S. f. (Médecine) terme générique employé par les Médecins, pour désigner l'état maladif dans lequel il se fait une génération contre nature, de vents qu'on rend par haut, par bas, ou qui restent soit dans l'estomac, soit dans les intestins, et y causent des borborygmes, des tensions, des anxiétés, et autres symptômes douloureux. Voyez BORBORYGMES, ROT, VENTS, etc.

La matière propre des flatuosités, est un air élastique qui se trouve fréquemment dans le ventricule ou les intestins, et quelquefois dans d'autres viscères ; mais alors ce sont des cas très-rares. La cause materielle des flatuosités est une matière élastique que la chaleur, l'effervescence ou la fermentation dilate, et qui est retenue ou poussée hors du corps avec quelque bruit, lorsque les obstacles qui s'opposaient à sa sortie, viennent à cesser.

L'air, les sels de différente nature, les fruits, les humeurs putrescentes, les végétaux fermentants, fournissent aux flatuosités une matière dont l'impétuosité et l'odeur varient suivant sa qualité ; cependant toutes ces choses sortent sans aucun effort, quand elles trouvent les passages ouverts ; d'où l'on comprend sans peine que le sphincter de l'ésophage, l'ésophage, les deux orifices de l'estomac et les intestins, concourent ensemble en ce qu'ils se contractent spasmodiquement, et se relâchent ensuite : mais si la contraction spasmodique est forte et dure longtemps, alors la matière élastique qui se raréfie par la chaleur, par le mouvement et par sa propre vertu ; venant à être resserrée dans une cavité que la convulsion de ses fibres retrécit, elle distend les membranes qui la gênent, et comprime les lieux voisins ; de-là naissent des anxiétés et des douleurs très-vives, qui cessent à la sortie des vents.

Doctrine des flatuosités. Mais pour se former une idée plus exacte des flatuosités, nous commencerons par établir quelques principes qui peuvent nous y conduire.

1°. Les hommes bien portants consument une grande quantité d'air élastique, ou l'unissent à leurs humeurs ; or l'air qu'on avale avec les aliments, et qui n'est pas consumé faute d'action, engendre un nouvel amas d'air.

2°. Les aliments qu'on prend, et qui fermentent aisément, fournissent en fermentant une grande quantité d'air dans les premières voies, s'ils ne sont pas bien broyés par l'action du ventricule et des intestins.

3°. La même chose arrive des aliments putrescens, indépendamment qu'ils produisent cet effet en circulant avec nos humeurs.

4°. Le mouvement vital, qui dans l'état de santé consume beaucoup d'air, étant une fois dérangé, sépare l'air de nos humeurs, et produit dans le corps un nouvel air élastique, comme il parait par quelques poisons.

5°. Le phénomene principal de l'air caché est le son, le bruit, les grouillements qu'on entend rarement dans le bas-ventre, quand le mouvement péristaltique des intestins est uniforme, et que les passages sont bien libres.

6°. L'air retenu dans un endroit fermé, mais agité fortement par la partie qui l'environne, cause en tiraillant les fibres, une douleur considérable de tension. Si pour lors il se présente quelque part une ouverture, l'air ainsi comprimé sort d'ordinaire avec bruit, et le malade est soulagé. Si la cause qui produit l'air cesse, le malade est guéri ; mais si cette cause persiste, il est tourmenté de flatuosités sans soulagement.

7°. Quand l'air comprimé sort chargé d'odeurs acides, nidoreuses, putrides, fétides, il indique le caractère des vapeurs atténuées d'aliments ou d'humeurs qui se sont mêlées à cet air dans le corps humain. L'air qui sort modérément, prouve que l'action est encore bonne et entière dans les parties qui le contenaient. Celui qui sort avec beaucoup de violence après de grandes douleurs, désigne quelqu'espèce de convulsion dans la partie qui le renfermait. Celui qui sort sans bruit, mais avec une grande fétidité, indique la faiblesse de la partie, ou la pourriture prédominante des humeurs qui s'y sont mêlées.

8°. L'air disparait sans être rendu, lorsque le mouvement vital fort et réglé, unit cet air à nos humeurs ; ce qui marque un meilleur état de santé, que s'il avait été poussé au-dehors par les passages qui lui sont ouverts. Passons présentement aux signes des flatuosités.

Signes des flatuosités. Leurs signes les plus ordinaires sont les grouillements des intestins avec bruit, et à la place de ces grouillements, des distensions avec constriction du bas-ventre. De la continuation de ce symptôme, naissent des douleurs, qui sont ou fixes dans le même lieu, ou qui changent de place, et qui cessent ensuite par l'éruption des flatuosités. Quand une constipation rebelle accompagne ce mal, il le rend beaucoup plus violent, et pour lors l'oppression de l'estomac avec la difficulté de respirer, s'y joignent d'ordinaire.

Personnes sujettes à ce mal. Les flatuosités attaquent principalement les gens phlegmatiques, dont les viscères sont affoiblis, et susceptibles d'expansibilité. Les gens sanguins, cholériques et mélancholiques y sont aussi sujets, ou les éprouvent souvent après des maladies chroniques. En général les personnes délicates y sont plus exposées que les gens robustes, et par conséquent les femmes plus que les hommes, surtout dans le temps de leurs règles.

Causes. Les flatuosités sont quelquefois occasionnées par une simple langueur ou affoiblissement du ton de l'estomac, des intestins, auquel cas elles se terminent par haut ou par bas sans accident. D'autres fois elles tirent leur origine d'une matière visqueuse et tenace, ou d'une matière acide piquante, qui jette le trouble dans les boyaux, et alors le patient souffre des constrictions spasmodiques d'entrailles, succédées par des relâchements inquiétants. Ce mal procede quelquefois de l'engorgement de la veine-porte, et des rameaux de cette veine, qui communiquent à l'estomac, à la rate, au pancréas, aux intestins, etc. Les aliments putrescens, ceux qui sont d'un suc épais et glutineux, le poisson de mer séché, les graisses animales, toutes les boissons nouvelles qui sont susceptibles de fermentation dans l'estomac, le miel pris en quantité, etc. sont une source féconde de flatuosités. En outre le tempérament du patient y contribue beaucoup, surtout dans la suppression de la transpiration insensible. Enfin les flatuosités procedent aussi de la sympathie d'autres parties.

Prognostics. Les flatuosités qui ont dégénéré en habitude, sont souvent accompagnées de coliques, de cardialgies, d'anxiétés. La suppression forcée de ces mêmes flatulences, excite dans les personnes pléthoriques des spasmes, des tumeurs, des duretés du bas-ventre, la tympanite. Leur décharge libre dégénere naturellement en habitude. Les flatuosités lentes causent peu de mal au malade. Les flatuosités impétueuses produiront des désordres cruels, s'il s'y joint d'autres causes accidentelles qui les irritent.

Cure. La méthode curative générale veut 1°. qu'on dissipe la matière des flatuosités, par des boissons chaudes un peu aromatiques, propres à apaiser la fermentation, l'acrimonie ou la putréfaction : 2°. par des antispasmodiques qui adoucissent l'acreté, et modèrent le cours tumultueux des esprits : 3°. par des clystères, des fomentations, des épithemes chauds, anodyns, et un peu aromatiques ; comme aussi par des ventouses appliquées au bas-ventre sans scarification.

Mais pour entrer dans quelques détails plus particuliers, nous dirons que dans les flatuosités simples et directes, on doit tenir le ventre doucement ouvert, afin d'éviter la constipation. Pour cet effet, on usera de legers eccoprotiques qui ne seront pas flatueux ; et dans les jours intermédiaires, on emploiera les sels digestifs propres à atténuer la matière visqueuse adhérente aux entrailles. On y joindra du nitre et un peu de cinnabre, remèdes qui valent beaucoup mieux que les carminatifs chauds qu'on donne d'ordinaire.

Ensuite on renforcera le ton des parties par des extraits amers et aromatiques, l'esprit-de-nitre dulcifié, et les sels volatils urineux aromatisés. Enfin on appliquera à l'extérieur des emplâtres et baumes stomachiques. On resserrera insensiblement le ventre par un bandage, et on renforcera le corps par l'exercice modéré et continué.

Les flatuosités qui proviennent du mouvement desordonné des esprits dans les personnes mobiles, attaqués d'hystérisme, d'hypochondrie, et autres maladies nerveuses, ne demandent point d'évacuans, parce qu'elles n'ont point de matière à évacuer. Ainsi le mal doit être attaqué dans son principe, et ne peut cesser que par des anodyns antispasmodiques, et par la guérison de la cause première.

Tous les aliments qui par leur abondance surpassent les forces de la digestion, ou qui par leur ténacité ne peuvent être triturés, subissent une dégénération spontanée qui produit des flatuosités infectées d'odeurs et de saveurs différentes. De telles crudités veulent être chassées par de legers purgatifs aromatisés. Il faut ensuite en prévenir la source par des stomachiques corroborants ou résolutifs. Les flatuosités qui naissent de la pourriture, demandent absolument l'évacuation de l'humeur corrompue, sa correction, la dépuration de la partie, et les antiseptiques pour en empêcher les progrès.

Les flatuosités provenantes de la sympathie d'une autre partie attaquée qui excite ce trouble, comme par exemple, de la douleur des lombes, de la néphrétique, de la suppression des règles, de la fièvre, de la goutte, des passions de l'âme, etc. requièrent pour remèdes les seuls anodyns, tandis qu'on tâchera de guérir les maladies qui en sont la cause.

La méthode générale de traiter les flatuosités par les seuls aromatiques chauds, est communément plus propre à faire du mal que du bien. La méthode des vomitifs tend plus à augmenter la cause des flatuosités qu'à les guérir ; parce qu'ils renversent le mouvement péristaltique des intestins, et produisent souvent l'oppression, le vertige, et autres fâcheux symptômes.

Quoique les expériences démontrent qu'il se forme beaucoup d'air dans l'effervescence, ce cas est néanmoins assez rare parmi les hommes, parce qu'ils manquent communément des humeurs qui par leur mélange viennent à exciter une effervescence considérable ; et si ce cas arrive lorsque, par exemple, les acides sont suivis d'alkalis, alors les flatuosités cessent assez promtement.

Comme les vents se portent promtement d'un lieu à l'autre, et qu'ils produisent des douleurs vagues qui courent en différentes parties du corps, on a cru que toute douleur changeante dans le corps humain naissait de flatulences, et on les a nommées par cette raison douleurs flatulentes. Mais puisqu'on ne découvre aucun air élastique dans les parties charnues, nerveuses et membraneuses ; que ces parties ne fournissent aucun passage à l'air, et que les douleurs dont il s'agit ne sont point apaisées par la sortie des vents, il parait que l'air n'en est point la cause. Il faut donc pour guérir ce mal, corriger les vices du suc nerveux, tandis qu'en même temps on rétablira la transpiration qui se trouve souvent arrêtée.

Auteurs. Les Praticiens feront bien d'étudier sur les flatuosités, les commentateurs qui ont illustré le livre que nous avons d'Hippocrate, en ce genre, et particulièrement Fienus de flattibus, morbisque flatulentis, Antverp. 1582, in-8°. prima edit. Amsterdam 1643, in-12°. Voyez aussi, parmi les modernes, M. Combalusier, Pneumato-Pathologia, sea tractatus de flatulentis humani corporis affectibus. Paris 1747, in-8°. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.