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Catégorie : Chimie
S. f. (Chimie) c'est ainsi qu'on nomme la partie de la Chimie qui s'occupe du traitement des métaux, et des moyens de les séparer des substances avec lesquelles ils sont mêlés et combinés dans le sein de la terre, afin de leur donner l'état de pureté qui leur est nécessaire pour pouvoir servir aux différents usages de la vie.

Si la nature nous présentait toujours les métaux parfaitement purs et dégagés de substances étrangères, au point d'avoir la ductilité et la malléabilité, rien ne serait plus aisé que la métallurgie ; cet art se bornerait à exposer les métaux à l'action du feu pour les faire fondre et pour leur faire prendre la forme que l'on jugerait à propos. Mais il n'en est point ainsi, il est très-rare de trouver des métaux purs dans le sein de la terre ; et lorsqu'on en trouve de cette espèce, ils sont ordinairement en particules deliées, et ils sont attachés à des terres ou à des pierres dont il faut les séparer avant que de pouvoir en former des masses d'une grandeur convenable aux usages auxquels on les destine.


L'état dans lequel on trouve le plus communément les métaux, est celui de mine ; alors ils sont combinés avec du soufre ou avec de l'arsenic, ou avec l'un et l'autre à la fois : souvent dans cet état, plusieurs métaux se trouvent confondus ensemble, et toutes ces combinaisons sont si fortes qu'il n'y a que l'action du feu, appliqué de différentes manières, qui puisse les détruire. Joignez à cela que ces mines, qui contiennent les métaux, sont liées à des rochers et à des terres qu'il faut aussi commencer par en séparer, avant que de les exposer à l'action du feu. Toutes ces différentes vues ont donné naissance à une infinité de travaux et d'opérations différentes dont la connaissance s'appelle métallurgie.

On voit donc que la métallurgie, dans toute l'étendue de sa signification, embrasse toutes les opérations qui se font sur les métaux ; par conséquent, elle comprend l'art d'essayer les mines ou les substances qui contiennent des métaux, qui n'en est qu'une partie et un préliminaire nécessaire : cette partie s'appelle docimasie ou l'art des essais, et le terme de métallurgie se donne par excellence aux travaux en grand, sur les matières minérales du contenu desquelles on s'est assuré par la docimasie. Voyez DOCIMASIE et ESSAI. Comme ces opérations préliminaires ont été suffisamment développées dans ces deux articles, nous ne parlerons ici que des travaux en grand, c'est-à-dire de ceux qui se font sur un grand volume de mines.

Le travail du métallurgiste commence où celui du mineur finit, Voyez MINES. Lorsque le minerai a été détaché des filons, ou des couches qui le contenaient, on le porte à la surface de la terre dans les atteliers destinés aux opérations ultérieures, par lesquelles il doit passer. La première de ces opérations s'appelle le triage, elle consiste à briser le minerai à coups de marteau pour détacher, autant qu'il est possible, les substances qui contiennent du métal, de celles qui ne sont que de la pierre. Voyez TRIAGE.

Après que le minerai a été trié, on le porte au bocard, c'est-à-dire à un moulin à pilons, où il est écrasé et réduit en poudre, voyez PILONS. Cette opération est suivie de celle qu'on appelle lavage, qui consiste à laver dans de l'eau le minerai qui a été écrasé, pour que l'eau entraine les parties terrestres et pierreuses, et les sépare de celles qui sont métalliques et pesantes ; ces dernières tombent très-promptement au fond de l'eau à cause de leur poids qui est plus grand que celui des terres ou des pierres, voyez LAVAGE. Le minerai ainsi préparé, est appelé schlich par les Allemands.

Lorsque les mines sont fort chargées de soufre ou d'arsenic, soit avant, soit après les avoir écrasées, on les torréfie, c'est-à-dire on les arrange par couches et sur du bois ou sur des charbons ; on allume ces charbons, et à l'aide d'un feu doux on dissipe peu-à-peu ces substances avec lesquelles ce métal était combiné, et le métal ayant plus de fixité au feu, reste. On est quelquefois obligé de réitérer plusieurs fois cette opération sur le même minerai, à proportion qu'il soit plus ou moins chargé de substances que l'on a intérêt de séparer du métal : cette opération se nomme grillage. Voyez cet article.

Il y a très-peu de minerais que l'on soit dispensé de griller, du-moins légèrement, avant que de les faire fondre. Lorsqu'on s'en dispense, il faut que ces mines contiennent du métal très-pur ; on ne grille pas les mines d'or qui contiennent ce métal tout formé, non plus que celles qui contiennent de l'argent natif, comme sont les mines du Pérou, du Chili et du Potosi ; il n'est besoin que de les amalgamer avec le mercure, ou de les passer à la coupelle ; cependant Alonzo Barba nous apprend que quelques-unes de ces mines mêmes ne peuvent s'amalgamer sans avoir été d'abord légèrement chauffées.

Ce n'est qu'après le grillage que l'on porte le minerai au fourneau de fonte ; là on arrange la mine avec du charbon par couches alternatives, on donne un feu proportionné à la nature du minerai que l'on traite ; mais avant que de fondre le minerai on est souvent obligé de lui joindre des matières propres à faciliter sa fusion ; ces matières se nomment fondants, voyez cet article, c'est à l'expérience du métallurgiste à décider quelles sont les matières les plus propres à faciliter la fusion de la mine qu'il traite, et à vitrifier les substances terreuses et pierreuses avec lesquelles elle est mêlée, voyez l'article FONDANT et FUSION. Pour en juger il faut beaucoup de lumières en Chimie, une connaissance parfaite de la nature des terres et des pierres, et des effets que leurs différents mélanges produisent dans le feu.

Les fourneaux de fusion doivent être analogues à la nature des mines et des métaux que l'on y doit traiter, et proportionnés pour la hauteur et la capacité, à la durée et à l'intensité de la chaleur qu'on veut leur faire éprouver : cela est d'autant plus nécessaire, que certains métaux se fondant très-aisément, ne doivent, pour ainsi dire, que passer au-travers du fourneau, tandis que d'autres, qui ne se fondent qu'avec beaucoup de peine, doivent y séjourner très-longtemps. Il y a des métaux, tels que le plomb et l'étain, que l'action du feu dissipe, ou calcine et change promptement en chaux, tandis que d'autres resistent plus fortement à son action. Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans le détail de toutes ces différences, elles sont indiquées en parlant de chaque métal en particulier, nous y renvoyons donc le lecteur. Voyez CUIVRE, FER, ÉTAIN, PLOMB, etc.

Il faut seulement observer en général que le fourneau de fusion soit construit de pierres qui résistent au feu, et qui ne soient point sujettes à se vitrifier ; il faut aussi prendre toutes sortes de précautions pour que ces fourneaux n'attirent point d'humidité du terrain sur lequel ils sont élevés ; c'est pour cela qu'on pratique en les construisant des conduits creux appelés évents, pour y laisser circuler l'air extérieur.

L'action du feu qui est allumé dans les fourneaux de fusion est augmentée par le vent des soufflets ; par-là le mineral se fond, la partie métallique qu'il contenait tombe dans un bassin formé au bas du fourneau avec un enduit de glaise et de charbon pilé ; à ce degré de chaleur les mines de plomb et d'étain ne sont pas longtemps à se fondre ; mais il n'en est point de même des mines de cuivre ou de fer qui sont infiniment plus difficiles à faire entrer en fusion. Quand on juge que la matière est dans un état de fluidité convenable, on perce au bas du fourneau l'oeil, c'est-à-dire un trou qui pendant l'opération était bouché avec de la terre grasse, alors la matière devenue liquide découle par cette ouverture dans un bassin qui est au-devant du fourneau ; lorsqu'on traite de la mine d'étain, comme ce métal se calcine avec beaucoup de promptitude, on laisse l'oeil toujours ouvert, afin qu'il puisse découler à mesure qu'il se fond, sans avoir le temps de se changer en chaux, ni de se dissiper. Voyez ÉTAIN.

A la surface du métal fondu nagent des matières vitrifiées que l'on nomme scories ; elles sont formées par les terres, les pierres, et les substances étrangères que l'action du feu a changées en une espèce de verre, et dans lesquelles il reste encore souvent des parties métalliques qui y sont demeurées attachées. Voyez SCORIES. Ces scories peuvent encore servir de fondants dans la fonte d'un nouveau mineral.

La matière fondue produite par la première fonte est rarement un métal pur, il est communément encore chargé de parties sulfureuses et arsénicales, et quelquefois de parties métalliques étrangères ; c'est ce mélange impur que l'on nomme matte ; on est souvent obligé, surtout quand on traite le cuivre, de faire passer cette mater par un grand nombre de feux différents, afin d'achever de dissiper et de détruire les substances étrangères et nuisibles avec lesquelles le métal est encore uni ; les feux se multiplient en raison du plus ou du moins de pureté de la matte : ces opérations se nomment le grillage de la matte. Voyez MATTE. Ce qui reste après ces différents grillages est remis de nouveau au fourneau de fusion, où il passe par la même opération que la première fais, et produit encore une nouvelle matte, mais cette seconde matte est plus dégagée de parties étrangères que la première fais.

Les travaux décrits en dernier lieu se pratiquent surtout pour le traitement du cuivre dont les mines sont les plus difficiles à travailler ; en effet les mines de cuivre sont communément chargées de soufre, d'arsenic, de parties ferrugineuses, et d'une portion d'argent plus ou moins grande ; sans compter les pierres et terres qui lui servent de matrice ou de minière, d'où l'on voit que le métallurgiste a un grand nombre d'ennemis à combattre et à dissiper. Lorsque le cuivre contient une portion d'argent qui mérite qu'on fasse des frais pour la retirer, on lui joint du plomb, afin que ce métal qui a beaucoup de disposition à s'unir avec de l'argent s'en charge ; l'opération par laquelle on mêle du plomb avec le cuivre se nomme rafraichissement. Voyez cet article. Lorsque le plomb a été fondu avec le cuivre dans le fourneau, l'on obtient un mélange de ces deux métaux que l'on nomme œuvre ; il s'agit alors de séparer le plomb qui s'est chargé de la portion d'argent contenue dans le cuivre, d'avec ce métal ; cela se fait par une opération particulière que l'on nomme liquation : on se sert à cet effet d'un fourneau particulier, sur lequel on place les masses ou pains de plomb et de cuivre ; le feu qu'on donne dans ce fourneau fait fondre le plomb qui s'est uni avec l'argent, il découle avec ce métal, et le cuivre étant plus difficile à fondre, reste sur le fourneau. Voyez LIQUATION.

Pour achever de séparer le plomb qui pourrait encore être resté avec le cuivre, on lui fait éprouver un nouveau feu dans un autre fourneau, que l'on nomme fourneau de ressuage. Voyez RESSUAGE.

Enfin le cuivre après avoir passé par toutes ces opérations et par des feux si multipliés, n'est point encore parfaitement pur ; l'on est obligé, pour lui donner la dernière main, de le raffiner, c'est-à-dire de l'exposer à un nouveau feu dans un nouveau fourneau. Voyez RAFFINAGE.

A l'égard du plomb qui s'est chargé de l'argent, on le sépare de ce métal par le moyen de la coupelle. Voyez COUPELLE.

Parmi les métaux il n'y en a point de plus difficiles à traiter que le cuivre et le fer ; cette difficulté vient, non-seulement de ce que ces métaux resistent plus longtemps que tous les autres à l'action du feu, et ont plus de peine à entrer en fusion, mais encore des matières étrangères qui se trouvent jointes à leurs mines. Voyez l'article CUIVRE, et l'article FORGES et FER.

Il est plus aisé de traiter les mines de plomb et d'étain ; cependant ces métaux sont quelquefois mêlés de substances étrangères qui ne laissent pas de rendre leur traitement difficile. C'est ainsi que l'étain est très-souvent mêlé de substances ferrugineuses et arsénicales que l'on a beaucoup de peine à en séparer ; joignez à cela que la pierre qui sert de minière ou de matrice à la mine d'étain est très-réfractaire et n'entre point en fusion. Voyez ÉTAIN.

Les mines d'or sont communément fort aisées à traiter : comme ce métal n'est jamais minéralisé, c'est-à-dire n'est jamais combiné ni avec le soufre ni avec l'arsenic, il ne s'agit que d'écraser la gangue ou la roche qui le contient ; alors on lave cette mine pour dégager la partie pierreuse ou le sable d'avec la partie métallique ; on triture ce qui reste avec du mercure qui se charge de tout l'or, après quoi on dégage le mercure par la distillation. Mais les travaux sur l'or deviennent beaucoup plus difficiles lorsqu'il est répandu en particules, souvent imperceptibles dans un grand volume de matières étrangères, et lorsqu'il se trouve combiné avec d'autres substances métalliques. Voyez OR, DEPART, COUPELLE.

A l'égard de l'argent, quand il se trouve tout formé, on le retire aussi par le moyen de l'amalgame avec le mercure ; mais comme ce métal est souvent combiné dans d'autres mines, et surtout avec des mines de plomb qui en sont rarement tout à fait dépourvues, il faut des travaux et des précautions pour l'en retirer : de plus, l'argent est souvent minéralisé avec le soufre et l'arsenic, comme dans la mine d'argent nitreuse, dans la mine d'argent rouge, etc. alors il faut des soins pour le dégager de ces substances, et l'on ne peut point se contenter des amalgames. Voyez ARGENT, COUPELLE, DEPART.

C'est surtout dans la séparation des métaux unis les uns avec les autres que brille tout l'art de la Métallurgie. En effet, il est très-rare de trouver des métaux entièrement purs ; l'or natif est presque toujours mêlé d'une portion d'argent ; l'argent est mêlé avec du plomb ; le cuivre est souvent mêlé avec du fer, et contient outre cela une portion d'argent, etc. Il a donc fallu imaginer une infinité de moyens, tant pour conserver les métaux que l'on avait intérêt à garder, que pour détruire et dissiper ceux qui nuisaient à la pureté de ceux que l'on voulait obtenir.

Les demi-métaux exigent aussi des traitements différents, en raison de leur plus ou moins de fusibilité, de leur volatilité, et des autres propriétés qui les différencient. Voyez BISMUTH, ZINC, ANTIMOINE, etc.

Enfin tous les travaux de l'Alchimie qui ont pour objet les métaux, leur amélioration, leur maturation, leur transmutation, sont du ressort de la Métallurgie ; ces travaux, sans peut-être avoir eu les succès que se promettaient ceux qui les ont entrepris, n'ont pas laissé de jeter un très-grand jour sur les sciences chimiques et métallurgiques.

On voit, dans ce qui précède, un tableau abrégé des travaux de la Métallurgie ; on verra par leur variété et par leur multiplicité l'étendue des connaissances que cet art exige ; on sentira qu'il demande des notions exactes de la nature du feu, des propriétés des métaux, des mines, des terres, des pierres ; en un mot on voit que cet art exige les connaissances les plus profondes dans la Chimie, et les notions les plus exactes des propriétés qu'ont les substances du règne minéral, soit seules, soit combinées entr'elles. Ces connaissances ne peuvent être que le fruit d'une longue expérience et des méditations les plus sérieuses auxquelles peut-être les physiciens spéculatifs ne rendent point toute la justice qu'elles méritent. En effet, comme la nature des mines varie presqu'à l'infini, il est impossible d'établir des règles constantes, invariables, applicables à tous les cas. Celles que l'on suit avec le plus grand succès dans un pays, ne réussissent point du tout dans un autre ; il faut donc que le métallurgiste consulte les circonstances, la nature du mineral qu'il traite, les fondants qu'il est à propos de lui joindre. Il faut qu'il s'assure de la forme la plus avantageuse qu'il convient de donner à ses fourneaux pour que le feu y agisse d'une façon qui convienne aux substances qu'on y expose. Il faut qu'il sache les moyens d'éviter la perte des métaux que la trop grande violence du feu peut souvent dissiper. Il faut qu'il sache ménager le bois, surtout dans les pays où il n'est point abondant : c'est de ces connaissances que dépend le succès des travaux métallurgiques, et sans l'économie ce serait en vain que l'on se promettrait de grands profits de ces sortes d'entreprises.

L'étude de la Métallurgie ne doit donc point être regardée comme un métier, elle mérite au contraire toute l'attention du physicien-chimiste, pour qui les différents travaux sur les métaux et sur les mines fourniront une suite d'expériences propres à faire connaitre la vraie nature des substances du règne minéral. Il est vrai que souvent la Metallurgie est exercée par des gens faiblement instruits, sans vues, et peu capables de faire des réflexions utiles sur les phénomènes qui se passent sous leurs yeux ; pour toute science ils n'ont qu'une routine souvent fautive, et ne peuvent rendre raison de leur façon d'opérer, qu'en disant qu'ils suivent la voie qui leur a été tracée par leurs prédécesseurs : vainement attendrait-on que des gens de cette espèce perfectionnassent un art si difficile. Mais d'un autre côté, nous voyons combien la Métallurgie a fait de progrès quand des hommes habiles dans la Chimie, tels que les Beccher, les Stahl, les Henckel ont voulu lui prêter leurs lumières. Ces grands physiciens se sont occupés sérieusement d'un art si utile ; ils ont cherché à rendre raison des phénomènes que d'autres avaient vus sans y faire attention, ou du moins sans pouvoir en deviner les causes.

On ne peut douter de l'antiquité de la Métallurgie : le témoignage de l'Ecriture-sainte prouve que cet art était connu même avant le déluge ; elle nous apprend que Tubalcain eut l'art de travailler avec le marteau, et fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer. Gen. chap. iv. v. 22. D'où l'on voit que dès ces premiers temps du monde, on connaissait déjà les travaux sur les deux métaux les plus difficiles à traiter. Après le déluge cet art se répandit, et l'histoire profane nous apprend que Sémiramis employait les prisonniers qu'elle avait faits à la guerre, aux travaux des mines et des métaux.

La nécessité rendit les hommes industrieux, et les travaux de la Métallurgie s'étendirent chez un grand nombre de peuples. Il parait que les Egyptiens avaient de très-grandes connaissances dans cet art ; c'est ce que prouve surtout la destruction du veau d'or par Moïse, et son entière dissolution dans des eaux qu'il fit boire aux Israèlites ; opération que le célèbre Stahl attribue à l'hepar sulphuris, qui a la propriété de dissoudre l'or au point de le rendre miscible avec l'eau. Or l'Ecriture nous apprend que ce législateur des Juifs avait été élevé dans toutes les sciences des Egyptiens.

Le hasard a encore pu contribuer à faire découvrir aux hommes de différents pays la manière de traiter les métaux ; du bois allumé auprès d'un filon qui aboutissait à la surface de la terre, a pu faire naitre en eux les premières idées de la Métallurgie ; les sauvages du Canada n'ont point même aujourd'hui d'autre méthode pour se procurer du plomb ; enfin, les richesses et la quantité des métaux précieux que l'histoire tant sacrée que profane dit avoir été possédées par des peuples différents, dans l'antiquité la plus reculée, prouve l'ancienneté des travaux de la Métallurgie.

Mais cet art semble en Europe avoir surtout été cultivé par les peuples septentrionaux, de qui les Allemands l'ont appris. C'est chez ces peuples que la Métallurgie exercée depuis un grand nombre de siècles, a pris un degré de perfection dont les autres nations n'ont point encore pu approcher. Ces travaux étaient des suites nécessaires de la quantité de mines de toute espèce que la Providence avait placées dans ces pays, et il était naturel que l'on tâchât de mettre à profit les richesses que la terre renfermait dans son sein. Le goût pour la Métallurgie, fondé sur les avantages qui en résultent, ne s'est point affoibli chez les Suédais et les Allemands ; loin de diminuer, il a pris des accroissements continuels : on ne s'est point rebuté de voir les mines devenir moins riches ; au contraire, on a redoublé de soins, et l'on a cherché des moyens de les traiter avec plus d'exactitude et d'économie. La plupart des princes ont favorisé les entreprises de ce genre, et les ont regardées comme une branche essentielle du commerce de leurs états. Ces soins n'ont point été inutiles ; personne n'ignore les grands revenus que la maison électorale de Saxe tire depuis plusieurs siècles des mines de la Misnie ; on connait aussi les produits considérables que les mines du Hartz fournissent à la maison de Brunswick. A l'égard des Suédais, on connait à quel point la Métallurgie fleurit parmi eux ; encouragés par le gouvernement, assistés des conseils d'une académie que l'utilité de sa patrie occupe plus que les objets de spéculation ; cet art prend de jour en jour un nouveau lustre en Suède, et tout le monde sait que les métaux sont la branche principale du commerce de ce royaume.

C'est aussi de ces pays que nous sont venues les premières notions de cet art. George Agricola peut être regardé comme fondateur de la Métallurgie. Il naquit à Glaucha en Misnie en 1494 : il se livra avec beaucoup de succès à l'étude des lettres grecques romaines. Après avoir étudié la Médecine en Italie, il alla l'exercer avec succès à Joachimstahl, et ensuite à Chemnitz, lieux fameux par leurs mines et par les travaux de la Métallurgie. L'occasion qu'il eut d'examiner par lui-même ces travaux, et de contempler la nature dans ses atteliers souterrains, lui fit naitre l'envie de tirer l'art des mines et de la Métallurgie des ténébres et de la barbarie où ils avaient été ensevelis jusqu'à son temps. En effet, les Grecs, les Romains et les Arabes n'en avaient parlé que d'une façon très-confuse et fort peu instructive. Agricola entreprit de suppléer à ce défaut ; c'est ce qu'il fit en publiant les ouvrages suivants :

1°. Bermannus, seu Dialogi de rebus fossilibus.

2°. De causis subterraneorum, libri IV.

3°. De naturâ eorum quae effluunt ex terrâ, lib. IV.

4°. De natura fossilium, lib. X.

5°. De mensuris et ponderibus, libri V.

6°. De re metallicâ, libri XII.

7°. De praetio metallorum et monetis, libri II.

8°. De restituendis ponderibus et mensuris, liber I.

9°. Commentariorum, libri VI.

Il commença à publier quelques-uns de ces ouvrages en l'année 1530 ; les autres furent mis au jour successivement. C'est surtout dans son traité de re metallicâ, qu'Agricola décrit avec la plus grande précision et dans le plus grand détail, les différentes opérations de la Métallurgie. Cet ouvrage a toujours depuis été regardé comme le guide le plus sur de ceux qui veulent s'appliquer à cet art. Il est vrai que depuis Agricola, plusieurs hommes habiles ont fait des découvertes importantes dans la Métallurgie ; mais il aura toujours le mérite d'avoir applani la voie à ses successeurs, et d'avoir tiré cet art du chaos où il était plongé avant lui.

Parmi ceux qui ont suivi Agricola, le célèbre Beccher occupe un rang distingué. Son ouvrage, qui a pour titre Physica subterranea, a jeté un très-grand jour sur la connaissance des métaux. Quant à son traité de la Métallurgie, il doit être regardé comme un ouvrage imparfait et le fruit de sa jeunesse : il est rempli des idées des anciens alchimistes, et Stahl en a fait un commentaire en allemand, dans lequel il a fait sentir les fautes de Beccher qu'il a rectifiées par-tout où il en était besoin.

C'est surtout à Stahl que la Métallurgie a les plus grandes obligations ; il porta dans cet art son génie pénétrant et ses lumières dans la Chimie. Ce grand homme rendit raison des différents phénomènes que les métaux présentent dans les différentes opérations par lesquelles on les fait passer. Nous avons de lui un traité latin fort abrégé, mais excellent de Métallurgie ; on le trouve à la suite de ses opuscules : d'ailleurs son traité du soufre, son specimen Becherianum, et son commentaire sur la métallurgie de Beccher, sont des ouvrages qui jettent un grand jour sur cette matière.

Plusieurs autres auteurs allemands ont donné des ouvrages utiles sur la Métallurgie. Celui de M. de Laehneiss, publié en allemand en un vol. in-fol. sous le titre de Bericht vom Bergwerck, ou Description des travaux des mines, est un ouvrage estimable à plusieurs égards. On peut en dire autant de celui de Balthazar Roessler, qui porte le titre latin de Speculum Metallurgiae politissimum, quoique l'ouvrage soit allemand. Il parut à Dresde en 1700, en un volume in-fol.

Jean-Chrétien Orschall, inspecteur des mines et fonderies du landgrave de Hesse, mérite d'occuper une place distinguée parmi les Métallurgistes, on a de lui plusieurs traités de Métallurgie qui sont très-estimables ; savoir, Ars fusoria fundamentalis et experimentalis ; le Traité de trois merveilles ; une nouvelle Méthode pour la liquation du cuivre, et pour faire la macération des mines : tous ces ouvrages qui originairement ont été publiés en allemand, sont actuellement traduits en français.

Emanuel Swedenborg suédois, a publié en latin trois vol. in-fol. sous le titre d'Opera mineralia ; dans les deux derniers volumes, il a rassemblé toutes les différentes méthodes de traiter le cuivre et le fer : son ouvrage ne peut être regardé que comme une compilation faite sans choix.

L'ouvrage le plus complet que les modernes nous aient donné sur la Métallurgie, est celui de Christophe-André Schlutter ; il a paru en allemand sous le titre de Grundelicher unterricht von hutten wercken, et fut imprimé in-fol. à Brunswick en 1738. Il est accompagné d'un très-grand nombre de planches qui représentent les différents fourneaux qui servent aux travaux de la Métallurgie. La traduction française de cet important ouvrage a été publiée par M. Hellot, de l'académie royale des sciences de Paris, sous le titre de la Fonte des mines, en II. vol. in 4. Cependant il serait à souhaiter que l'auteur eut joint des explications chimiques à ses descriptions, et qu'il eut donné les raisons des différentes opérations dont il parle ; cela eut rendu son livre plus intéressant et plus utile.

M. C. E. Geller a publié en 1751 un traité élémentaire de Métallurgie, dont j'ai donné la traduction française sous le titre de Chimie métallurgique, en 2. vol. in -12. à Paris chez Briasson.

Outre les auteurs principaux dont on vient de parler, l'Allemagne et la Suède en ont produit beaucoup d'autres qui ont donné plusieurs excellents ouvrages sur la Métallurgie, ou sur quelques-unes de ses parties. Parmi ces auteurs, on doit donner une place distinguée à Lazare Ercker, qui a suivi de près Agricola. On a de lui un ouvrage allemand fort estimé, sous le titre de Aula subterranea. On doit aussi mettre au rang des Métallurgistes ceux qui ont écrit sur la Docimasie, tels que Fachs, Schindler, Kiesling, Crammer, etc. Plusieurs autres chimistes et naturalistes ont contribué à jeter un très-grand jour sur l'art de travailler les métaux ; tels sont surtout Kunckel, le célèbre Henckel, et son disciple Zimmermann. Nous avons encore parmi les auteurs vivants des hommes habiles qui ont rendu et qui rendent encore de très-grands services à la Métallurgie ; tels sont le célèbre M. Pott, qui dans la Lithogéognosie fournit une infinité de vues excellentes pour le traitement des mines ; MM. Marggraf, Lehman, de l'académie des sciences de Berlin, méritent, ainsi que M. Brandt, de l'académie de Suède, une place distinguée parmi les Métallurgistes modernes. (-)



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