Imprimer
Catégorie parente: Physique particulière
Catégorie : Anatomie & Physiologie
ou MAMELLE, s. f. (Anatomie et Physiologie) en latin mamma, partie du corps humain plus ou moins élevée, charnue, glanduleuse, posée extérieurement vers les deux côtés de la poitrine.

On donne le nom de mammelles à deux éminences plus ou moins rondes, situées à la partie antérieure et un peu latérale de la poitrine, de manière que leur centre est à-peu-près vis-à-vis l'extrémité osseuse de la sixième des vraies côtes de chaque côté. Elles varient en volume et en forme, selon l'âge et le sexe.

Dans les enfants de l'un et de l'autre sexe, et dans les hommes de tout âge, elles ne sont pour l'ordinaire que des tubercules cutanés, comme des verrues mollasses, plus ou moins rougeâtres, qu'on appelle mamelons, et qui sont environnés chacun d'un petit cercle ou disque médiocrement large, très-mince, d'une couleur plus ou moins tirant sur le brun, et d'une surface inégale. On l'appelle aréole.

Dans les femmes, à l'âge d'adolescence, plutôt ou plus tard, il se joint à ces deux parties une troisième, comme une grosseur ou protubérance plus ou moins convexe et arrondie, dont la largeur va jusqu'à cinq ou six travers de doigts, et qui porte à-peu-près au milieu de sa convexité le mamelon et l'aréole. C'est ce qui est proprement appelé mammelle, et que l'on peut nommer aussi le corps de la mammelle, par rapport à ses deux autres parties. Ce corps augmente avec l'âge, acquiert beaucoup de volume dans les femmes grosses, et dans celles qui nourrissent. Il diminue aussi dans la vieillesse, qui lui fait perdre de même sa fermeté et sa consistance naturelles.

Le corps de la mammelle est en partie glanduleux et en partie graisseux. C'est un corps glanduleux entremêlé de portions de la membrane adipeuse, dont les pellicules cellulaires soutiennent un grand nombre de vaisseaux sanguins, de vaisseaux lymphatiques, de conduits séreux et laiteux, avec plusieurs petites grappes glanduleuses qui en dépendent, le tout fermement arrêté entre deux membranes qui sont la continuation des pellicules.

La plus interne de ces deux membranes et qui fait le fond du corps de la mammelle, est épaisse, presque plate, et attachée au muscle du grand pectoral. L'autre membrane ou l'externe est plus fine, et forme au corps de la mammelle une espèce de tégument particulier, plus ou moins convexe, et elle est fortement adhérente à la peau.

Le corps graisseux ou adipeux de la mammelle en particulier est un peloton spongieux, entrelardé plus ou moins de graisse. C'est un amas de pellicules membraneuses, qui forment ensemble, par l'arrangement de leurs faces externes, comme une membrane particulière en manière de sac, dans lequel tout le reste du corps graisseux est renfermé. La portion externe de ce sac, c'est-à-dire celle qui touche la peau est fort mince, au lieu que l'autre qui est contre le muscle grand pectoral est fort épaisse.

Le corps glanduleux renferme une masse blanche, qui n'est qu'un amas de conduits membraneux étroits en leur origine, larges dans le milieu, qui accompagnent principalement la masse blanche et se retrécissent derechef en allant au mamelon, vers lequel ils font une espèce de cercle de communication ; on les appelle conduits laiteux.

Le disque ou cercle coloré est formé par la peau, dont la surface interne soutient quantité de petits corps glanduleux de cette espèce, que M. Morgagny appelle glandes sébacées. Ils paraissent assez visiblement dans toute l'aréole, même en-dehors, où ils font de petites éminences plates qui s'élèvent d'espace en espace comme des monticules tout autour, dans l'étendue du cercle ou du disque.

Ces monticules ou tubercules sont percés d'un petit trou, par lequel on peut faire sortir une matière sébacée. Quelquefois on en exprime une liqueur séreuse, d'autrefois une sérosité laiteuse, ou même du lait tout pur, surtout dans les nourrices.

Ce fait donne à penser que ces tubercules communiquent avec les conduits laiteux, et qu'on pourrait les regarder comme de petits mamelons auxiliaires qui suppléent un peu aux vrais mamelons. Les matières ou liqueurs différentes qu'on peut exprimer successivement d'un même corps glanduleux, donnent encore lieu de croire que le fond de ces petits trous est commun à plusieurs autres plus petits.

On voit par ce détail que la substance des mammelles est composée de plusieurs choses différentes. 1°. On trouve les téguments communs qui sont l'épiderme, une peau tendre et une quantité considérable de graisse. 2°. On trouve une substance particulière, blanche, qui parait être glanduleuse, et qui n'est pas différente de la substance qui compose la plus grande partie des mammelles des animaux ; elle occupe surtout le milieu de la mammelle, et elle est environnée d'une grande quantité de graisse, qui forme une partie considérable des mammelles.... Les corps glanduleux qui ont été décrits comme des glandes par Nuck, mais surtout par Verheyen, et par d'autres qui ont suivi ces anatomistes : ces corps, dis-je, ne sont pas des glandes, ils ne sont que de la graisse. On trouve 3°. les tuyaux qui portent le lait, qui marchent à-travers la substance glanduleuse, et qui se joignent par des anastomoses ; ils ramassent et retiennent le lait qui est séparé dans les filtres. Toutes ces choses sont fort sensibles dans les mammelles gonflées qui sont grandes, et surtout dans les nourrices ; mais à peine peut-on les voir dans les filles qui n'ont pas encore l'âge de puberté, dans les femmes âgées, dans celles qui sont extrêmement maigres, ou qui ont les mammelles desséchées. 4°. Quant aux vaisseaux des mammelles, on sait que les artères et les veines qui s'y distribuent, se nomment mammaires internes et externes, et qu'elles communiquent avec les épigastriques. Warthon a décrit les vaisseaux lymphatiques. Les nerfs mammaires viennent principalement des nerfs costaux, et par leur moyen communiquent avec les grands nerfs lymphatiques.

Les mammelles bien conditionnées sont le principal ornement du beau sexe, et ce qu'il y a de plus aimable et de plus propre à faire naitre l'amour, si l'on en croit les Poètes. L'un d'eux en a fait le reproche dans les termes suivants à une de ses maîtresses coquette.

Num quid lacteolum sinum, et ipsas

Prae te fers sine linteo papillas ?

Hoc est dicère, posce, posce, trado ;

Hoc est ad venerem vocare amantes.

Mais les mammelles sont surtout destinées par la nature à cribler le lait et à le contenir, jusqu'à ce que l'enfant le suce ; delà vient que les femmes dont les mammelles sont en forme de poire, passent pour les meilleures nourrices, parce que l'enfant peut alors prendre dans la bouche le mamelon, conjointement avec une partie de l'extrémité de la mammelle.

Cet avantage est fort au-dessus de la beauté réelle des mammelles, qui consiste à être rondes, fermes, bien placées sur la poitrine, et à une certaine distance l'une de l'autre ; car suivant la régle de proportion mise en œuvre par nos statuaires, il faut qu'il y ait autant d'espace de l'un des mamelons à l'autre, qu'il y en a depuis le mamelon jusqu'au milieu de la fossette des clavicules ; en sorte que ces trois points fassent un triangle équilatéral ; mais laissons ces choses accessoires pour nous occuper de faits plus intéressants.

La première question qui se présente, c'est si le tissu des mammelles n'est pas celluleux aussi-bien que glanduleux. Il parait qu'il s'y trouve des cellules ou des organes, dans lesquels le lait filtré se verse. De-là naissent sans doute les tuyaux lactés qui sont longs, grossissent dans leurs progrès, et en approchant du mamelon forment des tuyaux plus étroits ; ces canaux sont accompagnés d'un tissu spongieux dans lequel le sang se répand, et cet assemblage va se terminer de deux façons ; car les tuyaux lactés retrécis vont aboutir à une espèce de tuyau circulaire qui forme un confluent ; et le tissu spongieux va former le corps du mamelon, et finit par un amas de méches et de faisceaux plissés. Cet amas est un tissu qui peut prendre divers degrés de fermeté, qui s'allonge et se raccourcit, et qui est extrêmement sensible à cause des houpes nerveuses que M. Ruysch y a observées.

Du confluent dont nous avons parlé, partent plusieurs tuyaux, lesquels vont s'ouvrir à la surface du bout du mamelon, et qui sont réserrés et raccourcis par le pli des méches du mamelon.

Autour de la base du mamelon, on voit un plan circulaire parsemé de petites glandes dont les ouvertures excrétoires sont assez visibles ; il est certain que par les ouvertures qui sont répandues sur la surface de ce plan circulaire, il sort une matière sébacée et une matière laiteuse ; c'est Morgagny qui a fait cette découverte.

On demande, 2°. quelle est la nature du lait qui sort des mammelles des femmes. Je réponds qu'il est de la nature même du lait des animaux : ce lait a quelque rapport avec le chyle, tel qu'il est dans les intestins, mais il en diffère par plusieurs de ses propriétés ; car 1°. le lait a moins de sérosité, parce que la sérosité qui se trouve dans le chyle, se partage à toute la masse du sang ; il ne doit donc y en avoir qu'une partie dans le lait. 2°. Le lait a été plus trituré, puisqu'il a passé par le cœur et par les vaisseaux. 3°. On en peut faire du fromage, ce qu'on ne peut faire du chyle, parce que l'huile n'est pas assez séparée du phlegme, et mêlée avec la matière gélatineuse et terreuse qui est mêlée avec le sang. 4°. Le lait ne se coagule pas comme la sérosité du sang, parce que la sérosité du sang a plus souvent passé par les filières ; dans ce passage la partie la plus aqueuse, coule dans les filtres et dans les vaisseaux lymphatiques ; alors la partie huileuse se ramasse davantage, ensuite elle ne se mêle plus si bien avec l'eau. 5°. Le lait devient âcre et tend à s'alkaliser dans les fiévres, il change de couleur ; on l'a vu quelquefois devenir jaune du soir au lendemain ; on donne cette couleur au lait en le faisant bouillir avec des alkalis ; la chaleur qui s'excite dans le sang par la fiévre, produit le même effet, aussi les nourrices qui ont la fiévre ou qui jeunent, donnent un lait jaunâtre et très-nuisible aux enfants ; on voit par-là que les matières animales sont moins propres à former de bon lait que les matières végétales, car les parties des animaux sont plus disposées à la pourriture.

La troisième question qu'on propose, c'est si le lait vient du sang dans les mammelles, ou si le chyle peut y être porté par des vaisseaux sanguins. Nous répondons, 1°. qu'on a des exemples qui prouvent que le lait peut sortir par plusieurs endroits du corps humain, comme par la cuisse, etc. or dans ces parties, il n'y a pas lieu de douter, que ce ne soit le sang qui y porte le suc laiteux. 2°. Les injections démontrent, qu'il y a un chemin continu des artères aux tuyaux laiteux ; or cette continuation de canaux ne peut être que pour décharger les artères. On objectera que le sang pourrait changer le chyle ; mais il faut remarquer que le chyle mêlé au sang ne quitte pas d'abord la blancheur, et qu'il circule au contraire assez longtemps avec le sang, sans se dépouiller de sa couleur ; si on ouvre la veine d'un animal quatre ou cinq heures après qu'il a beaucoup mangé, on verra une grande quantité de chyle semblable au lait qui nage avec le sang coagulé. Lower a observé qu'un homme qui avait perdu beaucoup de sang par une longue hémorrhagie, rendait le chyle tout pur par le nez.

On demande comment le lait se filtre, et comment il est sucé par l'enfant. Voici le mécanique de cette filtration. Le sang rempli de chyle, étant porté dans les artères mammaires, se trouve trop grossier pour passer par les filtres, tandis que le lait dont les molécules sont plus déliées s'y insinue ; parmi les organes qui séparent le lait, il y a des vaisseaux lymphatiques ; la partie aqueuse passe dans ces vaisseaux, ce lait porté dans les fossicules et dans les tuyaux, est poussé par le sang qui se trouve dans le tissu spongieux dont les canaux laiteux sont environnés, et dont le mamelon est formé. Les tuyaux qui reçoivent le lait filtré, s'élargissent vers leur partie moyenne, et par-là peuvent contenir une grande quantité de lait qui coulera de lui-même, lorsque la détension de ces vaisseaux surmontera le resserrement du mamelon ; pour ce qui regarde l'action de l'enfant qui suce. Voyez -en la mécanique, au mot SUCTION ou au mot TETER.

La cinquième question qu'on fait ici, c'est pourquoi les hommes ont des mamelles ? On peut répondre qu'on en ignore l'usage, et que peut-être les mamelles n'en ont aucun dans les hommes. La nature a d'abord formé les parties qui étaient nécessaires à la conservation de l'espèce ; mais quoique ces parties soient inutiles dans un sexe, elle ne les retranche pas, à moins que ce retranchement ne soit une suite nécessaire de la structure qui différencie les sexes. Il est certain que les mamelles sont les mêmes dans les hommes et dans les femmes ; car dans les deux sexes elles filtrent quelquefois de vrai lait, de sorte que les menstrues et la matrice ne sont que des causes occasionnelles qui déterminent l'écoulement du suc laiteux. Les enfants des deux sexes qui ont souvent du lait suintant de leurs mamelles, en sont une nouvelle preuve.

Mais, dira-t-on, pourquoi les hommes en général n'ont-ils pas du lait comme les femmes, et pourquoi leurs mamelles sont-elles plutôt seches ? Tâchons d'expliquer ce phénomene. 1°. Dans les enfants de l'un et de l'autre sexe, les mamelles sont fort gonflées, et contiennent ordinairement du lait ; cela doit être ainsi, puisque les organes sont les mêmes, et qu'il n'y a pas plus de transpiration d'un côté que d'un autre, durant que le foetus est dans le sein de la mère, et durant l'enfance. 2°. Dès que les filles sont venues à un certain âge, et que la plénitude arrive dans l'utérus, alors les mamelles se gonflent, le sang dilate les vaisseaux artériels, qui sont encore fort flexibles à cet âge, où coulent les menstrues pour la première fois ; le gonflement dont nous venons de parler, arrive à proportion que les filles approchent de l'âge de treize ou quatorze ans ; mais il se fait surtout sentir quelques jours avant que les menstrues coulent ; et il est si vrai qu'il se fait sentir d'avance, que si l'on examine attentivement le pouls, on trouvera qu'il s'élève cinq ou six jours avant l'écoulement des menstrues ; le sang qui remplit extraordinairement les vaisseaux utérins, empêche celui qui vient après d'y entrer ; ce sang qui vient après entre en plus grande quantité dans les artères, qui de l'abdomen vont communiquer avec les mammaires ; par là les mamelles se gonflent, dès que les tuyaux excrétoires de l'utérus viennent à s'ouvrir, le sang ne passe plus en aussi grande quantité par les artères communiquantes avec les mammaires : et alors le sang qui gonflait les mamelles, s'écoule peu-à-peu ; voilà donc deux causes qui produisent le gonflement des mamelles ; la première est la préparation de la nature au flux menstruel, et cette préparation dure assez longtemps : ainsi on ne doit pas être surpris, si les mamelles se gonflent longtemps avant cet écoulement : 3°. le gonflement est encore causé par les efforts que fait la nature dans les premiers écoulements.

Ajoutez à tout cela les aiguillons de l'amour, qui souvent ne sont pas tardifs dans les filles ; les impressions de cette passion s'attachent à trois organes qui agissent toujours de concert, la tête, les parties de la génération et les mamelles ; le feu de la passion se porte de l'une à l'autre ; alors les mamelles se gonflent, le sang fait des efforts contre les couloirs qui doivent filtrer du lait, et les dispose par-là à le recevoir un jour ; or ce que nous venons de dire au sujet de l'accord de ces trois parties, quand elles sont agitées par les impressions de l'amour, doit nous rappeler une troisième cause qui agit dans le gonflement des mamelles, c'est l'action des nerfs sympatiques ; quand l'utérus se prépare à l'écoulement menstruel, il est agité par les efforts du sang ; cette agitation met en jeu les nerfs sympathiques, qui agissent d'abord sur les mamelles ; ces nerfs par leur action, rétrécissent les vaisseaux qui rapportent le sang des mamelles, il est donc obligé de séjourner dans leur tissu spongieux, et de le gonfler ; tous ces mouvements dilatent les couloirs des mamelles et favorisent l'usage auquel la nature les a destinées. On voit par-là, que la raison qui montre qu'il ne doit pas y avoir un écoulement réglé dans les hommes, nous apprend que le lait ne doit pas se filtrer dans leurs mamelles ; comme ils n'éprouvent pas de plénitude ainsi que les femmes, les vaisseaux mammaires qui ne sont jamais gonflés, ne se dilatent point ; au contraire, comme ils se fortifient et se durcissent, les fossicules et tuyaux laiteux acquièrent de la dureté, parce qu'ils sont membraneux ; ainsi le sang a de la peine à y séparer le lait, quand même il arriverait dans la suite quelque plénitude, comme on le voit souvent par les écoulements périodiques qui se font par les vaisseaux hémorrhoïdaux. Il peut cependant se trouver des hommes en qui la plénitude, les canaux élargis dans les mamelles, la pression ou le sucement produiront du lait ; tout cela dépend de la dilatation des canaux.

La sixième question qu'on peut former, c'est pourquoi le lait vient aux femmes après qu'elles ont accouché. Pour bien répondre à cette question et comprendre clairement la cause qui pousse le lait dans les mamelles après l'accouchement, il faut se rappeler, 1°. que le lait vient du chyle, 2°. que les vaisseaux de l'utérus sont extrêmement dilatés durant la grossesse, 3°. que l'utérus se retrécit d'abord après l'accouchement, 4°. qu'il passait une grande quantité de chyle ou de matière laiteuse dans le foetus.

De la troisième proposition, 1°. il s'ensuit que le sang ne pouvant plus entrer en si grande quantité dans les artères ascendantes, par conséquent les artères qui viennent des souclavières et des axillaires dans les mamelles, seront plus gonflées ; 2°. il s'ensuit de cette même proposition que le sang qui entre dans l'aorte descendante ne pouvant plus s'insinuer en si grande quantité dans l'utérus, remplira davantage les artères épigastriques qui communiquent avec les mammaires. Voilà donc les mamelles plus gonflées de deux côtés après l'accouchement. 3°. De la quatrième proposition il s'ensuit que le chyle superflu à la nourriture de la mère, lequel passait dans le foetus, doit se partager aux autres vaisseaux et se porter aux mamelles. A la première circulation qui se fera, il en viendra une partie ; à la seconde il en viendra une autre, etc. et comme cinq ou six heures après le repas le chyle n'est pas encore changé en sang, les circulations nombreuses qui se feront durant tout ce temps y porteront une grande partie de ce chyle, qui aurait passé dans le foetus s'il eut été encore dans le sein de la mère.

Dans le temps que le chyle est ainsi porté au mamelles, les fossicules se remplissent extraordinairement, les tuyaux gonflés se pressent beaucoup ; et à l'endroit où ils s'anastomosent, cette pression empêche que le lait ne s'écoule. Les tuyaux extérieurs qui n'ont pas encore été ouverts, contribuent aussi par leur cavité étroite à empêcher cet écoulement ; mais dès qu'on a sucé les mamelles une fais, 1°. les tuyaux externes se dilatent, 2°. les cylindres de lait qui sont dans les tuyaux internes sont continus avec les cylindres qui sont entrés dans les externes : alors le lait qui ne coulait point auparavant rejaillira après qu'on aura sucé une fois ces tuyaux, dont l'ouverture était fermée au lait, par la même raison que l'uretre est quelquefois fermée à l'urine par la trop grande dilatation de la vessie, laquelle étant trop gonflée, fait rentrer son col dans sa cavité.

On peut ajouter une autre cause qui ne contribue pas moins que celles dont nous venons de parler, à faire entrer le lait en grande partie dans les mamelles après l'accouchement, il faut se rappeler le grand volume qu'occupe l'utérus pendant la grossesse ; après l'accouchement ; l'utérus revient dans peu de temps à son premier volume : durant les premiers jours la révolution y est extraordinaire, c'est-à-dire que la construction des fibres, l'expulsion du sang y causent des mouvements surprenans et pour ainsi dire subits. Or, par l'action des nerfs sympathiques, le mouvement se porte avec la même violence dans les mamelles ; elles se gonflent par ces mouvements, leurs couloirs s'ouvrent, et le lait se filtre et s'écoule. Le lait entre dans les filtres par la même raison que si les vaisseaux de la matrice étaient mis en jeu par les mouvements des nerfs, le sang ou une matière blanche pourraient s'écouler.

Par cette mécanique qui fait que le lait se filtre dans les mamelles des femmes accouchées, il peut se filtrer dans les filles dont les règles sont supprimées ; car le sang ne pouvant ni circuler librement ni se faire jour par la matrice, se jettera dans les mamelles, ce qui n'est pas rare. On voit aussi par-là que cela peut arriver à quelques femmes qui n'ont plus le flux menstruel ; cependant comme les fibres se durcissent par l'âge, ce cas ne se rencontrera point ou très-rarement dans les femmes âgées, dont les parties seront desséchées.

Les filles qui sont fort lascives pourront avoir du lait par une raison approchante de celle que je viens de donner ; car les convulsions qui s'exciteront dans leurs parties génitales feront monter une plus grande quantité de sang dans les artères épigastriques, parce que les convulsions retrécissent la cavité des vaisseaux dans la matrice, le vagin, etc. cet effet arrivera surtout dans les filles qui auront les règles supprimées ; et le sang étant retardé dans l'utérus, ira toujours remplir les artères épigastriques, jusqu'à ce que les mouvements qui agissent sur la matrice ayant cessé, le sang trouve un passage plus libre. Il faut surtout ajouter à cette cause l'action des nerfs sympathiques, qui sont ici les principaux agens.

Le même effet peut arriver si les femmes manient souvent leurs tétons. 1°. Les houpes nerveuses qui se trouvent au mamelon étant chatouillées, tiraillent le tissu spongieux et les vaisseaux sanguins ; ce tiraillement joint à l'action du sang de ce tissu, exprime le lait des vaisseaux sanguins et le fait couler. De plus, le chatouillement des mamelles produit des sensations voluptueuses, met en jeu les parties de la génération, lesquelles à leur tour réagissent sur les mamelles. On a vu des hommes qui en se maniant les mamelles se sont fait venir du lait par la même raison.

Il ne sera pas difficile d'expliquer pourquoi les vuidanges diminuent par l'écoulement du lait, et vice versâ, et pourquoi elles augmentent par la suppression du lait ; le sang qui se décharge par une ouverture doit se décharger moins par une autre.

De tout ce que nous venons de dire, il s'ensuit encore que le soir durant la grossesse, la douleur, la tension, la dureté de la mamelle doivent augmenter. 1°. Les mouvements que les femmes se donnent pendant le jour, font que le sang se porte en plus grande quantité vers les mamelles ; 2°. la chaleur diminue le soir, la pesanteur de l'air augmente, les pores se trouvent moins ouverts, la surface du corps se trouve plus comprimée : tout cela peut faire que le sang regorge vers les mamelles ; on ne doit pas être surpris si alors il en découle une liqueur séreuse, surtout dans les pays septentrionaux.

Voilà la réponse aux principaux phénomènes qui regardent les mamelles : la nature n'a pas exempté cette partie de ses jeux. Ordinairement les femmes n'ont que deux mamelles ; cependant Blasius, Walocus et Borrichius en ont remarqué trois. Thomas Bartholin parle d'une femme qui en avait quatre. Jean Faber Lyneœus a fait la même remarque d'une femme de Rome, et toutes quatre étaient pleines de lait. Lamy, sur les observations duquel on peut compter, assure qu'il a vu quatre mamelles à une femme accouchée à l'hôtel-dieu, qui toutes rendaient du lait. Il y en avait deux à la place ordinaire d'une grosseur médiocre, et deux autres immédiatement au-dessous beaucoup plus petites.

On lit dans un recueil de faits mémorables, composé par un moine de Corbie, et dont il est parlé dans la république des lettres Septembre 1686, qu'une paysanne qui vivait en 1164 avait quatre mamelles, deux devant et deux derrière, vis-à-vis les unes des autres, également pleines de lait ; et cette femme, ajoute-t-il, avait eu déjà trois fois des jumeaux qui l'avaient tetté de part et d'autre : mais un fait unique si singulier rapporté par un amateur du merveilleux et dans un siècle de barbarie, ne mérite aucune croyance.

Pour ce qui regarde la grosseur et la grandeur des mamelles, elle est monstrueuse dans quelques personnes et dans quelques pays. Au cap de Bonne-Espérance et en Groenland, il y a des femmes qui les ont si grandes, qu'elles donnent à teter à leurs enfants par-dessus l'épaule. Les mamelles des femmes de la terre des Papous et de la nouvelle Guinée sont semblablement si longues, qu'elles leur tombent sur le nombril, à ce que dit Lemaire dans sa description de ces deux contrées. Cada Mosto, qui le premier nous a certifié que les pays voisins de la ligne étaient couverts d'habitants, rapporte que les femmes des déserts de Zara font consister la beauté dans la longueur de leurs mamelles. Dans cette idée, à peine ont-elles douze ans qu'elles se serrent les mamelles avec des cordons, pour les faire descendre le plus bas qu'il est possible.

Outre les jeux que la nature exerce sur les mamelles, elle les a encore exposées à des maux terribles, dont il ne s'agit pas de parler ici, c'est la triste besogne de la Médecine et de la Chirurgie.

Finissons cette physiologie des mamelles par quelques observations particulières qui s'y rapportent directement.

Première observation. Pour bien voir exactement la structure des mamelles, outre le choix de la mamelle bien conditionnée, médiocrement ferme, d'un volume assez considérable dans une nourrice ou femme morte en couche, ou peu de temps après l'accouchement, il faut diviser le corps de la mamelle en deux parties par une section verticale qui doit se continuer sur le mamelon, pour le partager aussi suivant sa longueur, comme l'enseigne Morgagny, l'auteur à qui l'on doit le plus de recherches sur cette matière.

Seconde observation. Le temps où les mamelles se gonflent est à l'âge où les filles commencent à devenir nubiles, à 12 ans, 14 ans, 16 ans, suivant les pays, et plutôt ou plutard dans les unes que dans les autres ; ce gonflement s'exprime en latin par ces termes, mammae sororiantur, et par d'autres qu'Ovide et Catulle connaissaient mieux que moi. Le temps où les mamelles diminuent, varie semblablement, sans qu'il y ait d'âge fixe qui décide de leur diminution.

Traisième observation. Le lait dans une femme n'est point une preuve certaine de grossesse ; elle peut être vierge et nourrice tout-à-la-fais : nous en avons dit les raisons. Ainsi Bodin a pu assurer sans mensonge qu'il y avait dans la ville de Ham en Picardie un petit enfant qui s'amusant après la mort de sa mère à sucer le téton de sa grand'mère, lui fit venir du lait et s'en nourrit. On trouve dans Bonnet d'autres exemples semblables, attestés par la célèbre Louise Bourgeais, accoucheuse de l'hôtel-dieu. Enfin on peut lire à ce sujet la dissertation de Francus, intitulée, satyra medica lac virginis.

On cite aussi plusieurs exemples d'hommes dont les mamelles ont fourni du lait ; et l'on peut voir sur ce fait le sepulchretum. On peut consulter en particulier Florentini (Francisci Mariae), de genuino puerorum lacte, et de mamillarum in viro lactifero structurâ, disquisitio, Lucae 1653. Mais comme personne ne doute aujourd'hui de cette vérité, il est inutile de s'y arrêter davantage.

Quatrième observation. Nous avons dit ci-dessus que le lait pouvait sortir par plusieurs endroits du corps humain, comme par la cuisse : voici un fait très-curieux qui servira de preuve, sur le témoignage de M. Bourdon, connu par ses tables anatomiques in-folio, disposées dans un goût fort commode. Il assure avoir vu une fille de 20 ans rendant une aussi grande quantité de lait par de petites pustules qui lui venaient à la partie supérieure de la cuisse gauche sur le pubis, qu'une nourrice en pourrait rendre de ses mamelles. Ce lait laissait une crême, du fromage et du serum, comme celui de vache, dont il ne différait que par un peu d'acrimonie qui piquait la langue. La cuisse d'où ce lait découlait était tuméfiée d'un oedème qui diminuait à proportion de la quantité de lait qui en sortait ; cette quantité était considérable, et affoiblissait beaucoup cette fille. Quand ce lait parut, elle cessa d'être réglée, et d'ailleurs se portait bien à l'affoiblissement près dont on vient de parler. Voyez le journal des Savants, du 5 Juin 1684.

Cinquième observation. Si le physicien, après avoir considéré tout ce qui concerne les mamelles humaines, jette finalement les yeux sur l'appareil de cette partie du corps dans les bêtes, il le trouvera également curieux et digne de son admiration, soit qu'il examine la structure glanduleuse de leurs tettines, de leurs rayons, les artères, les veines, les nerfs, les tuyaux lactés qui s'y distribuent ; soit qu'il considère le nombre convenable de leurs pis proportionné aux diverses circonstances de l'animal, et placé dans l'endroit le plus commode du corps de chaque espèce pour dispenser le lait à ses petits.

Les animaux qui ont les pieds solides, qui ruminent, et ceux qui portent des cornes, comme la cavalle, l'ânesse, la vache, etc. ont les mamelles placées entre les cuisses, parce que les petits se tiennent sur leurs pieds dès le moment de leur naissance, et que les mères ne se couchent point pour les alaiter. Les animaux qui ont des doigts aux pieds et qui font d'une seule portée plusieurs petits, ont une double rangée de mamelles placées le long du ventre, c'est-à-dire depuis l'aine jusqu'à la poitrine ; dans le lapin cette rangée s'étend jusqu'à la gorge : ceux-ci se couchent pour donner le tettin à leurs petits, comme cela se voit dans l'ourse, dans la lionne, etc.

Si ces animaux portaient leurs mamelles uniquement aux aines, en se couchant leurs cuisses empêcheraient les petits d'approcher des mamelles. Dans l'éléphant les trayons sont près de la poitrine, parce que la mère est obligée de sucer son lait elle-même par le moyen de sa trompe, et de le conduire ensuite dans la bouche du petit. Voyez les Transactions philosophiques n°. 336, l'anatomie comparée de Blasius et autres écrivains. Ils fourniront au lecteur plusieurs détails sur ce sujet que je supprime ; et il s'en faut bien que les recherches des Physiciens aient épuisé la matière. " Une chose qui montre, dit Cicéron, que ce sont-là les ouvrages d'une nature habile et prévoyante, c'est que les femelles qui comme les truies et les chiennes font d'une portée beaucoup de petits, ont beaucoup de mamelles, au lieu que celles-là en ont peu, qui font peu de petits à-la-fais. Lorsque l'animal se nourrit de lait, presque tous les aliments de sa mère se convertissent en lait ; et par le seul instinct l'animal qui vient de naitre va chercher les mamelles de sa mère, et se rassasie du lait qu'il y trouve. " Liv. II. ch. xlj. de nat. deorum. (D.J.)



Affichages : 2072