S. m. (Manège) terme qui, selon Budé, Saumaise, Vossius, Bourdelot, Ménage, et tous les étymologistes, est tiré du grec ou , d'où dérivent : de ceux-ci les Latins ont dit calpare et calapere, et les François galoper, galop. Telle est l'origine et la filiation de ce mot consacré à l'expression de la plus élevée et de la plus diligente des allures naturelles du cheval.

Cette allure consiste proprement dans une répétition et une suite de sauts en-avant : il suffit de considérer un cheval qui galope, pour s'apercevoir qu'elle n'est effectuée que conséquemment à des élancements successifs et multipliés, qui ne sont et ne peuvent être opérés qu'autant que les parties postérieures, chargées d'abord du poids de la masse, font proportionnément aux flexions qu'elles subissent, un effort pour chasser les portions antérieures qui sont détachées de terre ; et les ayant déterminées en effet, se portent et prennent elles-mêmes après chacune des foulées et des relevées de l'avant-main, et plus ou moins près de la direction perpendiculaire du centre de gravité de l'animal, un appui au moyen duquel elles sollicitent, par de nouvelles percussions, la continuation de cette action, dans laquelle, et à chaque pas complet, il est un instant où toute la machine est visiblement en l'air.

Si les pieds qui terminent les extrémités de l'arriere-main ne parviennent pas, lors des foulées, extrêmement près de ce centre, la flexion de ces mêmes extrémités est moindre, leur détente se fait dans une direction plus oblique de l'arrière à l'avant : l'animal s'allonge donc davantage ; il embrasse plus de terrain : mais son allure étant moins raccourcie, est aussi moins haute ; et c'est ce qui arrive dans le galop ordinaire, qui ne nous fait entendre que trois battues exécutées, par exemple, à main droite, l'une par la jambe du montoir de derrière ; l'autre par les jambes droite de derrière et gauche de devant ensemble ; la troisième, par la jambe de devant de dedans. Si au contraire la flexion des reins, ou, pour parler plus exactement, la flexion des vertèbres lombaires est telle, que le derrière soit considérablement abaissé, et que les angles qui résultent des articulations des extrémités postérieures soient rendus très-aigus, les foulées de ces extrémités étant beaucoup plus rapprochées de la direction du centre dont il s'agit, la masse entière est plus élevée que chassée ; l'action est moins allongée, mais elle est plus soutenue ; et de-là les différents genres de galop plus ou moins trides, plus ou moins sonores, plus ou moins cadencés, et dans lesquels notre oreille est frappée du son de quatre battues très-distinctes, dont la première est fournie par la jambe de derrière de dehors, la seconde par la jambe qui est avec celle-ci, compose le bipede postérieur ; la troisième, par la jambe postérieure de devant de dehors ; et la quatrième, par la jambe qui l'avoisine. Voyez MANEGE.

Ici la succession harmonique des mouvements des membres du cheval, diffère de l'ordre observé par ces mêmes membres dans les autres allures naturelles. Les foulées des bipedes postérieur et antérieur ne sont pas mutuellement interrompues et diagonalement entrecoupées les unes par les autres, ainsi qu'on le remarque à l'action du pas. Chaque jambe du bipede antérieur n'agit pas et ne foule pas toujours diagonalement avec celle du bipede postérieur, ainsi qu'on le voit dans le trot uni. La battue d'une jambe de l'une de ces bipedes est constamment suivie de celle de l'autre jambe de ce même bipede ; et de plus, un des bipedes latéraux doit toujours devancer l'autre : je m'explique. Sait un cheval galopant à main droite ; les jambes droites, qui forment un bipede latéral, doivent régulièrement outre-passer les jambes gauches dans leur marche et dans leurs foulées ; comme lorsque l'animal galope à gauche ; les jambes gauches, qui forment ensemble un autre bipede latéral, doivent outre-passer les jambes droites. Dans cet état, le galop est réputé juste et uni ; la justesse dépendant spécialement de la jambe de devant qui outre-passe sa voisine, c'est-à-dire qui mène ou qui entame : car l'allure est falsifiée, si à droite, la jambe gauche, et à gauche, la jambe droite devancent, et l'union ne naissant que de l'accord des membres de derrière et de devant ; celui de derrière étant nécessairement astreint à suivre le mouvement de la jambe à laquelle il répond latéralement : en sorte que l'une de devant entamant, celle de derrière du même côté doit entamer aussi ; sans cette condition, l'animal est desuni, et sa marche est d'ailleurs chancelante et peu sure. Voyez MANEGE.

Quelque notable que soit la différence de l'arrangement des membres au trot, l'expérience nous apprend que si le cheval est pressé au-delà de la vitesse de cette allure, l'ordre en est bien-tôt interverti par la foulée plus promte de l'un des pieds de derrière, dont la chute accélérée hâte celle de l'autre pied du même bipede postérieur, qui au moment où il se meut et se porte en-avant pour effectuer sa battue, mène et entame d'accord avec le pied de devant du même côté ; de manière que dès-lors les quatre jambes procedent par une suite de mouvements qui n'a rien de dissemblable, et qui est précisément la même que celle qui constitue véritablement le galop.

Pour découvrir la raison de ce changement subit et indispensable, il suffit d'observer que dans un trot médiocrement vite, l'intervalle où le pied de devant doit se détacher de terre à l'effet de livrer la place qu'il occupait sur le sol au pied de derrière qui le suit immédiatement, est en quelque façon imperceptible. Or soit sensiblement diminué, à raison d'une augmentation considérable de célérité, l'espace de temps nécessaire et accordé pour l'accomplissement des deux doubles foulées diagonales qui caractérisent cette allure ; il est évident que l'instant donné à chaque bipede latéral pour complete r son action, sera si court et si limité, que le pied antérieur qui doit toujours céder le terrain, ne pouvant assez promtement s'élever, et étant conséquemment atteint, rencontré et heurté à chaque pas par le pied postérieur qui le chasse, la chute de l'animal sera inévitable : telles sont donc les bornes prescrites à la rapidité du trot, que si elle est portée à un extrême degré, le cheval, par une espèce d'instinct, passe de lui-même à une autre allure, dans laquelle les jambes qui composent les bipedes latéraux, fournissant ensemble et de concert au mouvement progressif, ne peuvent absolument s'entrenuire, et qui lui donnant encore, au moyen des percussions plus obliques, l'aisance de porter par l'effort de chacun de ces membres, dont l'action n'est néanmoins pas réellement plus promte ; la masse totale de son corps beaucoup plus avant, le met en état de répondre et de satisfaire sans crainte et sans danger à l'excès de vitesse dont le trot n'est pas susceptible.

Mais parce que cette interversion forcée et suggérée par la nature, a constamment et généralement lieu dans tous les chevaux qui trottent, lorsque leur marche est vivement hâtée, s'ensuit-il que l'allure née de cette même interversion doive toujours essentiellement reconnaitre pour fondement celle à laquelle elle succede dans cette circonstance ? le duc de Newcastle l'a pensé ; et j'avoue qu'une déférence trop aveugle pour ses sentiments m'a induit en erreur, dans un temps où par un défaut de philosophie, de réflexions et de lumière, je jugeais indiscrettement et sans examen du mérite d'une opinion, sur la foi du nom et de la réputation de son auteur. Voyez le nouv. Newkastle, édit. 1744. Conclure du changement qui résulte de la véhémence du trot, que cette action est le principe du galop, c'est avancer et soutenir que la célérité seule en est la base : or rien de plus faux que cette maxime. Nous voyons en effet, que quelque lente que soit l'allure de l'animal, pourvu qu'elle soit soutenue, elle est plus prochaîne du degré requis pour le porter à ce mouvement promt et pressé, que celle qui étant abandonnée, est dans un plus grand degré de vitesse. Supposons, par exemple, un cheval dans l'action tardive d'un pas parfaitement écouté, ou d'un trot exactement uni ; il est incontestable que, malgré la lenteur de la progression dans l'un et dans l'autre de ces cas, ses forces se trouvant rassemblées, il sera plus libre et plus disposé à passer de ces mouvements à une action rapide et diligente, que du pas allongé ou de campagne, ou que d'un trot simplement déterminé : il faut donc nécessairement convenir que le fondement et la condition réelle d'un vrai galop se rencontrent principalement dans le point d'union d'où nait la possibilité et la plus grande facilité que l'animal a de percuter et de s'enlever, et non dans une célérité qui, s'éloignant de cet ensemble, ne saurait produire qu'une action basse, rampante, et également précipitée sur les épaules et sur l'appui.

C'est sur cette vérité que porte évidemment la règle qui nous prescrit de ne point galoper un cheval qu'il ne se présente aisément et de lui-même à cette allure, et qui fixant d'une manière positive les progrès qui dans l'école doivent précéder cette leçon, nous astreint à ne l'y exercer qu'autant qu'il a acquis la franchise, la souplesse et l'obéissance qui doivent en favoriser l'intelligence et l'exécution : il est temps alors de l'y solliciter, l'action du galop étant infiniment moins couteuse et moins pénible à l'animal par le droit, qu'en tournant on le travaillera d'abord sur des lignes droites.

La difficulté qu'il éprouve sur des cercles, est néanmoins une ressource dont un homme de cheval profite habilement dans une foule d'occurences. Il est des chevaux naturellement ardents, qui s'animent toujours de plus en plus en galopant, qui s'appuient et qui tirent de manière qu'à peine le cavalier peut les maitriser ; il en est encore, qui doués de beaucoup d'agilité et de finesse, se desunissent souvent : plusieurs, non moins fins et non moins sensibles que ceux-ci, mais dont le corps peche par trop de longueur, communément falsifient ; quelques-uns ne partent jamais du pied qui doit mener. Le moyen d'apaiser la vivacité des premiers, de donner aux seconds l'habitude de la justesse des hanches, et aux autres celle de la justesse des épaules, est de les entamer préférablement sur un rond dont l'espace soit toujours relatif à leur aptitude et aux vues que l'on se propose ; parce que la piste circulaire exigeant une plus grande réunion de forces, et occupant, pour ainsi parler, toute l'attention de l'animal, en modere la fougue, et captive tellement ses membres, qu'il ne peut que ressentir une peine extrême, lorsqu'il veut se livrer aux mouvements desordonnés d'une allure fausse et desunie. Après qu'ils ont été exercés ainsi, et lorsqu'ils sont parvenus au point désiré de tranquillité et d'assurance, il est bon de les galoper devant eux, de même que de porter insensiblement sur les cercles ceux que l'on a commencé par le droit ; car l'aisance et la perfection de cette action dans un cheval qui d'ailleurs y a été préparé, dépend véritablement de la succession et même du mélange éclairé des leçons sur ces terrains diversement figurés.

Le trot a paru en général, eu égard aux premières instructions, l'allure la plus propre et la plus convenable pour partir, et pour enlever l'animal : elle est telle en effet, quand elle est soutenue ; parce que la vitesse et l'ensemble étant alors réunis, pour peu que les aides ajoutent au degré de percussion que l'une et l'autre suscitent, le cheval est bien-tôt et facilement déterminé. Il importe cependant d'en mesurer et d'en régler avec art la véhémence et le soutien ; elle ne doit être abandonnée dans aucun cas : mais relativement à des chevaux qui tiennent du ramingue, ou qui sont pourvus d'une union naturelle, ou qui n'ont pas une certaine finesse, elle doit être plus ou moins allongée ; sa célérité ne pouvant que combattre la disposition qu'ils ont à se retenir, et suppléer dans ceux qui n'ont point assez de sensibilité, à la force que l'on serait obligé d'employer, pour les résoudre à l'action qu'on leur demande. S'il s'agit de chevaux chargés d'épaules, ou bas du devant, ou longs de corps, ou qui ont de l'ardeur, et qui sont conséquemment enclins, les uns à s'appuyer considérablement sur la main, les autres à s'étendre et à peser, et les derniers à tirer, à s'échapper et à fuir ; il faut qu'elle soit proportionnément raccourcie. Il arrive souvent, j'en conviens, que l'impatience et la vivacité de ceux-ci leur rendant insupportable la contrainte la plus légère, ils se gendarment et s'enlèvent continuellement et plusieurs fois à la même place, sans se porter en-avant. On ne peut pas néanmoins favoriser, en les pressant, leur penchant à se dérober : mais il est essentiel, dans ces moments de défense, de rendre la main avec assez de délicatesse et de subtilité pour les engager à suivre l'action entamée du galop ; à-moins qu'on ne les parte de l'allure modérée du pas, plutôt que du trot, dont la promtitude les anime toujours davantage ; cette voie étant la meilleure et la plus courte pour les tenir dans le calme, et pour obtenir d'eux l'application qui en assure l'obéissance.

C'est sur la connaissance de la mécanique du galop, que doit être fondée la science des aides, qui peuvent en suggérer et en faciliter les moyens. Renfermez le cheval en arrondissant la main, et en tournant les ongles en haut ; ce qui opérera une tension et un raccourcissement égal des deux rênes ; et approchez dans le même instant vos jambes du corps de l'animal : vous déterminerez infailliblement l'une et l'autre de ses extrémités à un mouvement contraire : car le devant étant retenu, et le derrière étant chassé, l'antérieure sera nécessairement détachée de terre, tandis que l'extrémité postérieure, occupée du poids de la masse, sera baissée et pliera à raison de ce même poids ; l'antérieure est en l'air : mais les foulées des deux jambes qui la recevront dans sa chute, doivent être successives et non simultanées ; l'action de votre main et de vos jambes, action que vous avez dû proportionner au plus ou moins de sensibilité, au plus ou moins de souplesse du cheval, et à la réunion plus ou moins intime de ses membres, lors de l'instant qui précédait le partir, sera donc subitement suivie du port de votre rêne droite à gauche, et de votre rêne gauche à vous, s'il s'agit d'un galop à droite ; ou de votre rêne gauche à droite, et de votre rêne droite à vous, s'il s'agit d'un galop à gauche. L'effet des unes ou des autres de ces rênes s'imprime sur l'épaule à laquelle elles répondent. Or l'épaule de dedans étant mue sur le côté où la main la conduit, et celle de dehors étant arrêtée, le devant se trouve retréci, et la retombée en sera incontestablement fixée sur la jambe de dehors, dont la battue précèdera celle de la jambe de dedans, qui, attendu le rejet de l'épaule sur le dehors, sera forcée dans la progression d'entamer, c'est-à-dire de devancer l'autre ; en même temps que le retrécissement du devant a lieu, l'élargissement du derrière s'effectue ; l'extrémité antérieure ne pouvant être portée d'un côté, que l'extrémité postérieure ne se meuve du côté contraire ; et les hanches en étant sollicitées dans cette circonstance, non-seulement par l'opération des rênes dont l'impression s'est manifestée sur l'épaule de dehors et sur celle de dedans, mais par l'appui de votre jambe de dehors, dans laquelle le premier degré de force a dû subsister dans son entier, à la différence de celui qui résidait dans l'autre, et qui a dû sensiblement diminuer. De cette détermination de la croupe dans un sens opposé à celle de l'avant-main, il résulte que la jambe de derrière de dehors est gênée, et que celle de dedans étant en liberté, accompagnera exactement celle avec laquelle elle forme un bipede latéral ; de manière que les deux jambes de dehors ne pouvant qu'être chargées, et celles-ci mener ensemble la précision et la justesse, en ce qui concerne l'arrangement et l'ordre successif des membres, seront inévitables.

Considérons-le encore cet arrangement. L'épaule de dedans est beaucoup plus avancée que celle de dehors, et la jambe de dehors de l'extrémité postérieure, beaucoup plus en-arrière que celle de dedans. La première de ces jambes est toujours occupée du fardeau de la masse ; l'autre, au moment du renversement de l'épaule, s'est approchée de la direction du centre de gravité ; elle a été déchargée de celui qu'elle supportait, et n'a pu en être chargée de nouveau, vu son extrême flexion ; aussi les suites de leur percussion sont-elles différentes. Celle de la jambe de dehors, qui d'ailleurs est invitée par l'aide de la jambe du cavalier à une extension subite et violente, s'exécutera d'abord ; mais par elle le corps du cheval sera porté seulement en-avant, tandis que la seconde percussion opérée par l'appui de la jambe de dedans sur le sol élevera ce même corps, et donnera une nouvelle vitesse au mouvement progressif qu'il a déjà reçu ; après quoi les deux jambes de devant, qui, dès que vous rendrez légèrement la main et que vous passerez à l'appui doux, percuteront à leur tour et effectueront à chaque battue, le soutien du corps lors de sa chute, et la relevée de l'avant-main après cette chute tombant, alternativement, toute l'action se trouvera pleinement accomplie. Sa durée dépendra, non de l'application constante de toutes les forces étrangères qui l'ont produite, puisqu'elle peut se soutenir sans ce continuel secours, mais de la fermeté liante de votre corps, dont l'équilibre doit être tel que l'avant et l'arriere-main dans leur élévation se chargent eux-mêmes de son poids, et de l'adresse avec laquelle vous préviendrez dans l'animal le ralentissement des efforts des parties qui en conséquence du premier mouvement imprimé, se pressent mutuellement et sont contraintes d'accourir en quelque façon pour étayer successivement la machine. Soyez à cet effet attentif au moment de la descente des épaules, et surtout à l'instant précis où les pieds atteignent le sol ; si dans ce même instant le cheval est légèrement renfermé, et si vos rênes agissent en raison du temps de la percussion de chacun des membres qu'elles dirigent, la relevée du devant étant aidée, la masse sera plus surement et plus facilement rejetée sur le derrière, et les flexions étant par conséquent entretenues et occasionnant toujours une vélocité à-peu-près égale dans les détentes, vous serez dispensé d'employer sans-cesse vos jambes, dont l'usage non interrompu endurcit l'animal, et dont l'approche réitérée n'est réellement utile et nécessaire que sur des chevaux mous, pesans, faibles, paresseux, indéterminés, et qui trainent leur allure.

La leçon du galop bornée à une seule et unique main, ne remplirait pas toutes nos vues. Le cheval n'est propre aux différents airs, qu'autant qu'il est en quelque façon ambidextre, c'est-à-dire qu'autant qu'il a une même souplesse, une même legereté, et une même liberté dans les deux épaules et dans les deux hanches. On ne doit donc pas se contenter de le travailler sur une même jambe, et nous sommes indispensablement obligés de lui faire entamer le chemin tantôt de l'une, et tantôt de l'autre. Après l'avoir quelque temps exercé à droite, et lorsqu'il s'y présente avec quelque franchise, on peut, ou le partir à main gauche, ou le conduire de la première sur celle-ci. Les chevaux qui demandent à être partis, sont ceux en qui l'on observe, lorsqu'on les galope à droite, un penchant extrême à la falsification et à la desunion ; on les y confirmerait en les faisant changer de pied dans le cours et dans la suite de l'action ; et l'on doit attendre qu'ils commencent à être assurés aux deux mains, avant d'exiger d'eux qu'ils y fournissent sans interruption. Nous avons au surplus suffisamment expliqué les moyens de ce départ, et l'on se rappellera que pour le galop à gauche, la rêne gauche par son croisement opère le renversement de l'épaule sur le dehors ; la rêne droite retient l'épaule contraire, et la jambe droite du cavalier aide principalement.

Les conditions du changement méritent que nous nous y arrêtions. Ce serait trop entreprendre que de le tenter d'abord sur la ligne droite parcourue. On l'abandonnera pour en décrire une diagonale plus ou moins longue, d'une seule piste, et au bout de laquelle l'animal passant à l'autre main, tracera une ligne semblable à celle qu'il a quittée. Ici la rêne gauche agira ; elle déterminera le cheval à droite et sur cette diagonale, mais il est à craindre que le port de cette rêne en-dedans ne charge les parties droites, et délivre les parties gauches de la contrainte dans laquelle elles sont ; or, obviez à cet inconvénient par une action semblable, mais plus légère de l'autre rêne, où par l'action mixte et suivie de la première que vous croiserez et que vous mettrez à vous d'un seul et même temps ; et soutenez, s'il en est besoin, de votre jambe de dehors, le tout pour contenir le derrière et pour le resserrer ; car dès que vous gênerez la croupe et que vous l'empêcherez de tourner, de se jeter, et de sortir, il est certain que, conséquemment au rapport, à la relation intime, et à la dépendance mutuelle de la hanche et de l'épaule gauche, où même des deux épaules et des hanches, les jambes gauches demeureront asservies, et dans cet état de sujétion qui leur ravit la faculté de devancer et de mener. Ce principe doit vous être présent encore au moment où, parvenu à l'extrémité de la ligne dont il s'agit, vous chercherez à gagner l'autre, et à effectuer le passage médité. Saisissez l'instant qui précède la chute du devant, pour détourner l'épaule avec la rêne de dehors, et pour retenir celle de dedans avec la rêne droite, et substituez votre jambe du même côté à la jambe gauche qui aidait ; l'épaule et la hanche qui étaient libres, cesseront infailliblement de l'être, et les autres membres seront indispensablement astreints à entamer.

Sait que les changements de main s'exécutent sur les cercles, ou d'une ligne droite sur une autre ligne pareille, ou sur un terrain quelconque plus ou moins vaste et plus ou moins limité ; les aides doivent être les mêmes. Je sai que des écuyers qui ne pratiquent et n'enseignent cependant que d'après une routine, qui ne leur a procuré qu'une connaissance très-superficielle de ces opérations, m'objecteront qu'elles tendent à traverser le cheval, et à provoquer par conséquent une allure défectueuse, puisque dès lors le derrière sera tellement élargi, que la jambe de dedans qui en dépend se trouvera écartée de l'autre, et hors de la piste de celle avec laquelle elle mene, tandis que leurs battues et leurs foulées devraient être marquées sur une seule ligne ; l'action dont je traite exigeant que les hanches suivent exactement celle des épaules. Je conviendrai de la vérité et de la solidité de cette maxime, mais je répondrai que l'animal ne peut arriver à la perfection que par des voies insensibles ; et que l'ignorant seul a le droit de se persuader très-souvent qu'il l'y conduit, dans le temps même qu'il l'en éloigne : les premières leçons sont uniquement destinées à rompre, pour ainsi dire, le cheval, à lui donner l'intelligence nécessaire ; et nous ne saurions être trop occupés du soin de lui en rendre l'exécution facile ; or, rien n'est plus capable de satisfaire à ces divers objets, que des aides qui ne lui suggèrent d'abord que des mouvements conformes à ceux auxquels nous voyons que la nature l'engage, quand il se livre de lui-même au galop, et qu'il change de pied sans la participation de celui qui le monte. Sa volonté est-elle gagnée ? part-il librement ? commence-t-il a être affermi à droite et à gauche dans l'union et dans la justesse de cette allure relativement à l'ordre dans lequel les membres doivent se succéder ? alors mettez à vous la rêne de-dedans, mais observez que sa tension soit en raison des effets qu'elle doit produire sur la hanche du même côté, sans altérer notablement l'action de l'épaule qui mène ; et pour rencontrer cette proportion, multipliez en la cherchant les temps de votre main ; dès que vous l'aurez atteint, le derrière sera retréci ; et après avoir redressé ainsi et peu-à-peu l'animal dans le cours de sa progression, vous parviendrez à le partir exactement droit et devant lui.

Il est deux manières de procéder pour l'y déterminer. L'élévation du devant et l'abaissement de l'extrémité opposée s'opèrent dans tous les cas par les moyens que j'ai déjà prescrits ; mais les aides qui doivent accompagner la chute de l'extrémité antérieure, diffèrent ici de celles que nous avons indiquées. Si vous croisez, ainsi que je l'ai dit, la rêne de dedans, et que vous mettiez l'autre rêne à vous dans l'intention de contraindre le pied de dehors à fouler le premier, le temps de ces rênes doit être moins fort : et bien loin de diminuer le secours que la hanche de dedans attend et doit recevoir de votre jambe de ce côté, l'approche en sera telle qu'elle puisse obvier à ce que l'arriere-main cede et se meuve, conséquemment à l'action combinée de la main ; tandis que d'une autre part vous modérerez l'appui de votre autre jambe, qui contrarierait infailliblement les effets que vous pouvez vous promettre de celui de la première, si vous n'en borniez la puissance au simple soutien, d'où résulte la plus grande facilité de la détente de la hanche qui est chargée. Il est essentiel de remarquer que malgré la rapidité de cet instant, les unes et les autres de ces aides doivent être distinctes et se suivre ; car les rênes et la jambe de dedans du cavalier agissant ensemble, et au même moment, l'avant et l'arriere-main entrepris participeraient d'une roideur extrême, et l'animal partirait faux ou desuni, selon celle de ces forces qui l'emporterait.

La seconde façon de pratiquer qui nous mène au même but, et à laquelle il est néanmoins bon de ne recourir qu'après s'être assuré des succès de l'autre par l'obéissance du cheval, ne demande pas moins de finesse et de précision. Elle consiste uniquement quand le devant est en l'air, et à la fin de son soutien, à retenir subtilement, au moyen de la tension de la rêne de dehors, le membre qui doit atteindre d'abord le sol, tandis que l'on diminue par degrés celle de la rêne de dedans qui dirige celui qui doit entamer. Le membre retenu tombant nécessairement le premier en-arrière, et celui que l'on cesse de contraindre, ne frappant que la seconde battue et embrassant plus de terrain ; tous sont suivant l'arrangement désiré, d'autant plus que les hanches de dehors et de dedans n'auront pu que se ressentir l'une de la sujétion, et l'autre de la liberté des parties de l'extrémité antérieure auxquelles elles correspondent. Il n'est question ensuite que de maintenir l'animal sur la ligne droite, et de l'empêcher de la fausser en se traversant, soit du devant, soit du derrière. Je suppose que l'épaule se porte en-dedans, croisez la rêne de dedans ; je suppose que la croupe s'y jete, mettez à vous cette même rêne. Agissez ainsi de la rêne de dehors dans les cas contraires : et si malgré cette action de votre part, qui doit avoir lieu précisément dans l'instant où vous sentez que l'une ou l'autre de ces extrémités se dérobent pour abandonner la piste, le cheval résiste et ne répond point, aidez la rêne mise à vous en croisant l'autre, et avec votre jambe de dedans, ou fortifiez la rêne croisée par le secours de l'autre rêne mise à vous, et par l'approche de votre jambe de dehors.

Le passage d'une main à l'autre exécuté d'abord à la faveur du rejet forcé de l'épaule, s'effectue d'après ces différentes manières de partir l'animal ; et le changement qui arrive et qu'elles occasionnent, ne le contraint point dès lors à une sorte d'obliquitté qui en rend la marche imparfaite et desagréable. Saisissez pour réussir plus surement le moment imperceptible où toute la machine est en l'air ; non-seulement vous conduirez à votre gré les membres du cheval sur les cercles et sur toutes les lignes possibles, mais vous le maitriserez alors, au point de le faire entamer successivement de l'une et de l'autre bipede sur la longueur d'une seule ligne droite, et même à chaque pas complet du galop, sans vicier la cadence, c'est-à-dire sans troubler l'ordre et la justesse des mouvements et des temps.

Ces temps et ces mouvements ne sont pas les mêmes dans tous les chevaux. Ils varient naturellement dans les uns et dans les autres, par le plus ou le moins de hauteur, d'allongement, de raccourcissement, de lenteur, et de vitesse ; et c'est ce qu'il importe de distinguer, pour ne pas les précipiter dans le désordre, et pour ne rien exiger au-delà de leur pouvoir, en réglant leur allure. Tel cheval ne peut soutenir l'élévation et l'ensemble que demande un galop, dont chaque pas est marqué par quatre battues ; tel autre est susceptible du galop le plus sonore et le plus cadencé ; contentez-vous de mettre insensiblement le premier au moyen de la tension proportionnée de la rêne de dedans à vous, dans le pli leger qui doit unir et perfectionner son action ; et augmentez aussi par degré la tension de cette même rêne, dont vous dirigerez et dont vous aiderez encore l'effet par l'appui de votre jambe de dehors, pour raccourcir de plus en plus les temps des seconds, et pour en fixer la mesure. Celui-ci ne déploie pas toutes les forces que vous lui connaissez : vous n'apercevez point dans le jeu de ses ressorts la prestesse et le tride dont ils sont capables ; hâtez à diverses reprises plus ou moins vivement la cadence, et faites qu'il la presse, qu'il la ralentisse, et qu'il revienne alternativement ; il acquerra d'une part plus de franchise, et de l'autre, cette diligence dans les hanches, d'où nait la plus brillante, la plus régulière, et la plus belle exécution. Celui-là s'élève extrêmement du devant ; cet autre du derrière ; modérez tous ces excès, soit en secourant des gras de jambes, et en rendant la main, soit en renfermant et en pinçant plus ou moins en-arrière ; mais ne perdez jamais de vue le point où vous devez vous arrêter, et que vous ne pourriez franchir qu'en avilissant l'animal, puisque vous en forceriez la disposition et la nature.

A toutes ces différentes leçons, vous pouvez faire succéder celles qui préparent le cheval à galoper de deux pistes. Si l'on se rappelle les principes que j'ai détaillés, en parlant des moyens de l'instruire à cheminer de côté (voyez FUIR LES TALONS), les règles les plus essentielles à observer pour déterminer à cette allure, seront bientôt connues, et l'on ne pensera pas que la sujétion des hanches dans cette action ne puisse être dûe qu'à l'effort de celle des jambes du cavalier qui les pousse, ou qui communément et très mal-à-propos les chasse dans le sens où elles sont portées. Représentons-nous la ligne diagonale, à l'extrémité de laquelle nous avons induit l'animal à changer ; c'est dans le cours de cette même ligne que nous devons commencer à engager légèrement et de temps en temps la croupe, soit à l'une, soit à l'autre main, en croisant d'abord faiblement la rêne de dedans pour lui suggérer une obliquitté imperceptible, et en le remettant droit aussi-tôt qu'il a fourni quelques pas. A mesure que nous entrevoyons de l'obéissance et de la facilité, nous multiplions et nous continuons les temps de cette même rêne, et nous en augmentons peu-à-peu la force et la direction sur le dehors, dans l'intention de le solliciter à ce juste biais dans lequel il doit être. Cette force pouvant jeter les épaules dans une telle contrainte qu'elles seraient dans l'impossibilité de devancer les hanches, nous la proportionnons encore avec soin aux effets que nous nous proposons de produire, et nous en contrebalançons la puissance par l'action de la rêne opposée, de manière que le moment de la relevée de l'avant-main est celui du port de la première en-dehors, comme le moment de sa retombée est celui du port de la seconde sur le dedans. Je remarquerai au surplus que ces mouvements, d'ailleurs si subits qu'ils sont inapercevables, ne sont efficaces qu'autant qu'ils dérivent du véritable appui, et que la main agit dans un certain rapprochement du corps ; car si elle en était éloignée, ils tendraient à déplacer l'animal. Quant à nos jambes, nous n'en ferons usage que lorsqu'il sera question de l'affermir dans son allure, d'en prévenir et d'en empêcher le ralentissement, ou de suppléer à l'impuissance des rênes, qui seules doivent diriger la machine ; ainsi, par exemple, dans les cas où il se retient, où il pese, où il mollit, nous les approcherons également pour le déterminer, pour l'unir, pour l'animer, tandis que la main sera toujours chargée de régler l'action des membres ; et dans celui-ci, où la rêne de dedans croisée et même aidée de la rêne de dehors à nous, éprouverait une résistance de la part de la croupe, nous nous servirons de la jambe de dehors, dont le soutien deviendra dès-lors un secours nécessaire.

Telles sont les voies qui conduisent le plus surement à une observation non forcée des hanches ; dans l'allure promte et pressée du galop. Plus ce mouvement raccourci, diligent, et écouté, qui occupe toujours considérablement les reins et le derrière de l'animal, doit être pénible, plus il importe de ne l'y inviter que par une longue répétition de ceux qui insensiblement l'y disposent ; l'habitude en étant acquise nous parvenons bien-tôt et sans violence à en obtenir l'exécution sur toutes sortes de plans. S'agira-t-il en effet d'obliger le cheval à fournir ainsi un changement de main large ? Il l'entamera sans difficulté : premièrement, si vous formez un demi-arrêt qui ne peut que l'unir davantage ; secondement, si une légère tension de la rêne de dehors à vous, tension qui ne doit en aucune manière lui faire abandonner le pli dans lequel je suppose que vous l'avez placé, fixe subtilement et à temps le poids de son corps sur la hanche du même côté, ce qui augmentant la flexion des parties de cette extrémité en sollicitera une plus violente détente. Traisiemement, si le croisement subit et suivi de cette même rêne sur le dedans met les épaules sur le chemin qu'elles doivent décrire, il le continuera dès que la rêne de dedans portée sur le dehors, assujettira successivement le derrière dans le sens où les épaules seront successivement déterminées par l'autre, et dès que l'on s'opposera soigneusement à ce qu'il dévuide ou à ce qu'il s'entable, ou à une altération quelconque de la mesure et des distances ; à ce qu'il dévuide par la force sur le champ accrue de la rêne qui captive les hanches, par le changement de direction de celle qui régit le devant et qui sera fixée pour le moment au corps du cavalier, et par l'appui de la jambe de dehors ; à ce qu'il s'entable par des actions semblables, mais opérées par les rênes et par la jambe opposées ; à ce que les mesures et les distances soient altérées par l'approche des deux jambes, et la modération de l'effet de la main, si le degré de vitesse diminue, et si l'animal n'embrasse pas assez de terrain ; par le raffermissement de la main seule, s'il se porte trop en-avant et si la vitesse augmente ; par son relâchement, si les hanches sont entreprises et trop chargées ; par son soutien et celui des jambes ensemble, s'il n'y a plus d'union, etc. il le fermera avec précision, lorsque l'on sera exact en employant ces différentes aides, selon la nécessité et les circonstances, à le maintenir dans son attitude et dans sa marche jusqu'à la ligne qui termine l'espace qu'il parcourt obliquement ; et il reprendra enfin avec justesse en entrant sur cette même ligne, dès qu'il y sera invité par l'un ou par l'autre des moyens qui le sollicitent à changer, ou à partir droit et devant lui.

L'efficacité de celui qui n'exige que la simple attention de retenir les jambes du bipede qui entame, et de laisser à l'autre la liberté de s'étendre et de devancer, est surtout évidente, si du galop d'une piste sur une volte, vous passez à une autre volte éloignée et semblable, par un changement de deux pistes que vous entreprenez, et que vous entretenez à la faveur des secours indiqués : alors ne fermez pas au mur ou à la barrière du manège ; occupez et interrompez les lignes diagonales tracées dans sa longueur, à quelques pas de ce même mur, par l'action de la rêne de dedans mise à vous, et de la rêne de dehors dont vous tempérerez insensiblement la tension. Dans ce même instant, et si vous avez agi dans celui où toute la machine est détachée du sol, les jambes de dedans se trouveront chargées, et celles de dehors qui dans l'accomplissement de la nouvelle volte sur laquelle vous êtes arrivé, deviendront les jambes de dedans, meneront infailliblement. Pliez ensuite l'animal dans le centre, comme il était à l'autre main ; formez un second changement, et revenez plusieurs fois sur le premier cercle quitté, en opérant toujours de même ; vous vous convaincrez par votre propre expérience de la solidité d'une théorie confirmée par les succès des élèves mêmes qui s'y conforment, mais que l'on sera peut-être intéressé à condamner, parce que le sacrifice d'une ancienne routine, et l'obligation d'adopter de nouveaux principes, après avoir vieilli, ne peuvent que couter infiniment, et blessent toujours l'amour-propre.

On conçoit au surplus que toutes les aides dont j'ai parlé, conviennent également au galop de deux pistes sur la ligne du mur, sur les changements étroits, ainsi que sur les voltes. A l'égard des contre-changements, on les entame de même que les changements, et ils seront effectués par la rêne de dedans à vous, et par le croisement soudain de cette même rêne, qui portera l'épaule à se mouvoir du côté contraire à celui sur lequel elle était mue, et qui faisant par conséquent l'office de la rêne de dehors, sera contrebalancée dans ses effets par l'autre rêne, qui sera dès-lors la rêne de dedans.

Nous terminerons cet article par l'examen et la solution des deux points suivants.

1°. Quel est le temps juste qu'il faut prendre pour enlever le cheval du pas, du trot et de l'amble même au galop ?

2°. Quels sont les moyens que l'on pourrait employer pour le remettre, dans le cas où il se desunirait et falsifierait ?

La première de ces questions n'offrira rien de difficile et d'épineux à quiconque considérera, que le temps qu'il s'agit ici de découvrir, n'est et ne peut être que l'instant où les membres du cheval, dans les unes ou les autres des allures supposées, et d'où l'on souhaite le partir, se trouvent disposés à-peu-près comme ils le sont lors de l'action à laquelle on se propose de le conduire.

Sait donc saisi, à l'effet de l'enlever sur la main droite, le moment où la jambe du devant se détachera de terre ; dans ce même moment la jambe de derrière du même côté est encore en mouvement pour se porter en-avant ; la jambe du montoir de devant se pose à terre, plus en-arrière que celle de devant du hors montoir, et la jambe de derrière du montoir est encore moins avancée que celle de dedans. Voyez la Planche des allures naturelles, et l'échelle podométrique qu'elle contient. Or si dans cet état et lors de cet arrangement du derrière, qui est le seul à la faveur duquel il soit possible de substituer aux actions intercalaires des membres au pas, les actions successives qui effectuent le galop ; vous aidez par un demi-arrêt proportionné, la levée de l'avant-main qu'opèrent principalement la battue et la percussion de la jambe gauche de devant qui s'est posée, et vous rejetez le poids du corps du cheval sur les hanches : le soutien de l'extrémité antérieure sera le premier moment de l'intervention sollicitée, et la nouvelle disposition des quatre jambes étant précisément la même que celle qui est requise pour l'accomplissement du mouvement pressé, auquel vous désirez de porter l'animal, le temps recherché et qui doit être tiré de sa progression naturelle et de sa première allure, sera incontestablement pris.

La vitesse du trot abrégeant infiniment la durée de l'action de chaque membre, ce temps par une conséquence nécessaire, fuit et s'échappe avec une extrême rapidité : de-là la plus grande difficulté d'agir dans une précision parfaite. Aussi-tôt que la jambe de devant de dedans se leve, la jambe gauche de derrière va se détacher de terre, et elle est encore plus en-arrière que la droite de l'arriere-main, qui était prête à se poser près de la direction du centre de gravité, au moment où l'autre allait s'enlever. Voyez l'échelle podométrique de la même Planche. Cette position est donc encore conforme à celle de ces deux jambes au galop à droite. Or entreprenez dans ce même instant de détacher du sol le devant, la chute de la jambe gauche de cette extrémité, ou sa foulée sur le terrain, favorisera l'effet de vos aides ; la droite sa voisine qui quittait la terre pour se porter en-avant, s'y portera réellement en attendant la retombée de l'avant-main. La droite de derrière sera fixée sur le terrain, moins avant qu'elle ne s'y serait fixée elle-même, mais plus avant que la gauche, qui demeurera à l'endroit où vous l'aurez surpris ; et vous trouverez enfin dans la situation des membres de l'animal, tout ce qui peut vous assurer de la justesse du temps saisi.

Quant à l'amble, personne n'ignore que cette action est beaucoup plus basse que celle du pas et du trot ; elle ne peut être telle, qu'autant que les reins et tout l'arriere-main baisserait davantage. Le temps qu'exige le passage de cette allure au galop, ne diffère en aucune manière de celui que nous venons d'indiquer ; parce que dès que ce temps n'est autre chose, ainsi que nous l'avons observé, que l'instant où les jambes du cheval figurent, s'il m'est permis d'user de cette expression, comme elles figurent lors de l'instant du partir, il ne peut être qu'invariable. Il se présente aussi bien plus aisément, attendu le plus de rapport du mouvement de l'animal ambulant avec le mouvement de celui qui galope ; mais on doit admettre quelque distinction, eu égard aux aides. Celle de la main sera modifiée ; parce que le derrière de l'animal fléchissant au point que chaque pied de derrière outrepasse dans sa portée la piste de celui de devant qu'il chasse, le poids réside naturellement sur les hanches, et l'extrémité antérieure doit être conséquemment plus aisément enlevée. D'ailleurs, outre que l'effort de la main doit diminuer, l'action des jambes doit être plus vive ; et dès-lors le cheval embrassera plus de terrain. Que si les aides étaient les mêmes que celles que l'on doit mettre en usage pour passer du pas au galop ; et si le temps de la main et des jambes était en égalité de force, il est certain que ses pieds de derrière n'opéreraient en percutant que l'élevation, et non le transport du corps en-avant, comme si l'appui des jambes ne l'emportait pas sur la force de la main, ou courait risque de provoquer sa chute en l'acculant.

On peut encore enlever l'animal du moment de parer, de l'instant du repos, de l'action de reculer, et de tous les airs bas et relevés auxquels il manie ; mais quelqu'intéressants et quelque curieux que soient et que puissent être les détails auxquels la discussion des temps et des moyens de le partir, dans les uns et dans les autres de ces cas, nous assujettirait ; nous les sacrifions au désir et à la nécessité d'abreger, et nous nous bornerons aux réflexions que nous suggère la seconde difficulté que nous nous sommes proposés d'éclaircir.

L'obligation de rappeler à la justesse et à l'union un cheval dont le galop est irrégulier et défectueux, suppose d'abord dans le cavalier une connaissance parfaite de l'ordre exact et précis, dans lequel les membres de l'animal doivent agir et se succéder, et un sentiment intime né de l'impression, ou de la sorte de réaction de leurs divers mouvements sur lui. Cette connaissance infructueuse, si elle n'est jointe à ce sentiment, est bien-tôt acquise, mais ce sentiment inutile aussi, s'il n'est joint à cette connaissance, est infiniment tardif dans la plupart des hommes ; et l'on peut dire qu'il en est même très-peu qui parviennent au degré de finesse, nécessaire pour juger du vice de l'action du cheval dans le premier moment, c'est-à-dire dans celui où le soutien de devant doit être suivi de sa retombée et de sa chute. Quelle est donc la cause de cette extrême difficulté de discerner l'accord ou le défaut de consentement des parties mues dans un animal que l'on monte ? Elle réside moins dans l'inaptitude des élèves, que dans le peu de lumières des maîtres, dont le plus grand nombre est incapable de les habituer à écouter, dans les leçons qui doivent précéder celle-ci, des temps, sans la science et sans l'observation desquels on ne peut maitriser le cheval, en accompagner l'aisance et en développer les ressorts, et qui négligent encore de leur faire apercevoir dans cette allure, par la comparaison du sentiment qui les affecte quand l'animal est juste, et de celui qu'ils éprouvent quand il est faux, la différence qui doit les frapper dans l'instant et dans le cours de la falsification et de la desunion. Le cheval galope-t-il dans l'exactitude prescrite ? il est certain que votre corps suit et se prête à son action avec une facilité singulière, et que votre épaule de dedans reçoit en quelque façon la principale impression de sa battue. La jambe de dedans de devant n'entame-t-elle pas ? l'incommodité qui en résulte s'étend jusqu'à votre poitrine, et il vous parait même que l'animal se retient et chemine près de terre ; ce qui arrive réellement sur les cercles, car son épaule étant hors du mouvement et de la proportion naturelle du terrain, il ne peut se porter en-avant et se relever que difficilement. La jambe qui doit mener mene-t-elle, mais n'est-elle pas accompagnée par la hanche ? vos reins et toutes les parties qui reposent sur la selle en ressentent une atteinte desagréable ; la mesure cesse de s'imprimer sur votre épaule de dedans, et votre épaule de dehors est sollicitée à se mouvoir, à s'avancer et à marquer malgré vous la fin de chaque pas. Enfin le bipede qui devait entamer reste-t-il totalement en-arrière, tandis que l'autre mène ? la cadence vous semble juste, mais vous reconnaissez que cette justesse prétendue est dans les parties de dehors ; et si le cheval n'est pas aussi accoutumé à galoper à cette main qu'à l'autre, il est impossible que la dureté de son allure ne vous en apprenne l'irrégularité. Voilà des faits sur lesquels, lorsque les disciples n'ont point été instruits à sentir et à distinguer dans des actions plus lentes, le lever, le soutien, le poser, et l'appui de chaque membre, il serait du-moins plus avantageux d'arrêter leur attention, que de leur permettre de se déplacer, pour considérer dans l'extrémité antérieure des mouvements, dont l'appréciation même la plus vraie ne détermine rien de positif, relativement à ceux du bipede postérieur auquel les yeux du cavalier ne peuvent atteindre. Il faut avouer cependant que ces diverses réactions sont tantôt plus faibles, et tantôt plus fortes ; elles sont moins sensibles de la part des chevaux qui ont beaucoup d'union, de legereté, et une grande agilité de hanches ; elles sont plus marquées de la part de ceux dont les battues sont étendues, peu promtes et abandonnées ; mais l'habitude d'une exécution réfléchie sur les uns et sur les autres, ne peut que les rendre également familières. Il est encore des circonstances où elles nous induisent en erreur ; un instant suffit alors pour nous détromper. Que l'animal jete, par exemple, la croupe hors la volte, l'effet que le premier temps produira sur nous, sera le même que celui qui nous avertit que le cheval est faux, et nous serons obligés d'attendre le second pour en décider ; parce que dans ce même second temps, les hanches étant déjà dehors, et l'animal continuant à galoper déterminément, dès qu'il est demeuré juste, nous n'apercevons aucun changement dans notre assiette.

Quoi qu'il en sait, et à quelque étude que l'on se livre pour acquérir cette faculté nécessaire de percevoir et de sentir, il est de plus absolument essentiel de s'attacher à celle de la nature du cheval que l'on travaille. Les déréglements de l'animal dans l'action dont il s'agit, comme dans toutes les autres, proviennent en général et le plus souvent de la faute des maîtres qui l'y exercent inconsidérément et trop tôt, ou du peu d'assurance du cavalier dont l'irrésolution de la main et l'incertitude des jambes et du corps occasionnent ses désordres : mais il est certain que les voies dont il se sert pour se desunir et pour falsifier, sont toujours relatives à sa conformation, à son inclination, à son plus ou moins de vigueur, de souplesse, de legereté, de finesse, de volonté, d'obéissance et de courage. Un cheval chargé d'épaules et de tête, ou bas du devant, falsifiera ou se desunira en s'appuyant sur la main, et en haussant le derrière. Un cheval long de corps en s'allongeant davantage, pour diminuer la peine qu'il a à rassembler ses forces et à s'unir : un cheval faible de reins, en mollissant et en ralentissant son mouvement : un cheval qui a beaucoup de nerf et de legereté, en se portant subitement en-avant : un cheval qui a du courage et de l'ardeur, en augmentant encore plus considérablement la véhémence de son allure : un cheval entier ou moins libre à une main qu'à l'autre, en portant la croupe en-dedans : un cheval qui tient du ramingue, en la portant en-dehors : un cheval qui joue vivement des hanches et qui est fort et nerveux d'échine, en la jetant tantôt d'un côté et tantôt d'un autre : un cheval d'une grande union, en se retenant et en se rassemblant de lui même, etc. Or comment, si l'on n'est pas en état de suivre et d'observer toutes ces variations, faire un choix prudent et éclairé des moyens qu'il convient d'employer pour le remettre ? Il est des chevaux tellement fins et sensibles, que le mouvement le plus leger et le plus imperceptible porte atteinte à l'ordre dans lequel leur progression s'effectue ; si les aides qui tendent à les faire reprendre, ne sont administrées avec une précision et une subtilité inexprimables, elles ne servent qu'à en augmenter le trouble, et l'on est contraint de les faire passer à une action plus lente, et même quelquefois de les arrêter pour les repartir. Il en est encore qui falsifient quelques instants, et qui reviennent d'eux-mêmes à la justesse, on doit continuer à les galoper sans aucune aide violente ; et comme ils pechent par trop d'union, ils demandent à être étendus dans les commencements, et à être ramenés ensuite et insensiblement à une allure soutenue et plus écoutée. Nous en voyons dont l'action n'est telle qu'elle doit être, qu'autant que nous les avons échappés ; parce que, constitués par la falsification dans un défaut réel d'équilibre, ils ressentent dans la course une peine encore plus grande que dans la battue d'un galop ordinaire, et que la fatigue qu'ils éprouvent, les oblige à chercher dans la succession harmonique et naturelle de leurs mouvements, l'aisance et la sûreté qui leur manquent : c'est ce que nous remarquons dans le plus grand nombre des chevaux qui galopent faux par le droit et aux passades ; ils reprennent sans y être invités aussi-tôt qu'ils entrent sur la volte et qu'ils l'entament. Quelques-uns au contraire, et qui ne sont point confirmés, deviennent faux lorsqu'on les échappe. Plusieurs ne se rejettent sur le mauvais pied et ne se desunissent, que parce qu'ils jouissent d'une grande liberté. En un mot il est une foule et une multitude de causes, d'effets, d'exceptions et de cas particuliers, que le véritable maître a seul le droit de discerner, et qui ne frappent point la plupart des hommes vains qui s'arrogent ce titre, parce qu'il en est peu qui aient une notion même légère des difficultés qu'il faut vaincre pour le mériter.

Dans l'impossibilité où nous sommes de nous abandonner à toutes les idées qui s'offrent à nous, nous simplifierons les objets, et nous nous contenterons de tracer ici en peu de mots des règles sures et générales, 1° pour maintenir le cheval dans la justesse de son allure, 2° pour l'y appeller.

Il est incontestable en premier lieu que l'action de falsifier et de se desunir est toujours précédée dans l'animal d'un temps quelconque, qui en altère plus ou moins imperceptiblement la cadence, ou qui change en quelque manière et plus ou moins sensiblement la direction de son corps ; sans ce temps quelconque, il serait dans l'impuissance absolue et totale de fausser sa battue, et son allure serait infailliblement et constamment fournie dans une même suite et un même ordre de mouvements. Or ce principe étant certain et connu, pourrions-nous indiquer un moyen plus assuré de l'entretenir dans ce même ordre, que celui d'en prévenir l'interversion en saisissant subtilement ce même temps, à l'effet de le rompre par le secours des aides qui doivent en empêcher l'accomplissement ?

En second lieu, si nous supposons, ensuite de l'omission de cet instant à saisir, la fausseté ou la desunion du cheval, et si nous considérons que l'irrégularité à réprimer en lui est toujours accompagnée, ainsi que nous l'avons observé, de quelque action relative à sa disposition, aux vices et aux qualités qui sont propres ; il est indubitable que nous ne pourrons le remettre qu'autant que nous le solliciterons d'abord à une action contraire : ainsi se précipite-t-il sur les épaules, s'appuie-t-il ? vous le rejetterez sur le derrière, et vous le releverez : mollit-il ? vous l'animerez : ralentit-il sa mesure ? vous la presserez : fuit-il ? vous le retiendrez : se retient-il ? vous le chasserez : se traverse-t-il ? vous le replacerez sur la ligne droite : le tout pour assurer l'efficacité des aides qui le rectifieront, et qui, soit qu'elles doivent provenir de la main seule, ou de la main et des jambes ensemble, ne diffèrent ni par le temps, ni par l'ordre dans lequel elles doivent être données, de celles dont nous faisons usage lors du partir, car elles sont positivement les mêmes. (e)

GALOP GAILLARD : on appelle proprement de ce nom un galop dont la cadence est intervertie et la suite interrompue par des sauts auxquels se livre l'animal. Ces sauts sont souvent l'effet de sa gaieté, ou une preuve de la vigueur de son échine, de sa legereté naturelle, et du mauvais emploi qu'il fait de l'une et de l'autre pour peu qu'il soit animé, et qu'on entreprenne de le renfermer et de le retenir inconsidérément. Quelques auteurs ont très-mal-à-propos confondu cette allure avec l'air du pas et le saut ; elle doit d'autant moins être mise au rang de ce que nous nommons airs de manège, que dans cette action l'animal maitrise plutôt le cavalier, que le cavalier ne maitrise le cheval. (e)

GALOP DE CONTRE-TEMS, allure dans laquelle le devant procede de la même manière qu'au galop, et le derrière de la même manière qu'aux courbettes, l'une des jambes du bipede postérieur étant néanmoins un peu plus avancée dans sa battue que l'autre. Plusieurs écuyers italiens admirent cette action et la regardent comme une des plus belles que le cheval puisse fournir, surtout si les épaules s'élèvent beaucoup plus haut que les hanches. (e)

GALOP DE CHASSE, galop aisé, uni, étendu, ni trop relevé, ni trop près de terre, et dans lequel le cheval déploie librement ses membres. (e)