Baglivi peu content de ce qu'on avait écrit avant lui, nous a cherché une autre cause de la respiration ; il nous a dit qu'on s'était trompé, parce qu'on avait toujours pris la cause pour l'effet : on a, dit-il, cru que l'air entrait, parce que le thorax se dilate, et au contraire, le thorax ne se dilate que par l'action de l'air ; il en est de même de la poitrine, comme des soufflets perpetuels. Si la respiration se fait de cette manière, d'où vient que si on vient à ouvrir le thorax, le thorax et les poumons s'affaissent, et la respiration ne se fait plus : la chaleur interne est cependant assez considérable, puisque l'animal est encore en vie.

Bergerus et quelques autres physiciens ont prétendu trouver la cause des mouvements alternatifs de la respiration dans l'air, qui reste toujours dans les poumons après chaque expiration : cet air échauffé peu-à-peu, oblige, disent-ils, les poumons à se dilater, et leur sert pour ainsi dire d'aiguillon.

Dès qu'un enfant est né, l'air qui entre dans la bouche et dans le nez, le fait d'abord éternuer ; met en jeu par cet éternuement, le diaphragme et les nerfs intercostaux.

La capacité de la poitrine venant à augmenter par l'action de ces muscles sur les côtés, etc. il resterait un espace entre la plèvre et la surface des poumons, si l'air qui entre dans la glotte ne les distendait et les rendait contigus à la plèvre et au diaphragme : l'air dans ce cas presse les poumons avec une force égale à la résistance de la poitrine, de sorte qu'ils demeurent en repos. Le sang circule moins librement, entre en moindre quantité dans le ventricule gauche du cœur, de même que dans le cerveau et dans ses nerfs, et le sang artériel agit avec moins de force sur les muscles intercostaux et sur le diaphragme.

Les causes qui dilataient au commencement la poitrine venant à diminuer, les côtes s'affaissent, les fibres distendues reprennent leur premier état, les viscères poussent de nouveau, le diaphragme reprend sa contrainte, ce qui diminue la capacité de la poitrine, et oblige l'air à sortir des poumons ; et c'est en quoi consiste l'expiration. Le sang circulant immédiatement avec plus de vitesse, se porte en plus grande quantité au cerveau et dans ses muscles, les causes de la contraction des muscles intercostaux et du diaphragme se renouvellent, et l'inspiration recommence. Voilà la vraie manière dont se fait la respiration. Voyez COEUR.

Les Anatomistes disputent beaucoup sur les usages et les effets de la respiration. Boerhaave veut qu'elle serve à perfectionner le chyle, à rendre son mélange avec le sang plus parfait, et à le convertir en suc nourricier propre à réparer les pertes que fait le corps. Voyez NUTRITION.

Borelli veut que la respiration serve principalement à faire que l'air se mêle immédiatement avec le sang dans les poumons, afin de former ces globules élastiques dont il est composé, à lui donner sa couleur, et à le préparer pour la plupart des usages de l'oeconomie ; mais il est difficile d'expliquer comment l'air peut se mêler avec ce fluide. Il est impossible que l'air passe dans le sang par les artères pulmonaires, et on ne saurait prouver qu'il le fasse par les veines des poumons ; en effet, cette communication doit être empêchée par l'air qui distend les vésicules, et qui comprime les veines dans l'inspiration, aussi-bien que par l'humeur gluante qui humecte la membrane qui tapisse le dedans de la trachée-artère. A quoi l'on peut ajouter la difficulté que l'air doit avoir pour passer par des pores d'une aussi grande petitesse, et les mauvais effets qu'il produit ordinairement quand il vient à se mêler avec le sang. Voyez PORE et EAU. Quant aux arguments dont on se sert pour prouver cette communication, savoir, la couleur rouge que le sang prend dans les poumons, et la nécessité absolue dont est la respiration pour la conservation de la vie, ils ne sont point si convainquans, qu'on ne puisse en trouver d'autres pour exprimer ces deux effets. Voyez SANG.

D'autres, comme Sylvius, Ettmuler, etc. prétendent que la respiration sert à rafraichir le sang qui passe tout bouillant du ventricule droit du cœur dans les poumons, au moyen des particules froides et nitreuses dont il s'imprègne, et qu'elle sert de refrigérent. Voyez REFRIGÉRENT.

Mayow et d'autres assurent qu'un des grands usages de la respiration est de chasser avec l'air les vapeurs fuligineuses dont le sang est rempli ; et quant à l'inspiration, ils prétendent qu'elle sert à communiquer au sang un ferment nitro-aèrien, auquel les esprit animaux et le mouvement musculaire doivent leur origine.

Le docteur Thruston refute tous ces sentiments, et prouve que la respiration ne sert qu'à faire passer le sang du ventricule droit du cœur dans le gauche, et à effectuer par ce moyen la circulation. Voyez CIRCULATION.

C'est au défaut de circulation que l'on doit attribuer la mort des personnes que l'on pend, qui se noyent ou qui s'étranglent ; aussi-bien que celle des animaux que l'on enferme dans la machine pneumatique. Voyez VUIDE.

Il rapporte une expérience faite par le docteur Croon devant la société royale, lequel ayant étranglé un poulet, au point de ne lui laisser aucun signe de vie, le ressuscita de nouveau en soufflant dans ses poumons par la trachée-artère, et en leur rendant leur premier jeu. Une autre expérience de la même espèce, est celle du docteur Hook, qui, après avoir pendu un chien, lui coupa les côtes, le diaphragme et le péricarde, aussi-bien que le sommet de la trachée-artère pour pouvoir y introduire le bout d'un soufflet, et qui, en soufflant dans ses poumons, le fit ressusciter et mourir aussi souvent qu'il voulut.

Le docteur Drake confirme non-seulement cet usage de la respiration, il le pousse encore plus loin, le regardant comme la vraie cause de la diastole du cœur, que Borelli, ni Lower, ni Cowper n'ont point expliquée comme il faut. Voyez DIASTOLE.

Il fait voir que le poids de l'athmosphère est le vrai antagoniste de tous les muscles qui servent à l'inspiration ordinaire, et à la contraction du cœur. Comme l'élévation des côtes ouvre un passage au sang, et lui donne le moyen de pénétrer dans les poumons, de même quand elles s'abaissent, les poumons et les vaisseaux sanguins se resserrent, et le sang est poussé avec force par la veine pulmonaire dans le ventricule gauche du cœur ; cela joint à la compression générale du corps par le poids de l'athmosphère, oblige le sang à monter dans les veines, après que l'impulsion que le cœur lui a imprimée, a cessé, et force le cœur à passer de l'état de contraction qui lui était naturel, dans celui de dilatation. Voyez COEUR.

La dilatation et la contraction réciproque des dimensions superficielles du corps qui suivent la respiration, sont si nécessaires à la vie, qu'il n'y a aucun animal, pour imparfait qu'il sait, en qui elles n'existent.

La plupart des poissons et des insectes sont dénués de poumons et de côtes mobiles, ce qui fait que leur poitrine ne peut point se dilater ; mais la nature a remédié à ce défaut par un mécanisme analogue : les poissons, par exemple, ont des ouies qui font l'office des poumons, et qui reçoivent et chassent alternativement l'eau, par le moyen de quoi les vaisseaux sanguins souffrent les mêmes altérations dans leurs dimensions, que dans les poumons des animaux les plus parfaits. Voyez OUIES.

Les insectes n'ayant point de poitrine, ou de cavité séparée pour loger le cœur et les poumons, ont ces derniers distribués dans toute l'étendue de leur corps, et l'air s'y insinue par plusieurs soupiraux auxquels sont attachées autant de petites trachées qui envoyent des branches à tous les muscles et à tous les viscères, et paraissent accompagner les vaisseaux sanguins dans tout le corps, de même que dans les poumons des animaux les plus parfaits. Par cette disposition le corps de ces petits animaux s'étend à chaque inspiration, et se resserre pendant chaque expiration, de sorte que les vaisseaux sanguins souffrent une vicissitude d'extension et de compression. Voyez INSECTE.

Le foetus est le seul animal qui soit exempt de la nécessité de respirer ; mais pendant tout le temps qu'il est enfermé dans la matrice, il ne parait avoir qu'une vie végétative, et il mérite à peine d'être mis au nombre des animaux. On doit plutôt le regarder comme une greffe, ou une branche de la mère. Voyez FOETUS.

Lais de la respiration. Comme ces lois sont de la dernière importance pour l'intelligence parfaite de l'oeconomie animale, il ne sera pas inutile de supputer ici la force des organes de la respiration, aussi-bien que celle de la pression de l'air sur ces mêmes organes. Il faut observer qu'en soufflant dans une vessie, on élève un poids considérable par la seule force de l'haleine ; car si l'on prend une vessie d'une figure à-peu-près cylindrique, que l'on attache un chalumeau à une de ses extrémités, et un poids à l'autre, en sorte qu'il rase la terre, on soulevera par une inspiration douce un poids de sept livres, et par une inspiration plus forte un poids de vingt-huit livres. Maintenant la force avec laquelle l'air entre dans ce chalumeau est égale à celle avec laquelle il sort des poumons ; de sorte qu'en déterminant une fois la première, il sera facile de connaitre celle avec laquelle il pénètre dans la trachée-artère. La pression de l'air sur la vessie est égale à deux fois le poids qu'elle peut lever, à cause que la partie supérieure de la vessie étant fixe, résiste à la force de l'air autant que le poids qui est attaché à l'autre extrémité. Puis donc que l'air presse également de tous côtés, la pression entière sera à celle de ses parties qui presse sur l'orifice du tuyau, comme toute la surface de la vessie est à l'orifice du tuyau ; c'est-à-dire, comme la surface d'un cylindre dont le diamètre est, par exemple, de quatre pouces, et l'axe de sept, est à l'orifice du tuyau.

Si donc le diamètre du tuyau est 0. 28, et son orifice 0. 616, la surface du cylindre sera 88 ; il s'ensuit donc que 88 : 0. 616 : : 14, le double du poids à lever est à 0. 098, qui est presque deux onces ; et en levant le plus grand poids, est environ de sept onces.

Telle est donc la force avec laquelle l'air est chassé par la trachée-artère dans l'expiration. Maintenant si l'on considère les poumons comme une vessie, et le larynx comme un tuyau, la pression sur l'orifice de la trachée-artère, lorsque l'air est chassé dehors, sera à la pression sur les poumons, comme toute la surface de ces derniers à l'orifice de la trachée-artère.

Supposons, par exemple, que le diamètre du larynx soit 5, son orifice sera 0. 19. Supposons encore que ces deux lobes des poumons soient deux vessies ou sphères, dont les diamètres sont chacun de six pouces, leurs surfaces seront chacune de 113 pouces, et la pression sur le larynx sera à la pression sur toute la surface externe, comme 0. 19 à 226, c'est-à-dire, comme 1 à 1189. Si donc la pression sur le larynx, dans la respiration ordinaire, est de deux onces, la même pression sur toute la surface externe des poumons sera de 148 livres ; et la plus grande force, la pression sur le larynx étant de 7 onces, sera égale à 520 liv. Mais les poumons ne sont point comme une vessie vuide, où l'air ne presse que sur la surface, car ils sont remplis de vésicules, sur la surface de chacune desquelles l'air presse comme il le ferait sur une vessie vuide. Il faut donc pour connaitre la pression entière de l'air, déterminer auparavant les surfaces internes des poumons.

Supposons pour cet effet que les branches de la trachée-artère occupent la troisième partie des poumons, que l'autre tiers soit rempli de vaisseaux, et le restant de vésicules, sur lesquelles nous supposons que se fait la principale pression. Les deux lobes des poumons contiennent 226 pouces cubiques, dont le tiers, savoir 75 pouces cubiques est rempli de vésicules. Que le diamètre de chaque vésicule soit un 1/50 d'un pouce ; la surface sera de 00156, et la solidité de 00000 43. Si l'on divise 75 par cette somme, qui est l'espace qu'occupent les vésicules, le quotient donnera 17441860 pour le nombre de vésicules contenues dans les deux lobes des poumons. Ce nombre étant multiplié par 001256, qui est la surface d'une vésicule, donnera la somme des surfaces de toutes les vésicules, savoir, 21906, 976 pouces. Il suit donc que la pression sur le larynx sera à la pression sur toute la surface des poumons, comme 0. 19 à 21906, 976 ; et par conséquent, si dans une expiration ordinaire la pression sur le larynx est équivalente à deux onces, la pression sur toute la surface interne des poumons sera de 14412 livres, et la plus grande force de l'air en respirant, en supposant la pression sur le larynx de sept onces, sera de 50443 livres pesant. Quoique ce poids paraisse prodigieux, il faut faire attention que la pression sur chaque partie de la surface des poumons égale à l'orifice du larynx, n'est pas plus grande qu'elle l'est sur le larynx, et que ces poids immenses naissent de la vaste étendue des surfaces des vésicules sur lesquelles il est nécessaire que le sang se répande dans les plus petits vaisseaux capillaires, afin que chaque globule de sang puisse recevoir, pour ainsi dire, immédiatement toute la force et l'énergie de l'air, et être divisé en autant de particules qu'il est nécessaire pour la secrétion et la circulation.

Cela suffit pour nous faire comprendre la raison mécanique de la structure des poumons, car, puisqu'il faut que tout le sang du corps y passe pour sentir l'effet de l'air, et que cela ne peut se faire que le sang ne se distribue dans les plus petits vaisseaux capillaires, il faut que les surfaces sur lesquelles ils sont répandus soient proportionnées à leur nombre, et c'est à quoi la nature a admirablement bien pourvu par la structure admirable des poumons.

Si la pesanteur de l'air était toujours la même, et que le diamètre de la trachée-artère et le temps de chaque expiration fussent égaux en tout, cette pression sur les poumons serait toujours la même ; mais comme nous trouvons par le baromètre qu'il y a trois pouces de différence entre la plus grande et la plus petite pesanteur de l'air, ce qui est la dixième partie de sa plus grande gravité, il doit y avoir de même la différence d'un dixième de sa pression sur les poumons en différents temps ; car les forces de tous les corps qui se meuvent avec la même vitesse, sont comme leur pesanteur. Voyez BAROMETRE.

Les personnes asthmatiques doivent s'apercevoir visiblement de cette différence, surtout si l'on considère qu'elles respirent plus fréquemment, c'est-à-dire que chaque expiration se fait en moins de temps ; car respirant la même quantité d'air dans la moitié moins de temps, la pesanteur de l'air sur les poumons doit être de 57648 livres, dont le dixième est 5764 : par conséquent les personnes sujettes à l'asthme, lors de la plus grande élévation ou descente du baromètre, doivent sentir une différence dans l'air égale à plus d'un tiers de sa pression dans la respiration ordinaire. Voyez ASTHME, TEMS.

Si la trachée est petite et son orifice étroit, la pression de l'air augmente dans la même proportion que si le temps de l'expiration était plus court ; et de-là vient que le ton grêle de la voix passe toujours pour un signe pronostic de consomption : on sent qu'il provient du peu d'étendue du larynx ou de la trachée, qui fait que l'air presse avec plus de force sur les poumons, qu'il frappe à chaque expiration les vaisseaux avec tant de force, qu'ils rompent à la fin, d'où s'ensuit un crachement de sang. Voyez PHTHISIE.

RESPIRATION, (Médecine séméiotiq. Patholog.) ce n'est pas seulement dans les maladies qui affectent immédiatement quelque partie de la poitrine, que la respiration est altérée ; il en est peu d'autres qui n'entrainent avec elles un dérangement plus ou moins considérable dans l'exercice de cette importante fonction, surtout quand le mal parvenu à son dernier période rapproche sa victime de l'éternelle nuit ; les maladies du bas-ventre ont sur elle une influence plus promte et plus assurée ; ces effets n'ont pas de quoi surprendre celui qui sait que la respiration, une des fonctions maîtresses du corps humain, et peut-être celle qui donne le branle à toutes les autres, exige, pour être bien exercée, non-seulement l'action constante et bien proportionnée de toutes les parties de la poitrine, mais encore le concours réciproque et simultané de la plupart des organes du bas-ventre, que son ressort principal est le diaphragme, pivot sur lequel roulent presque tous les mouvements de la machine, centre où ils viennent se concentrer ; qu'ainsi la correspondance uniforme de toutes les parties du corps est nécessaire pour son intégrité, et qu'enfin il faut pour le mouvement de tous les organes qui y servent, une juste distribution de forces.

1°. Les parties de la poitrine sont immédiatement affectées dans les pleurésies, péripneumonies, phtisies, empyèmes, asthmes, hydropisies de poitrine et du péricarde, vomiques, tubercules, etc. dans les polypes du cœur et des gros vaisseaux, dans les anévrismes qui ont le même siege, dans les palpitations, etc. aussi toutes ces maladies ont-elles pour symptôme essentiel un vice quelconque de la respiration.

2°. Parmi les maladies du bas-ventre, celles qui ont pour effet plus ordinaire, et pour symptôme plus familier un dérangement dans la respiration, sont l'inflammation du foie, de l'estomac, de la rate, les obstructions considérables de ces viscères, les distensions venteuses ou autres de l'estomac et du colon, les digestions lentes et difficiles, les inquiétudes ou les resserrements, comme on dit de l'orifice de l'estomac, suite fréquente des chagrins, d'une terreur subite, d'une joie imprévue, etc. les blessures du bas-ventre, et surtout des muscles abdominaux, les collections d'humeurs dans cette cavité qui empêchent le diaphragme de s'applanir, etc.

3°. Les maladies particulières au diaphragme, la paraphrénésie, les blessures de cet organe, et les affections qu'il partage avec les autres parties, altèrent d'une manière très-sensible la respiration ; son action est surtout empêchée par les passions de l'âme, par les contentions trop grandes et trop continuées. La respiration est dans tous ces sujets plus ou moins gênée. Il semble que les derniers occupés à d'autres choses oublient de respirer, leur respiration est de même que dans ceux qui delirent, grande et rare.

4°. Les maladies, soit aiguës, soit chroniques, qui affectent indistinctement tout le corps, dérangent la respiration, soit en troublant l'uniformité de la circulation, soit en occasionnant une distribution inégale de forces, soit enfin en privant les organes de la respiration, ainsi que toutes les parties du corps, de la quantité de forces nécessaires ; on peut dans cette classe ranger d'abord toutes les fièvres, ensuite les maladies nerveuses, et enfin les maladies cachectiques, et les derniers moments des autres maladies de quelque espèce qu'elles soient, temps auquel la nature épuisée laisse tous les organes dans un affaissement et un inexercice mortels.

On distingue plusieurs sortes de respirations vicieuses, ou qui s'éloignent de l'état naturel ; 1°. la respiration grande qui se manifeste par une dilatation plus considérable du thorax ; 2°. la respiration petite, ainsi appelée, lorsque la poitrine ne se dilate pas suffisamment ; 3°. la respiration difficile qui s'exerce avec beaucoup de gêne et des efforts sensibles ; la respiration sublime et droite, ou l'orthopnée en sont des variétés et des degrés ; 4°. la respiration fréquente ; 5°. celle qui est rare, lorsque l'inspiration et l'expiration se succedent à des intervalles ou trop courts ou trop longs ; 6°. la respiration chaude ; 7°. celle qui est froide : ces différences sont fondées sur la qualité de l'air expiré ; 8°. la respiration inégale où les deux temps ne sont pas entr'eux dans une juste proportion ; 9°. enfin la respiration sonore, accompagnée de bruit, de soupir ou de ralement.

Un danger plus ou moins pressant accompagne toujours ces dérangements dans la respiration, et ils sont toujours d'un mauvais augure, quand ils surviennent dans le courant des maladies aiguës. La respiration libre, naturelle et régulière est le signe le plus certain de guérison ; lorsqu'elle se soutient dans cet état, quoique les autres signes soient fâcheux, quoique le malade paraisse dans un danger pressant, on peut être tranquille, il en réchappera. La liberté de la respiration, dit Hippocrate, annonce une issue favorable dans toutes les maladies aiguës, dont la crise se fait dans l'espace de quarante jours. Prognost. lib. Mais aussi ce seul signe mauvais doit épouvanter le médecin ; en vain les autres signes paraitraient bons, il aurait tort de s'y fier ; il se méprendra surement, s'il néglige les lumières que lui fournit l'état contre nature de la respiration ; les présages qu'on peut en tirer varient, et suivant l'espèce de maladie, et suivant la nature du dérangement de cette fonction ; ils seront beaucoup plus assurés, lorsqu'ils seront soutenus par le concours des autres signes que le médecin prudent ne doit jamais perdre de vue, afin d'établir sur leur ensemble un prognostic incontestable.

La respiration grande n'est point pour l'ordinaire mauvaise ; elle marque beaucoup de facilité et d'aisance dans les mouvements des organes ; elle indique quelquefois, suivant l'expression de Galien, chaleur dans la poitrine, et surabondance d'excréments fuligineux, et pour lors elle est ordinairement plus précipitée. La respiration qui est en même temps grande et rare, est un signe de délire présent ou prochain, et par conséquent d'un mauvais augure, comme le prouvent les observations rapportées par Hippocrate dans ses épidémies, de Philiscus, de Silene, de la femme de Dromeade et d'un jeune homme de Mélibée. La respiration petite est beaucoup plus fâcheuse que la grande. Elle dénote évidemment un grand embarras de la poitrine, des obstacles dans les organes du mouvement, ou bien une douleur vive dans quelqu'une des parties voisines ; c'est ainsi qu'un pleurétique pressé par un point de côté très-vif, retient, autant qu'il peut, sa respiration, et tâche de rendre ses inspirations petites, parce qu'il s'est aperçu qu'elles augmentaient la vivacité de sa douleur ; souvent alors la fréquence des inspirations supplée le défaut de grandeur, et l'on voit la respiration s'accélérer, à mesure qu'elle devient plus petite ; dans cet état elle indique, suivant Hippocrate, l'inflammation et la douleur des parties principales ; et ce présage est d'autant plus assuré, et en même temps fâcheux, que la respiration petite succede à une grande respiration ; si la fréquence n'augmente pas en même temps que la petitesse, ou ce qui est encore pis, si elle est en même temps rare et petite, c'est un signe mortel qui dénote la faiblesse extrême de la nature. Il n'est pas rare alors d'observer l'haleine de ces malades froide : ce qui ajoute encore au danger de cette respiration.

Le danger attaché à la respiration difficile varie suivant les degrés ; lorsque la difficulté de respirer est légère, et dans les maladies où elle doit toujours se rencontrer, telles que la pleurésie, l'hépatitis, etc. elle ne change rien au danger que courent ces malades ; mais si elle est jointe au délire, elle annonce la mort ; une simple difficulté de respirer, ou dyspnée, qui éveille en sursaut les malades pendant la nuit, est, suivant les observations de Baglivi et de Nenter, un signe avant-coureur ou diagnostic d'une hydropisie de poitrine ; lorsque la difficulté de respirer est au point que tous les muscles de la poitrine, des épaules, et quelques-uns des bras et du cou, sont obligés de concourir à la dilatation du thorax, et mettent toutes ces parties dans un mouvement continuel, et qu'en même temps les ailes du nez sont allongées et dans un resserrement et une dilatation alternative, le malade est très-mal ; rarement il revient de cet état ; le danger est encore plus pressant, lorsqu'il est obligé de se tenir droit ou assis pour pouvoir respirer, et que dans toute autre situation il est prêt à suffoquer. Voyez ORTHOPNEE.

La respiration chaude ou fiévreuse et fuligineuse, comme Hippocrate l'appele, est un signe de mort, suivant cet auteur, moins certain cependant que la respiration froide ; elle indique un mouvement violent des humeurs, et une inflammation considérable des poumons. La respiration froide est la plus funeste de toutes, et on ne l'observe jamais que dans ceux qui sont sur le point de mourir. On ne voit point de malades réchapper après l'apparition de ce signe pernicieux. Hippoc. épidém. lib. VI. sect. IV. cap. xxvij. Il n'est personne qui ne sente que c'est alors une preuve évidente que le froid de la mort s'est répandu jusque dans les poumons, et que dans quelques instants il ne restera plus dans la machine de chaleur ou de vie. C'est aussi un très-mauvais signe que la respiration inégale, qui a lieu lorsque les mouvements d'inspiration et d'expiration ne se répondent pas en force, en grandeur et en vitesse, lorsque l'un est faible et l'autre fort, l'un petit et l'autre grand. Il en est de même de la respiration interrompue qui n'en est qu'une variété.

On peut distinguer deux espèces principales de respirations sonores ; dans l'une, le bruit qui se fait entendre au gosier, imite le bouillonnement de l'eau, ou le son que rend le gosier des personnes qui se noyent ; c'est ce qu'on appelle rale, ralement ou respiration stertoreuse ; nous avons exposé à l'article RALE le danger attaché à cette sorte de respiration, nous y renvoyons le lecteur ; l'autre espèce est celle qu'on appelle luctueuse, suspirieuse, chaque expiration est un soupir ; cette respiration ou indique un grand embarras dans les poumons, une cause assez considérable de malaise et d'inquiétude, ou plus souvent elle est une suite d'une extrême sensibilité, de l'attention continue qu'on fait à son état, et qui en augmente le danger. Hippocrate regarde en général la respiration luctueuse comme un très-mauvais signe dans les maladies aiguës, aphor. ljv. lib. VI. J'ai cependant vu très-souvent cette respiration chez des femmes vaporeuses, et qui réchappaient très-bien de la maladie dont elles étaient attaquées ; ainsi il me semble qu'on ne doit pas s'effrayer de ce symptôme, lorsqu'il se rencontrera chez ces personnes délicates, qui s'affectent si facilement, et qui sont bien-aises de ne pas laisser ignorer aux personnes qui les soignent, jusqu'où va l'excès de leur souffrance. Il semble qu'elles ne veuillent pas se donner la peine de respirer comme il faut. (m)