S. f. (Physique et Chimie) on appelle ainsi ce corps subtil, leger, lumineux, et ardent, qu'on voit s'élever au-dessus de la surface des corps qui brulent.

La flamme est la partie du feu la plus brillante et la plus subtile ; elle parait n'être autre chose que les vapeurs ou les parties volatiles des matières combustibles extrêmement raréfiées, et ensuite enflammées ou échauffées jusqu'à être ardentes : la matière devient si légère par cette raréfaction, qu'elle s'élève dans l'air avec beaucoup de vitesse ; elle est rassemblée, pendant quelque temps, par la pression de l'atmosphère environnante ; l'air formant autour de la flamme une espèce de voute ou de calotte sphérique, médiocrement résistante, empêche qu'elle ne s'étende et qu'elle ne se dissipe, sans s'opposer néanmoins à cette espèce de raréfaction oscillante, qui est essentielle à la flamme. Cette propriété de l'air de l'atmosphère est unique à cet égard ; la flamme ne saurait subsister dans un milieu plus dense, tout autre corps qui l'entoure la suffoque ; tous les corps pulvérulents, mous et liquides, et même les plus combustibles jetés en masse sur un corps enflammé, éteignent la flamme de la même manière qu'un corps solide qui supprime l'abord libre de l'air. La flamme ne subsiste pas non plus dans un air rare, encore moins dans le vide parfait.

Les mouffetes et toutes les vapeurs qui détruisent l'élasticité de l'air, éteignent aussi la flamme. Voyez EXHALAISON.

Quant aux parties aqueuses et terreuses qui sont incombustibles de leur nature, elles se raréfient seulement et s'élèvent dans l'air sans s'enflammer. Voyez FUMEE et SUIE.

La flamme est donc formée par les parties volatiles du corps brulant, lorsqu'elles sont pénétrées d'une quantité de feu considérable ; elle ne diffère de la fumée que par cette quantité de feu qu'elle contient : aussi quand un feu fume beaucoup, on lui fait prendre flamme en un instant, en ajoutant un petit corps enflammé.

Le feu follet est une vapeur qui brille sans chaleur ; il semble qu'il y a la même différence entre cette vapeur et la flamme, qu'entre du bois pourri qui luit sans chaleur, et des charbons ardents. Lorsqu'on distille des esprits ardents, si l'on ôte le chapiteau de l'alembic, la vapeur qui s'élève prendra feu à l'approche d'une chandelle allumée, et se changera en flamme. Il y a des corps qui sont échauffés par le mouvement, ou par la fermentation : si la chaleur parvient à un degré considérable, ces corps exhalent quantité de fumée ; et si la chaleur est assez violente, cette fumée se changera en flamme. Les substances métalliques embrasées ou rougies au feu, soit par la fusion, soit sans être fondues, ne jettent point de flamme faute de fumée ; le zinc est excepté à cet égard, ce demi-métal donne de la flamme combustible.

Stahl a observé et bien prouvé que l'eau contribuait essentiellement à la production de la flamme, et que les corps qui ne renfermaient point d'eau, étaient incapables de donner de la flamme à quelque feu qu'on les exposât, à moins qu'ils ne fussent propres à attirer de l'eau de l'atmosphère, et qu'on ne portât sur ces corps embrasés une certaine quantité d'eau convenablement divisée. Deux substances seulement, savoir le charbon et le zinc, donnent de la flamme en tirant de l'eau du dehors. Voyez CHARBON, ZINC, CALCINATION ; voyez les trecenta de Stahl, §. 81. et seq. M. Pott a établi la même vérité par de nouvelles expériences, et de nouvelles considérations, dans son excellente dissertation sur le feu et sur la lumière, qui a été traduite en français et imprimée avec la Lithogéognosie du même auteur.

Chaque flamme a son atmosphère, dont les parties sont surtout aqueuses, et repoussées du milieu de la flamme en-haut par l'action du feu : aussi cette atmosphère s'étend d'autant plus autour de la flamme, que la nourriture du feu est plus aqueuse ; et la flamme même en ce cas a plus de diamètre. Cette atmosphère se remarque surtout lorsqu'on fait en sorte qu'on puisse apercevoir l'image de la flamme sur une muraille blanche. La flamme, quand elle est libre, prend la forme d'un cone ; mais si on l'enferme dans un anneau ou corps cylindrique, elle prend alors une figure plus oblongue.

La raison pour laquelle la flamme parait bleue et ronde vers la base, selon M. Musschenbroeck, que nous abrégeons dans cet article, c'est que les parties huileuses inférieures étant moins chaudes que les autres, se raréfient moins et sont chassées plus faiblement, et que la grandeur du volume des parties du suif est cause qu'il ne passe à-travers ces parties non encore rarefiées, que des rayons bleus. La plus grande chaleur de la flamme est à son milieu, parce que c'est l'endroit où les parties ignées ont le plus d'action ; plus bas les parties ne sont pas assez raréfiées ; plus haut elles le sont trop, et elles le sont enfin tant que le feu cesse d'agir à nos yeux sur elles. La flamme échauffe d'autant plus les corps qu'elle est plus pure, et contient moins de matières visqueuses et hétérogènes, qui peuvent se placer entr'elles et les corps, et faire obstacle à son action ; c'est pour cela que la flamme de l'esprit-de-vin échauffe plus qu'aucune autre. Si une flamme se trouve entourée d'une autre flamme, comme celle de l'esprit-de-vin de celle de l'huile, l'intérieure prend la figure sphérique. La flamme a besoin d'air libre pour sa nourriture, mais il ne faut pas que l'air comprime trop le corps brulant ; car le feu s'éteint plus vite sous un verre dont on a pompé l'air, ou sous un verre dans lequel on fait entrer de l'air en trop grande quantité. Cette règle n'est cependant pas générale. Il y a des corps qui paraissent n'avoir pas besoin d'air pour bruler, comme le phosphore d'urine mis dans le vide, ainsi que l'huile de carvi, mêlée dans le vide à l'esprit de tartre, le minium brule dans le vide avec un verre ardent. Mussch. ess. de physiq. §. 986. et suiv. A la suite de ces faits, M. Musschenbroeck tente d'expliquer certains phénomènes communs ; par exemple, pourquoi la flamme s'éteint à un vent violent, et s'augmente à un souffle leger ; pourquoi l'eau dispersée en petites gouttes l'éteint assez promptement, etc. Nous renvoyons à ces explications, qui sont purement conjecturales, et qui à dire vrai ne nous paraissent pas extrêmement satisfaisantes. Nous croyons qu'il serait plus court et plus vrai de dire, qu'on ignore la cause de ces phénomènes si ordinaires, ainsi que celle de beaucoup d'autres. Voyez FEU, FUMEE, CHALEUR, etc.

Il y a sous la terre des matières combustibles, qui venant à s'en détacher et à s'élever dans l'air, prennent flamme. Tacite raconte qu'une ville fut brulée par des flammes de cette espèce, sorties du sein de la terre, sans aucun autre accident, comme tremblement, etc. A côté d'une des montagnes de l'Apennin, entre Bologne et Florence, on trouve un terrain assez étendu d'où il sort une haute flamme sans bruit et sans odeur, mais fort chaude ; la pluie la fait disparaitre, mais elle renait ensuite avec plus de force. On connait aussi les fontaines dont l'eau s'enflamme lorsqu'on en approche un flambeau allumé. Ibid. §. 1490. Voyez FONTAINE, etc.

Tous les corps qui s'enflamment, comme l'huile, le suif, la cire, le bois, le charbon de terre, la poix, le soufre, etc. sont consumés par leur flamme, et se dissipent en une fumée qui d'abord est brillante ; à quelque distance du corps elle cesse de l'être, et continue seulement à être chaude : dès que la flamme est éteinte, la fumée devient fort épaisse, et répand ordinairement une odeur très-forte ; mais dans la flamme elle perd son odeur en brulant.

Selon la nature de la matière qu'on brule, la flamme est de différentes couleurs ; ainsi la flamme du soufre est bleue ; celle du cuivre uni à l'acide du sel marin, est verte ; celle du suif, jaune ; et celle du camfre, blanche. Lorsque la poudre à canon prend feu, elle se dissipe en fumée enflammée. Voyez NITRE.

Il y a un phénomène assez digne de remarque sur la flamme d'une chandelle, d'un flambeau, ou de quelqu'autre chose semblable ; c'est que dans l'obscurité la flamme semble plus grande, lorsqu'on en est à une certaine distance, que quand on en est tout proche : voici la raison que quelques philosophes en apportent. A une distance de six pieds, par exemple, l'oeil peut aisément distinguer la flamme d'avec l'air contigu qui en est éclairé, et apercevoir précisément où la flamme est terminée ; mais à un plus grand éloignement, comme à celui de trente pieds, quoique l'angle que soutient la flamme dans ce dernier cas, soit beaucoup plus petit que dans le premier ; cependant comme on ne peut plus distinguer précisément où se termine la flamme, on confond avec elle une partie de l'air environnant qui est éclairé, et on le prend pour la flamme même. Voyez VISION.

Au reste quelle que soit la cause de ce phénomène, il est bon de remarquer qu'il est renfermé entre des limites : car la flamme d'une chandelle ou d'un flambeau ne parait que comme un point à une très-grande distance, et elle ne semble s'agrandir que lorsqu'elle est assez près de nous ; après quoi cette même flamme diminue de grandeur à mesure qu'elle s'approche. Il y a donc un point ou un terme où la lumière parait occuper le plus grand espace possible ; il ne serait peut-être pas inutile de fixer ce terme par des expériences, et peut-être cette observation fournirait-elle des vues pour en découvrir la véritable cause.

C'est un phénomène fort singulier et fort intéressant, que celui de la production d'une véritable flamme par le mélange de deux liqueurs froides. L'une de ces liqueurs est toujours l'acide nitreux, soit pur, soit mêlé avec de l'acide vitriolique ; et l'autre une huile, un baume, ou un bitume. La théorie de cette inflammation qui est de notre célèbre M. Rouelle, appartient à l'article ACIDE NITREUX. Voyez NITRE.

Les Chimistes emploient la flamme appliquée immédiatement à certains sujets, dans l'opération appelée reverbération. Voyez REVERBERATION.

La flamme déterminée avec art dans des fourneaux convenables, fournit un feu très-violent : c'est par la flamme que s'échauffent le grand reverbere, et le fourneau à raffiner l'argent, ou la coupelle en grand, le fourneau à cuire la porcelaine, la brique, etc. (O) (b)

FLAMME ou FEU VITAL, (Physiologie) c'est une substance ignée très-subtile, que plusieurs anciens et quelques modernes placent dans le cœur des animaux ; ils la regardent comme quelque chose de nécessaire à la vie, ou, pour mieux dire, comme ce qui constitue la vie même. Voyez LIE.

Ils soutiennent que cette flamme a autant besoin de l'air pour subsister, que notre flamme commune ; d'où ils concluent que la respiration est absolument nécessaire pour conserver la vie des animaux. Voyez AIR, RESPIRATION, ALEUR ANIMALEMALE.

FLAMMES, FLAMMETTES, noms qui ont été donnés à des coquilles du genre des cames. Voyez l'article COQUILLE, tome IV. de cet ouvrage, pag. 189. (I)

FLAMME, (Histoire ancienne) dans la milice grecque du bas empire, c'était un ornement et une marque qui servait à distinguer les compagnies, les régiments, les bataillons. Voyez PAVILLON, ETENDARD, etc.

Les Grecs l'appelaient phlamoulon ; on la mettait quelquefois sur le casque, quelquefois sur la cuirasse, et quelquefois au bout d'une pique.

L'empereur Maurice ordonna que les flammes de chaque division fussent d'une couleur particulière qui les distinguât des autres bataillons, ou des autres brigades.

Quand la flamme n'était qu'un ornement, les soldats la quittaient avant le combat, de peur qu'elle ne les embarrassât. Les cavaliers mettaient aussi des flammes sur leurs chevaux, qui servaient à distinguer de quel corps de troupes ils étaient. Chambers.

FLAMME, en Architecture, ornement de sculpture de pierre ou de fer, qui termine les vases et candelabres, et dont on décore quelquefois les colonnes funéraires où il sert d'attribut. (P)

FLAMME, (Marine) c'est une longue banderolle d'étoffe, et ordinairement d'étamine, qu'on arbore aux vergues et aux hunes, soit pour servir d'ornement, soit pour donner un signal.

La flamme est une marque que les officiers qui commandent plusieurs vaisseaux, arborent au grand mât de celui qu'ils montent ; et par l'ordonnance de la Marine de 1689, ils ne doivent la porter que blanche. Le titre IIe du liv. III. de cette ordonnance, dit " que les vice-amiraux, lieutenans-généraux, et chefs d'escadres, qui commanderont moins de 12 vaisseaux, porteront une simple flamme, à moins qu'ils n'aient permission par écrit de sa majesté, de porter un pavillon ou une cornette.

Lorsque plusieurs chefs d'escadres se trouveront joints ensemble dans une même division ou escadre particulière, il n'y aura que le plus ancien qui puisse arborer la cornette ; les autres porteront une simple flamme.

Les capitaines commandant plus d'un vaisseau, porteront une flamme blanche au grand mât, qui aura de guindant la moitié de la cornette, et ne pourra être moindre que de dix aunes de battant ".

Dans une flotte de bâtiments marchands, celui qui commande peut porter une flamme blanche au grand mât pendant la route ; mais il est obligé de l'ôter à la vue d'un vaisseau du roi.

Dans les fêtes et les réjouissances, tous vaisseaux peuvent se parer de flammes de diverses couleurs, excepté le blanc. (Z)

FLAMME D'ORDRE, (Marine) c'est la flamme que le commandant d'une armée ou d'une escadre fait arborer au haut de la vergue d'artimon : c'est le signal pour avertir les officiers de chaque vaisseau d'aller à l'ordre. (Z)

FLAMME, (Manège et Maréchalerie) instrument de maréchalerie, qui n'est proprement qu'une lancette d'acier, courte et large ; elle sort, comme le paleton d'une clé à quelque distance de l'une des deux extrémités d'une tige de même métal, et ne fait avec elle qu'un seul et même tout.

Cette définition suffit pour en indiquer les usages, qui se bornent à l'ouverture des vaisseaux du cheval dans la pratique de la saignée.

Je décrirai quatre espèces de flammes. On se sert communément en France de la première ; les maréchaux allemands préfèrent ordinairement la seconde ; et la troisième et la quatrième m'a paru la plus commode et la plus convenable à l'opération, à laquelle cette sorte d'instrument est destiné.

Flamme française. Elle a pour tige une lame équarrie et bien dressée, dont la longueur est de cinq pouces, la largeur de trois lignes, l'épaisseur de trois quarts de lignes à l'extrémité la plus éloignée de la lancette, et de demi-ligne seulement à celle qui lui est opposée.

L'axe de la lancette s'élève perpendiculairement sur une des longues faces d'épaisseur de la tige, à neuf ou dix lignes du bout le plus mince. Sa base, qui par les quatre biseaux qui forment les deux tranchans, revient à un losange très-allongé, n'a pour petite diagonale que l'épaisseur de cette tige, et pour grande diagonale environ six ou sept lignes. Cette grande diagonale fait partie de la ligne de foi de la face, sur laquelle s'élève cette lancette.

Les deux arêtes qui partent des deux bouts de la petite diagonale, sont droites et se réunissent à l'extrémité supérieure de l'axe, pour former une pointe très-aiguè. Les deux tranchants qui partent des deux bouts de la grande diagonale, se réunissent aussi à la même pointe ; mais en suivant l'un et l'autre non une ligne droite, mais une courbe égale et renfermée dans le plan commun de l'axe et de la ligne de foi. Le centre de chacune de ces courbes, qu'on peut rapporter à des arcs de cercles d'un pouce de rayon, se trouve au-delà du tranchant opposé, et à une ligne ou une ligne et demie de distance de la face qui porte la lancette.

On assemble ordinairement trois ou quatre de ces flammes, accordées sur le plat de position, de longueur et de largeur, à cela près que les lancettes sont de diverses grandeurs. On les monte dans une châsse, au moyen d'un seul clou rond qui traverse les tiges près de leur bout le plus éloigné des lancettes, ainsi que les deux feuilles de la châsse sur lesquelles il est rivé. Ces feuilles de cuivre, de fer ou d'autre métal recouvert d'écaille, ou autrement orné, sont profilées sur le profil des tiges, mais elles débordent de quelques lignes le contour des lancettes. Une cloison aussi de métal, règne entre les rives intérieures de ces parties saillantes des feuilles de la châsse ; et par son union avec elle par soudure ou par rivet, elle forme des deux feuilles un seul tout qui tient lieu de manche à ces flammes, et d'étui à leurs tranchans. Les deux extrémités de cette petite cloison servent de terme aux tiges quand on les pousse dans la châsse, et s'opposent à ce que les pointes ne s'émoussent contre le fond de l'étui. Les bouts des tiges opposés à ceux que le clou traverse, surpassent de trois lignes environ la longueur de la châsse, pour faciliter la prise lorsqu'on veut ouvrir l'une des flammes, c'est-à-dire la tirer de la châsse à l'effet de la mettre en œuvre ; elles ont même chacune, pour plus de commodité, une encoche en-dessous, que l'ongle peut saisir. Le jeu de chacune d'elles sur le clou commun, est assez indépendant de celui des autres, pourvu que la largeur de la cloison tienne les feuilles de la châsse parallèles entr'elles, et que les tiges qui, comme je l'ai déjà observé, diminuent d'épaisseur à mesure qu'elles approchent de leur bout, soient applanies parallèlement autour de l'oeil par lequel le clou les assemble.

Flamme allemande, seconde espèce. La lancette proprement dite est moins large par sa base d'une ligne et demie, et plus longue d'environ autant que la lancette de la flamme française. Elle est plate d'un côté, elle a deux biseaux de l'autre. Son tranchant antérieur est presque droit à son départ de la tige, mais bien-tôt après il se courbe, et précipite de plus en plus sa courbure, à mesure qu'il approche de la pointe. Le tranchant postérieur est droit, et l'arête qui tient un milieu entre la courbe de l'un et la ligne droite de l'autre, part du milieu de la base et suit à-peu-près un arc de cercle qui aurait pour centre le clou sur lequel se meut la tige. Cette tige a depuis le même clou jusqu'à la lancette, deux pouces et demi, et jusqu'à son extrémité antérieure, trois pouces et demi. Elle est prolongée postérieurement d'un pouce huit ou dix lignes. Son épaisseur d'une ligne et demie subsiste la même dans toute sa longueur ; il en est ainsi de sa largeur, excepté à l'endroit du clou où elle est de quatre lignes ; on y observe un arrondissement formé pour que le trou n'affame pas cette partie. Elle est de plus montée sur une platine carré-long de cuivre ou d'acier, longue de trois pouces, large de quinze lignes, encloisonnée sur ces deux grands côtés seulement. Elle y est attachée par un clou rond et à tête fendue, entrant à vis dans l'épaisseur de la platine, à deux lignes près de son extrémité postérieure, et dans le milieu de sa largeur, en sorte que le tranchant postérieur de la flamme n'est éloigné que de deux lignes à-peu-près du bord antérieur de cette platine ou de sa cloison. Cette tige se meut librement sur ce clou dans le plan de sa flamme parallèle à celui de la platine ; et pour qu'elle ne s'en écarte pas, un guide de fer traverse les deux cloisons à leurs extrémités du côté antérieur, et la renferme entre lui et la platine, sans néanmoins la gêner. Un ressort à coude, attaché par vis à la cloison supérieure, et appuyé contre elle dans toute la longueur d'une de ses branches, porte par le bout de l'autre sur la tige, à huit ou neuf lignes du centre de mouvement, et la chasse avec force contre la cloison inférieure. Sur l'extérieur de la platine, à un pouce près de son extrémité antérieure, et un peu plus près de la rive supérieure que de l'inférieure, s'éleve, de deux ou trois lignes, une chape fixe qui reçoit un levier de la première espèce, lequel se meut, dans un plan perpendiculaire à la platine et parallèle à ses grands côtés, sur une goupille qui le traverse ainsi que les joues de la chape. Le grand bras de ce levier qui atteint presque jusqu'au bord postérieur de la platine, est sans-cesse repoussé loin d'elle par un ressort qui s'étend au-dessous de lui, depuis son extrémité où il est attaché par rivet, jusqu'auprès du pied de la chape où il repose sur la platine. L'autre bras porte près de son extrémité une tige de fer d'une ligne de grosseur, qui traverse la platine par un trou aisé, et qui en outre passe assez l'épaisseur, pour servir d'arrêt à la tige armée, lorsque le levier est dans son repos ; mais dès qu'on presse avec le doigt le grand bras, et qu'on le pousse contre la platine, cette tige d'arrêt se retire et ouvre le passage qu'elle interrompt ; la détente du ressort s'effectue, et la flamme est chassée avec la plus grande impétuosité jusqu'au point où sa tige rencontre la cloison inférieure qui lui sert de terme. Cette mécanique est recouverte par une platine dont les bords taillés en biseaux se glissent dans des rainures entaillées dans les cloisons au long de leurs rives. La boite en cet état, a environ quatre lignes d'épaisseur. Cet instrument exige absolument un étui que l'on construit ordinairement, de manière qu'il puisse contenir outre la tige montée, une ou deux autres flammes, pour les substituer au besoin à celle qui est en place.

Flamme allemande, troisième espèce. Cette flamme diffère de celle que je viens de décrire ; 1°. en ce que sa tige n'est pas prolongée au-delà du clou, et que ce clou n'est posé qu'à seize lignes de l'extrémité postérieure de la boite, et à trois lignes de la cloison inférieure. 2°. Le ressort à coude y est posé, de façon que sa branche mobile s'étend tout le long de la tige, depuis le clou jusqu'au-dehors de la boite, où elle se relève et s'élargit pour favoriser le moyen de la saisir quand on veut l'armer. 3°. Cette flamme a un ressort de plus, nécessaire pour en relever la tige, au moment où l'on arme le grand ressort, et pour l'obliger de le suivre, lorsqu'il cesse de la presser : ce second ressort ne doit avoir de force que ce qu'il en faut pour vaincre le poids et le frottement de la tige. 4°. Enfin la boite est encloisonnée de trois côtés.

Flamme nouvelle, quatrième espèce. Sur l'intérieur H H H d'un palâtre encloisonné (voyez la figure dans nos Planches de Maréchallerie), glisse en-avant et en-arrière, comme le pêne d'une serrure, le porte-flamme B B dont la ligne de foi répond à celle qui diviserait le palâtre en deux parties égales suivant sa longueur. Ce porte-flamme est une lame d'acier de quatre pouces de longueur, dressée et équarrie sur six lignes de largeur dans toute son étendue, et sur trois quarts de ligne d'épaisseur en général. Diverses parties tirées de la même pièce se montrent sur la face opposée à celle qui glisse contre le palâtre. Tel est un petit carré G de trois lignes, saillant d'une ligne, dont le centre est sur la ligne de foi à cinq ou six lignes de son extrémité antérieure, et dont les côtés opposés sont parallèles aux rives de la lame dont il fait partie : tel est encore le crochet I, qui s'élève de trois lignes sur le milieu de cette lame, à un pouce trois quarts de la même extrémité ; tel est enfin le renfort L L, long d'un pouce, qui double l'épaisseur de cette même lame, à commencer à sept lignes au-dessous du crochet. Le carré C entre juste dans le carré D, percé au bas de la tige de la flamme, et reçoit en son centre ouvert en écrou, la vis E à tête refendue, large et applanie en-dessous. Cette tête débordant autour du carré, assujettit la flamme dont l'épaisseur surpasse légèrement la saillie du carré et la fixe inébranlablement au porte-flamme.

La flamme est semblable à celle que j'ai décrite en parlant de la première espèce, à cela près que l'axe de sa tige ne fait qu'une seule et même ligne droite avec l'axe de la lancette. Cette tige est exactement équarrie sur la même largeur que le porte-flamme, à la ligne de foi duquel son axe doit s'aligner.

Depuis le talon de cette flamme mise en place jusqu'au crochet I, le porte-flamme est divisé en deux jumelles égales, par une ouverture F F de deux lignes et demie de largeur, et de quatorze ou quinze lignes de longueur, dont la ligne de foi est la même que celle du porte-flamme, qu'elle perce de part en part. Ces jumelles sont exactement dressées et parallèles. Un petit carré, saillant sur le palâtre dont il est partie fixe, remplit juste la largeur de cette ouverture, et sert au porte-flamme dans son chemin, qui peut être de huit lignes en-avant ou en-arrière, de guide, de terme, et en même temps de cramponet, au moyen de la vis K, qui entre dans le centre du carré fixe G, et dont la tête large, fendue et applanie en-dessous, s'étend sur le plat des deux jumelles. Ce carré doit être placé sur le palâtre, de telle sorte que le porte-flamme étant à son dernier point d'avancement, les taillans de la flamme se dégagent du palâtre jusqu'à leur naissance. Un autre mécanisme à-peu-près semblable, mais en sens opposé, équivaut à un second cramponet, et en fait l'office. Le palâtre porte lui-même une ouverture q. Cette ouverture est égale et semblable à celle du porte flamme, et sur la même ligne de foi. Elle commence à environ un pouce au-dessous du premier guide G. Un bouton à coulisse ou languette M, ajusté à l'appui du doigt dont l'embase est capable par sa longueur et par sa largeur de recouvrir en tout état l'ouverture du palâtre, s'élève en carré sur sa superficie inférieure et plane. Ce carré a la longueur nécessaire pour traverser d'une part l'épaisseur du palâtre, au moyen de l'ouverture qui lui livre passage, et à la largeur de laquelle il est ajusté, et de l'autre le porte-flamme dont l'épaisseur est doublée en cette partie. Le trou du porte-flamme qui le reçoit, lui est pareillement proportionné. Une vis à tête plate, fendue et noyée, qui entre dans ce carré, assemble avec le porte-flamme le bouton. Ce bouton par ce même carré, par la face lisse de son embase, par la face lisse du porte-flamme, et par le parallelisme des joues de l'ouverture, tant par rapport à leur distance que par rapport à leur épaisseur, devient un second guide et un second terme, accordés l'un et l'autre aux premiers, et tient en même temps lieu du second cramponet sans lequel la flamme eut pu se devoyer dans son trajet.

C'est ainsi que le porte-flamme peut se mouvoir, il nous reste à en examiner le moteur.

Deux ressorts à boudin 4. 4. l'un à droite, l'autre à gauche, dont les lames égales entr'elles ont trois lignes de largeur, jusqu'à un pouce et demi près de leur petit bout, cinq pouces de longueur totale, et trois quarts de ligne dans leur plus grande épaisseur, sont fixés au palâtre par vis qui traversent l'empatement duquel chacun d'eux prend naissance, et sont contre-butés près de cette même origine, par des termes inhérents au palâtre. Ils viennent après deux évolutions, croiser et appuyer leur pointe allongée en jonc ou en fouet, sous le crochet I du porte-flamme. Leur effort chasse perpétuellement la flamme enavant. On les arme en retirant en-arrière le bouton M. Ils restent armés au moyen du cliquet S attaché par vis à tige ronde au palâtre, à côté du porte-flamme. Ce cliquet sans-cesse chassé contre le côté de cette pièce, par un ressort aussi attaché au palâtre, rencontre dans ce côté un cran T, dans lequel il engage son bec qui ne peut en sortir, et par conséquent abandonner la flamme au jeu des ressorts, si l'on ne presse la détente. Cette détente consiste en une petite tige de fer terminée par un bouton V, laquelle traverse la cloison à angle droit sur la ligne de foi du porte-flamme, et Ve au-delà de cette même pièce s'assembler mobilement, et à-peu-près à angle droit, au bout d'un bras prolongé du cliquet. L'assemblage en est effectué par un clou rond, porté latéralement par ce bras, et reçu dans un oeil qui termine la tige V. Un petit écrou dans lequel s'engage l'extrémité de ce clou contient ensemble ces pièces. Le ressort du cliquet est opposé à la puissance qui sollicite la tige V d'entrer dans la cloison, mais dès que cette puissance peut vaincre le ressort, c'est-à-dire dès qu'on appuye sensiblement le doigt sur le bouton V, le cliquet sort de son cran, et livre la flamme à la détente impétueuse des ressorts.

Le contour du palâtre H H est aussi resserré que le permettent la liberté nécessaire au jeu de ces mêmes ressorts, et la grâce de tout ensemble. Une platine assemblée par charnière 5. 5. à la cloison, et fermée par un mentonnet qu'elle porte, et qui s'engage sur un petit ressort à pouce 2, lequel est fixé sur la partie de la cloison opposée à celle qui soutient la charnière, met ce mécanisme à l'abri de toute insulte dans l'espèce de boite qui résulte du tout. La longueur totale de cette boite dont la forme a quelque rapport à celle d'une croix plate, est de cinq pouces sur une largeur de trois pouces environ ; son épaisseur est à-peu-près de quatre lignes et demie. La cloison n'est interrompue que pour livrer passage à la flamme. Ce passage est un canal de quelques lignes de longueur, ajusté au corps de cette même flamme, et formé par l'inclinaison en-dedans et en amortissement des quatre parais. Cette inclinaison, quant à la cloison, commence dès l'extrémité des bras de cette espèce de croix ; et quant au couvercle ainsi qu'au palâtre, elle ne commence qu'à sept ou huit lignes de l'extrémité qui livre un passage à la flamme ; le porte-flamme s'arrêtant à ce point dans la détente des ressorts, ainsi que la tête de la vis qui lui assujettit la flamme.

Personne n'ignore la manière dont on se sert de la flamme française. Lorsque la pointe en est présentée sur la veine que l'on se propose d'ouvrir, un coup sec du manche du brochoir donné sur la tige à l'endroit où la flamme sort en forme de peloton, la détermine et la chasse dans le vaisseau. Mais l'incertitude fréquente de ce coup, la frayeur qu'excite dans l'animal l'action du bras qui doit frapper, le mouvement auquel il se livre dès qu'il l'aperçoit, mouvement qui s'oppose à l'assujettissement exact de la veine, l'embarras enfin de l'opérateur qui tente de la comprimer avec les doigts de la même main qui se trouve saisie de l'instrument, tout m'engagerait à donner la préférence aux flammes à ressort.

Celles dont on fait communément usage en Allemagne, ont néanmoins leurs inconvéniens. Premièrement, outre qu'elles sont pour l'ordinaire construites sans soin, sans proportion et avec la dernière inexactitude, il est difficile de juger exactement du point précis, où la pointe de la flamme s'imprimera. En second lieu, l'appui inévitable de la cloison ou de l'extrémité de la boite tenue dans un sens vertical par le maréchal contre les parties saillantes du vaisseau qu'on veut percer, l'empêche souvent d'arriver à ceux qui sont profonds. Ajoutons que sa réaction n'étant contrebalancée que par le poids très-médiocre du total de cet instrument, auquel la main ne peut rien ajouter de quelque façon qu'elle le saisisse, il peut arriver qu'un cuir d'une dureté même non considérable, lui resiste et s'oppose à son effet, en renvoyant en-arrière la boite. La flamme nouvelle dont j'ai developpé la construction, n'a été imaginée que pour parer à tous ces défauts. L'opérateur la tient perpendiculairement à la surface du vaisseau ; ainsi quelque caché qu'il sait, la lancette l'atteint toujours : d'ailleurs le poids plus considérable de cette flamme, sa position dans la ligne de direction, la main et le bras du maréchal qui se trouvent sur cette même ligne, rendent le point d'appui très-sur, et le recul très-peu sensible, ce qui donne à cet instrument un avantage réel sur tous les autres.

Du reste, je ne sais si celui dont Albucasis fait mention, et que les anciens nommaient fossorium, n'était point une petite flamme semblable à la flamme française ; on s'en servait dans la phlébotomie des hommes. Albucasis l'a prescrit pour ouvrir la veine frontale ; elle pénétroit dans le vaisseau au moyen d'un coup leger que le chirurgien donnait sur l'instrument. On peut même croire qu'on la préférait au phlebotomus dans l'ouverture des vaisseaux du bras. Le terme de percussion que Rhases et Haly-Abbas, ainsi que l'auteur dont il s'agit, ont employé constamment en parlant de la saignée, peut étayer cette conjecture. Constantin l'Africain s'exprime encore plus clairement à cet égard : ferire, venis feriendis, ne nervus percutiatur, ne os percutias ; et Juvenal lui-même semble faire allusion à cette manière de saigner : mediam pertundite venam. Voyez l'histoire de la Médecine par Freind.

En Allemagne une flammette à ressort, dont la construction ne diffère en aucune manière de celle des flammes qui sont entre les mains des maréchaux, est préférée aux lancettes dont nos Chirurgiens se servent. (e)

FLAMME, chez les Metteurs en œuvre, est un morceau d'or formé en flamme et émaillé en rouge, qui entre dans la composition de quelques ordres, ou que l'on met en tête des bagues d'alliance, ou autres de fantaisie.