S. f. (Médecine) douleur plus ou moins violente dans le bas-ventre.

Définition. La colique parait tirer son nom de la douleur dans l'intestin colon ; cependant ce mot désigne en général toute douleur intérieure du bas-ventre. On aurait pu ne nommer colique, que la douleur du colon, comme on nomme passion iliaque, celle qui attaque les intestins grêles ; mais l'usage en a décidé autrement : néanmoins les douleurs de l'estomac, du foie, de la rate, des reins, de la vessie, de l'utérus, se rapportent aux maladies de ces parties ; et l'on distingue encore de la colique, les maladies qui occupent les téguments de tout l'abdomen.

Les douleurs de colique sont si fort dans l'humanité, qu'il n'y a ni âge, ni sexe, ni pays, ni constitution, qui en soient exempts pendant le cours de la vie ; les enfants, les jeunes gens d'un tempérament chaud et bilieux, les femmes, les vieillards, les personnes d'une nature faible et délicate, et d'un sentiment vif, y sont les plus sujets.

Pour en développer la nature autant qu'il est possible, et en former le prognostic, il faut observer soigneusement si la colique est fixe, vague, changeant de place, constante, périodique, intermittente, sympathique, opiniâtre, douloureuse, aiguë, causant une métastase, etc.

Ses causes et diverses espèces. Ses causes qui sont en très-grand nombre, se peuvent rédiger sous quatre chefs généraux : 1° des matières inhérentes dans les intestins, 2° des matières nées d'ailleurs et portées dans les entrailles, 3° la correspondance des nerfs affectés, 4° des maladies propres aux intestins et au mésentère, produisent les diverses douleurs de colique.

I. J'ai dit, 1° des matières inhérentes dans les intestins ; telles sont les choses âcres, mordicantes, de quelque nature qu'elles soient, bilieuses, rancides, putrides, acides, muriatiques, échauffantes, spiritueuses, aromatiques, stimulantes ; les vomitifs, les purgatifs, les poisons, etc. Il faut les délayer, les faire sortir par haut ou par bas, en dompter la nature par des boissons aqueuses, et toujours opposées au genre d'acrimonie.

Toute fermentation d'aliments qui trouble le mouvement des intestins, et par la distension excite des douleurs de colique, doit être apaisée après les remèdes généraux, par des carminatifs, des anodyns, des calmants.

Lorsque la douleur cause une tension convulsive, et qu'elle parait produite par des vents ou par la constipation, l'indication nous conduit à l'usage des clystères émolliens, résolutifs, répétés coup sur coup ; à des liniments carminatifs, nervins, appliqués sur la partie affectée ; aux pilules balsamiques, et à des infusions ou décoctions de manne. Dans ces douleurs flatueuses des intestins, le bas-ventre s'enfle, les vents ont de la peine à sortir, le mal aigu est suivi d'anxiété ou d'oppression ; si les vents passent par haut et par bas, le malade sent du soulagement ; si cette colique venteuse procede de l'atonie du ventricule et des intestins, elle demande des carminatifs plus chauds qu'à l'ordinaire : quelquefois la flatuosité des intestins a sa source dans cette faiblesse du ton et du peu de force de ces viscères, surtout dans les personnes âgées, et dans celles qui ont fait un usage immodéré d'aliments flatueux, de boissons spiritueuses, dans celles dont le corps a été affoibli par les maladies ou les remèdes. Pour lors on n'a de secours que la cure palliative et préservative.

Si la colique vient de vers logés dans les entrailles, on y remédiera par les vermifuges convenables. Les enfants sont sujets à cette espèce de colique accompagnée quelquefois d'une douleur poignante dans le bas-ventre, et de syncopes ; ils éprouvent aussi des tranchées occasionnées par une stagnation d'un lait aigri et rendu corrosif, ce qui les jette quelquefois dans des convulsions épileptiques. Le sirop de chicorée avec la rhubarbe est le meilleur remède.

La colique bilieuse fera un petit article particulier dans lequel on indiquera ses symptômes et sa cure. Pour la colique qui nait de l'endurcissement des matières fécales dans les gros intestins, elle se termine par la guérison de la constipation. Voyez ce mot.

II. Les humeurs viciées du corps entier ou de quelque partie, étant portées aux intestins, y causent de vives douleurs de colique, et requièrent des secours opposés à la nature du vice. Telle est l'humeur de la goutte, le catharre, la cachexie, le scorbut, la galle, l'évacuation supprimée de la sueur, de l'urine, de la salive, des excréments, d'un ulcère, d'un abcès, des hémorrhoïdes ; ou comme il arrive dans les maladies aiguës, inflammatoires, épidémiques, contagieuses, dans lesquelles maladies, les matières âcres se jettent de toutes parts dans les intestins. Il est nécessaire de détruire la maladie même, et en attendant de lubrifier le canal intestinal par des boissons et des injections onctueuses, détergentes, adoucissantes. Lorsque la suppression du flux hémorrhoïdal et menstruel est l'origine de la colique, il faut employer la saignée du pied, les lavements émolliens, les demi-bains, les antispasmodiques, les eaux minérales, l'exercice convenable, et le régime, qui dans toutes les douleurs d'entrailles est d'une absolue nécessité.

III. Souvent les intestins souffrent par sympathie des autres parties malades, comme de l'utérus dans les femmes grosses qui avortent, qui accouchent, qui sont en couches ou nouvellement accouchées, qui perdent leurs règles, qui ont les mois, les vuidanges supprimées, ou qui souffrent d'autres affections de la matrice. Ce même phénomene a lieu dans les maladies des reins, la pierre, la néphrétique, l'inflammation du diaphragme, du foie, etc. Toutes les douleurs de colique de ce genre, nées par sympathie, cessent par la guérison des maux dont elles émanent. Telle est encore la colique convulsive et quelquefois épileptique des enfants, qui vient des douleurs que leur fait la sortie des dents, en vertu de la correspondance qu'ont entr'elles les parties nerveuses. Telle est aussi la colique d'entrailles causée par un calcul biliaire détenu dans la vésicule du fiel, lequel irrite son conduit. Les femmes en couches éprouvent des douleurs de colique dans la suppression de leurs vuidanges, lorsqu'on néglige de leur bander le ventre comme il faut après l'accouchement, ou lorsqu'il survient du refroidissement.

IV. Les maladies propres aux intestins et au mésentère ; produisent de vives douleurs de colique ; c'est ce qui arrive dans l'obstruction des glandes du mésentère, dans les abcès de cette partie, qui s'étant portés sur les boyaux, y croupissent, corrodent les membranes et les gangrenent. On en trouve quelques exemples dans Willis, Benivenius, et Wharton. Telles sont encore les coliques qui proviennent d'un ressentiment, d'une contraction, d'un étrécissement, d'un skirrhe, d'une callosité, dans quelque portion des intestins, tous maux qui détruisent l'égalité du mouvement de ces viscères. Enfin toutes leurs maladies, ou celles des parties voisines, l'inflammation, l'hernie, l'érésipele, le rhumatisme, etc. produiront cet effet.

Espèces particulières. Quelquefois les coliques sont la suite de plusieurs maladies, comme de toute espèce de fièvres mal traitées, de diarrhées, de dyssenteries trop tôt arrêtées par des astringens, des vomitifs, ou des cathartiques trop violents.

Il y a encore une espèce de colique spasmodique, que quelques-uns appellent colique sanguine, parce qu'elle provient du sang qui s'est amassé au-dedans des tuniques des intestins, surtout du colon, où ce sang croupi irrite, distend les membranes nerveuses qui sont d'un sentiment très-délicat. Les hommes robustes qui mènent une vie déréglée en sont les martyrs ordinaires, et quelquefois les femmes lorsque leurs règles viennent à être supprimées. Cette colique procede aussi de la suppression d'un flux hémorrhoïdal périodique.

On connait dans certains endroits une autre espèce de colique spasmodique, que l'on peut proprement appeler endemique, parce qu'elle est commune dans certains climats et dans certains pays ; alors ces sortes de coliques tirent leur origine de l'air, des exhalaisons, des aliments, des boissons, etc. Par exemple, le bellou en Derbyshire, qui provient des exhalaisons de la mine de plomb, si funestes, que les animaux et même la volaille en souffrent. On peut citer en exemple encore, les habitants de la Moravie, de l'Autriche et de l'Hongrie ; ils sont souvent affligés d'une colique convulsive, qui n'a d'autre cause que l'habitude immodérée des vins spiritueux de ces contrées, surtout quand on n'a pas soin de se garantir du froid. On peut rapporter assez commodément cette dernière maladie à la colique sanguine, parce qu'elle demande les mêmes remèdes, avec l'usage des boissons adoucissantes et émulsionnées, prises chaudes, pour rétablir en même temps la transpiration.

La colique spasmodique qu'on nomme colique de Poitou, autrement colique des Peintres, colique des Plombiers, parce qu'elle est causée par le plomb, l'usage des saturnins, et qu'elle commence à s'étendre dans toute l'Europe, mérite par cette raison un article particulier.

Symptomes de la colique. Les malades attaqués de la colique, éprouvent plus ou moins les symptômes suivants, à proportion des degrés de la maladie. Toute la région des intestins, ou une partie, est le siège de la douleur. Les malades ressentent dans le bas-ventre une sensation très-vive, piquante, poignante, brulante, fixe ou vague ; ils sont pleins de mal-aise et d'inquiétudes ; ils ne peuvent dormir ; ils s'agitent, se couchent sur le ventre, sur l'un ou l'autre côté pour trouver une posture qui les soulage. Quelquefois les vents et les borborigmes se joignent à cet état, de même que la constipation, le tenesme, le pouls serré, la fièvre, la suppression d'urine, la difficulté de respirer, le dégout, la cardialgie, les nausées, les vomissements : mais voici d'autres symptômes encore plus dangereux ; le hoquet, le frisson, le tremblement, l'abattement de toutes les forces, les syncopes, la sueur froide, le délire, et quelquefois des convulsions épileptiques, dont les suites sont la destruction de la machine. Quelquefois ces symptômes se terminent par d'autres maladies, la suppuration, la jaunisse, la diarrhée, la dyssenterie, et plusieurs autres maux, suivant les causes et la violence des accès de colique.

Prognostics. Les prognostics se tirent de la durée du mal, du nombre et de la nature des symptômes ; ainsi c'est un bon prognostic lorsque les divers symptômes qu'on vient de détailler manquent ; que la douleur est intermittente, tolérable, et qu'elle diminue : les vents soulagent le malade quand ils peuvent passer par-haut ou par-bas. La colique accompagnée de cardialgies, de nausées, de vomissements, devient déjà dangereuse ; elle l'est beaucoup lorsqu'elle saisit le malade avec violence en même temps que le frisson, et que cet état subsiste ; car c'est un signe d'une inflammation qui dégénere en sphacele, si on néglige d'y apporter un promt remède. Elle l'est encore davantage, si conjointement à ces symptômes, se trouvent réunis la constipation, la suppression d'urine, la fièvre et la difficulté de respirer. Elle l'est beaucoup plus, si la faiblesse, le délire et le hoquet surviennent : mais c'est un prognostic funeste si les forces s'épuisent, si les convulsions succedent, le froid, la sueur colliquative, une vraie ou fausse paralysie des extrémités, et finalement la stupeur des pieds et des mains ; pour lors le malade est sans espérance.

Cure générale. Nous avons vu que la cure devait toujours être adaptée à la cause, et variée en conformité : mais quand cette cause est inconnue, que doit-on faire ? Il faut toujours employer les remèdes généraux, la saignée, pour peu que l'inflammation soit à craindre, les fomentations chaudes ou émollientes perpétuellement répétées, les lavements relâchans, délayans, antiphlogistiques, les laxatifs, les boissons humectantes, et persister dans cet usage jusqu'à ce que le mal soit apaisé, ce qui arrive d'ordinaire sans que la cause ait été découverte par le médecin. La colique se guérit naturellement par une sueur abondante, par un saignement de nez, par un flux hémorroïdal, par un cours-de-ventre, par une diarrhée, par un écoulement d'urine, etc. mais les remèdes généraux qu'on vient d'indiquer ne tendent qu'à avancer la guérison, et à la déterminer plus surement.

Cure préservative. Ceux qui sont sujets à des coliques ou de vives douleurs dans les intestins, ce qui est assez ordinaire aux personnes affligées de la goutte, du scorbut, des hémorrhoïdes, de l'affection hypochondriaque, hystérique, etc. doivent observer un régime sévère, éviter les passions violentes, s'abstenir des aliments de difficile digestion, gras et salés, entretenir la transpiration, surtout dans le bas-ventre et la région des reins, tenir les pieds chauds, mettre en pratique les frictions, l'exercice de quelque espèce qu'il sait, éviter les vins suspects, les liqueurs spiritueuses, les fruits d'été qui ne sont pas mûrs, etc.

Observations cliniques. Comme la plupart des coliques sont accompagnées d'inflammation, ou que l'inflammation ne manque guère de survenir, il faut tout mettre en usage pour dompter cette inflammation ou pour la prévenir. Dans les douleurs spasmodiques des intestins, on doit s'abstenir des vomitifs, des cathartiques, des lavements d'une qualité acrimonieuse. Si la constipation est jointe à la colique, et qu'elle soit invétérée, il est besoin de répéter les clystères plusieurs fois de suite, d'y joindre les suppositoires et les fomentations émollientes sur le bas-ventre. La fumée de tabac, que quelques-uns recommandent d'injecter dans le fondement par le moyen d'une seringue convenable, doit être abandonnée aux Maréchaux pour les chevaux. On s'abstiendra des carminatifs, des échauffans, des sudorifiques dans toutes les coliques convulsives et inflammatoires. Enfin l'on évitera de tomber dans l'erreur des Praticiens, qui, tant que la colique est encore renfermée dans les bornes de l'inflammation, l'attribuent mal-à-propos au froid, aux flatuosités, aux vents, et la traitent par des remèdes chauds, carminatifs, dont les suites sont très-funestes. Il faut espérer que cette mauvaise pratique, contraire à tous les principes, tombera dans notre pays avec les livres qui la recommandent ; c'est ici où la bonne théorie doit servir de guide, et c'est dans le traité d'Hoffman sur cette matière qu'on la trouvera. Toutes les observations qu'on lit dans tant d'ouvrages sur la colique guérie par tels et tels remèdes, par les noix de Bicuibas, hist. de l'acad. des Scienc. 1710, p. 16. par la Pareira-brava, ib. p. 57. par des teintures chimiques, 1733. Mém. p. 262. etc. tous ces remèdes, dis-je, et autres les plus vantés ne servent qu'à jeter dans l'erreur.

Antiquité de la maladie. Si présentement à la diversité prodigieuse des causes de la colique on joint la connaissance de la structure de notre machine, et en particulier les intestins, qui sont le siège de cette maladie, on ne pourra douter que son existence ne soit un apanage inséparable de l'humanité. Je sais bien que le nom de cette maladie est du nombre de ceux qui ne se trouvent point dans Hippocrate ; mais il ne s'ensuit pas de-là que la maladie n'eut pas lieu de son temps. Elle est certainement comprise sous le nom de tranchées ou de douleurs de ventre, dont il parle en plusieurs endroits ; et en effet la colique est-elle autre chose ?

S'il en faut croire Pline, le nom n'était pas seulement nouveau du temps de Tibere, mais la maladie elle-même était toute nouvelle, et personne n'en avait été attaqué avant cet empereur, en sorte qu'il ne fut pas entendu à Rome lorsqu'il fit mention de ce mal dans un édit où il parlait de l'état de sa santé. Il se peut que le nom de colique eut été inconnu jusqu'à ce temps-là, mais la conséquence du nom à la chose est pitoyable. Les médecins inventèrent un nouveau mot, soit pour flatter l'empereur, soit pour se faire plus d'honneur dans la guérison de la maladie, soit pour se singulariser dans cette conjoncture : cette espèce de charlatanerie n'est pas sans exemple.

Quand Mademoiselle eut, il y a quelques années, une petite vérole qui heureusement fut légère, M. Sylva son médecin, dont la pratique consistait en Néologisme et en tournures gentilles de ces bulletins modernes qu'on compose sans reflexion pour le public, et qu'il lit sans intérêt ou sans être mieux instruit de l'état du malade ; M. Sylva, dis-je, qualifia pour lors le premier du nom de discrette la petite vérole de S. A. S. Le terme bien imaginé prit faveur : mais l'espèce de petite vérole en question n'était pas plus nouvelle dans le monde, que la colique l'était du temps de Tibere. Si la petite vérole discrette devient plus rare parmi les grands, la colique y devient plus commune ; et n'eut-elle pour cause que la seule intempérance, on peut présumer sans crainte de se tromper, que ce mal subsistera jusqu'à la fin du monde. Article de M(D.J.)

COLIQUE BILIEUSE, (Médecine) espèce de colique qui procede d'un débord de bile âcre dans les intestins.

Cette espèce de colique est très-commune, et règne surtout en été et au commencement de l'automne ; elle attaque principalement les jeunes gens d'un tempérament chaud et bilieux, les personnes qui vivent d'aliments gras, huileux, alkalins et pourrissants, les gens riches qui ont ce qu'on nomme les meilleures tables, servies des plus rares poissons et du gibier le plus délicat par sa chair et son fumet.

Les symptômes de cette maladie sont des douleurs vagues et violentes dans le ventricule, les intestins, les hypochondres, le dégout, les nausées, le vomissement, la constipation, des tiraillements, des agitations, des sueurs froides, des syncopes, l'abattement des forces, la déjection d'une matière jaune, verte, porracée, âcre et corrosive.

L'indication curative consiste à évacuer cette humeur, à la mitiger et à apaiser les douleurs.

On ne peut trop-tôt employer la saignée, les boissons aqueuses, simples, legeres, diluentes, en quantité ; les purgatifs doux, liquides, souvent répétés, et suivis des narcotiques après leur effet ; les clystères, les fomentations adoucissantes sur le bas-ventre, les bains chauds faits avec les plantes émollientes, et joints avec soin à tous ces remèdes. Pour confirmer la guérison et empêcher la rechute, la diete sévère est absolument nécessaire, la boisson de crême de ris, d'orge, de gruau, les panades, le lait coupé, la promenade en voiture et ensuite à cheval. Enfin on rétablira peu-à-peu prudemment par les stomachiques le ton des viscères affoiblis : je renvoye le lecteur à Sydenham, qui a donné une description si complete et si sage de cette espèce de colique, sect. jv. ch. vij. qu'elle ne laisse rien à désirer. Article de M(D.J.)

COLIQUE DE POITOU, (Médecine) espèce particulière de colique qui provient des exhalaisons, des préparations de plomb, et de l'usage des vins sophistiqués avec des préparations de ce métal ; en latin colica Pictonum.

En 1572, dit M. de Thou, t. VI. p. 537. la France fut affligée d'une maladie jusqu'alors inconnue, qu'on nomma colique de Poitou, parce qu'elle commença à se faire sentir dans cette province. Dès qu'un homme en est attaqué, ajoute-il, son corps devient comme paralytique ; il a le visage pâle, l'esprit inquiet ; des maux de cœur, des vomissements, un hoquet continuel, une soif ardente, une difficulté d'uriner, une douleur violente dans l'estomac, les intestins, les hypochondres, les reins : il y en a même dont les pieds, les jambes, et les mains, deviennent paralytiques, après avoir été attaqués de convulsions épileptiques, etc. Ce trait historique est d'autant plus singulier, que d'un côté il renferme une description exacte des symptômes de la colique des plombiers, autrement dite colique des peintres, colique convulsive saturnine ; et que de l'autre on ne comprend guère comment elle est restée inconnue dans ce royaume jusqu'au temps où M. de Thou en rapporte la naissance. Quoi qu'il en sait, c'est une colique nerveuse, qui depuis n'a fait que trop de progrès dans l'Europe, et dont voici la cause et les symptômes.

Elle provient des vapeurs qui s'élèvent des fourneaux où l'on fond le plomb, que l'on respire et que l'on avale avec la salive. Elle est très-fréquente parmi les ouvriers qui s'occupent à fondre, à purifier ce métal, ou à le séparer de l'argent dans des fourneaux d'affinage, comme le pratiquent ceux qui travaillent dans les mines de la forêt Noire en Allemagne, dans celles d'Angleterre en Derbishire, et ailleurs, où malgré l'attention que l'on a de ne dresser les fourneaux que sur des lieux élevés, et de les exposer aux vents, les exhalaisons en sont fatales aux ouvriers, aux habitants, et même en Angleterre aux animaux qui passent près des minerais de plomb. Les Potiers de terre, qui se servent de l'alquifoux, espèce de plomb minéral difficile à fondre, ou de plomb en poudre, pour vernir leurs ouvrages, sont fort sujets à cette espèce de colique. Les Peintres qui emploient la céruse, n'y sont pas moins exposés, de même que les femmes qui mettent du blanc, composition pernicieuse par la céruse qui en fait la base, dont le moindre effet est celui de dessécher la peau, et d'avancer par les rides la vieillesse qu'elles se proposent d'éloigner.

On est encore convaincu par plusieurs expériences, que les médicaments dans la composition desquels il entre du plomb, comme la teinture antiphtisique, le suc, sel magistère ou vitriol de saturne, que les charlatants prescrivent intérieurement contre le crachement de sang, le pissement de sang, la gonorrhée, les fleurs blanches, et autres maladies semblables, produisent enfin cette malheureuse colique.

Mais l'usage que plusieurs marchands de vin font aujourd'hui de la céruse ou de la litharge pour éclaircir, corriger, édulcorer leurs vins, a si fort répandu cette cruelle maladie dans toute l'Europe, que les souverains sont intéressés à chercher les moyens les plus convenables pour en arrêter le cours. Personne n'est à l'abri des tristes effets qui résultent de cette sophistication des vins, et particulièrement des vins acides, comme, par exemple, des vins du Rhin, que l'on édulcore de cette manière en Souabe et ailleurs avant que les envoyer en Hollande, et dans les autres pays où ces sortes de vins adoucis sont recherchés.

Il est donc certain que toutes les parties du plomb, ses exhalaisons, sa poudre, et ses préparations, produisent principalement la colique de Poitou, dont voici les symptômes.

Le malade est attaqué de douleurs aiguës et insupportables dans le bas-ventre, qui sont vagues ou fixes : il ressent une douleur lancinante et poignante, dans l'estomac, dans le nombril, dans les hypochondres, une constipation opiniâtre, qui cede à peine aux lavements et aux laxatifs ; des agitations continuelles, le dégout, des nausées, la pâleur, la frigidité, des sueurs, des syncopes fréquentes, l'abattement de toutes les forces, le trouble dans toutes les secrétions, le tremblement, la paralysie qui en est une suite, ou un asthme spasmodique incurable ; symptômes qui ne se manifestent dans toute leur étendue que lorsqu'il n'y a plus de remède.

Pour guérir cette maladie, quand elle n'est pas parvenue à son dernier excès, il faut employer les apéritifs, les fondants, les savonneux, les desobstruans, les lénitifs doux et détersifs en forme liquide, médiocrement chauds et en petite dose. Dans le temps des convulsions spasmodiques, on donnera les calmants, les opiates avec le savon tartareux, ou l'opium mêlé avec le castoreum, les clystères avec le baume de Copahu. On appliquera sur le bas-ventre des flanelles trempées dans une décoction de fleurs de camomille, de baies de genièvre, et de semences carminatives ; des demi-bains faits avec les plantes chaudes et nervines. On frottera tout le corps, et en particulier les vertèbres et le bas-ventre, avec les spiritueux, les huiles de romarin et autres de cette espèce. Si la paralysie commence à se former, il faut recourir à l'usage des eaux minérales sulphureuses.

Un médecin français a donné il y a plus d'un siècle un traité latin in -4°. de colicâ Pictonum, qui est inutile aujourd'hui ; mais on trouvera de bonnes observations sur cette maladie dans la bibliothèque raisonnée. Article de M(D.J.)

COLIQUE, adj. en Anatomie, se dit de quelques vaisseaux qui se distribuent au colon. Voyez COLON.