S. f. (Médecine) ce mot est employé en Médecine pour désigner une maladie des intestins : mais il est pris en différents sens par différents auteurs. Il est composé de deux mots grecs, : le premier est une particule que l'on place devant plusieurs mots de l'art ; elle signifie difficulté, imperfection, malignité : le second signifie intestin, entrailles ; ainsi le mot dyssenterie ou difficulté des intestins, n'exprime proprement que la fonction lésée de cet organe.

Mais lorsqu'il se joint à la diarrhée des douleurs d'entrailles, qui sont appelées en grec , en latin tormina, des tranchées avec tenesme, c'est-à-dire de fréquentes envies d'aller à la selle, avec de violents efforts sans faire le plus souvent aucune déjection, il est reçu parmi les Médecins d'appeler alors spécialement cette affection dyssenterie.

Et comme dans ce cas elle a lieu, à cause que la tunique interne des intestins étant dépouillée de la mucosité qui les enduit naturellement par la durée de la diarrhée, ou par l'âcreté des matières, est exposée à être excoriée, rongée, en sorte qu'il se mêle du sang avec la matière du cours de ventre, quelques auteurs ont souvent restraint la signification du mot dyssenterie, pour exprimer seulement des fréquentes déjections de matières sanguinolentes.

La description que donne Celse de la dyssenterie, qu'il appelle tormina, est favorable à ce sentiment. " Les intestins s'exulcèrent intérieurement, dit-il : il en coule du sang, tantôt avec des excréments toujours liquides, tantôt avec des matières muqueuses : il s'évacue aussi quelquefois en même temps comme des raclures de chair : on sent une fréquente envie d'aller à la selle, et l'anus est douloureux : on fait des efforts, lorsque la douleur de cette partie est augmentée, et il sort très-peu de chose, etc. " Et quoique Galien appelle dyssenterie la simple exulcération des intestins, et qu'il ne donne point ce nom aux déjections des matières âcres, irritantes, qui précèdent l'exulcération (comment. 2. lib. XI. in epidem.), cependant il a donné ailleurs le nom de dyssenterie sanglante, à l'évacuation du sang par les intestins, quoiqu'il n'y ait point d'exulcération : il désigne même par ce nom le flux de sang par le fondement, qui arrive après la suppression de quelque évacuation ordinaire du sang, ou aux personnes mutilées, ou à celles qui deviennent pléthoriques par défaut d'exercice.

Mais cette espèce de déjection sanglante qui se fait sans douleur et sans tenesme, doit être rapportée à plus juste titre à la diarrhée.

Il résulte de ce qui vient d'être dit, que le flux de sang par l'anus ne doit pas être regardé comme le signe caractéristique de la dyssenterie, puisque dans cette maladie on observe que les déjections sont principalement mêlées des matières muqueuses, bilieuses, attrabilaires, avec un tenesme très-fatiguant et des tranchées très-violentes : ce sont ces derniers symptômes qui la distinguent de la diarrhée proprement dite, et de toute autre maladie qui peut y avoir rapport, comme le flux hépatique, hémorrhoïdal, etc. Voyez FLUX HEPATIQUE, HEMORRHOÏDES. Par conséquent on peut regarder la dyssenterie comme une espèce de diarrhée, accompagnée de douleurs de tranchées et souvent de tenesme, avec exulcération des intestins.

La dyssenterie, dit Sydenham, s'annonce ordinairement par un frisson, qui est suivi de chaleur ; on commence ensuite à ressentir des tranchées dans les boyaux : les déjections sont glaireuses, les malades souffrent beaucoup en allant à la selle, les matières sont mêlées de sang, et quelquefois il n'y en a point. Néanmoins si les déjections sont fréquentes, si les tranchées continuent avec l'évacuation des matières muqueuses, cette maladie doit toujours être regardée comme une dyssenterie véritable ; par conséquent il n'est pas de l'essence de la dyssenterie qu'elle soit accompagnée de flux de sang, qui peut aussi avoir souvent lieu, comme il a été dit, sans qu'il y ait dyssenterie.

Tout ce qui peut causer une forte irritation aux fibres nerveuses des intestins, en excorier les tuniques, le plus souvent après avoir emporté la mucosité qui les tapisse et les défend contre l'impression des âcres ; tout ce qui peut produire cet effet au point d'exulcérer la cavité des boyaux, établit les causes de la dyssenterie : ainsi elles peuvent être externes ou internes. Parmi les externes sont les aliments âcres, susceptibles de se corrompre aisément ; les fruits cruds, dont on fait un usage trop fréquent, et pris trop copieusement ; les crudités des premières voies ; les boissons spiritueuses, fortes, caustiques ; les remèdes trop actifs, comme les purgatifs mochliques administrés mal-à-propos ; les poisons corrosifs ; et en un mot, tout ce qui peut dissoudre la mucosité des boyaux, et mettre leur surface interne à découvert, exposée à l'impression de tous les irritants qui peuvent être portés dans le canal intestinal, et qui constituent les causes internes de la dyssenterie, telles que toutes les humeurs bilieuses, jaunes, vertes, noires, pures, ou différemment corrompues et mêlées avec d'autres humeurs âcres, rongeantes, qui peuvent être déposées dans cette cavité, ou dans les vaisseaux secrétoires qui entrent dans la composition de ses parais, ou symptomatiquement, ou par l'effet de quelque crise, y étant dérivées de tous les viscères voisins, et de toutes les autres parties du corps, telles que les matières purulentes, acrimonieuses, ichoreuses, sanieuses, fournies par quelque abcès de la substance des intestins, ou des parties d'où elles peuvent y parvenir.

Les impressions dolorifiques mordicantes qui se font sur les tuniques des intestins, sont à-peu-près semblables à celles qui excitent sur la surface du corps des pustules en forme d'excoriations, qui détachent l'épiderme de la peau et l'affectent, comme la brulure ; et attendu que la tunique interne des intestins est beaucoup plus délicate que les téguments, ces impressions produisent des effets bien plus considérables, le tissu étant moins solide, résistant moins aux efforts des fluides pénétrants qui tendent à le dissoudre.

Il est difficile de déterminer absolument quelle est la nature de la matière morbifique qui établit la dyssenterie, et de la distinguer d'avec celle qui donne lieu aux diarrhées simples. On ne peut dire autre chose, sinon qu'elle est certainement plus âcre ; mais cela ne suffit pas : car il devrait en résulter qu'elle exciterait plus fortement la contraction des intestins, et donnerait par-là lieu à ce qu'elle serait évacuée plus promtement ; il faut donc qu'avec cette plus grande acrimonie, elle ait plus de tenacité, qu'elle soit plus grossière, qu'elle s'attache plus fortement et plus opiniâtrément aux parois des intestins, qu'elle y fasse pour ainsi dire l'effet des vésicatoires, comme les cantharides, en sorte qu'elle puisse ronger la substance de leurs membranes, et les détruire ; comme il arrive lorsque la dyssenterie est à son plus haut degré de malignité.

Il y a lieu de soupçonner avec Sennert, en réfléchissant sur cette activité extraordinaire de l'humeur dyssenterique, qui quoiqu'en apparence moins viciée que bien d'autres humeurs que l'on rend par la voie des selles dans d'autres maladies, produit cependant des effets plus violents ; que cette humeur a une analogie particulière avec les parties sur lesquelles elle agit ; qu'elle les pénètre plus aisément qu'une autre. Comme le poisson appelé lièvre marin a une qualité venéneuse, par laquelle il affecte plutôt les poumons qu'aucun autre organe, les cantharides agissent plus particulièrement sur les reins ; les purgatifs portent leur action sur les boyaux, non seulement quand ils sont avalés, mais appliqués extérieurement, flairés, etc. de même non-seulement l'humeur peccante qui est dans les boyaux, mais encore les miasmes qui contribuent à établir la contagion dyssenterique, tels que ceux qui s'exhalent des corps affectés de cette maladie, de leurs excréments, etc. également portés avec l'air sur la peau, sur la membrane pituitaire dans les poumons, dans l'estomac, dans les intestins, n'agissent que sur ceux-ci.

On ne peut guère rendre raison de cette prédilection, mais il suffit d'être bien assuré que le fait est tel. La table des rapports de M. Geoffroi n'est pas contestée pour les expériences dont il y est question ; mais la théorie n'en est pas mieux établie pour cela. L'attraction, l'analogie, ne sont encore presque que des mots, quand il s'agit de porter des lumières à l'esprit ; mais si l'attraction, l'analogie, ou les effets que l'on attribue à ces causes, que quelques physiciens veulent encore regarder comme occultes, sont bien démontrés, qu'importe le comment de ces opérations de la nature, pourvu que nous ayons des connaissances proportionnées à nos besoins ? Il est fort peu utile que notre simple curiosité soit satisfaite.

Ce qui vient d'être dit à l'égard de la dyssenterie contagieuse, peut aussi être appliqué à toutes autres maladies épidémiques, dont les unes semblent affecter une partie, les autres une autre, comme l'expérience le prouve par rapport aux catarrhes, aux angines, aux péripneumonies, aux pleurésies, aux éruptions cutanées. La cause qui les produit agit, dans le temps où une de ces maladies règne, immédiatement sur la partie qui en devient le siège, et non sur toute autre. Voyez CONTAGION, EPIDEMIE.

On observe dans la dyssenterie, que la matière des déjections est presque toute muqueuse ; il s'en ramasse une grande quantité de celle qui est détachée par l'action du virus dyssenterique de toute la surface des boyaux : d'ailleurs on peut regarder le plus souvent la dyssenterie, lorsqu'elle est épidémique surtout, comme un rhume d'intestins, dans lequel il se fait, tout comme dans celui des narines et de toutes leurs cavités, une grande excrétion de morve, qui se filtre plus abondamment dans les glandes destinées à la secrétion de la mucosité naturelle. L'action de l'humeur dyssenterique qui porte sur ces colatoires, les émonge, pour ainsi dire, en y attirant une plus grande quantité de fluide qui doit s'y filtrer, et en rendant par conséquent son excrétion plus promte, ce qui diminue la resistance pour celui qui s'y porte ensuite.

Dans les épidémies, et dans les cas où la dyssenterie est la maladie essentielle, la cause semble devoir principalement agir à l'extérieur des vaisseaux qui composent les tuniques des boyaux : mais lorsqu'elle est un symptôme de maladie, qu'elle a lieu par un transport de matière morbifique dans les couloirs des intestins, alors il est vraisemblable qu'elle agit le plus communément dans l'intérieur même des vaisseaux ; elle y croupit, elle les ronge, les perce, et les vaisseaux voisins : d'où le flux de sang, qui suit les douleurs, les tranchées. Si la même chose arrive dans presque tous les points d'une certaine étendue de boyaux, il en résulte que n'y ayant presque aucun vaisseau entier, la partie sphacélée et gangrenée tombe en lambeaux, que l'on rend par les selles ; ce qui annonce la fin prochaîne de la maladie et de la vie. Le même effet arrive cependant aussi par l'écoulement de la bile qui se répand sur la surface des intestins, avec des qualités morbifiques, âcres, corrosives, dans les fièvres malignes, etc.

Avant que de finir sur les causes de la dyssenterie, il y a quelque chose à dire de celles qu'on appelle procathartiques ou occasionelles, telles que la mauvaise disposition de l'air en général ; ainsi Hippocrate annonce, aphor. xj. sect. 3, que si l'hiver est plus froid et plus sec qu'à l'ordinaire, et le printemps pluvieux et assez chaud, il y aura des dyssenteries en été ; et aphor. xij. de la même section il ajoute : " Si le vent du midi domine pendant l'hiver, et qu'il soit pluvieux ; que le printemps soit sec et froid, ces saisons sont très-propres à produire des dyssenteries ; Il y a aussi une disposition particulière de l'air dans les constitutions épidémiques, qui dépend de certaines causes qui l'infectent d'une manière particulière, qui est quelquefois très-pernicieuse et pestilentielle, par des exhalaisons qui se répandent dans l'atmosphère, par différentes altérations qu'éprouve cet élement dans ses parties hétérogènes, etc. L'air peut être encore plus particulièrement infecté par les exhalaisons des matières des déjections, par le moyen des latrines.

Tout ce qui vient d'être dit des causes de la dyssenterie, est bien confirmé par les observations faites sur cette maladie, qui ont fourni les signes qui la caractérisent dans tous ses degrés, et par rapport aux différentes suites qu'elle peut avoir.

Charles Pison décrit de la manière qui suit la dyssenterie. Dans cette maladie, dit-il, la matière des déjections parait d'abord être de la nature de la graisse mêlée de mucosités ; ensuite elle présente des pellicules à demi-dissoutes en forme de raclures, comme de petits lambeaux d'épiderme ; et enfin des portions de la propre substance de l'intestin, accompagnées des mucosités sanglantes, quelquefois d'une grande quantité des matières purulentes ; en sorte que les intestins sont d'abord raclés, ensuite rongés, et à la fin ulcérés. Ces trois degrés ne s'observent pas dans toute dyssenterie ; ils ont lieu plus ou moins selon le plus ou le moins de malignité de la cause.

La fièvre n'est pas aussi toujours jointe à cette maladie, surtout lorsqu'elle n'est que sporadique : elle s'y trouve presque toujours, lorsqu'elle est épidémique, et lorsque la matière morbifique est fort âcre, agit en irritant fortement, ou lorsqu'elle n'est portée de quelqu'autre partie du corps dans les intestins, que par l'effet d'une grande agitation ou d'un grand trouble. La fièvre précède toujours la dyssenterie, lorsque celle-ci en est un symptôme.

Les dyssenteriques sont ordinairement pressés par la soif, sont fort dégoutés : la douleur qu'ils ressentent, se fait ordinairement sentir au-dessus du nombril, dans les intestins supérieurs ; elle est quelquefois si violente, qu'elle occasionne des défaillances avec sueurs, insomnies et grande faiblesse.

On peut savoir par les signes suivants, si l'exulcération a son siège dans les petits ou dans les gros intestins : la matière qui vient des premiers est plus puante, et a plus de ressemblance avec la raclure de chair : celle qui vient des derniers, est distinguée par la douleur qui se fait sentir au-dessous du nombril, et par le sang qui sort avec les excréments, et n'est point mêlé avec eux, au lieu qu'il l'est lorsqu'il vient des boyaux grêles ; et la raison s'en présente aisément, parce qu'il a roulé longtemps dans le canal intestinal avec tout ce qui y est contenu ; et au contraire des gros.

On peut encore connaitre le siège de la maladie, par la grandeur des pellicules rendues avec les excréments, si elles sont peu étendues et minces, elles ont été détachées des boyaux grêles ; si elles sont larges et épaisses à proportion, elles appartiennent aux gros. Lorsque les petits intestins sont affectés, les déjections sont plus bilieuses, jaunâtres, verdâtres ; elles sont plus mordicantes, plus fatigantes ; et quand ils le sont dans le voisinage de l'estomac, la maladie est accompagnée de vomissements, et d'une plus grande aversion pour les aliments, ce qui est une marque que ce viscère est aussi affecté. Lorsque c'est l'intestin jejunum qui est ulceré, la matière des déjections est plus crue, la soif est plus grande, et les nausées sont plus fréquentes. Quand le siège du mal est dans les gros, il y a moins d'intervalle de temps de la tranchée à la déjection ; on ressent une douleur à l'anus, qui est plus forte dans ce cas.

La crudité et la coction en général, distinguent les différents temps de la maladie.

On peut établir sommairement le prognostic de la dyssenterie de la manière qui suit. Le vomissement qui survient aux dyssenteriques est très-dangereux ; c'est un signe que l'exulcération a son siège dans les petits intestins : le danger est plus grand, parce qu'ils sont d'un tissu plus délicat, attendu qu'ils ne sont pas destinés, comme les gros, à contenir des matières susceptibles à contracter une putréfaction acrimonieuse ; étant plus voisins du foie, ils en reçoivent la bile plus pure, par conséquent plus active, plus irritante : d'où une plus grande douleur.

Cependant la dissenterie qui est produite par des aliments âcres et par la bile jaune se guérit facilement ; c'est le contraire, si elle provient d'une matière pituiteuse, saline, parce qu'elle s'attache opiniâtrément aux tuniques des intestins, et agit constamment sur la même partie, qu'elle ronge et pénètre plus profondément.

La dyssenterie qui est produite par une matière bilieuse, noirâtre, est mortelle, selon Hippocrate, aphor. xxjv. sect. 4. parce que l'ulcère qui s'ensuit approche de la nature du chancre, qui ne guérit presque jamais, quand même il a son siège sur des parties externes.

Si cependant c'est de l'atrabile portée par un mouvement de crise dans les intestins, qui occasionne la dyssenterie, la maladie n'est pas si dangereuse ; mais il faut prendre garde à ne pas prendre pour de l'atrabile, du sang figé et noirâtre qui a longtemps séjourné dans les boyaux.

Si les dyssenteriques rendent par les selles des caroncules, c'est-à-dire de petites portions de chair, c'est un signe mortel, selon Hippocrate, aphorisme xxvj. sect. 4. il indique la profondeur de l'ulcère, qui détruit la substance même du boyau.

Les longues insomnies, la soif ardente, la douleur dans la région épigastrique, le hocquet, les déjections de matière sans mélange, noires, puantes ; l'évacuation abondante de sang, annoncent le plus souvent une dyssenterie mortelle. Ce dernier signe fait comprendre que les tuniques des intestins sont pénétrées assez avant pour que les vaisseaux sanguins en soient déchirés, ouverts.

Les goutteux et ceux qui ont des obstructions à la rate, sont soulagés lorsque la dyssenterie leur survient, selon Hippocrate dans les prognostics, et aphor. xlvj. sect. 6. mais dans ce cas est-ce une véritable dyssenterie, et n'est-ce pas plutôt une diarrhée critique, qui sert à évacuer la matière morbifique ?

Les enfants et les vieillards succombent plus facilement à la dyssenterie, que ceux du moyen âge, dit Hippocrate dans ses prognostics : la raison en est que les enfants sont d'un tissu lâche, sur lequel la matière morbifique corrosive fait plus de progrès, et qu'ils sont plus difficiles à conduire dans le traitement de la maladie ; et pour les vieillards, c'est qu'ils n'ont pas assez de force pour résister à un mal qui les épuise beaucoup, et qui occasionne un grand trouble dans l'oeconomie animale, puisqu'ils ont moins de disposition que tous autres à produire l'humeur dyssenterique. Les femmes supportent aussi plus difficilement cette maladie que les hommes ; cette différence vient de la constitution plus délicate des personnes du sexe : cependant si la dyssenterie survient aux femmes accouchées, elle n'est pas dangereuse, parce qu'elle sert à évacuer une partie des lochies.

La convulsion et le délire à la suite de la dyssenterie, et le froid des extrémités, annoncent une mort prochaîne. S'il survient à un dyssenterique une inflammation à la langue, avec difficulté d'avaler, c'est fait du malade, on peut l'assurer aux assistants. Si la dyssenterie est mortelle, le malade périt quelquefois bientôt, comme dans la première semaine ou dans la seconde : quelquefois la maladie s'étend jusque dans la troisième.

Lorsque la dyssenterie se termine par un ulcère avec suppuration, les malades rendent pendant longtemps des matières purulentes par les selles ; ils s'épuisent, et périssent enfin comme les phtisiques.

La dyssenterie bénigne dure quelquefois plusieurs mois sans avoir de suites bien fâcheuses ; la maligne cause des symptômes très-violents, et fait périr plusieurs de ceux qui en sont attaqués : on l'appelle pestilentielle, lorsqu'il en meurt plus qu'il n'en échappe. Extrait de Pison, Sennert, Rivière, Baglivi.

La curation de la dyssenterie doit tendre à remplir les indications suivantes ; savoir de corriger l'acrimonie des humeurs qui en est la cause, de les évacuer, de déterger les boyaux affectés, de consolider l'exulcération, et d'arrêter le flux de ventre. On peut employer à cette fin la diete et les remèdes.

Pour ce qui regarde le premier de ces moyens, on doit d'abord avoir attention de placer le malade dans un lieu sec ; il faut lui ordonner le repos et lui faciliter le sommeil : il doit éviter toute peine, toute contention d'esprit. A l'égard de la nourriture, il doit en prendre très-peu dans le commencement, la quantité doit être réglée par ses forces en raison inverse : on doit toujours avoir attention que dans le cas même où il n'y aurait point de fièvre, il faudrait que le malade s'abstint de manger, parce que ce sont les organes qui doivent travailler à la digestion, qui sont affectés ; ainsi on ne doit accorder que très-peu d'aliments, et fort legers, à plus forte raison s'il y a fièvre ; ce qui doit être observé surtout pendant les trois premiers jours, après lesquels, si rien ne contre-indique, on peut donner du lait, qui non-seulement est une bonne nourriture, mais encore un bon remède pour la dyssenterie, surtout si on y ajoute quelque qualité dessiccative, comme d'y éteindre une pierre, un morceau de fer rougi au feu ; si on le rend détersif, dessiccatif, en y délayant du miel, en le coupant avec la seconde eau de chaux : le petit-lait peut être aussi donné dans la même vue ; l'un et l'autre sont très-propres pour adoucir toutes les humeurs âcres qui se trouvent dans les boyaux, et pour en émousser l'activité corrosive. Le lait de chèvre doit être préféré, et à son défaut le lait de vache. S'il y a beaucoup de fièvre, on pourra couper le lait avec égale quantité d'eau de rivière ; de cette manière il pourra être employé sans crainte de mauvais effets : s'il n'y a pas de fièvre, on pourra faire prendre au malade différentes préparations alimentaires, avec le lait, des soupes de différentes manières, avec de la farine du ris, etc. On peut aussi mêler des œufs avec du lait. Les légumes, comme les lentilles, les pois cuits dans le bouillon de viande, sont une bonne nourriture dans cette maladie ; si elle est opiniâtre, on peut avoir recours aux aliments astringens. Si les forces sont bien diminuées, il faut employer des consommés, des gelées de vieux coq : on peut dans ce cas accorder un peu de bon vin, qui ne soit cependant pas violent, et assez modérément trempé. On conseille aussi le vin blanc avec l'eau ferrée, pour déterminer les humeurs âcres vers les couloirs des urines, et les évacuer par cette voie.

Venons à l'autre partie de la curation, qui doit être opérée par le moyen des remèdes. Pour remplir les indications qui se présentent, on doit, selon Sydenham, employer la saignée, pour faire révulsion aux humeurs qui se portent dans les entrailles, et qui engorgent les vaisseaux de leurs membranes ; il faut par conséquent détourner la fluxion avant que de travailler à la guérison de l'exulcération, à moins que le transport de l'humeur ne soit critique, et non symptomatique.

Ainsi dans le cas où le malade a des forces, parait d'un tempérament sanguin, robuste, on doit tirer du sang dès le commencement de la maladie, avec ménagement et en petite quantité, parce que les fréquentes déjections, l'insomnie et l'inflammation qui accompagnent souvent la dyssenterie, affoiblissent beaucoup et promtement le malade : si elle provient d'une suppression d'hémorroïdes ou de menstrues, on doit donner la préférence à la saignée du pied : en un mot, ce n'est qu'en tirant du sang que l'on peut arrêter efficacement les progrès de la phlogose qu'excite dans les boyaux l'irritation causée par les humeurs âcres, rongeantes.

On doit ensuite s'occuper, aussi dès les premiers jours de la maladie, du soin d'évacuer les humeurs ; car il serait trop long de les corriger, surtout lorsqu'elles abondent : en restant appliquées à la partie souffrante, elles ne cesseraient pas de l'irriter jusqu'à-ce qu'elles fussent entièrement adoucies. D'ailleurs on doit encore se proposer par le moyen de la purgation, de diminuer l'engorgement des vaisseaux, et d'emporter les humeurs surabondantes. S'il y a quelque disposition au vomissement, on doit tenter de purger par cette voie, parce que non-seulement on diminue la matière morbifique, mais on fait une puissante diversion : c'est ce qu'enseigne Hippocrate, aph. xv. sect. 6. " Pendant le cours de ventre opiniâtre, si le vomissement survient, il termine heureusement la maladie ". C'est, dit Galien sur ce même aphorisme, un des exemples de ce que la nature s'efforce de faire utilement, que le médecin doit suivre : il doit donc placer dès le commencement les remèdes purgatifs, ou par haut ou par bas ; et s'il ne peut pas les répeter tous les jours, il doit le faire de deux en deux jours, ou de trois en trois jours au moins. L'hypécacuanha et la rhubarbe sont principalement en usage pour remplir ces indications. Le premier de ces médicaments a la propriété de faire vomir, et même de purger par le bas, et le second produit surement ce dernier effet ; mais outre ce, l'un et l'autre ont une vertu astringente sur la fin de leur action, qui est très-salutaire dans cette maladie, dans laquelle on regarde l'hypécacuanha comme un remède spécifique. Le simarouba n'est pas moins recommandable, parce qu'il a les mêmes propriétés, et qu'il a de plus celle de calmer les douleurs ; ainsi il peut satisfaire presqu'à toutes les indications que l'on doit se proposer de remplir dans cette maladie.

Car Sydenham, qui en a si bien traité, conseille expressément de ne pas manquer d'employer un remède parégorique chaque nuit, soit après la saignée, soit après la purgation ; il préfère pour cet effet le laudanum liquide, auquel seul il veut qu'on ait recours pour achever la curation, après avoir purgé le malade trois ou quatre fais.

On peut administrer quelques lavements dans cette maladie, mais on ne doit les employer que par grands intervalles et à petite dose, surtout si le vice est dans les gros intestins, parce qu'en dilatant les boyaux ils augmentent la douleur : Sydenham conseille de les composer avec le lait et la thériaque. On peut aussi en employer qui ne sont qu'adoucissants, lénitifs et détersifs ; on use dans cette vue du lait, du bouillon de tripes, de l'eau d'orge avec le beurre frais, l'huile d'olive bien douce, le miel, etc. sur la fin de la maladie on peut les rendre corroborants, astringens ; on les prépare pour cela avec différentes décoctions appropriées, auxquelles on peut ajouter avec succès une certaine quantité de vin.

La diete satisfait, comme il a été dit, à l'indication d'adoucir l'acrimonie des humeurs, par l'usage du lait diversement employé. Si le malade ne peut pas le supporter, on aura recours à l'eau de poulet, ou d'orge, ou de ris, etc. aux tisanes émulsionnées. On s'est quelquefois bien trouvé de faire boire de la limonade dans cette maladie, lors surtout qu'elle ne provient que d'une effervescence de bile.

Si la maladie résiste aux remèdes ci-dessus mentionnés, et qu'elle affoiblisse beaucoup le malade, on doit employer la diete analeptique, les cordiaux, les astringens, en poudre, en opiate, en décoctions, juleps, auxquelles on joindra toujours le laudanum liquide, si rien ne contre-indique. On peut aussi faire usage de fomentations, d'épithemes appropriés.

Baglivi dit avoir employé avec succès dans les cours de ventre, dyssenteries, tenesme, chute de boyaux invétérée, la fumée de la térébenthine jetée sur les charbons ardents, et reçue par le fondement. Il recommande aussi en général de ne pas user de beaucoup de remèdes dans cette maladie, et de ne pas recourir trop tôt aux astringens, qui peuvent produire de très-mauvais effets lorsqu'ils sont employés mal-à-propos, comme le prouve fort au long Sennert, en alléguant l'expérience de tous les temps, et les observations des plus habiles praticiens. Au reste la dyssenterie admet presque tous les remèdes de la diarrhée bilieuse. Voyez DIARRHEE. (d)