(Maladie) c'est une épithète que les Grecs ont donnée à une sorte de fièvre, qui étant de sa nature continue, exacerbante, c'est-à-dire avec redoublement, tient cependant du caractère de la fièvre intermittente tierce, par le type ou l'ordre de ses redoublements : c'est l', febris hemitritaea seu semi-tertiana, de Galien, de Sennert.

La fièvre hémitritée, ou l'hémitritée, ce mot étant souvent employé substantivement, ou ce qui est la même chose, la demi-tierce, est donc cette espèce de fièvre dans laquelle, outre les redoublements de la fièvre continue quotidienne, dont les retours sont réglés, il survient encore de deux en deux jours un redoublement plus considérable qui se fait sentir à la même heure, et correspond aux accès de l'espèce de fièvre intermittente, appelée tierce : en sorte que chaque troisième jour, à compter du premier accès, il y a deux redoublements, c'est-à-dire, celui de la fièvre quotidienne et celui de la fièvre tierce, intermittente, qui est comme entée sur la continue ; et le jour intermédiaire n'a qu'un redoublement, qui est de celle-ci : ainsi la fièvre ne cesse point, ne diminue point jusqu'à l'apyrexie, jusqu'à l'intermittence complete ; mais dans la diminution de tous les symptômes, dans la rémission surviennent tous les jours des redoublements de quotidienne continue, et de plus de deux jours en deux jours, des paroxysmes tiercenaires, qui sont encore plus forts que les autres, et tels qu'ils paraissent dans la véritable fièvre intermittente tierce.

On doit cependant observer qu'il y a trois sortes de fièvres, auxquelles les anciens ont donné le nom d'hémitritée ; savoir, 1°. la fièvre tierce intermittente, dont les accès deviennent si longs, que celui qui doit suivre, commence avant que le précédent soit bien fini ; en sorte qu'il n'y a plus d'intermittence marquée. Telle était l'hemitritée de Celse, à laquelle on peut rapporter celle qui de double tierce devient par l'extension de ses paroxysmes, fièvre continue-remittente. 2°. L'hémitritée de Galien, qui est une complication de la fièvre continue avec des redoublements, de la quotidienne, et de la fièvre tierce intermittente, telle qu'elle a été caractérisée ci-devant. 3°. Enfin, l'hémitritée, qui est formée de l'union de la fièvre continue sans redoublements, avec la continue qui a des redoublements tiercenaires.

C'est l'hémitritée de Galien, qui est la plus connue des auteurs, et dont il est le plus fait mention dans les observations de pratique : c'est aussi de celle-là que l'on trouve la description la plus circonstanciée ; Lommius l'a fait ainsi, medic. Observ. lib. I.

Tous les accès ou redoublements de cette fièvre commencent par le froid, et finissent par la sueur : mais dans les accès tiercenaires, le froid est plus fort avec tremblement, suivi d'une chaleur plus ardente, d'une grande soif, et à la fin d'une sueur plus abondante ; au lieu que dans les accès qui appartiennent à la quotidienne, le froid est moins considérable, sans tremblement ; la chaleur qui suit est plus douce et sans soif ; le poulx est moins élevé, et ce n'est qu'une moiteur qui survient à la fin des paroxysmes : mais dans les uns et dans les autres, le malade n'est jamais sans fièvre.

Une telle complication de fièvre continue et de fièvre intermittente a de quoi paraitre singulière ; mais quoiqu'elle soit très-rare, elle a été observée par un grand nombre d'auteurs dignes de foi. Le célèbre Van Swieten dit (comment. Boerhaav. §. 738.) avoir vu un homme sujet à la fièvre quarte, qui, ayant été attaqué d'une pleurésie, n'en eut pas moins les accès bien marqués de cette fièvre intermittente, malgré la fièvre continue inflammatoire et les remèdes qui furent employés pour la combattre.

La fièvre hémitritée est trop compliquée pour n'être pas dangereuse : aussi a-t-on observé qu'elle est très-souvent incurable, et devient en peu de jours mortelle, à la suite des symptômes violents qui affectent principalement l'estomac et les parties nerveuses ; ce qui dépend des humeurs bilieuses qui dominent dans la masse du sang, d'où souvent aussi les affections soporeuses, spasmodiques, les insomnies, avec délire et syncope ; en un mot, tout ce qui peut caractériser une fièvre de mauvaise nature.

Mais le prognostic est en général plus ou moins fâcheux, à proportion que les paroxysmes tiercenaires sont plus ou moins violents. On doit en conséquence, tirer les indications du caractère le plus dominant de la fièvre quotidienne ou de la fièvre tierce continue, et satisfaire à ce qui est indiqué, en suivant ce qui est prescrit dans la cure de ces différentes sortes de fièvre. Voyez FIEVRE, FIEVRE QUOTIDIENNE, TIERCE, CONTINUE et INTERMITTENTE.