FIEVRE en général, s. f. (Médecine) febris, πυρετὸς ; maladie universelle très-fréquente, qui en produit plusieurs autres, cause la mort par sa violence et ses complications, procure aussi très-souvent une heureuse guérison, et est quelquefois salutaire par elle-même.

Nature individuelle de la fièvre. La nature de la fièvre est si cachée, qu'on doit prendre garde de se tromper en la recherchant ; ce qui peut aisément arriver, à cause du grand nombre d'affections accidentelles dont elle est fréquemment accompagnée, et sans lesquelles cependant elle peut exister, et existe effectivement

Pour éviter l'erreur, il faut envisager uniquement les symptômes qui sont inséparables de toutes espèces de fièvres, et pour lors on pourra parvenir à connaitre la nature individuelle de la fièvre. Aujourd'hui qu'on a saisi cette sage méthode, en écartant les hypothèses, fruits de l'intempérance de l'esprit, on est convaincu que c'est l'augmentation de la vitesse du jeu des artères qui constitue la fièvre, et que la chaleur qui accompagne cette maladie, est l'effet de l'action accélérée des vaisseaux. La cause prochaîne de la vélocité du pouls, est une plus fréquente contraction du cœur ; c'est donc l'effort que fait la vie, tant dans le froid que dans la chaleur, pour éloigner la mort.

Puisque la fièvre consiste dans l'excès de l'action organique des artères, c'est-à-dire dans cette action accélérée au-delà de l'état naturel, on peut, pour marquer toute l'étendue de son mécanisme, la définir avec M. Quesnay, une accélération spasmodique du mouvement organique des artères, qui est excitée par une cause irritante, et qui augmente la chaleur du corps au-delà de celle de l'état naturel. Nous disons que dans la fièvre, l'accélération du mouvement des artères est spasmodique, pour la distinguer de la simple accélération du pouls et de l'augmentation de chaleur excitées par des mouvements véhéments du corps, qui s'exercent volontairement et sans altérer la santé.

Symptomes de la fièvre. Les vrais symptômes ou les dépendances essentielles et inséparables dans toute fièvre dont le mécanisme s'exerce librement, sont 1°. l'accélération de la vitesse du pouls ; 2°. celle de la force du pouls ; 3°. le surcrait de chaleur ; 4°. l'augmentation du volume du pouls ; 5°. la respiration plus promte ; 6°. le sentiment pénible de lassitude qui s'oppose aux mouvements du corps.

Les trois premiers symptômes peuvent être regardés comme les symptômes primitifs de la fièvre, desquels les trois autres résultent ; et quant au sentiment pénible de lassitude, il n'est sensible qu'aux malades mêmes, le médecin ne le connait que par leur récit. Ajoutons que quoiqu'il n'y ait point de fièvre dans lesquelles ces six symptômes ne se rencontrent, cependant la vitesse du pouls est la seule chose qu'on observe en tout temps de la fièvre, depuis le commencement jusqu'à la fin. Si le contraire arrive, c'est que la fièvre n'est pas simple, et qu'elle est troublée par d'autres affections étrangères, qui s'opposent à ses opérations salutaires.

Je n'ose mettre le frisson au rang des symptômes inséparables de la fièvre, parce que cette maladie peut s'allumer et subsister indépendamment d'aucun frisson, sans qu'elle soit alors une maladie incomplete . Il est bien vrai que la fièvre existe avec le frisson, et qu'elle nait pour ainsi dire avec lui, mais c'est qu'alors la fièvre n'a pas encore acquis son état parfait, puisqu'elle est au contraire empêchée par une autre affection spasmodique toute opposée, qui subsiste jusqu'à ce qu'elle l'ait dominée et dissipée.

Cours de la fièvre. Quoi qu'il en sait, voici le cours de presque toute fièvre qui procede des causes internes. Elle commence d'abord par un sentiment de froid et d'horripilation ; lequel est plus grand ou plus petit, a plus ou moins de durée, est interne ou externe, selon les divers sujets, les différentes causes et la différente nature de la fièvre. Alors le pouls devient fréquent, petit, quelquefois intermittent ; la pâleur, la rigidité, le tremblement, le froid, l'insensibilité saisissent souvent les extrémités ; on voit succéder ensuite une chaleur plus ou moins grande, qui dure peu ou beaucoup de temps, interne, externe, universelle, locale, etc. enfin dans les fièvres intermittentes, ces symptômes se calment et se terminent par une parfaite apyrexie.

Affections morbifiques accidentelles à la fièvre. Plusieurs médecins ont entièrement défiguré le caractère essentiel et individuel de la fièvre, en y joignant diverses affections morbifiques qui se trouvent quelquefois, mais non toujours, avec la fièvre, et qui par conséquent ne constituent point son essence. Les affections morbifiques dont je veux parler, sont les contractions, la faiblesse, les irrégularités du pouls, les angoisses, la débilité, les agitations du corps, les douleurs vagues, la grande douleur de tête, le délire, la sueur, l'assoupissement, l'insomnie, le vertige, la surdité, les yeux fixes ou hagards, le vomissement, le hoquet, les convulsions, la tension du ventre, des hypochondres, l'oppression, les exanthèmes, les aphtes, la soif, le dégout, les rots, le froid, le tremblement, l'ardeur, la sécheresse, la couleur pâle et plombée de la peau, les mauvaises qualités des urines, leur suppression, le diabetes, les sueurs immodérées, la diarrhée, les hémorrhagies, etc.

Mais quelque nombreuses, faibles ou considérables que soient ces affections morbifiques, elles ne naissent point de la fièvre ; elles sont produites par différentes causes, qui sont même opposées au mécanisme de la fièvre ; par conséquent on doit les regarder comme des symptômes étrangers à cette maladie. Les médecins qui ont voulu les établir comme des signes pathognomiques de la fièvre, n'ont fait qu'introduire une multitude d'erreurs pernicieuses dans la pratique de la Médecine.

Causes de la fièvre. La cause prochaîne de la fièvre reconnait elle-même une infinité d'autres causes immédiates, qu'on peut néanmoins diviser en causes particulières à chaque cas, et en causes communes à plusieurs. Les dernières dépendent ordinairement de l'air, des aliments, d'un genre de vie commun, et on les nomme causes épidémiques.

Les causes particulières peuvent se réduire à neuf ou dix classes capitales ; 1°. aux mixtes sensibles qui renferment naturellement des hétérogènes qui nous sont pernicieux ; je rapporte à cette classe les remèdes actifs employés à contre temps ou à trop grande dose, car ils peuvent exciter ou augmenter la fièvre, et produire d'autres accidents plus fâcheux ; ce sont même de véritables poisons entre les mains des médecins qui suivent de fausses routes dans la cure des maladies.

2°. Aux matières acres prises en aliment, en boissons, en telle abondance qu'elles irritent, suffoquent, obstruent et se corrompent. Nos aliments sont même exposés à être dépravés, lorsqu'ils sont reçus dans l'estomac et dans les intestins.

3°. A l'application extérieure de matières acres qui piquent, corrodent, déchirent, brulent, enflamment.

4°. Aux mauvaises qualités de l'air par son infection, son intempérie, sa pesanteur, sa legereté, ses variations subites, etc.

5°. Aux vices de régime, comme sont l'intempérance dans l'usage des aliments, les grandes abstinences, les exercices outrés, la vie trop sédentaire, le déreglement des passions, l'incontinence, les veilles immodérées, l'application excessive de l'esprit, etc. Le tempérament ou la complexion du corps peu capable de soutenir les excès, occasionne aussi la fièvre.

6°. A la contagion, qui dans certain cas produit par le contact, la respiration et les exhalaisons, des fièvres putrides, rougeoliques, scorbutiques, hectiques, dyssentériques, etc.

7°. Aux défauts des excrétions et des secrétions.

8°. A la suppression lente ou subite des excrétions ou évacuations accoutumées, par quelque cause que ce sait.

9°. Aux maladies qui sont elles-mêmes des causes de maladies. Ainsi les inflammations des parties nerveuses procurent la fièvre.

Enfin toutes les causes qui produisent en nous quelque lésion, et les lésions elles-mêmes, peuvent produire la fièvre ; mais la puissance de l'art ne s'étend pas jusqu'aux hétérogènes fébriles, lorsqu'ils sont confondus avec nos humeurs ; la nature seule a le pouvoir de les dompter dans les fièvres continues ; la Médecine n'est capable que de remédier quelquefois aux dérangements ou aux obstacles qui s'opposent à la défense de la nature, et qui peuvent la faire succomber.

Effets généraux de la fièvre. L'expulsion, la propulsion plus promte des liqueurs, l'agitation des humeurs qui sont en stagnation, le mélange, la confusion de toutes ensemble, la résistance vaincue, la coction, la secrétion de l'humeur digérée, la crise de la matière qui en irritant et en coagulant, avait produit la fièvre, le changement des humeurs saines en une nature propre à supporter ce à quoi le malade était le moins accoutumé, l'expression du pus liquide, l'épaississement du reste, la soif, la chaleur, la douleur, l'anxiété, la faiblesse, un sentiment de lassitude, de pesanteur, l'anorexie, sont les effets de la fièvre.

Périodes de la fièvre. On en distingue quatre périodes : son commencement, son augmentation, son état et son déclin ; mais comme ce sont des choses fort connues, passons aux différentes manières dont la fièvre se termine.

Terminaison de la fièvre. La fièvre se termine de trois manières différentes ; ou elle cause la mort, ou elle dégénere en une autre maladie, ou elle se guérit.

La fièvre cause la mort, lorsque les solides se détruisent par la violence qu'ils souffrent, ou lorsque le sang est tellement vicié, qu'il bouche les vaisseaux vitaux, ou ceux qui doivent porter de quoi réparer la déperdition. C'est ainsi que la fièvre produit dans les viscères nobles, tels que le cœur, le poumon et le cervelet, l'inflammation, la suppuration, la gangrene, ou des aphtes dans les premières voies.

Elle dégénere en une autre maladie, quand elle cause une si grande agitation, que les vaisseaux en sont endommagés, et qu'à force de dissiper les parties les plus fluides des humeurs, elle épaissit le reste ; ou quand elle n'a pas la force de résoudre par elle-même la matière coagulée ; ou lorsqu'elle dépose la matière critique dans certains vaisseaux obstrués, dilatés ou rompus. De-là des taches rouges, des pustules, des phlegmons, des bubons, la parotide, la suppuration, la gangrene, le sphacele, etc.

La fièvre se guérit, 1°. toutes les fois qu'elle peut d'elle-même dompter sa cause matérielle, la rendre mobile, et l'expulser par les voies de l'insensible transpiration ; il faut en même temps que son mouvement se calme, et que la circulation se rétablisse dans toute sa liberté : 2°. lorsque la matière morbifique, domptée et devenue mobile, n'est pas parfaitement saine, de sorte qu'elle empêche l'égale distribution des fluides, et irrite les vaisseaux, ce qui occasionne quelqu'évacuation sensible, avec laquelle cette matière est expulsée hors du corps ; comme par des sueurs, des crachats, des vomissements, des diarrhées, et des urines qui surviennent après la coction : 3°. la matière de la maladie domptée, résolue, devenue mobile par l'action de la fièvre même, assimilée de nouveau aux humeurs saines, circule avec elle sans produire aucune crise, ni d'autres maux.

Pour bien connaitre la terminaison des fièvres, il faut observer leur nature, leur commencement, et leur progrès.

Prognostics. Plus une fièvre s'écarte de son cours ordinaire, et moins le présage devient favorable : d'un autre côté, moins il faut de temps pour résoudre la lenteur, et pour calmer l'irritation de l'accéleration du pouls, plus la fièvre est douce et salutaire, et réciproquement au contraire. Toute fièvre qui a été mal gouvernée, devient plus opiniâtre et plus difficile à guérir, que si elle eut été abandonnée à elle-même. Le malade dont la fièvre se dissipe naturellement, aisément et sans remède, jouit pour lors d'une meilleure santé qu'auparavant.

On tire aussi différents présages de toutes les affections morbifiques qui peuvent accompagner la fièvre ; par exemple, du spasme et de ses espèces, du coma, du délire, de la prostration des forces, de la déglutition, de la respiration, de l'état du bas-ventre, des hypochondres, des lassitudes, des angoisses, de la chaleur, du froid, des tremblements, des urines, du vomissement, du flux de ventre, des déjections sanguines et putrides, des sueurs, des pustules inflammatoires, des douleurs locales, des aphtes, etc. mais nous n'entrerons point dans ce détail qui est immense, et qui a été savamment exposé par M. Quesnay ; le lecteur peut y avoir recours.

Cure. Pour parvenir à la meilleure méthode de traiter toutes les fièvres, et à leur cure générale, 1°. il faut pourvoir à la vie et aux forces du malade : 2°. corriger et expulser l'acrimonie irritante : 3°. dissoudre la lenteur et l'évacuer : 4°. calmer les symptômes.

On ménage la vie et les forces du malade par des aliments et des boissons fluides, aisés à digérer, qui résistent à la putréfaction, et qui sont opposés à la cause connue de la fièvre : on donne ces aliments dans le temps et la quantité nécessaire ; ce qu'on règle sur l'âge du malade, son habitude, le climat qu'il habite, l'état et la véhémence du mal.

On corrige l'acrimonie irritante par les remèdes opposés à cette acrimonie ; on l'expulse par les vomitifs, les purgatifs, ou de simples laxatifs. Si le corps irritant qui donne la fièvre était étranger, on l'ôtera promtement, et on fomentera la partie lésée par des matières mucilagineuses, douces, anodynes, un peu apéritives.

On dissout la lenteur par divers remèdes, dont le principal est la fièvre même, modérée, de façon à pouvoir dissiper la viscosité. On y parvient aussi en diminuant le volume du sang par la saignée, ou en augmentant son mouvement par des irritants. Enfin l'on rend aux matières visqueuses leur fluidité par les diluans, les sels, les fondants et les frictions.

Quand on a détruit la cause fébrile, les symptômes ou accidents qui accompagnent la fièvre cessent avec elle ; s'ils peuvent subsister avec la fièvre sans danger, ils demandent à peine une cure particulière. Quand ils viennent des efforts de la nature qui se dispose à une crise, ou à évacuer la matière critique, il ne faut point les interrompre ; mais si ces symptômes arrivent à contre-temps, ou qu'ils soient trop violents, il faut les calmer par des remèdes qui leur soient propres, ayant toujours égard à la cause et à l'état de la fièvre subsistante.

Semblablement la fièvre trop violente, demande à être réprimée par la saignée, par l'abstinence, par une nourriture légère, par des médicaments doux, aqueux, glutineux, rafraichissants ; par des lavements, par des anodyns ; en respirant un air un peu froid, et en calmant les passions. Si la fièvre au contraire parait trop lente, on animera son action par l'usage d'aliments et de boissons cordiales, par un air un peu chaud, par des médicaments acres, volatils, aromatiques, et qui ont fermenté ; par des potions plus vives, par des frictions, par la chaleur, par le mouvement musculaire.

Après tout, comme la fièvre n'est qu'un moyen dont la nature se sert pour se délivrer d'une cause qui l'opprime, l'office du médecin ne consiste qu'à prêter à cette nature une main secourable dans les efforts de la secrétion et de l'excrétion. Il peut bien tempérer quelquefois sa véhémence, mais il ne doit jamais troubler ses opérations. Ainsi ne croyons pas avec le vulgaire, que la fièvre soit un de nos plus cruels ennemis ; cette idée est absolument contraire à l'expérience, puisque de tant de gens attaqués de la fièvre qu'ils abandonnent à elle-même, il en est peu qui y succombent ; et quand elle est fatale, il faut plutôt rejeter l'évenement sur les fautes, ou la mauvaise constitution du malade, que sur la cruauté de la fièvre.

Il est cependant très-vrai que dans plusieurs conjonctures, la fièvre emporte beaucoup de personnes d'un tempérament fort et vigoureux ; mais il faut remarquer que c'est seulement, lorsque les affections morbifiques violentes, malignes, ou nombreuses, viennent à la fois troubler le mécanisme de la fièvre, le surmontant, et en empêchant les opérations salutaires. On doit, ou on peut dire alors, que ces gens-là sont morts avec la fièvre, mais non pas de la main de la fièvre ; car ce sont deux choses fort différentes.

Observations générales sur les divisions des fièvres. La plus simple distinction des fièvres est de les diviser en deux classes générales ; celle des fièvres continues, et celle des fièvres intermittentes ; car on peut rapporter sous ces deux classes toutes les espèces de fièvres connues.

La distinction la plus utile pour la pratique, consiste à démêler les fièvres qui se guérissent par coction, d'avec celles qui ne procurent pas de coction ; car par ce moyen, les praticiens se trouveront en état de pouvoir diriger leurs vues pour le traitement des fièvres.

Mais la distinction la plus contraire à la connaissance de ce qui constitue essentiellement la fièvre, c'est d'avoir fait d'une infinité d'affections morbifiques, de symptômes violents étrangers à la fièvre, ou de maladies qui l'accompagnent, tout autant de fièvres particulières. L'assoupissement dominant, les sueurs continuelles, le froid douloureux, le frissonnement fréquent, la syncope, le frisson qui persiste avec le sentiment de chaleur, etc. ont établi dans la Médecine la fièvre comateuse, la fièvre sudatoire, la fièvre algide, la fièvre horrifique, la fièvre syncopale, la fièvre épiole, etc.

C'est encor là l'origine de toutes les prétendues fièvres nommées putrides, pourpreuses, miliaires, contagieuses, colliquatives, malignes, diarrhitiques, dissentériques, pétéchiales, etc. car on a imputé à la fièvre même, la pourriture, les tâches pourprées, les éruptions miliaires, l'infection contagieuse, les colliquations, la malignité, les cours de ventre, le flux de sang, les pustules, etc.

Cependant l'usage de toutes ces fausses dénominations a tellement prévalu, que nous sommes obligés de nous y conformer dans un Dictionnaire encyclopédique, pour que les lecteurs y puissent trouver les articles de toutes les fièvres qu'ils connaissent uniquement par leurs anciens noms consacrés d'âge en âge ; mais du moins en nous pliant à la coutume, nous tâcherons d'être attentifs à déterminer le sens qu'on doit donner à chaque mot, pour éviter d'induire en erreur ; et si nous l'oublions dans l'occasion, nous avertissons ici une fois pour toutes, qu'il ne faut point confondre les symptômes étrangers à la fièvre, ou les affections morbifiques et compliquées qui peuvent quelquefois l'accompagner, avec les symptômes inséparables qui constituent l'essence de la fièvre, qui ont été mentionnés au commencement de cet article.

Auteurs recommandables sur la fièvre. Ma liste sera courte. Si par hasard, et je ne puis l'imaginer, quelqu'un ignorait le mérite de la doctrine et des présages d'Hippocrate sur les fièvres, il l'apprendra par les commentaires de Friend de febribus, et par le petit ouvrage du docteur Glass.

Le petit livre de Lommius, qui parut pour la première fois en 1563 in -8°. sera toujours loué, gouté, et lu des praticiens avec fruit.

Sydenham est jusqu'à ce jour un auteur unique par la vérité et l'exactitude de ses observations sur les fièvres dans les constitutions épidémiques.

Hoffman a donné sur les fièvres un traité complet, et rempli d'excellentes choses puisées dans la pratique et dans la lecture des plus grands maîtres de l'art, c'est dommage qu'il ait infecté son ouvrage d'opinions triviales, qui rendent sa théorie diffuse, et sa pratique très-défectueuse.

Boerhaave au contraire, toujours sur de sa marche, évitant toujours les opinions et les raisonnements hasardés, démêlant habilement le vrai du faux, le principal de l'accessoire, a su le premier se frayer le chemin de la vérité ; c'est lui qui a découvert la cause réelle du mécanisme de la fièvre et par conséquent celle de la bonne méthode curative. Tenant d'une main les écrits d'Hippocrate, et portant de l'autre le flambeau du génie, il a démontré que ce mécanisme s'exécute par l'action accélérée des artères, qui fait naitre et entretient l'excès de chaleur qui constitue l'essence de la fièvre. Lisez les aphorismes de ce grand homme, avec les beaux commentaires du docteur Vanswieten.

Enfin en 1754 M. Quesnay a prouvé, que puisque l'action accélérée des artères et l'action de la chaleur constituent ensemble le mécanisme de la fièvre, il faut considérer ensemble ces deux choses, pour comprendre toute la physique de cette maladie. Voyez son excellent traité des fièvres en 2 vol. in -12.

Je me suis particulièrement nourri des écrits que je viens de citer, et j'ai tâché d'en saisir les vues, les idées et les principes.

FIEVRE ACRITIQUE. On entend par fièvre acritique ou non critique, toute fièvre continue qui ne se termine point par coction, ou par une crise remarquable. Il y a diverses espèces de maladies aiguës accompagnées de fièvres non critiques ; telles sont les fièvres spasmodiques d'un mauvais caractère, les fièvres compliquées d'inflammation, de sphacele, de gangrene, les fièvres pestilentielles, et autres semblables.

Les fièvres acritiques, comme toutes les autres fièvres, reconnaissent différentes causes, entr'autres celle des matières corrompues dans les premières voies, et mêlées dans la masse des humeurs circulantes.

Les prédictions sont très-infidèles dans les fièvres acritiques ; parce qu'il n'y a point de méthode réglée, distincte, et précise, pour en diriger le prognostic. Ce n'est pas ordinairement dans les maladies que la nature dompte elle-même, que le ministère du médecin est fort nécessaire ; c'est dans celles qu'elle ne peut vaincre en aucune manière, où des médecins suffisamment instruits seraient fort utiles, et où les ressources de l'art seraient essentielles : mais malheureusement de tels médecins n'ont été que trop rares dans tous les temps.

FIEVRE AIGUE, febris acuta, se dit de toute fièvre qui s'étend rarement au-delà de 14 jours, mais dont les accidents viennent promtement, et sont accompagnés de dangers dans leur cours ; cette fièvre est épidémique ou particulière à tel homme.

La contraction du cœur plus fréquente, et la résistance augmentée vers les vaisseaux capillaires, donnent une idée absolue de la nature de toute fièvre aigue : or l'une et l'autre de ces deux choses peuvent être produites par des causes infinies en nombre et en variétés, et arriver ensemble ou l'une après l'autre.

Les symptômes de la fièvre aigue particulière, sont le froid, le tremblement, l'anxiété, la soif, les nausées, les rots, le vomissement, la débilité, la chaleur, l'ardeur, la sécheresse, le délire, l'assoupissement, l'insomnie, les convulsions, les sueurs, la diarrhée, les pustules inflammatoires.

Si ces symptômes arrivent à contre-temps ; s'ils se trouvent en nombre ; s'ils sont si violents qu'il y ait lieu de craindre pour la vie du malade, ou qu'il ne puisse les supporter ; s'ils le menacent de quelque accident funeste, il faut les adoucir, les calmer chacun en particulier par les remèdes qui leur sont propres, et conformément aux règles de l'art : mais comme les commencements, les progrès, l'état, la diminution, la crise, le changement, varient extrêmement dans les fièvres aiguës ; ils demandent par conséquent une méthode curative très-variée, toujours relative aux différentes causes et à l'état de la maladie. En général, la saignée, les antiphlogistiques internes, conviennent. Voyez FIEVRE ARDENTE.

Toutes les fièvres aiguës qui affectent de produire une inflammation particulière dans tel ou tel organe, et qui en lesent la fonction, forment la classe des maladies aigues, dont chacune est traitée à son article particulier. Voyez MALADIE AIGUE.

FIEVRE ALGIDE, febris algida ; ce n'est point une fièvre particulière, c'est simplement une affection morbifique qui se trouve quelquefois avec la fièvre continue, et qui consiste dans un froid perpétuel et douloureux.

La fièvre algide existe 1°. quand la matière fébrile est tellement abondante qu'elle opprime les forces de la vie ; 2°. quand l'action vitale n'est pas capable de produire la chaleur qui devrait suivre le frisson ; 3°. quand les humeurs commencent à se corrompre.

Les remèdes sont 1°. de diminuer l'abondance de la matière fébrile, et de la détruire ; 2°. de ranimer les forces languissantes ; 3°. de corriger les humeurs, si elles sont putrides : par exemple, on usera des anti-septiques échauffans ; en un mot, on opposera les contraires. Au reste, le froid douloureux et continuel d'une fièvre aiguë présage le danger, ou du moins la longueur de la maladie. Voyez FIEVRE HORRIFIQUE.

FIEVRE ARDENTE, causus, de , bruler ; fièvre aiguë, continue, ou rémittente, ainsi nommée de la chaleur brulante, et d'une soif insatiable qui l'accompagne : c'est l'idée générale qu'en donnent nos auteurs modernes.

Tous les anciens s'accordent également à regarder ces deux symptômes comme les causes pathognomiques du causus ; c'est pourquoi ils l'ont aussi appelé fièvre chaude et brulante. Voyez la manière dont en parle Hippocrate dans son livre de affectionibus : voyez encore Arétée, liv. II. des maladies aiguës, chap. jv. mais voyez surtout la description étendue et détaillée de l'exact Lommius ; tout ce qu'il en dit dans ses observations est admirable : aussi la fièvre ardente mérite-t-elle un examen très-particulier, parce qu'elle est fréquente, dangereuse, et difficile à guérir.

Symptomes. Ses symptômes principaux sont une chaleur presque brulante au toucher, inégale en divers endroits, très-ardente aux parties vitales ; tandis qu'aux extrémités elle est souvent modérée, et que même quelquefois elles sont froides : cette chaleur du malade se communique à l'air qui sort par l'expiration. Il y a une sécheresse dans toute la peau, aux narines, à la bouche, à la langue, au gosier, aux poumons, et même quelquefois autour des yeux : le malade a une respiration serrée, laborieuse, fréquente ; une langue seche, jaune, noire, brulée, âpre, ou raboteuse ; une soif qu'on ne peut éteindre et qui cesse souvent tout-à-coup ; un dégoût pour les aliments, des nausées, le vomissement, l'anxiété, l'inquiétude ; un accablement extrême, une petite toux, une voix claire et aiguë ; l'urine en petite quantité, acre, très-rouge ; la déglutition difficile, la constipation du ventre ; le délire, la phrénésie, l'insomnie, le coma, la convulsion, et des redoublements aux jours impairs. Telle est la fièvre ardente dans toute sa force.

Ses causes. Elle a pour causes un travail excessif, un long voyage, l'ardeur du soleil, la respiration d'un air sec et brulant, la soif longtemps soufferte, l'abus des liqueurs fermentées, aromatiques, acres, échauffantes, celui des plaisirs de l'amour, des études poussées trop loin ; en un mot, tout excès qui tend à priver le sang de sa lymphe, à l'épaissir, et à l'enflammer. Cette même fièvre peut être causée par des substances fort corrompues, telles que la bile dépravée dans la vésicule du fiel, et rendue très-acre. Enfin elle est produite par la constitution épidémique de l'air dans les pays chauds.

La fièvre ardente symptomatique procede de l'inflammation du cerveau, des méninges, de la plèvre, du poumon, du mésentère, etc.

Son cours et ses effets. On en meurt souvent le troisième et le quatrième jour ; on passe rarement le septième, lorsque le causus est parfait. Il se termine quelquefois par une hémorrhagie abondante, et qui est annoncée par une douleur à la nuque, par la pesanteur et la tension des tempes, par l'obscurcissement des yeux, par la tension des parties précordiales sans douleurs, l'écoulement involontaire des larmes, sans autres signes mortels, la rougeur du visage, le prurit des narines. La fièvre ardente se termine semblablement aux jours critiques par le vomissement, le cours de ventre, le flux des hémorroïdes, les urines abondantes avec sédiment, les sueurs, les crachats épais, une forte transpiration universelle.

Prognostics. C'est un fâcheux présage dans la fièvre ardente, si l'hémorrhagie survient le troisième ou quatrième jour avec trop de médiocrité ; le redoublement qui arrive un jour pair avant le sixième ; est très-mauvais. L'urine noire, tenue, et qui sort en petite quantité, menace la vie : le crachement et le pissement de sang sont mortels. La difficulté d'avaler est un très-mauvais signe ; le froid aux extrémités est pernicieux. La rougeur du visage, et la sueur qui en sort, sont d'un sinistre présage ; la parotide qui ne vient point à suppuration, est mortelle. La diarrhée trop abondante fait périr le malade : les mouvements convulsifs annoncent le délire, et ensuite la mort. On peut former le même présage si les forces diminuent, si la respiration est continuellement embarrassée, s'il y a une douleur aiguë permanente à l'une des oreilles, si la soif vient à cesser, quoique la fièvre continue dans toute sa violence, si le bas-ventre s'enfle, et s'il se fait une éruption de pustules gangréneuses par tout le corps. Voyez Lommius.

La fièvre ardente qui dégenere en colliquation, produit une diarrhée fétide, le pissement de sang, la tympanite, la péripneumonie accompagnée de délire, des tremblements, des frissons, des convulsions, et des sueurs froides qui emportent le malade.

Toutes ces choses bien examinées, on peut connaitre la cause immédiate de la fièvre chaude, qui n'est en effet qu'un sang dépouillé de ses parties les plus douces et les plus liquides : en un mot, une inflammation universelle produite par la trop grande force des solides et des fluides.

Cure. L'ardeur extrême du causus indique l'usage de la saignée au commencement de la maladie, et la répétition de ce remède, s'il y a des marques de pléthore, d'inflammation violente, d'une chaleur insupportable, d'une raréfaction excessive, et des symptômes pressants qui ne cedent point aux autres secours de l'art.

L'air doit être pur, froid, renouvellé, les couvertures legeres, le corps souvent élevé, la boisson abondante, aqueuse, chaude, adoucissante, antiphlogistique. Tels sont les aigrelets, l'esprit de soufre, le nitre, le crystal minéral, le petit-lait ; car il ne faut pas des réfrigérants qui ralentissent l'action organique des vaisseaux. Les lavements seront anodyns, délayans, laxatifs, et anti-phlogistiques.

Il faut humecter tout le corps, déterminer dans les narines la vapeur de l'eau chaude, gargariser la bouche et le gosier, laver les pieds et les mains dans l'eau tiede, fomenter avec des éponges trempées dans l'eau chaude, les parties où il y a plusieurs vaisseaux qui présentent bien leurs surfaces ; employer les médicaments aqueux, doux, nitrés, d'une agréable acidité, qui lâchent très-doucement le ventre, qui poussent par les urines et les réparent, qui servent de véhicule à la sueur par leur quantité, et non par aucune acrimonie, et qui enfin relâchent toute la contraction des fibres, dissolvent les liqueurs épaissies, les délaient et les corrigent.

Observations de pratique. 1°. Il est bon d'observer que les fièvres ardentes, fort aiguës, et accompagnées de symptômes dangereux, sont souvent compliquées de quelque inflammation intérieure qui dégénere souvent en gangrene. Alors la cure ordinaire des inflammations réussit rarement ; et l'art a très-peu de ressources contre une maladie si funeste.

2°. Il y a des fièvres ardentes simples qui finissent au premier septenaire, et d'autres s'étendent jusqu'au second : les premières n'ont pas besoin pour leur guérison d'une coction parfaitement purulente ; elles peuvent être terminées par une crise, qui est annoncée, comme le dit Hippocrate, par un nuage rouge dans les urines ; souvent aussi la maladie se termine alors par une hémorrhagie du nez. Il n'en est pas de même de la fièvre ardente, qui s'étend jusqu'au quatorzième jour, car elle cesse par une coction parfaitement purulente : dans ces dernières, le tartre stibié délayé dans beaucoup d'eau, et distribué en plusieurs prises, est un des purgatifs les plus avantageux et les plus surs, parce qu'il ne laisse après lui aucune impression fâcheuse à l'estomac ni aux intestins ; mais il faut s'en abstenir lorsque les premières voies sont évacuées.

3°. La connaissance des fièvres ardentes et de leur traitement, répand un grand jour sur toutes les fièvres aiguës particulières ; car elles ne sont que des symptômes ou des effets d'une autre maladie aiguë.

FIEVRE ASODE, febris asodes, fièvre continue ou remittente compliquée, accompagnée d'inquiétudes, d'agitations, d'anxiétés, de dégouts, de nausées, et de vomissements : désigne dans plusieurs endroits d'Hippocrate, toutes fièvres accompagnées d'agitations et d'anxiétés extrêmes. Galien ajoute que de tels malades sont nommés pour deux raisons ; la première, quand ils ont des mouvements très-inquiets ; la seconde, quand leur estomac est picoté par des humeurs corrompues.

Causes. Les principales causes de la fièvre asode sont la dépravation de la bile, la putridité des humeurs circulantes retenues dans les premières voies, quelque inflammation ou autre maladie du ventricule et des viscères voisins.

Prognostic. Cette fièvre est dangereuse, parce qu'elle trouble le repos et le sommeil, empêche l'usage des médicaments, intercepte celui des aliments, ou en corrompt la qualité, enflamme le sang, abat les forces ; et dans une longue durée, produit nécessairement la sécheresse, l'atrophie, le dépérissement, les convulsions, la mort.

Cure. La méthode curative consiste à expulser les humeurs corrompues, en corriger la nature par des nitreux, des acides agréables légèrement astringens ; dériver la matière métastatique, apaiser les mouvements troublés de l'estomac par des narcotiques, et appliquer sur la partie affectée des fomentations, des épithèmes, des cataplasmes relâchans, émolliens, anodyns.

FIEVRE BILIEUSE, fièvre aiguë qui doit son origine, soit à la surabondance, soit aux dépravations de la bile dispersée contre nature dans la masse des humeurs circulantes, ou extravasée dans quelqu'un des viscères.

Les anciens appelaient bilieuse la fièvre ardente, causum, parce qu'ils supposaient qu'elle était produite par une bile chaude et vicieuse ; mais les modernes ont sagement distingué ces deux fièvres, parce qu'elles ont effectivement des différences caractéristiques, quoiqu'elles aient des symptômes communs. Voyez FIEVRE ARDENTE.

Ses signes. Les symptômes de la fièvre purement bilieuse sont très-nombreux ; et ce qui est singulier, je les trouve presque rassemblés dans un seul passage d'Hippocrate, de medicina veteri. Les voici néanmoins encore plus exactement : le dégout, la nausée, de fréquentes et vives anxiétés, l'oppression, la cardialgie, le gonflement de l'estomac et du bas-ventre, la constipation, des tranchées, des tiraillements d'entrailles, une chaleur douloureuse par tout le corps, une soif intolérable, des urines claires et hautes en couleur, sans sédiment ; la sécheresse de la bouche et de la langue, avec un sentiment d'amertume ; des douleurs dans le dos, l'ardeur du gosier, le blanc des yeux et quelquefois tout le corps couvert de jaunisse. Ajoutez à ces marques, des toux convulsives, le hoquet, des maux de tête insupportables, l'insomnie, le délire, une faiblesse extrême dans tous les membres, des tremblements et des spasmes dans les jointures, des défaillances fréquentes.

Mais les symptômes caractéristiques de cette fièvre, sont des efforts pour vomir, suivis de vomissements d'une bile acre, caustique, qui en sortant ulcère le gosier, et qui en tombant sur la pierre, fait souvent une effervescence, comme l'eau-forte. Si le vomissement s'arrête, il lui succede une diarrhée bilieuse, avec tenesme, et quelquefois les déjections de la bile se font également par haut et par bas.

Causes. L'abus immodéré des aliments gras, putrescens, chauds, aromatisés, surtout dans les grandes chaleurs, et dans le temps que le sang est dans un mouvement excessif, sont les causes les plus fréquentes des fièvres de cette nature ; de-là vient qu'elles attaquent les personnes sanguines-bilieuses, celles qui se nourrissent de mets fortement épicés, qui boivent une grande quantité de liqueurs mal fermentées, et qui tombent dans des passions violentes après de pareils excès. Le balancement d'un vaisseau suffit seul pour jeter tout-d'un-coup dans l'estomac une bile étrangère, porracée et érugineuse, sans qu'on ait guère pu jusqu'à ce jour expliquer ce phénomene. De plus, la jaunisse se répand dans tout le corps par la seule constriction des conduits biliaires qui aboutissent au duodenum ; et quelquefois de grands accès de colere suffisent pour former l'expulsion de la bile dans cet intestin, d'où elle passe dans la masse du sang, et y produit des symptômes terribles. La bile verdâtre épanchée aux environs du foie, dit Hippocrate, est la cause fréquente des fièvres qui naissent dans l'intérieur du corps humain.

Enfin, comme la dépravation de la bile, les couleurs étrangères de cette humeur, et la fièvre qui en résulte, peuvent être produites par le spasme seul, qui est capable de pervertir en un moment les sucs bilieux les plus louables ; on doit être attentif à démêler si un tel état a causé le spasme, ou si le spasme a été la cause de cet état, afin de ne pas tirer de fausses inductions pour le prognostic, ou par rapport à la pratique.

Prognostics. Cette fièvre, soit qu'elle procede du mouvement excessif, de la surabondance, ou de la qualité dépravée de la bile, menace la vie de péril, si l'on n'entreprend pas à temps d'y remédier par le secours de l'art ; car c'est ici que la nature en a un besoin indispensable, parce que la force et la durée de la fièvre augmentent extrêmement les ravages de l'humeur bilieuse dont elle émane.

La plus heureuse tournure que cette fièvre puisse prendre, est de se porter à une évacuation promte et abondante de la matière viciée, et d'y parvenir par le vomissement, plutôt encore que par les selles. Quand les efforts pour vomir sont excessifs et avec peu d'effet, le malade ne manque guère d'éprouver un hoquet douloureux, des spasmes, et des défaillances qui en sont les suites. Quand au contraire les vomissements sont aisés et abondants, que de plus la bile rejetée est d'une assez bonne qualité, on a raison d'espérer favorablement de l'issue de la maladie ; mais si le délire subsiste longtemps et avec violence, le péril est considérable ; il est extrême, si les douleurs, l'anxiété, l'oppression, la chaleur brulante, sont tout-d'un-coup suivies de l'abattement des esprits, du froid et des convulsions.

Cure. La méthode curative doit tendre nécessairement à provoquer l'évacuation de la bile vicieuse, à adoucir son âcreté, à abattre la chaleur, et les symptômes qui en sont les effets.

On provoquera l'évacuation de la matière morbifique par de doux vomitifs, tels que la camomille, le tartre stibié en petites doses souvent répetées, et l'on en continuera l'usage tant que l'on apercevra dans les évacuations une bile fort jaune, verte, brune ou sanguinolente. Si le flux de la bile se fait par la voie des selles, on l'aidera puissamment par les décoctions laxatives de pruneaux, ou autres, jusqu'à ce que l'évacuation de la bile morbifique ait été complete . Après les évacuations suffisantes par haut ou par bas, on calmera le mouvement antipéristaltique de l'estomac et des intestins, par des parégoriques ou des calmants.

On adoucira l'âcreté de la bile par les diluans nitrés, les sels neutres, les lubréfiants, le petit-lait, les aigrelets, les émulsions legeres, acidulées, prises fréquemment, et modérément chaudes. Les absorbans qui ne sont pas astringens, mêlés avec le nitre, peuvent être quelquefois utiles.

On abattra la chaleur fébrile, et les symptômes qui en dépendent, par l'usage des mêmes remèdes. On arrêtera les gonflements du ventricule après les vomissements, en appliquant sur le creux de l'estomac des linges trempés dans de l'esprit-de-vin camphré. Enfin dans les spasmes, qui procedent uniquement de la mobilité des esprits, on usera d'anti-spasmodiques convenables.

Observations de pratique. Suivant les observations des praticiens éclairés, les huileux, les acres, les volatils et tous les échauffans, changent une fièvre bilieuse en inflammatoire. Les sudorifiques portent la matière morbifique dans le sang, et le privent de sa lymphe. La saignée, faite même au commencement de la maladie, ne convient cependant que dans les constitutions sanguines-pléthoriques, et lorsqu'on voit une grande raréfaction du sang qui circule dans les vaisseaux.

Les fièvres bilieuses règnent beaucoup plus fréquemment dans les pays chauds que dans les pays froids : celles qu'on voit si communément dans les armées, y sont d'ordinaire épidémiques, et l'on ne doit pas s'en étonner ; la même nourriture, les mêmes mouvements, et le même air qu'on respire, expliquent ce phénomene. L'on comprend par les mêmes raisons, que parmi des troupes perpétuellement exposées au soleil, à des marches forcées, et à des campements dans toutes sortes de terrains, la bile se trouvant alors nécessairement en plus grande quantité, et plus acre que de coutume, doit produire ces fièvres bilieuses de l'automne, qui emportent plus de monde que les batailles les plus sanglantes. M. Pringle en a fait un chapitre particulier dans ses observations sur les maladies d'armées, j'y renvoye le lecteur.

FIEVRE CACOCHYMIQUE, febris cacochymica, fièvre lente, légère, intermittente ou remittente, d'ordinaire erratique, rarement continue quand elle est simple.

Elle a pour cause principale une abondance d'humeurs crues, qui se sont corrompues par leur stagnation suivie de la chaleur.

Ceux que cette fièvre attaque, éprouvent de fréquents frissons, suent beaucoup, rendent des urines jaunes, chargées, lesquelles déposent un sédiment considérable qui présage la guérison.

Il faut donc aider l'atténuation des humeurs cruès, procurer leur expulsion par les apéritifs et les laxatifs ; enfin fortifier le corps par l'exercice, les stomachiques et les corroborants. Voyez CACHEXIE.

FIEVRE CATARRHEUSE, fièvre secondaire ou symptomatique, par le secours de laquelle la nature, en augmentant le mouvement des solides et des fluides, s'efforce de corriger la qualité viciée de la lymphe, de se débarrasser de la surabondance de cette lymphe, et de la chasser hors du corps d'une manière critique et salutaire.

Ses symptômes. Cette fièvre attaque ordinairement le soir avec continuité ou rémission. Ses symptômes, quand elle est très-grave, sont des frissonnements suivis de chaleur, un pouls fréquent et petit, l'enrouement, la pesanteur de tête plus faible que douloureuse, la lassitude par tout le corps, la soif, la difficulté d'avaler, le dégout, une chaleur dans la gorge, un picotement dans le larynx ; un sommeil interrompu, suivi le matin d'engourdissement ; l'augmentation du pouls ; les urines enflammées, troubles, couvertes au-dessus d'une pellicule blanchâtre, et déposant au fond du vaisseau un sédiment briqueté. A ces symptômes succedent l'oppression, des sueurs nocturnes abondantes, des douleurs dans les hypochondres et dans les reins ; la strangurie, qui se termine par une évacuation critique et copieuse d'urine ; quelquefois des nausées, des vomissements, la constipation, les tranchées, et le cours de ventre salutaire qui les accompagne.

Quand l'acrimonie séreuse est seulement logée dans les organes de la respiration et de la membrane pituitaire, elle produit une fièvre légère, avec alternative de frissons et de petites chaleurs plus mordicantes qu'ardentes ; l'enchifrenement, la douleur de tête, les yeux larmoyans, gonflés ; les narines rouges, qui laissent écouler une sérosité acre et corrosive ; l'éternuement, l'enflure du nez et des lèvres, la respiration un peu difficile ; la toux, les crachats qui se cuisent insensiblement, se détachent, et annoncent la fin de la maladie.

Causes. La cause immédiate, est une lymphe abondante et acre qui, dispersée par tout le corps, ou logée dans les tuniques glanduleuses, suscite une inflammation accompagnée de douleur, de tumeur et de rougeur. Cette sérosité est principalement produite par le défaut ou par la suppression de transpiration, quelle qu'en soit la cause ; d'où il arrive que cette fièvre se manifeste davantage dans les vicissitudes considérables de temps, et principalement aux équinoxes.

Il se trouve aussi quelquefois dans l'air une matière subtile et caustique qui s'insinue par le moyen de l'inspiration dans le corps humain, où elle excite promtement une fièvre catarrhale, qui est d'ordinaire épidémique, et quelquefois contagieuse.

Prognostics. Plus la quantité de lymphe acre est grande, plus les symptômes sont violents, et plus la maladie est longue. La simple fièvre catarrhale s'en va communément d'elle-même, sans le secours de l'art ; mais elle peut devenir fâcheuse par de mauvais traitements, et dans des constitutions particulières. Plus elle s'éloigne de sa douceur naturelle, plus l'inflammation est considérable, et plus on doit craindre que les viscères n'en souffrent. Son meilleur signe est une résolution journalière et une dissipation successive de la matière morbifique.

Cette maladie se termine par une expectoration abondante des bronches pulmonaires par les sueurs, les selles, les urines, ou l'excrétion de sérosité muqueuse par le nez.

Cure. Il faut se proposer, 1°. de corriger et d'émousser l'acrimonie de la lymphe ; 2°. de rétablir la transpiration, dont l'interruption a produit la fièvre ; 3°. d'évacuer les humeurs visqueuses, et d'en prévenir la formation pour l'avenir.

On corrigera l'acrimonie de la lymphe par les substances onctueuses, comme les émulsions, les bouillons de navets, les gruaux, les tisanes d'orge mondé, avec de la rapure de corne de cerf, des raisins, et de la réglisse. On divisera la sérosité glutineuse par les incisifs, tels que la racine d'aunée, de pimprenelle et de dompte-venin infusées ensemble, ou autres semblables ; par les sels neutres, tels que le nitre et le tartre vitriolé. On peut en particulier atténuer la lymphe qui est en stagnation dans les cavités des narines, par le sel volatil ammoniac sec, imprégné de quelques gouttes d'huile de marjolaine ; on seconde les excrétions par des infusions chaudes, et des poudres diaphorétiques. On procure l'évacuation de la lymphe visqueuse qui séjourne dans les glandes de la gorge, par les pectoraux.

On calmera la toux par des parégoriques, les pilules de styrax ou de cynoglosse. Le ventre doit être tenu ouvert par de fréquentes boissons de liqueurs émollientes, par des lavements, par des décoctions de manne, de pruneaux et de raisins. Si l'on soupçonne quelqu'inflammation dans les parties internes, les émulsions seront nitrées. Un de nos modernes donne la cure de la fièvre catarrhale en deux lignes : acre tenue concoquendum hypnoticis, condiendum resinosis, evacuandum diaphoreticis et diureticis.

Observation de pratique. Les Médecins ont observé de tout temps que les personnes d'un tempérament phlegmatique et sanguin, les enfants, les filles et les femmes, sont beaucoup plus sujettes aux fièvres catarrhales, que les hommes et les adultes d'un tempérament fort et sec. Hippocrate avait dit autrefois (Epidem. lib. VI. sect. iij.) que l'enrouement, les maux de tête et les migraines, sont emportés par une fièvre catarrhale qui leur succede : c'est aussi ce que l'expérience journalière apprend tous les jours aux praticiens.

Pour ce qui regarde la fièvre maligne catarrhale, comme elle est plus connue sous le nom de fièvre pétéchiale, voyez FIEVRE PETECHIALE.

FIEVRE CATHARTIQUE ou DIARRHETIQUE : fièvre continue, accompagnée de flux de ventre très-opiniâtre. Comme elle fait les plus grands ravages dans les villes et dans les camps, je me propose d'en parler avec toute l'étendue qu'elle mérite.

Causes. Il y a dans les fièvres continues un grand nombre d'espèces de flux de ventre, tant par rapport à la matière et à la cause, que par rapport aux effets et à l'évenement, et par conséquent il en résulte, que le médecin y doit donner toute son attention pour bien traiter ce genre de maladie.

Le flux de ventre qui accompagne cette fièvre, vient quelquefois d'un hétérogène qui agit sur les intestins par une forte irritation, et qui cause à-peu-près les mêmes effets que ceux que produisent de puissants purgatifs. Quelquefois cet hétérogène est répandu dans la masse des humeurs, et entretient un flux de ventre, en excitant continuellement l'action des excrétoires des intestins ; d'autres fois il réside, du moins en partie, dans les premières voies, surtout dans la vésicule du fiel ; car la bile elle-même peut se dépraver et devenir purgative, et même un purgatif fort irritant : elle peut aussi recevoir de la masse des humeurs un suc vicieux et irritant, qui se mêle et séjourne avec elle, et qui lui communique ses mauvaises qualités, en sorte qu'il entretiendra le flux de ventre, en s'écoulant continuellement dans les intestins : si une telle bile est successivement refournie à la vésicule par la masse du sang, elle perpétuera la diarrhée : il parait que de pareils flux de ventre sont toujours accompagnés d'une sorte de dissolution des humeurs, et que c'est une acrimonie qui les produit par irritation, et qui est dans le cas présent la cause de la dissolution.

Ses effets. Si le flux de ventre fébrile dure longtemps, il dispose de plus en plus les viscères de l'abdomen à la même maladie ; il les affoiblit, les excorie, les enflamme, vuide, épuise le reste des viscères et des vaisseaux : d'où naissent la maigreur, l'atrophie, la débilité, la dissenterie, l'épaississement des fluides dans toute l'habitude du corps, le relâchement des solides, la perte des parties fluides, la leucophlegmatie, l'hydropisie, la consomption, et la mort.

Cure. La cure de ce mal en général consiste à adoucir l'acreté qui fait irritation ; à l'évacuer par des émétiques, des purgatifs, des lavements ; à raffermir les parties lâches, à calmer l'impétuosité des liqueurs par des narcotiques, à déterminer la matière morbifique d'un autre côté par les sueurs ou par les urines, à l'expulser après en avoir corrigé la première source.

Mais M. Vanswieten, mon ancien maître et mon ami (je supprime ses titres et ses qualités) a détaillé cette cure avec tant de savoir et d'intelligence dans ses comment. sur Boerhaave §. 722, que je crois en devoir donner ici le précis, pour n'en pas faire un renvoi.

Lorsqu'on soupçonne qu'une diarrhée ou dyssenterie est entretenue par des matières irritantes, retenues dans les premières voies, les saignées proportionnées à l'irritation, les émétiques, les purgatifs, les lavements, et une boisson délayante très-abondante, sont les remèdes les plus promts et les plus surs pour enlever la cause de cette maladie : souvent on est obligé de faire vomir et de purger plusieurs fais, pour détacher et évacuer totalement cette matière, qui, quoiqu'en petite quantité, peut encore causer des irritations douloureuses ; ainsi, ce n'est pas uniquement par la quantité des matières que les émétiques ou les purgatifs évacuent, qu'on doit juger de la nécessité de répéter les purgations ; c'est encore par l'irritation qui excite le flux de ventre, et qui marque la mauvaise qualité de la matière irritante ; aussi arrive-t-il souvent, comme le dit Sydenham, que de très-petites évacuations, procurées par l'art, ont été suivies d'un soulagement remarquable.

Les lavements à demi-dose de liquide, rendus purgatifs, en y doublant ou triplant la dose des purgatifs, à laquelle on prescrit ces purgatifs intérieurement, sont employés avec succès. On doit avoir recours aux narcotiques ou calmants, après chaque purgation ; surtout lorsque l'irritation est un peu remarquable : et quand elle fait craindre l'inflammation, on ne doit pas négliger les saignées. Lorsque la matière irritante réside seulement dans les premières voies, la méthode que nous venons d'exposer, a un succès plus promt que dans le cas suivant.

Si c'est la bile retenue dans la vésicule qui est dépravée, et qui entretient le flux de ventre, on ne peut guère enlever cette cause que par le secours des émétiques, qui en excitant le vomissement, compriment la vésicule de la bile, et expulsent cette humeur dans les intestins, d'où elle est évacuée par le vomissement et par la voie des selles. On doit en différents jours répéter les émétiques, soit le tartre stibié, soit l'ipécacuanha, tant que l'on aperçoit dans les évacuations une bile fort jaune, ou verte, ou brune, ou sanguinolente ; car elle est par elle-même un signe manifeste de la véritable cause de l'irritation et de la diarrhée. Si elle est fort irritante, les lubréfiants, le petit-lait, la décoction de pruneaux, les aigrelets, sont indiqués pour en corriger l'acrimonie, en attendant que l'on soit parvenu à l'évacuer totalement. On peut aussi, dans la même vue, ordonner le petit-lait pour boisson ordinaire.

Les farineux et les absorbans qui ne sont pas astringens, telles que les poudres de coquilles d'œufs et d'yeux d'écrevisses, mêlés avec le nitre, peuvent être aussi de quelque utilité ; mais le principal objet de la cure consiste à obtenir, par les vomitifs, l'évacuation complete de la bile irritante, surtout de celle qui est dépravée dans la vésicule ; il ne faut pas négliger de prescrire, entre les purgations, l'usage des parégoriques, afin de modérer l'irritation de la cause de la maladie, et de s'opposer au spasme, qui peut être excité par les évacuations. Voyez FIEVRE BILIEUSE.

Les mauvaises déjections qu'on observe dans ces diarrhées fébriles, indiquent la nécessité de réitérer les purgations ; mais dans ce cas, il faut prendre garde si la diarrhée n'est point spasmodique, afin d'apaiser le spasme qui en est la cause, quelquefois encore les inflammations des viscères du bas-ventre produisent de pareilles diarrhées, et il faut convenir que ces différentes causes sont difficiles à démêler sans beaucoup d'attention et de discernement.

Si le flux de ventre dans cette espèce de fièvre est procuré par une cause irritante, répandue dans la masse des humeurs qui se mêlent avec la bile filtrée par le foie, et avec les sucs qui passent par les couloirs de l'estomac et des intestins, les purgatifs et les vomitifs sont encore indiqués, parce que la bile de la vésicule du fiel est chargée de l'hétérogène qui entretient le flux de ventre, et que ce réservoir serait une source intarissable qui perpétuerait la diarrhée fébrile : mais cette source serait difficile à détruire, si on ne s'appliquait pas à détourner vers d'autres voies l'hétérogène répandu dans la masse des humeurs : ainsi, outre les émétiques et les purgatifs, les diurétiques et les diaphorétiques peuvent être employés utilement avec les premières purgations.

L'usage des narcotiques, mêlés aux diaphorétiques, est très-avantageux, parce que les narcotiques facilitent par eux-mêmes la transpiration, et modèrent l'irritation des premières voies ; ainsi ils contribuent beaucoup avec les diaphorétiques, à procurer une diversion favorable.

On redoute les astringens dans les premiers temps de ces diarrhées fébriles ; mais lorsqu'elles trainent en longueur, et qu'on a employé avec discernement les remèdes dont nous venons de parler, ils ont souvent un très-bon succès, même dans les dyssenteries opiniâtres : le plus sur, lorsqu'on a recours à ces remèdes, est de prescrire d'abord les astringens absorbans, qui favorisent la transpiration ; tels sont le diaphorétique minéral, la corne de cerf préparée, etc. ces remèdes adoucissent dans les premières voies l'acrimonie des sucs qui y abordent, et y agissent par leur astriction : ainsi ils peuvent, par cette double propriété, modérer et même arrêter le flux de ventre : mais quand ils ne réussissent pas, on peut ensuite recourir à de plus forts astringens, comme à l'acacia-nostras, le sumac, et les autres austères ou acerbes du règne végétal.

Si la fièvre diarrhétique persiste après que le flux de ventre est cessé, elle se termine ordinairement par une espèce de coction, qui procure la dépuration de la masse des humeurs : cependant il faut être attentif au caractère de la maladie ; car si les symptômes manifestent une malignité ou une acrimonie capables de causer du désordre dans les solides, on doit être circonspect sur l'emploi des astringens ; il y a pour lors beaucoup plus de sûreté après l'usage des purgatifs et des vomitifs, de se fixer aux autres évacuans qui peuvent terminer le flux de ventre par diversion.

Observation de pratique. Les diarrhées fébriles causées par l'inflammation des viscères de l'abdomen, sont accompagnées d'une chaleur fort ardente : le flux de ventre et la puanteur des déjections peuvent se trouver ensemble ; mais un tel flux de ventre cesse ordinairement par l'évacuation des matières corrompues, pourvu qu'il n'y ait point de colliquation putride : le flux de ventre causé par la bile dépravée, est ordinairement douloureux, et les évacuations moins fétides ; ces évacuations sont fort séreuses et peu fétides dans les flux de ventre occasionnés par un hétérogène irritant. La diarrhée produite par une colliquation putride des humeurs, persiste pour l'ordinaire fort longtemps, malgré les purgations : on comprend donc assez par cette diversité de cause des fièvres diarrhétiques, que dans ce genre de maladie, on ne peut juger du danger, ni tirer des indications sures, qu'autant qu'on peut démêler et distinguer ces différentes causes : ainsi les présages des médecins, qui ne sont établis que sur les qualités des évacuations, doivent être fort incertains ; mais en les réunissant à d'autres signes plus instructifs, on découvre le cas où ils sont conformes aux décisions de ces maîtres. Voyez M. Quesnay dans son traité des fièvres.

FIEVRE CHRONIQUE, voyez FIEVRE LENTE.

FIEVRE COLLIQUATIVE ; fièvre ainsi nommée quand elle est accompagnée de la colliquation des humeurs et de leur évacuation fréquente et abondante, par les selles, les urines, la peau, et autres émunctoires du corps humain.

Ses signes. Elle se manifeste par une petite sueur, une chaleur acre, un pouls serré, la lassitude, des urines ordinairement troubles, pâles, et blanchâtres : la partie rouge du sang tirée par la saignée nageante dans un fluide très-abondant.

Ses effets. Les effets de cette fièvre sont des sueurs continuelles et excessives, ou des déjections abondantes de matières ténues sans puanteur ; l'abattement des forces, la cachexie, l'hydropisie, l'émaciation du corps, le marasme, la corruption de toutes les humeurs saines, et la chaîne des autres maux qui en résultent.

Ses causes. Cette fièvre reconnait plusieurs causes, la transpiration empêchée après des exercices violents ; l'usage trop longtemps continué des fondants ; les poisons ; le virus scorbutique ; l'abondance de la bile qui refluant du foie, s'est mêlée dans le sang ; la faiblesse des vaisseaux ; la mauvaise qualité de l'air et des aliments. Toutes ces causes peuvent produire la colliquation des humeurs, qui se trouve différente selon la différente nature du vice dominant de l'humeur qui tombe en fonte, acide, alkaline, acre, muriatique, huileuse, bilieuse, etc. Le sang est aussi susceptible de dissolutions glaireuses, putrides, occasionnées par des substances putrides, et des miasmes pernicieux.

Cure. La méthode curative consiste à opposer les remèdes aux causes du mal. On corrigera les humeurs corrompues ; on les évacuera modérément par l'organe convenable ; on tâchera d'arrêter les progrès de la corruption par les anti-septiques ; on tempérera les sueurs excessives par les opiates ; on renforcera le corps par les stomachiques, les corroborants, l'exercice réglé, sans lequel l'usage de la diete blanche incrassante, ou autre régime contraire au caractère de la fièvre colliquative, ne produirait aucun effet.

FIEVRE COLLIQUATIVE PUTRIDE, voyez SYNOQUE PUTRIDE.

FIEVRE COMATEUSE, affection morbifique qui accompagne quelquefois la fièvre, et qui consiste dans l'assoupissement, ou dans une envie continuelle de dormir, soit avec effet, soit sans effet.

Le comat fébrile suppose dans tout le cerveau certaine disposition qui empêche l'exercice des sens et des mouvements animaux. Cet empêchement peut procéder de ce qu'il ne vient pas au cerveau une assez grande quantité de sang artériel, ou de ce qu'il n'y circule pas librement ; ou de ce que les esprits ne peuvent se séparer du sang dans les nerfs ; ou enfin de ce que leur flux et leur reflux par les nerfs ne peut se faire.

Causes. Plusieurs causes différentes et souvent contraires, telles que sont toutes les évacuations ou replétions considérables ; le trop grand épaississement du sang devenu gluant, gras, ou inflammatoire ; le défaut d'action des solides, la dépravation putride des aliments, la suppression de l'urine, une bile acre ou autre matière retenue dans l'estomac : enfin toutes les causes qui compriment la substance même du cerveau, quelles qu'elles soient, peuvent occasionner cette affection dans les fièvres ; elle peut être aussi l'effet de la compression des nerfs. Enfin le spasme des membranes du cerveau est peut-être sa cause la plus commune.

Réflexions sur ces causes. On comprend par ce détail, qu'un médecin doit bien faire attention aux signes qui peuvent manifester la cause particulière de ce mal, avant que de déterminer quels remèdes conviennent, et comment il faut les employer ; car on est souvent obligé d'avoir recours à des choses contraires les unes aux autres ; et souvent un assoupissement long et opiniatre, après qu'on a tout tenté inutilement, cesse enfin de lui-même, quand le pépasme de la fièvre est achevé.

Cure. Ainsi les remèdes seront dirigés et variés suivant la différence des causes. Les fomentations appliquées à la tête et au cou, le bain tiede des pieds, les épispastiques, les frictions aux parties inférieures, les boissons délayantes, les aliments legers, les lavements simples, conviennent en général. Si l'on voit les signes d'une grande inflammation, on traitera cette affection comme la maladie principale.

Observations pratiques. Les fièvres épidémiques érésypélateuses, malignes, pétéchiales, pourprées, qui produisent la corruption des humeurs, en changeant la nature des esprits, et en opprimant le cerveau, causent assez communément des affections comateuses accompagnées de péril. Leur méthode curative demande souvent la saignée, les lavements réfrigérants ou purgatifs, les vésicatoires appliqués à la nuque du cou, les antiphlogistiques internes légèrement astringens, etc.

L'affection comateuse a encore un danger plus considérable dans la fièvre aiguë, ardente, inflammatoire, s'il ne survient au commencement de la maladie une crise par l'hémorrhagie, le cours de ventre, des urines abondantes et qui déposent, ou des parotides qui suppurent.

Les humeurs crues qui sont dégénérées par leur corruption, et devenues insuffisantes à fournir les esprits nécessaires, causent quelquefois des affections soporeuses avec ou sans fièvre, comme dans les scorbutiques, les cacochymiques, les valétudinaires, etc. Dans ce cas, la crudité doit être corrigée par les anti-scorbutiques, les stomachiques, les fortifiants ; et l'on ranimera les esprits par la respiration des sels volatils.

Si l'affection comateuse est produite dans la fièvre par une évacuation considérable des règles, des vuidanges, il faut reprimer cette évacuation, soutenir le bas-ventre par des bandages, et réparer les forces par des aliments convenables. Quand au contraire la suppression des évacuations cause une fièvre comateuse, on la traitera par la saignée, les purgatifs, les vomitifs, etc. Mais si des narcotiques imprudemment donnés ont produit cet accident ; il faut y remédier par des boissons acides.

On a remarqué que l'assoupissement arrive quelquefois dans le fort des redoublements des fièvres critiques, et qu'il est d'un présage fâcheux dans le temps du frisson : il est fort ordinaire dans les fièvres malignes, la suette, et la peste.

Il faut toujours bien distinguer l'assoupissement passager des assoupissements opiniâtres dans les fièvres : les premiers sont communs et ne présagent rien de fâcheux ; les autres, au contraire, sont souvent funestes, parce qu'ils dépendent de quelque dérangement grave de l'organe des fonctions de l'âme.

FIEVRE COMPLIQUEE. On nomme ainsi toute fièvre continue accompagnée de symptômes et de désordres considérables, qui troublent son mécanisme, et embarrassent extrêmement l'esprit du médecin, pour le traitement d'une telle fièvre.

On impute presque toujours à la fièvre les funestes effets produits par la complication des accidents qui s'y joignent. Comme la fièvre est le mal le plus apparent et le plus connu dans les complications des maladies aiguës, on lui attribue toutes les affections morbifiques qu'on y remarque : on fait plus ; car lorsque la fièvre elle-même n'est pas remarquable, la prévention habituelle fait supposer à quelques médecins une fièvre sourde, une fièvre cachée et insidieuse, à laquelle ils imputent, sans aucune raison ; toutes les mauvaises dispositions du malade.

Cependant dans les affections morbifiques compliquées, qui paraissent avec la fièvre, ce n'est pas ordinairement elle qui est le plus dangereuse, ni qui présente les indications les plus essentielles, ou les plus pressantes à remplir pour le soulagement et pour la sûreté du malade. Pour se représenter sensiblement cette vérité, il suffit de se rappeler les effets des poisons et des venins. Dans la morsure d'une vipere, par exemple, le venin qui s'insinue dans la playe cause une douleur fort vive, un engorgement inflammatoire et gangréneux à la partie blessée, des tremblements, des convulsions, la fièvre, des angoisses avec cardialgie, des vomissements, le hoquet, la difficulté de respirer, l'abattement, des syncopes, des éblouissements, des sueurs froides, des urines sanguinolentes, la paralysie, des extravasations, des dissolutions de sang, des gangrenes en différentes parties : or, dans de telles complications, ce n'est pas la fièvre, quoique souvent très-vive, qui est l'objet de l'attention du médecin ; ce n'est pas elle qui lui fournit les indications qu'il doit remplir : il ne pense pas à l'éteindre ; il songe à satisfaire à d'autres indications plus importantes.

Ainsi lorsque la fièvre est compliquée avec d'autres affections très-dangereuses, il est essentiel de la distinguer de toutes les affections qui ont été produites avec elle par une même cause ; et c'est la destruction de cette cause qui demande seule les secours de l'art. Mais lorsque dans les fièvres il se présente différents symptômes compliqués qui tendent à produire des effets différents, les uns avantageux et les autres désavantageux en apparence, quelle conduite doit tenir le médecin dans cette complication ? Je répons qu'il ne peut la prendre, cette conduite, que de son génie et de ses lumières ; elles seules lui indiqueront à distinguer le caractère des symptômes que la maladie lui présente ; à saisir ses indications avec discernement ; à prévenir les effets funestes, et à faciliter les effets salutaires.

FIEVRE CONTINENTE. On nomme fièvre continente, toute fièvre dont la durée s'étend au-delà de trente-six heures : c'est cette durée qui distingue la fièvre continente de l'éphémère. Voyez éPHEMERE.

FIEVRE CONTINUE, est celle qui est sans interruption depuis son commencement jusqu'à sa fin ; elle reçoit quantité de noms d'après sa durée, ses complications, et les symptômes qui l'accompagnent : delà viennent tant de divers genres et espèces de fièvres établies par les médecins ; et pour nous conformer à leur langage, nous avons suivi dans ce Dictionnaire les dénominations qu'ils leur ont données : on en peut voir les articles ; car nous n'envisagerons dans celui-ci que la cure de la fièvre continue prise en général, simplement, et sans complications : ses causes et ses signes ont été exposés au mot FIEVRE.

Cure. La méthode curative des fièvres continues simples consiste principalement dans l'administration de la saignée, de quelques remèdes altérants, légèrement apéritifs, et de la purgation. La diete austère et humectante qui y convient ordinairement, n'est pas même ignorée du vulgaire. Les tempérants légèrement apéritifs, y sont continuellement indiqués, pour procurer, surtout par les urines, l'expulsion des sucs excrémenteux, produits en abondance par l'action accélérée des vaisseaux : aussi l'usage de ces remèdes est-il assez généralement reconnu. La saignée est absolument nécessaire, pour peu que l'inflammation prédomine.

Les médecins ne s'accordent point sur l'administration de la purgation, dans la cure des fièvres continues. Peut-être que ceux qui en bornent trop l'usage, et ceux qui l'étendent trop soin, ne réussissent pas moins bien les uns que les autres, parce qu'il se rencontre autant de fièvres où un grand usage de la purgation est funeste, qu'il y en a où il est nécessaire. Mais quoique des méthodes si opposées puissent être également salutaires, et cependant également pernicieuses, ceux qui se fixent à l'une ou à l'autre, n'en sont pas moins de très-mauvais médecins. Ce n'est pas par les succès, par les observations, ou les simples récits des cures de ces praticiens, qui réduisent mal les maladies et les indications, que l'on doit ici déterminer l'usage de la purgation : c'est en réunissant aux connaissances évidentes de la théorie une expérience exacte, complete et étendue, qu'on acquerra des lumières pour décider surement cette question importante de la Médecine.

Observations de pratique. Les fièvres continues peuvent se diviser en fièvres critiques, qui se terminent par coctions et par crises ; et en fièvres non-critiques, qui se terminent sans coctions et sans crises remarquables.

Les fièvres continues qui ont des redoublements tous les jours, parviennent difficilement à la coction, tant que ces redoublements journaliers persistent, à moins que la cause de ces fièvres ne soit entrainée par la voie des excrétoires ; autrement elles durent d'ordinaire fort longtemps. Dans quelques pays, on a presque toujours recours à l'usage du quinquina pour les guérir, quoique les habiles gens aient remarqué que ce fébrifuge ne réussit point dans les fièvres véritablement continues. Ceux qui emploient ce remède lui attribuent par erreur des guérisons qui arrivent naturellement aux périodes critiques, et auxquelles il n'a aucune part : il peut à la vérité très-bien guérir les fièvres intermittentes subintrantes ; mais il ne faut pas les confondre avec celles qui n'ont aucune intermission dans les temps du relâche.

La plus légère fièvre continue est celle qui nait de crudités, ou de la transpiration arrêtée, dont la matière est chassée par le mouvement fébrile. On la guérit par la boisson abondante, un peu échauffante et diaphorétique.

Les humeurs naturellement corrompues ou dégénérantes dans les gens faibles, âgés, cacochymes, scorbutiques, valétudinaires, produisent souvent chez eux une fièvre continue, qui d'ordinaire devient rémittente : la cure exige de legers purgatifs, les anti-putrides, les stomachiques, et les corroborants.

Quelquefois au commencement de la constitution épidémique des intermittentes, il parait des fièvres continues qui ne doivent être considérées pour la méthode curative, que comme de vraies intermittentes. En général, toute fièvre continue épidémique et endémique, veut être traitée d'après la connaissance de la constitution de l'air, de la saison, du climat, etc. mais la fièvre continue qui procede d'une maladie particulière aiguë ou chronique, comme du rhumatisme, de la goutte, d'un abcès, d'une blessure, de la phtisie, de l'hydropisie, etc. doit être regardée comme symptomatique. Voyez FIEVRE SYMPTOMATIQUE.

Le médecin qui voudra s'instruire complete ment des fièvres continues, étudiera sans-cesse l'ouvrage de M. Quesnay.

FIEVRE CONTINUE REMITTENTE, est celle qui sans discontinuer, donne de temps en temps quelque relâche, et ensuite quelques redoublements : comme sa cure est la même que pour la fièvre continue, voyez FIEVRE CONTINUE.

FIEVRE CRITIQUE, est toute fièvre continue qui se termine par coction purulente, et par crises.

On peut admettre trois sortes de fièvres critiques : 1°. celles qui dépendent d'inflammations locales, dont la terminaison se fait par résolution ; 2°. les fièvres humorales que les anciens appelaient synoques putrides, et qui se terminent par coction purulente. Voyez SYNOQUE. 3°. Les fièvres que les mêmes anciens nommaient bilieuses ou ardentes, parce qu'étant accompagnées de chaleur brulante, et d'une soif intolérable, ils jugeaient qu'elles dépendaient plus d'une bile vicieuse que du sang corrompu. Voyez FIEVRE ARDENTE.

Mais les fièvres véritablement et régulièrement critiques, sont celles qui procurent une coction purulente, dont les progrès sont marqués par des signes qui annoncent surement, et à jour préfix, des évacuations salubres. Toute fièvre continue, qui ne se termine pas avant la quatrième exacerbation, ou avant le septième jour, dont la cause n'est pas indomtable, et qui n'est pas compliquée à d'autres maladies ou accidents, capables d'empêcher ses propres effets, se guérit par cette coction et par ces évacuations critiques.

FIEVRE DEPURATOIRE, est celle dont la nature tempere tellement les symptômes, qu'elle chasse la matière fébrile bien préparée dans un certain temps, soit par transpiration ou par coction.

On peut compter trois sortes de fièvres dépuratoires, 1°. les fièvres simples dépuratoires par elles-mêmes, comme la fièvre éphémère, la fièvre synoque sanguine ou non putride, etc. 2°. les fièvres dépuratoires qui cessent heureusement par les évacuations sans coction ni crise ; 3°. les fièvres dépuratoires dont la cause serait indomtable par la coction, et incapable d'expulsion par les excrétoires naturels, et qui se guérissent par des dépôts, par des eruptions extérieures où de telles causes trouvent des issues qui en procurent l'évacuation. Cette voie est même ordinaire dans plusieurs maladies qui se terminent par des éruptions à la peau ; telles sont les fièvres scarlatines, la petite vérole discrette, la rougeole bénigne, etc. Mais dans d'autres maladies cette voie est fort incertaine, comme lorsque les dépôts ou les éruptions arrivent irrégulièrement aux parties intérieures, ou aux parties extérieures, ou en même temps aux unes et aux autres ; telles sont les pustules ichoreuses, et les dépôts sanieux dans les petites véroles confluentes.

FIEVRE DIARRHETIQUE, voyez FIEVRE CATHARTIQUE.

FIEVRE DYSSENTERIQUE, febris dyssenterica : on nomme fièvres dyssentériques, celles qui sont jointes à des tranchées douloureuses dans le bas-ventre, suivies de déjections muqueuses et sanglantes avec exulcération des intestins ; la dyssenterie est l'affection morbifique qui a donné le nom à cette fièvre.

Cause prochaîne. Une matière active, acre, tenace, caustique, peut-être analogique dans ses effets, avec les parties sur lesquelles elle agit, transportée dans les couloirs des intestins qu'elle irrite et qu'elle ronge, produit ce genre de fièvre qu'on voit fréquemment dans les constitutions épidémiques.

Ses signes. Alors la fièvre dyssentérique se fait connaitre par un frisson suivi de chaleur, de vives douleurs d'entrailles, de tenesme, de déjections glaireuses et sanguinolentes, de soif, de dégout, de langueur, de défaillances, de sueurs froides, et de l'exolution des forces.

Prognostics. Les pellicules d'intestins qu'on trouve dans les selles, l'inflammation à la langue, les aphtes dans la gorge, les évacuations qu'on fait sans s'en apercevoir, le délire, les convulsions, le froid des extrémités, et le hoquet qui survient alors, annoncent une fin prochaîne de cette fièvre, par la destruction de la machine.

Cure. La méthode curative doit tendre à diminuer l'inflammation, corriger l'acrimonie de la matière caustique, évacuer les humeurs morbifiques, adoucir les entrailles, consolider l'exulcération, et arrêter le flux de ventre invétéré.

On remplit ces indications par la saignée, les vomitifs, les purgatifs, entre lesquels l'ipécacuanha, la rhubarbe, et le simarouba sont les principaux ; il faut les donner à petites doses, et en calmer les effets par des parégoriques. Les lavements seront composés de choses grasses et onctueuses ; comme de décoctions de mauve, de guimauve, ou de bouillons de tripes : on se servira des mêmes décoctions en fomentations sur le bas-ventre ; on usera pour boisson et aliments d'eau de poulet, de ris, d'orge, ou de lait de chèvre coupé ; les tisanes seront émulsionnées, et quelquefois acidulées. Enfin si les astringens deviennent nécessaires, on les emploiera prudemment, graduellement, et on y joindra le laudanum liquide. Consultez ici l'article DYSSENTERIE, et sur la dyssenterie, consultez Degnerus.

La meilleure cure prophylactique dans les épidémies qui produisent cette fièvre d'une manière fatale, est de fuir la contagion, se tenir le ventre libre, user de régime et d'aliments adoucissants, éviter de respirer les exhalaisons des excréments.

Observation. La fièvre dyssentérique est une des plus fréquentes et des plus cruelles épidémies des camps ; on en trouvera la diagnose, la prognose, et le traitement dans l'ouvrage anglais du docteur Pringle, sur les maladies d'armées. Je remarquerai seulement, que les principaux moyens pour en arrêter le progrès, sont de décharger les hôpitaux autant qu'il est possible, de renouveller continuellement l'air des infirmeries par un ventilateur, d'en balayer toutes les ordures avec grand soin, de remettre les malades dans des églises, dans des baraques, des maisons ruinées, où ils ne communiquent point ensemble, de ne point confiner au lit ceux qui en peuvent sortir, de tenir très-propres leurs chambres, leurs hardes, leurs bassins, et tous les ustensiles dont ils se servent ; enfin sur toutes choses, de couvrir chaque jour les privés d'une nouvelle terre ; car c'est principalement de l'exhalaison putride des latrines publiques des camps, que dépend la contagion et la propagation de ce mal funeste.

FIEVRE ENDEMIQUE, ainsi dite de , et , peuple. Les fièvres endémiques sont celles qui règnent tous les ans avec des symptômes assez semblables dans un même pays, et qui y sont plus fréquentes que dans un autre, à cause du climat, de l'air, de l'eau, de la situation du lieu, de la manière de vivre des habitants. Voyez ENDEMIES. Consultez Hippocrate de aere, locis, et aquis ; et si vous voulez parmi les modernes, Wintringham's (Clifton) a treatise of endemic diseases. London, 1718. 8°.

FIEVRE EPHEMERE, ephemera, la plus simple des fièvres continues, dont le commencement, l'état, et le déclin, se font ordinairement dans l'espace de 12, 24, ou au plus de 36 heures. Voyez EPHEMERE.

FIEVRE EPHEMERE BRITANNIQUE, nom vulgaire qu'on a donné à la suette, espèce de peste qui passa en Angleterre en 1485, et qui emportait les malades en 24 heures. Voyez SUETTE.

FIEVRE EPIALE, epialis febris, , fièvre, dit Galien, dans laquelle le malade ressent une chaleur extraordinaire, et frissonne en même temps. Les anciens latins lui donnent le nom de quercera, c'est-à-dire qui produit de violents frissons.

C'est, suivant nous, cette affection morbifique de la fièvre qui consiste dans le frisson, lequel persiste avec le sentiment de chaleur. On en peut indiquer pour cause générale une acrimonie irritante que les forces vitales ne peuvent pas chasser.

L'acrimonie de la cause de la fièvre produit souvent un genre de chaleur, ou plutôt une sensation de chaleur, qu'il ne faut pas confondre avec la chaleur même de la fièvre ; celle-ci dépend de l'augmentation de la circulation du sang. Celle-là est causée par l'impression que fait l'acrimonie de substances acres qui agissent rarement sur les filets nerveux ; telle est la chaleur brulante que les malades ressentent intérieurement dans la fièvre épiale.

Cette fièvre est en même temps accompagnée d'un froid violent et douloureux dans les parties extérieures du corps ; ce froid est peut-être occasionné par la même acrimonie qui excite dans les muscles de ces parties un spasme capable de resserrer les vaisseaux, et de n'y laisser passer que fort peu de sang. Par-là, il prive non-seulement les parties extérieures de chaleur, mais il y cause une sorte d'horripilation, et d'érétisme douloureux, qui se joignent au sentiment de froid, et qui le rendent plus insupportable.

Quoi qu'il en sait, cette affection morbifique de la fièvre demande la destruction du vice irritant, et requiert en même temps les antiseptiques cardiaques, propres à ranimer les forces et la circulation languissante du sang et des humeurs. Les frictions faites avec des liqueurs spiritueuses, chaudes, souvent répétées par tout le corps, contribueront efficacement au même but. Voyez FIEVRE HORRIFIQUE.

FIEVRE EPIDEMIQUE, de , sur, et , peuple. On nomme fièvres épidémiques, populaires, ou communes, les fièvres de même espèce, qui changent néanmoins souvent de caractère et de nature, attaquent indifféremment dans certains temps toutes sortes de personnes de l'un et de l'autre sexe, de tout âge, de tout ordre, et comme par une espèce de contagion. Voyez EPIDEMIES.

On ne peut trop lire les auteurs qui ont traité ce sujet ; Hippocrate, epidemior. Baillou, Sydenham ; les observations des médecins de Breslaw, d'Edimbourg ; Roger, dans son essai on épidémical diseases ; Cleghorn, on epidemical diseases of minorca, etc. Et pour les fièvres épidemiques des armées, des camps, des hôpitaux, fièvres bien différentes de celles qui règnent ailleurs, voyez l'excellent livre du docteur Pringle, intitulé observations on the diseases of the army. London. 1753, in -8°.

FIEVRE ERESYPELATEUSE ; est celle qui est accompagnée d'érésypele, ou qui en est l'effet. Voyez ERESYPELE.

La cause prochaîne de l'érésypele est le passage des globules rouges du sang dans les vaisseaux lymphatiques de la peau, surtout dans ceux qui composent le lacis lymphatique.

Causes de cette fièvre. Cette fièvre procede ordinairement, 1°. d'un sang chargé d'une humeur acre et subtile de la bile, de l'humeur de la transpiration, ou de celle de la sueur, qui ont été arrêtées : 2°. de l'usage d'aliments gras, et de boissons échauffantes et spiritueuses : 3°. dans les personnes cacochymes, faibles, scorbutiques, ou dans celles-là même qui jouissent d'une bonne santé, de la corruption spontanée des humeurs excrémenteuses, mises en mouvement par quelque faute ou abus des choses non-naturelles : 4°. de la constitution particulière du malade.

Effets. L'humeur érésypélateuse ne produit aucun signe critique dans les urines ; mais quand elle est dispersée dans la masse des humeurs par la circulation, elle excite une fièvre plus ou moins forte, la nature tendant à se décharger de l'hétérogène morbifique par une éruption sur la peau.

Cure. Lorsque la fièvre érésypélateuse est considérable, accompagnée de fâcheux symptômes, et que l'érésypele est malin, il faut recourir à la saignée, la répéter à proportion de la constitution du malade, et de la violence des symptômes. On doit joindre à ce remède les délayans, les calmants, les évacuans, et les diaphorétiques. Les délayans donnent aux humeurs plus de fluidité ; les calmants apaisent la douleur ; et les diaphorétiques conviennent lorsque la maladie est occasionnée par la suppression de la transpiration. Les purgatifs sont nécessaires dans les fièvres érésypélateuses, produites par des humeurs qui ont enflammé le sang, et qui l'ont déterminé à passer dans les vaisseaux lymphatiques. On corrigera les humeurs pourrissantes par les anti-septiques, légèrement astringens.

Quant à l'érésypele même qui produit cette fièvre, on en peut tirer le prognostic de son espèce, de sa cause, de la partie que l'érésypele attaque, et des accidents. L'érésypele qui est accompagné de douleurs violentes, de fièvre considérable, de diarrhée, est beaucoup plus fâcheux que celui qui est sans aucun de ces accidents : mais l'érésypele qui est simple, benin, leger, se dissipe promtement, et cesse avec la fièvre, avant, ou peu de temps après.

FIEVRE ERRATIQUE, febris erratica, . On nomme fièvre erratique, vague, irrégulière, intercurrente, toute fièvre intermittente ou remittente, qui a ses vicissitudes, ses exacerbations, son cours, et sa durée dans des temps incertains.

De telles fièvres se présentent souvent aux observations des Médecins, dans les commencements des intermittentes, surtout des quartes de l'automne, et elles sont pour lors très-irrégulières : de plus, l'on remarque que les intermittentes longtemps prolongées, deviennent fréquemment erratiques, et que quelquefois les erratiques se changent en intermittentes régulières ; mais la méthode curative est constamment la même, ou doit l'être, pour les fièvres erratiques, comme pour les diverses intermittentes. Aussi nous ne nous y arrêterons pas ici. Voyez l'article FIEVRE INTERMITTENTE.

On nomme encore fièvre erratique, celle qui survient aux femmes par la suppression du flux menstruel. La cure de cette espèce de fièvre erratique, consiste à procurer l'écoulement des règles par la saignée du pied, l'usage des vapeurs, des liniments, des fumigations, des purgatifs utérins, les emménagogues, les stomachiques, les corroborants, les chalybés, l'exercice.

FIEVRE ETIQUE : dans l'usage ordinaire on écrit étique, et on le prononce de même ; mais comme les Latins disent hectica febris, et les Grecs , de qui répond au mot habitus, qualité qu'on a peine à séparer du sujet ; il en résulte que laissant à part la prononciation, il faut toujours écrire hectique dans un dictionnaire d'Arts, qui doit conserver l'origine des mots autant qu'il est possible. Voyez donc FIEVRE HECTIQUE.

FIEVRE EXANTHEMATEUSE, c'est une fièvre accompagnée sur tout le corps, ou sur une partie du corps, de boutons inflammatoires nommés exanthemes.

On sait que ce sont de petites taches ou tubercules rouges, plus ou moins larges, avec ou sans élévation, d'une bonne ou d'une mauvaise qualité. Voyez EXANTHEME.

Causes. Ces taches ou tubercules inflammatoires ont le plus souvent 1°. pour matière celle qui ne pouvant circuler dans les petits vaisseaux de la peau, s'y arrête ; et 2°. pour causes, la suppression de la transpiration, la dépravation des humeurs, la force de la circulation des secrétions, des excrétions, etc. De ces différentes causes proviennent bien des sortes de pustules, qui donnent aux fièvres qui les accompagnent, les divers noms d'exanthémateuse, d'érésypélateuse, de scarlatine, de pétéchiale rouge, de pétéchiale pourpre, de miliaire blanche et rouge, de rougeole, et de petite vérole. Voyez tous ces mots.

Prognostics. La nature des exanthemes, leur caractère, et les symptômes qui les accompagnent dans cette fièvre, prognostiquent le bien ou le mal qu'on en peut attendre. La plupart des fièvres exanthémateuses se terminent presque toujours surement par des éruptions benignes à la peau, et de telles éruptions calment souvent les fâcheux symptômes des fièvres aiguës ; mais les humeurs corrompues dans le corps, qui s'arrêtent sur les parties extérieures par un transport imparfait, et se déposent en même temps sur les parties intérieures, où elles produisent des oppressions, des anxiétés, et autres désordres, sont d'un fâcheux présage, surtout quand elles sont suivies de déjections putrides sans aucun soulagement. L'hétérogène qui forme une éruption imparfaite, menace les malades d'un plus grand danger dans les fièvres pourpreuses, pétéchiales, et miliaires, que dans les exanthémateuses, scarlatines, et rougeoliques. Les fièvres exanthémateuses épidémiques sont ordinairement contagieuses et d'une mauvaise espèce.

Cure. La méthode curative exige en général les boissons legeres, diluantes, apéritives, pour donner de la mobilité à la matière, et pour que la force de la vie persévère toujours dans une juste modération ; car par ce moyen les exanthemes se dissipent, en faisant tomber l'épiderme par écailles. La cure particulière doit se rapporter aux diverses causes de la fièvre. Par exemple,

Les fièvres exanthémateuses occasionnées par la transpiration ou par la sueur, dont la matière retenue est devenue plus acre dans les gens faibles, valétudinaires, cacochymes, bilieux, demandent pour remèdes de legers diaphorétiques internes, et quelques anti-putrides.

Lorsque les fièvres exanthémateuses procedent de mauvaises humeurs, assemblées dans le ventricule et dans les intestins, de bile corrompue, de la nourriture de moules, ou autres crustacés vénimeux, il faut commencer par les purgatif ou vomitif, pour chasser du corps la matière morbifique.

Dans les fièvres exanthémateuses produites par de violents exercices, l'abus des échauffans et des acres, on usera de diluans, de réfrigérants, et de relâchants ; mais les fièvres exanthémateuses épidémiques, qui ont été animées par des échauffans, ou par des cardiaques stimulans, veulent une diete légère, des laxatifs, et des anti-phlogistiques, pour éviter la métastase dans les parties internes.

Observations de pratique. Le préjugé trop reçu sur la manière d'agir des remèdes échauffans, a fait imaginer qu'ils poussaient l'hétérogène morbifique vers la peau, et qu'ils le détournaient des parties internes, parce qu'on a vu que quelquefois l'éruption est accélérée par leur secours, que les pustules sont fort vives, et qu'elles croissent promtement ; mais bien des raisons nous empêchent d'avoir une opinion avantageuse de ces sortes de remèdes. En effet lorsque l'éruption extérieure est d'un mauvais caractère, que les accidents de la maladie sont formidables, les remèdes échauffans augmentant la fièvre et l'acrimonie des humeurs, portent la violence de l'éruption intérieurement comme extérieurement, et par conséquent aggravent la maladie : de plus ils n'ont aucune vertu pour dompter la malignité du venin et du délétère ; aussi les bons praticiens n'osent les prescrire que lorsqu'ils sont indiqués par l'abattement des forces et la débilité du pouls, que l'on ne peut attribuer à la pléthore sanguine : hors de ce cas, leur circonspection les engage à les supprimer entièrement.

Il est vrai que la fièvre précède et accompagne toujours les éruptions les plus favorables ; il est vrai encore qu'elle n'est point suspecte aux grands maîtres, quand elle est simple ; mais le rapport des remèdes échauffans avec celui de la fièvre, n'est point le même, on ne doit pas les comparer ensemble, et leur attribuer les mêmes avantages. L'action que les remèdes échauffans excitent, n'est pas comme la fièvre, un effet du propre mécanisme de la maladie, c'est l'effet d'une cause étrangère à cette maladie : ainsi l'action des remèdes échauffans peut altérer l'ordre de ce mécanisme, et produire quelques accidents spasmodiques, capables de s'opposer et à la dépuration et à l'éruption. Il faut donc les regarder presque toujours ou comme nuisibles, ou du moins comme inutiles.

L'idée qu'on s'est formée de l'opération des grands diaphorétiques et des sudorifiques dans les éruptions cutanées, ne parait pas moins chimérique. L'effet propre de ces remèdes est d'exciter l'action des filtres de la peau, et de provoquer une plus grande excrétion par la voie de la transpiration ; mais ils ne poussent point, comme plusieurs médecins se l'imaginent, du centre à la circonférence (pour me servir des termes vulgaires), ils ne conduisent point à la peau les humeurs dont ils provoquent l'excrétion ; elles y sont entrainées par le cours ordinaire de la circulation, et ce n'est que là où les diaphorétiques et les sudorifiques agissent, en provoquant l'évacuation de ces humeurs : mais dans les éruptions, il ne s'agit nullement de cette évacuation ; ainsi ces remèdes ne sont encore d'aucun avantage à cet égard ; ils ne peuvent pas même alors produire leur effet ordinaire, parce que les organes de la transpiration sont d'autant plus lésés, et leurs fonctions d'autant plus empêchées, que l'éruption est considérable, et qu'elle dérange le tissu de la peau. Enfin les éruptions se font par l'affinité du délétère ou du venin, avec la partie qui est plus susceptible que les autres de son impression.

Concluons, avec M. Quesnay, que les idées communes sur la dépuration des humeurs par l'évacuation, et sur la manière de la procurer par les échauffans, les diaphorétiques et les sudorifiques, ne présentent à l'esprit que des erreurs, qui deviennent pernicieuses par les fausses indications qu'elles suggèrent dans la pratique de la Médecine. Voyez aussi Huxham, in Fevers.

FIEVRE HECTIQUE, febris tabida, et par les modernes hectica ; fièvre chronique, continue, ou rémittente, qui dans la durée de son cours croit en violence et en nombre de fâcheux symptômes, mine peu-à-peu tout le corps, consume les sucs, détruit les forces, et conduit ordinairement le malade au tombeau.

Signes de cette fièvre. Cette fièvre se manifeste par un pouls faible, dur, petit, et fréquent ; la rougeur des lèvres, de la bouche, des joues, qui s'augmente dans le temps qu'il entre de nouveau chyle dans le sang ; une chaleur inquiétante, une aridité brulante dans la peau, qui est surtout sensible aux mains après les repas ; une urine nidoreuse, écumeuse, qui dépose un sédiment et porte sur sa surface un nuage leger, gras, de couleur foncée ; le désir de toute nourriture froide, la sécheresse de la bouche, une soif continuelle, le sommeil de la nuit sans soulagement, et la langueur répandue par tout le corps.

A cet état succedent des crachats glutineux et écumeux, un sentiment de poids et de douleur dans les hypochondres, une grande sensibilité aux moindres changements de temps, un état qui empire dans les équinoxes, et principalement dans celui de l'automne ; une tête étourdie au reveil, des évacuations d'humeurs ténues et fétides par les sueurs, les urines, les selles ; l'abattement de toutes les forces, et cette émaciation universelle qu'on nomme marasme.

Le mal croissant toujours, produit de nouveaux symptômes encore plus funestes, des tremblements, des taches, des pustules, une couleur livide et plombée, le visage cadavéreux qui ne se voit dans aucune autre maladie aussi complete ment que dans celle-ci et dans la consomption.

Enfin la scène se termine par des aphtes de mauvais présages, le vertige, le délire, la suffocation, l'enflure des pieds, des sueurs perpétuelles et excessives, des diarrhées colliquatives, le hoquet, les convulsions, la mort.

Cause prochaîne. La fièvre hectique suppose la corruption dans la masse générale des humeurs ; corruption par laquelle les sucs albumineux, gélatineux, tombés en colliquation, fournissent un aliment perpétuel à cette maladie. C'est cette même putridité qui procure la chaleur dont cette fièvre est accompagnée ; en même temps l'humeur putride nuit aux fluides nerveux et aux parties nerveuses, et les jette dans une violente contraction. Plus la quantité des humeurs corrompues produites par la maladie incurable des viscères est grande, plus aussi les symptômes de la fièvre sont terribles.

Prognostics. Les jeunes gens sont promtement emportés, et plus exposés à la fièvre hectique que les adultes. Dans le premier commencement de l'ulcération de quelque viscère, cette fièvre suscitée par la nature, est quelquefois le remède du mal au moyen d'une heureuse crise : mais si la cause ne peut être détruite, la fièvre hectique subsiste sans-cesse. Le flux hémorrhoïdal ou autre quelconque, avance communément la mort dans le dernier période de la fièvre hectique ; au lieu qu'au commencement il en produit quelquefois la cure. Une fièvre hectique confirmée et parvenue à son dernier période, n'admet jamais de guérison ; tout l'art humain consiste à adoucir les symptômes de la maladie, et à éloigner son période fatal.

Méthode curative. La fièvre hectique procede nécessairement des mêmes causes que la fièvre lente ; ainsi voyez l'article FIEVRE LENTE.

Mais comme ici les mêmes causes ont déjà fait de plus grands ravages, les ressources de l'art et de la nature donnent de beaucoup plus faibles espérances ; les corps sont plus épuisés, et les sucs sont plus éloignés de leur homogénéité ; le mouvement péristaltique de l'estomac et des intestins se trouvant plus affoibli, le chyle qui passe comme crud et épais dans la masse du sang, détruit par sa qualité hétérogène la crasse des fluides, et interrompt le mouvement uniforme des solides.

Si la fièvre hectique parait après la suppression des évacuations ordinaires d'un flux hémorrhoïdal, des menstrues, des vuidanges, du lait, ou après la suppression d'une gonorrhée arrêtée, de l'écoulement d'un ulcère, d'une fistule, d'un cautère, ou en conséquence de la rentrée de pustules cutanées, exanthémateuses, dartreuses, etc. on comprend sans peine qu'il faut ramener prudemment les évacuations supprimées, regénérer des sucs louables, et garantir les humeurs d'une nouvelle éruption par le secours des anti-putrides et des doux balsamiques.

La fièvre hectique qui se manifeste après l'hémoptysie, la pleurésie, la péripneumonie, et autres maladies aiguës, en conséquence de quelque ulcère dont le pus s'est porté dans la masse du sang, demande tous les soins possibles pour corriger cette infection, la diete analeptique, le lait de femme, d'ânesse, les tisanes préparées avec l'avoine, la racine de chicorée sauvage, les fleurs de pavot, et quelque peu de nitre antimonié ; les substances gélatineuses acidulées, les parégoriques après de douces évacuations, les balsamiques, les corroborants, dont le plus important est l'exercice modéré du cheval.

Lorsque cette fièvre émane de sucs visqueux dans les premières voies, le but de la cure doit tendre à atténuer ces sucs, les expulser par les sels neutres donnés en petites doses et souvent répétées ; ensuite à employer les analeptiques et les stomachiques, tels que sont l'essence de cascarilles, avec un peu d'esprit de nitre dulcifié.

Si l'on soupçonne que la fièvre hectique vienne de l'obstruction des viscères, et surtout de l'obstruction du mésentère, ce qui arrive fréquemment, il faut lever ces obstructions par les remèdes capables d'y parvenir, comme par exemple, par la teinture martiale jointe au suc de pomme, secondée des eaux minérales chaudes, et de l'exercice.

Les symptômes de la fièvre hectique ne souffrent que de legers palliatifs. On adoucit la chaleur fébrile par la boisson des émulsions de semences froides, préparées avec une décoction de corne de cerf et d'eau-rose ; par les gouttes anodynes d'Hoffman, ou par celles d'esprit de soufre et de vitriol. L'acrimonie de la matière ulcéreuse peut être émoussée par les incrassants, les adoucissants, et les balsamiques. On reprime la toux par les mêmes remèdes, auxquels on joint les parégoriques prudemment employés, les pilules de storax, le laudanum liquide en petite dose, le blanc de baleine mêlé avec le sirop de pavot, etc. Dans la diarrhée, on peut joindre la conserve de rose au lait chalybé, et la gomme arabique aux émulsions calmantes. Les sueurs colliquatives ne doivent pas être supprimées violemment, mais modérées par les opiates, par l'écorce de cascarille mise en électuaire ; avec le sirop de jus de citron et la conserve de rose. En général, plus la fièvre hectique augmente, moins elle demande de remèdes multipliés.

Pour ce qui regarde la fièvre hectique des vieillards nommée marasme, voyez MARASME.

Observations. Hippocrate a décrit fort exactement la fièvre hectique sous le nom de consomption du corps, tabes, dans son traité de internis affectionibus. L'ouverture des sujets morts de cette maladie offre tantôt des abcès dans quelqu'un des viscères, et tantôt des tumeurs skirrheuses ou stéatomateuses.

FIEVRE HEMITRITEE. Voyez HEMITRITEE.

FIEVRE HOMOTONE : on nomme fièvres homotones, toutes fièvres continentes qui restent pendant leur durée à-peu-près dans le même degré de force, sans augmenter ni diminuer ; mais l'existence de ces prétendues fièvres est fort douteuse, comme le remarque M. Quesnay. On en trouve très-peu d'exemples dans les observations des praticiens, et ces observations mêmes ne pourraient mériter de créance, qu'autant qu'elles seraient données par plusieurs observateurs véridiques, qui auraient passé assidument les nuits et les jours auprès des fébricitants.

FIEVRE HONGROISE, febris hungarica, espèce de fièvre endémique, maligne, contagieuse, et spécialement caractérisée par une douleur intolérable vers l'orifice de l'estomac ; mais comme on connait davantage cette fièvre sous le nom particulier de maladie hongroise, voyez MALADIE HONGROISE.

FIEVRE D'HOPITAL, espèce de fièvre continue, contagieuse et de mauvais caractère, qui règne dans les hôpitaux des villes et d'armées, dans les prisons, dans les vaisseaux de transport pleins de passagers, qui y ont été longtemps renfermés, en un mot dans tous les lieux sales, mal aérés, et exposés aux exhalaisons putrides animales, de gens mal-sains, blessés, malades, pressés ensemble, et retenus dans le même endroit.

Symptomes. Cette fièvre commence lentement par des alternatives de froid et de chaud, de petits tremblements, un engourdissement dans les bras et dans les jambes, le dégout, une douleur de tête sourde, un pouls fréquent, la langue blanche et humide.

A ces symptômes succedent de grandes lassitudes, des nausées, des douleurs dans le dos, la stupeur dans la tête, l'altération dans la voix, l'inégalité de la fréquence du pouls, la sécheresse d'une peau brulante, l'abattement des esprits, les tremblements de mains, souvent des taches pétéchiales, quelquefois des sueurs froides et des diarrhées non critiques.

Enfin l'insomnie, le coma vigil arrivent, le visage devient blême, le regard sombre, les yeux sont enflammés et boueux, le délire s'allume, l'ouie se perd, la langue tremble, les tendons sont attaqués de soubresauts subsultibus, la vue se trouble, les déjections sont colliquatives et d'une odeur cadavéreuse, le froid s'empare des extrémités, les convulsions emportent le malade.

La durée de cette scène est fort incertaine, car elle finit quelquefois en 5 ou 6 jours, d'autrefois en 14 ou 21 ; quelquefois cette fièvre se transforme en hectique, et d'autres fois elle se termine en suppuration des parotides.

Prognostics. Ceux qui ont été affoiblis par des maladies précédentes, ou qui ont été guéris par la salivation, sont plus susceptibles d'infection que d'autres. Les femmes y sont moins exposées que les hommes, et en échappent plus aisément, mais la guérison ne préserve personne de la rechute. Les plus mauvais signes sont ceux du troisième période de cette maladie, ils annoncent presque toujours la mort.

Cure. La cure demande d'être variée suivant l'état et les périodes de la fièvre. On peut employer dans le commencement avec succès les atténuans, les sudorifiques et les anti-putrides ; la saignée devient seulement nécessaire si le malade est pléthorique. La transpiration veut être toujours entretenue. Dans le second état, la saignée est pernicieuse, et les vomitifs inutiles. Les diaphorétiques legers sont toujours convenables ; les tisanes doivent être acidulées d'esprit-de-soufre ou de vitriol ; le vin de Canarie mêlé dans du petit-lait, fournit une des meilleures boissons, et des plus propres à procurer une heureuse crise.

Dans le troisième état, la médecine n'offre presque d'autres secours, que de tâcher de ranimer et de soutenir les forces de la nature, ce qu'on peut essayer par des liquides visqueux, aromatiques ; l'esprit-de-corne de cerf donné de temps en temps, et par la poudre de contrayerva, réunie à une légère teinture de l'écorce du Pérou ; la diarrhée doit être modérée et non supprimée. Le délire demande l'application des vésicatoires et des sinapismes. Dans la suppuration des parotides, on ouvrira l'abcès aussi-tôt qu'il sera formé. En cas du rétablissement du malade, après avoir nettoyé les premières voies, on emploiera les corroborants, les stomachiques, le quinquina, l'exercice, et surtout le changement d'air.

La partie fondamentale de la méthode curative, est d'éloigner le malade du mauvais air. Quand cela n'est pas possible, il faut purifier l'air qu'il respire par le feu, la fumée de vinaigre, les bayes de genièvre, et autres semblables, ensuite renouveller cet air très-souvent jour et nuit, tenir les rideaux des lits ouverts, et séparer les malades ; sans ces moyens préliminaires, il y a peu d'espérance de parvenir à leur rétablissement. Voyez l'excellent chap. que M. Pringle a fait de cette fièvre maligne, dans ses observations sur les maladies d'armées.

FIEVRE HORRIFIQUE, phricodes febris, fièvre accompagnée de frissons et de tremblements plus ou moins longs, lesquels frissons et tremblements sont une action morbifique rarement séparée de la fièvre.

Leur cause prochaîne. Les frissons montrent qu'il y a une stagnation des fluides dans les extrémités, avec une moindre contraction du cœur ; le tremblement marque une alternative de tension et de relâchement dans les muscles en peu de temps et involontairement, de sorte que la circulation du liquide artériel et du suc nerveux est tantôt continuée et tantôt interrompue. Quelquefois ces deux symptômes sont causés par l'engorgement spasmodique du cerveau, qui porte le désordre dans tout le genre nerveux. Si le froid et le tremblement sont violents et de longue durée, ils forment des obstacles à la circulation des humeurs, et produisent les vices qui en sont les suites.

Cure. La méthode curative consiste à rétablir l'égalité de la circulation et celle de la pression du sang artériel, et des esprits de l'un contre les parois des artères, et des autres sur les fibres motrices : c'est ce qu'on peut faire au commencement de la fièvre dans laquelle ces deux symptômes de frissons et de tremblement se trouvent trop violents, en employant les remèdes qui dissipent la lenteur, tels que sont des boissons d'eau chaude nitrée avec un peu de miel et de vin, les lotions des liqueurs spiritueuses et nervines, les fomentations faites avec ces mêmes liqueurs, et les legeres frictions par tout le corps. On y joindra les corroborants et les fortifiants.

Observations de pratique. On doit regarder en général les frissons, les horripulations, les tremblements souvent répétés, comme des états convulsifs fort désavantageux dans le cours des fièvres continues, parce qu'ils affectent beaucoup l'action du cœur et des artères, et dérangent le mécanisme de la coction, comme on le remarque aisément par le changement qui arrive alors dans les urines. Les frissons et les tremblements qui succedent à la sueur, sont d'autant plus dangereux, qu'ils marquent que la sueur elle-même n'est qu'un mauvais symptôme de la maladie. Enfin les tremblements convulsifs sont de mauvais présage dans le temps du frisson critique des fièvres continues, lorsqu'ils sont suivis de chaleurs passageres qui s'entre-succedent alternativement. Voyez Hippocrate.

FIEVRE HUMORALE, fièvre causée et entretenue par une matière hétérogène quelconque ; dispersée dans la masse des humeurs circulantes.

On est porté à admettre ces sortes de fièvres, si l'on considére qu'une matière acre introduite dans nos humeurs, et qui circule avec elles dans les artères, peut irriter immédiatement les membranes de ces vaisseaux, et y produire la fréquence de vibrations que nous nommons fièvre.

La cause des fièvres humorales est évidente par les effets mêmes des matières irritantes qui passent dans les voies de la circulation. Les inspections anatomiques de cadavres où l'on ne découvre aucun vice des parties, donne lieu de croire que la fièvre et autres accidents qui pouvaient l'accompagner ne survenaient pas d'une irritation locale, d'où l'on juge qu'il faut les attribuer à une cause errante, dispersée dans la masse des humeurs. Le déletère de la petite vérole, ce principe de la fièvre dans cette maladie, et souvent de beaucoup de désordres avant l'éruption, est certainement errant et dispersé ; l'éruption qui en résulte par tout le corps, et qui apporte ensuite le calme, en est une preuve manifeste.

Cet exemple, et plusieurs autres qu'il serait inutile d'alléguer ne permettent pas de douter de l'existence des causes humorales, qui, livrées au torrent de la circulation, peuvent susciter la fièvre. C'est aussi ce qu'on voit arriver tous les jours dans les fièvres qui commencent par des frissons et des tremblements considérables, car alors le premier effet de l'hétérogène errant est d'exciter avec la fièvre, un spasme qui domine sur elle, et qui en suspend presque tous les phénomènes.

Ce spasme mérite notre attention ; 1°. parce qu'il dénote un caractère irritant ; 2°. parce qu'il s'oppose souvent aux opérations salutaires de la fièvre, qui tend à la guérison du malade ; 3°. parce qu'il arrête les secrétions des sucs excrémenteux qui se forment continuellement, et qui doivent être chassés hors du corps.

Ainsi l'indication curative dans de telles fièvres, est de chercher à connaitre le caractère de l'hétérogène irritant, pour le corriger et le détruire par les remèdes convenables.

FIEVRE INFLAMMATOIRE, fièvre aiguë ou fièvre ardente dont l'inflammation est répandue généralement sur tout le corps, lorsqu'elle n'est pas fixée particulièrement dans tel ou tel organe. Elle consiste dans la vitesse de la circulation rendue plus forte et plus fréquente par la contraction du cœur, en même temps que la résistance est augmentée vers les vaisseaux capillaires. Ainsi son siège est toute partie du corps où se distribuent des artères sanguines, et où les lymphatiques prennent leur origine. Voyez FIEVRE AIGUE, FIEVRE ARDENTE, INFLAMMATION.

FIEVRE INTERMITTENTE, febris intermittens, c'est celle dont l'intermission périodique produit toujours une entière apyrexie entre deux paroxysmes.

Ses distinctions en différentes classes sont faciles à faire, n'étant fondées que sur la seule différence du temps que ce mal dure ; et c'est d'après la différente durée de ces fièvres, qu'on les nomme quotidienne, tierce, demi-tierce, quarte, double-quarte, etc. Il y en a quelquefois de quintes, , et même Boerhaave en a vu de septenaires exquises.

Distinction des fièvres du printemps et d'automne. Mais une distinction essentielle, c'est celle des fièvres intermittentes de printemps et d'automne. On appelle en général fièvres intermittentes de printemps, celles qui règnent depuis le mois de Février jusqu'à celui d'Aout : et fièvres intermittentes d'automne, celles qui commencent au mois d'Aout et finissent en Février. Cette distinction est très-nécessaire à cause de la différence qui se trouve, tant dans la nature et les symptômes de ces deux sortes de fièvres, que dans leur fin, leur durée et leur traitement ; d'ailleurs l'une se change en l'autre. Souvent même au commencement de l'automne ; elles imitent exactement les fièvres continues à cause de la longueur et du redoublement des accès ; cependant leur caractère et leur cure diffèrent extrêmement.

Cours et caractères de la fièvre intermittente. Elle commence avec des bâillements, des allongements, avec lassitude, débilité, froid, frisson, tremblement, pâleur aux extrémités, respiration difficile, anxiété, nausée, vomissement, célérité, faiblesse et petitesse de pouls. Plus ces accidents sont considérables et plus il s'en trouve de réunis ensemble, plus la fièvre, la chaleur et les autres symptômes qui la suivent, sont mauvais ; tel est le premier état de la fièvre intermittente, et cet état qui répond à l'augment des fièvres continues, est aussi le plus dangereux de tous : alors l'urine est ordinairement crue et ténue.

Harvée en ouvrant des cadavres de gens morts dans ce premier degré de fièvre intermittente, après des oppressions, des soupirs, des anxiétés, des langueurs qu'ils avaient souffert, a trouvé le poumon farci de sang épais. Harv. exercit. anat. ch. xvj.

Au premier état il en succede un second, qui commence avec chaleur, rougeur, respiration forte, étendue, libre, moins d'anxiété, un pouls plus élevé, plus fort, une grande soif, de la douleur aux articulations et à la tête, le plus souvent avec des urines rouges et enflammées.

Enfin 3°. la maladie finit d'ordinaire par des sueurs plus ou moins abondantes : tous les symptômes se calment, les urines sont épaisses, et déposent un sédiment ressemblant à de la brique broyée ; le sommeil, l'apyrexie et la lassitude surviennent.

Ses effets. La fièvre intermittente qui est de longue durée, endommage les fibres des petits vaisseaux et des viscères par la stagnation, l'obstruction ; la coagulation, l'atténuation qu'elle cause ; de-là non-seulement les vaisseaux s'affoiblissent, mais les liquides dégénèrent principalement, en ce que leurs parties sont moins homogènes et moins également mêlées ; de ces vices nait l'acrimonie des liqueurs, et de toutes ces choses ensemble, suit une disposition aux sueurs, qui débilite beaucoup par la perte de la viscosité même du sang qui sort avec elles ; l'urine est alors trouble, grasse et épaisse : telle est aussi la salive : ainsi le sang étant affoibli, dissous, privé de sa meilleure partie, celle qui reste devient acre et tenace, c'est conséquemment par le relâchement des vaisseaux, l'épaississement et l'acreté des liqueurs, que ces fièvres, lorsqu'elles durent longtemps, dégénèrent quelquefois en maladies chroniques, telles que le scorbut, l'hydropisie, l'ictère, la leucophlegmatie, les tumeurs skirrheuses du bas-ventre, et autres maux qui en résultent.

Cause prochaîne des fièvres intermittentes. Après cette exacte discussion du cours des fièvres intermittentes, on établit pour leur cause prochaîne la viscosité du liquide artériel, et peut-être l'inaction des esprits, tant du cerveau que du cervelet, qui sont destinés pour le cœur, quand par quelque cause que ce sait, la contraction du cœur devient ensuite plus promte et plus forte, et quand la résolution des humeurs qui sont en stagnation, vient à se faire. Par conséquent comme il n'est point de fièvre intermittente qui ne garde cet ordre, il parait que celui qui a pu surmonter le premier temps et la première cause, aura la force de supporter entièrement le paroxysme.

Mais comme le premier état d'une fièvre intermittente et sa cause prochaîne peuvent venir d'une infinité de causes, même assez peu considérables, lesquelles peuvent plusieurs à la fais, prendre naissance au-dedans du corps, et y faire des progrès dans un état déterminé ; nos faibles lumières ne sauraient distinguer cette cause actuelle d'une infinité d'autres possibles, encore moins donner la raison du retour périodique des fièvres, suivant les lois de l'économie animale. Ce sont des secrets que la nature se plait à cacher à l'intelligence humaine.

Cure. Dans le temps de l'apyrexie, ou même dans le premier état de la fièvre intermittente, on doit avoir recours aux apéritifs salins, aux alkalis, aux aromatiques, aux sels minéraux, aux délayans, aux matières douces et balsamiques ; la chaleur, le mouvement et les frictions conviennent aussi.

De plus, s'il s'est fait dans les premières voies un grand amas de mauvaises humeurs, on les évacue par un purgatif ou souvent par un vomitif, pourvu qu'on le prenne dans un temps assez éloigné du paroxysme, pour qu'il fasse son effet avant son retour. Ce remède est indiqué par le régime qu'on a observé, par les maladies et les symptômes qui ont précédé, par les nausées, le vomissement, les rapports, le gonflement ; par l'haleine, par les saletés qui paraissent sur la langue, au gosier, au palais, par l'anorexie, par l'amertume de la bouche, par le vertige ténébreux ; après l'opération du purgatif ou du vomitif, il faut avant le retour de l'accès suivant, apaiser le trouble qu'il a pu causer, par le secours d'un opiat, d'un calmant, d'un narcotique.

On dissipe aussi et le froid de la fièvre, et la fièvre même, par un sudorifique ; et voici comment. Quelques heures avant le retour de l'accès, on donne au malade une grande quantité de tisane apéritive, délayante, un peu narcotique : ensuite une heure avant le paroxysme, on le fait suer, et on ne cesse que deux heures après le temps que l'accès a recommencé, ou qu'il aurait dû reparaitre.

Le second état de la fièvre intermittente indique la nécessité d'une boisson aqueuse, chaude, nitrée, un peu acide, avec de la chicorée et de semblables apéritifs doux. Le malade doit d'ailleurs se tenir en repos, et dans une chaleur modérée.

Quand la crise met fin à l'accès, on répare les sueurs et les urines par des tisanes vineuses, des bouillons de viande, des décoctions tiedes ; ainsi loin d'exciter la sueur par la chaleur, par des médicaments ou à force de couvertures, il suffit de l'entretenir doucement, en augmentant seulement la quantité des fluides qui doivent lui servir de matière. Enfin on remédie aux symptômes pressants, selon les règles de l'art.

La fièvre étant tout à fait dissipée, on restaure le malade par un régime analeptique, par des corroborants : on le purge ensuite quand ses forces le permettent.

S'il s'agit d'une violente fièvre d'automne, si le corps est affoibli par la maladie, si elle est déjà invétérée, s'il n'y a aucun signe d'inflammation, de suppuration interne, ni d'aucune obstruction considérable dans quelque viscère, c'est alors que le quinquina donné dans l'apyrexie est essentiel, en poudre, en infusion, en extrait, en décoction, en syrop, avec les remèdes convenables, en observant la méthode, la dose et le régime nécessaire. De plus les épithèmes, l'onction de l'épine du dos, et les boissons astringentes sont de quelque utilité.

Observations de pratique. Pour traiter chaque fièvre d'une manière qui lui soit particulière, il faut remarquer, 1°. que les fièvres intermittentes, vraies, finissent d'autant plutôt, qu'elles ont moins de remise, et réciproquement au contraire ; 2°. qu'alors elles approchent plus de la nature des fièvres aiguës, et ont plus de disposition à se convertir en elles ; 3°. qu'elles naissent d'un plus grand nombre de causes, et peut-être de causes plus mobiles ; 4°. que conséquemment les fièvres de printemps se dissipent d'elles-mêmes par la chaleur qui survient ; 5°. qu'au contraire en automne le froid succédant au chaud, rend les fièvres intermittentes plus violentes et plus opiniâtres ; 6°. que de-là il est facile de juger quelles sont les fièvres qui demandent à être traitées, et comment elles le doivent être ; 7°. quelles sont au contraire les fièvres dont il faut abandonner le traitement au régime, au temps, à la nature ; par exemple la plupart des fièvres intermittentes de printemps, qui n'accablent ni ne débilitent point le malade, sont dans ce dernier cas. L'ancien proverbe anglais, an ague in the spring, is à physick for à king, la fièvre du printemps est un remède pour un roi ; ce proverbe, dis-je, est fondé en lumières et en expériences, et M. Ray n'a pas dédaigné de prouver qu'on pouvait le réduire à des principes incontestables d'une savante médecine.

En effet, la fièvre bénigne intermittente est un des moyens dont se sert la nature pour se rétablir elle-même d'un état qui l'opprime, opérer la coction des crudités qui la surchargent, ouvrir les obstructions, tarir les humeurs surabondantes, dénouer les articulations, et disposer les corps des jeunes gens à prendre tout l'accroissement, la force et la vigueur dont ils sont susceptibles. Voyez FIEVRE SALUBRE.

J'ai lu quelque part (lettr. édif. tom. VII.) que l'empereur qui regnait à la Chine en 1689, envoya trois de ses médecins en exil, pour ne lui avoir point donné de remèdes dans une fièvre intermittente. On dirait que quelques-uns de nos praticiens appréhendent d'éprouver le sort de ces trois médecins chinois, par l'attention qu'ils ont de ne les point imiter ; cependant la liberté de leur profession, nos mœurs et nos usages doivent les rassurer : ils peuvent laisser passer le cours de la fièvre intermittente d'un monarque, sans danger pour leurs personnes, et sans crainte pour la vie du malade.

Mais la fièvre intermittente se change en remittente continue, aiguë, lente, hectique ; c'est alors sans-doute qu'elle demande les secours de l'art. Il faut toujours observer en même temps, si cette fièvre est pure ou symptomatique, ce qu'on découvrira en considérant attentivement les divers symptômes qui l'accompagnent, la chaleur, le froid, la qualité du pouls, les déjections, les urines, les sueurs, la faiblesse, la durée, les redoublements, les rechutes. La fièvre simple obéit naturellement aux remèdes ordinaires ; mais la fièvre symptomatique accompagne toujours la cause dont elle émane, et ne cesse que par la destruction de cette cause.

FIEVRE LENTE, febris chronica, lenta. Febricula lenta, Cels. Fièvre continue ou remittente, par laquelle la nature s'efforce lentement de se débarrasser de l'amas croupissant du sang ou des humeurs dans quelqu'un des principaux viscères, et de préserver cette partie du danger qui la menace.

Différence de la fièvre lente et de la fièvre hectique. La fièvre lente proprement et distinctement ainsi nommée, diffère à plusieurs égards de la fièvre hectique, avec laquelle on la confond souvent. D'abord elle diffère de la fièvre hectique dans son origine ; car elle est assez généralement produite par la dégénération de fièvres intermittentes mal traitées, ou violemment supprimées par des astringens ; mais la fièvre hectique procede ordinairement de causes plus graves, et est liée aux terribles accidents des abcès, des vomiques et des empyemes. Dans la fièvre lente les viscères ne sont point encore grievement attaqués ; mais dans la fièvre hectique, ils le sont déjà par quelque ulcère, apostume, ou skirrhe.

Ces deux maladies diffèrent aussi beaucoup par le caractère de leurs symptômes ; dans la fièvre lente, ils sont si legers, que les malades doutent au commencement de l'existence de leur fièvre ; mais ils sont violents dans la fièvre hectique. Ces mêmes symptômes diminuent quelquefois dans la continuité d'une fièvre lente ; ils empirent dans la fièvre hectique. Dans la fièvre lente, les sueurs sont d'abord abondantes ; et dans la fièvre hectique, les sueurs n'abondent que quand cette fièvre est parvenue à son dernier période. La fièvre lente est sujette à dégénérer en d'autres maladies ; la fièvre hectique ne souffre aucun changement. Enfin la fièvre lente se termine souvent et heureusement d'elle-même par les seules sueurs de la nature ; la fièvre hectique au contraire n'amende point, et devient presque toujours fatale.

Signes de la fièvre lente. La fièvre lente se manifeste par une chaleur non naturelle, à peine sensible au tact et aux yeux du médecin ; le pouls faible, fréquent, inégal ; des urines troubles qui déposent en s'éclaircissant, un froid interne avec de legers tremblements, de la pesanteur dans les membres, de la lassitude sans travail, une langue blanche, une bouche seche, le manque d'appétit : ces symptômes sont succédés par des sueurs abondantes pendant la nuit, une soif continuelle, l'abattement des forces, le dépérissement, la maigreur, la cacochimie, et autres maux qui en résultent.

Ses causes. La fièvre lente se forme insensiblement dans la santé par la destruction de l'équilibre, par les passions tristes de l'âme, par l'habitation des pays marécageux, par la corruption spontanée des humeurs dans les scorbutiques et dans les femmes attaquées de fleurs blanches. Elle tire aussi son origine de l'obstruction des viscères, de quelque maladie aiguë qui a précédé, de fièvres intermittentes de toute espèce qui ont été mal gouvernées, de la suppression des évacuations accoutumées, ou au contraire de l'épuisement des forces par de trop grandes évacuations, soit de sang, soit des humeurs.

Prognostics. Quand la fièvre lente succede à une intermittente, et revient de nouveau dans son ancien état, elle n'est point dangereuse ; mais elle l'est beaucoup quand elle reste la même, ou qu'elle dégénere dans une maladie aiguë, et surtout dans une fièvre hectique : on pourra la soupçonner vraiment hectique, si l'appetit reparait, et que tous les mêmes symptômes continuent ; s'il s'y joint une petite toux, une respiration difficile, une pesanteur dans le bas-ventre, une douleur dans la manière d'être couché, une chaleur seche, un pouls plus fréquent et plus agité.

Cure. On tâchera d'adoucir les passions tristes par les réflexions et les moyens les plus propres à y parvenir : on changera de demeure, s'il est possible. La corruption spontanée des humeurs doit être traitée par les antiseptiques, les infusions de quinquina et l'usage des corroborants. On tentera de lever les obstructions par les atténuans, les incisifs gommeux, ou les sels neutres ; ensuite on raffermira les viscères par les stomachiques et les chalybés les plus doux. Si la fièvre lente provient d'une maladie aiguë, le tartre vitriolé et l'antimoine diaphorétique, avec de legers cathartiques dans les jours intermédiaires, peuvent opérer la guérison. Quand la fièvre lente procede d'une intermittente, il faut tenter de la ramener à son ancien état. Stahl propose, pour y parvenir, une boisson habituelle d'une infusion d'aunée, de pimprenelle, de centaurée, d'écorce d'orange et de séné, avec une petite quantité de rhubarbe dans quelque liqueur appropriée. Les évacuations supprimées en demandent le cours pour la guérison de la fièvre lente ; mais au contraire, si cette maladie est l'effet de trop grandes évacuations du sang ou des humeurs, il convient de recourir aux aliments analeptiques pour réparer les forces, aux legeres teintures d'acier pour rétablir le ton des viscères, et aux corroborants pour diminuer les sueurs nocturnes.

Observations de pratique. Les Médecins ont observé que les enfants sont sujets à une espèce particulière de fièvre lente, qui est accompagnée d'une enflure considérable du bas-ventre, de l'exténuation des parties supérieures, d'une chaleur vague, d'une toux seche, et d'une grande faiblesse. Cette espèce de fièvre lente provient d'ordinaire de la viscosité du chyle et de la lymphe, qui obstrue les glandes du mésentère. La méthode curative consiste dans les atténuans, les résolutifs, les fondants, les savonneux, et les apéritifs. Hoffman conseille ici les sels de tartre, de nitre, d'arcanum duplicatum en parties égales, avec du sel ammoniac par moitié, le tout dissous dans une liqueur convenable. Les bains, la chaleur, l'exercice, les frictions, les vesicatoires, méritent encore d'être recommandés.

C'est Celse qui a le premier indiqué la cure de la fièvre lente, consultez-le.

FIEVRE LIPYRIE, lipyria. On nomme ainsi la fièvre qui est accompagnée de froid extérieur du corps, et de l'ardeur intérieure des entrailles : c'est une espèce de fièvre épiale. Voyez EPIALE et LIPYRIE.

FIEVRE MALIGNE, voyez MALIGNE.

FIEVRE MILIAIRE ou VESICULAIRE, voyez MILIAIRE.

FIEVRE PESTILENTIELLE, est celle qui est produite par une cause funeste, qui n'a aucune affinité avec nos excrétoires, qui est indomptable à la coction, et qui ordinairement ne souffre pas d'issues à l'extérieur.

Lorsque cette cause est extrêmement pernicieuse, spasmodique, colliquative, sphacélique, caustique, on donne le nom de peste à la maladie qu'elle procure. Voyez PESTE.

Toute fièvre qui se termine par la gangrene de quelque partie intérieure, a par-là le caractère des fièvres qu'on appelle pestilentielles. Si la dissolution putride des humeurs est excessive, les actions organiques sont si déréglées, et la corruption qu'elle communique aux solides est si rapide, qu'elle cause promtement la mort ; espèce de peste, et même de peste terrible et irremédiable.

L'acrimonie de la pourriture se manifeste dans les fièvres pestilentielles par des tumeurs brulantes, où les humeurs qui s'y fixent cautérisent, pour ainsi dire, les chairs de la même manière que le font les caustiques. Cependant ces fièvres ne se terminent pas toujours surement et heureusement par les bubons, charbons, et gangrenes. Tous ces dépôts extérieurs sont insuffisans, quand il n'y a qu'une partie de la cause de la maladie qui se fixe au-dehors, et qu'il en reste assez dans la masse des humeurs, pour produire dans l'économie animale des désordres mortels. Il faut donc trouver le secret de procurer des ouvertures et des suppurations par lesquelles le délétère entier puisse être entrainé. Ainsi tant que les Médecins ne connaitront pas d'antidote capable de dompter ces délétères, ou de s'opposer à ses effets, ils manqueront la vraie cure des fièvres pestilentielles.

Au reste, comme on a souvent caractérisé de fièvres pestilentielles de simples maladies épidémiques putrides, d'un mauvais caractère, on a pareillement donné le nom de pure peste à des épidémiques pestilentielles ; c'est ce qui est arrivé à Plater ; mais comme il a eu occasion de voir dans le cours de sa vie, depuis 1539 jusqu'à 1611, les règnes différents de sept sortes de fièvres pestilentielles, ses observations en ce genre méritent d'être lues ; voyez aussi Riverius, de febribus pestilentialibus ; et Vander-Mye, de morbis popularibus bredanis tempore pestis, Antuerp. 1627, in 4°. et surtout Diversus (Petrus Salius) dans son excellent traité de fèbre pestilenti, Bonon. 1584, in -4°. ed. prim. Amstel. 1681. in -8°. ed. opt.

FIEVRE PETECHIALE, voyez PETECHIALE et PETECHIES.

FIEVRE POURPREE, voyez POURPRE.

FIEVRE PUTRIDE, est suivant les modernes cette fièvre dont la colliquation putréfactive des humeurs, forme le caractère distinctif. Voyez FIEVRE COLLIQUATIVE et SYNOQUE PUTRIDE.

Je n'ajoute ici qu'une seule remarque qui pourrait m'échapper dans le temps, et qui regarde une erreur très-commune et très-funeste dans la pratique de la Médecine. Lorsqu'une cause quelconque portant la corruption dans nos humeurs, vient à exciter la fièvre, l'on ne manque guère d'imputer la putréfaction à la fièvre qu'elle a suscitée, et l'on pense que cette fièvre est réellement une fièvre putride. Pareillement quand une cause maligne quelconque, produit outre la fièvre d'autres accidents considérables qui l'accompagnent, on croit que c'est la fièvre elle-même qui est maligne, et on la regarde comme le principe de toutes les fâcheuses affections morbifiques qui se trouvent avec elle. Dans cette idée, la fièvre devient seule l'objet de l'attention du médecin, et pour lors il l'attaque avec tant de hâte et de violence, consécutivement par les vomitifs, les cathartiques, les saignées abondantes repétées coup-sur-coup, qu'en peu de jours il n'est plus question de la fièvre ni du malade. Aedepol amice jugulasti febrem !

FIEVRE QUARTE, voyez QUARTE.

FIEVRE QUOTIDIENNE, voyez QUOTIDIENNE.

FIEVRE REMITTENTE, est cette espèce de fièvre qui a son cours, de manière que l'accès suivant commence avant que le précédent ait entièrement cessé.

Observations sur les fièvres rémittentes. 1°. Il n'est point de fièvre intermittente qui ne soit exposée à dégénérer en rémittente, avec des redoublements fixes ou inconstants, plus ou moins pressés, plus ou moins forts. 2°. De telles fièvres deviennent ordinairement longues, dangereuses, et produisent rarement une bonne crise, parce que leurs causes inconnues sont difficiles à surmonter par les forces de la nature 3°. Quelquefois les fièvres endémiques, épidémiques, et pestilentielles, revêtent la nature des fièvres rémittentes. 4°. La même chose arrive fréquemment aux maladies chroniques, dans la fonte de la graisse, dans la corruption accidentelle des sucs albumineux et gélatineux, ainsi que dans la suppuration de quelque abcès interne des diverses ulcères du corps humain. 5°. La fièvre inflammatoire, ardente, aiguë, continue, qui par ses exacerbations se change en fièvre remittente, en caractérise un des genres de la plus mauvaise espèce.

Méthode curative. Cependant on ne connait point de méthode curative particulière pour le traitement des fièvres rémittentes ; il faut se conduire ici suivant les règles prescrites pour la guérison des fièvres en général ; et quand la fièvre rémittente est symptomatique, sa cure dépend uniquement de la maladie dont elle émane.

FIEVRE SALUBRE : les fièvres salubres sont celles qui procurent la dépuration et l'expulsion de la cause qui les produit, et qui par ces heureux effets rétablissent parfaitement la santé.

On peut distinguer deux espèces de fièvres salubres ; celles qui sont simplement dépuratoires, et celles qui réguliérement critiques, se guérissent à jour préfix, par coction ou par évacuation purulente. Voyez FIEVRE DEPURATOIRE et FIEVRE CRITIQUE.

Mais il y a selon moi, des fièvres salubres, ou pour mieux dire, salutaires, relativement à elles-mêmes et à leurs effets avantageux : car quoique la fièvre soit souvent funeste aux hommes, elle n'est pas toujours le sergent de la mort, comme l'appelle un de nos poètes, qui avait puisé cette idée dans la doctrine des médecins de son temps et de son pays. Aujourd'hui on ne peut ignorer que plusieurs fièvres intermittentes, et surtout la fièvre tierce et la fièvre quarte, ne soient des fièvres plus communément salutaires que nuisibles : en effet, toutes les fois que ces sortes de fièvres parcourent leurs périodes sans trop de violence ; toutes les fois qu'elles n'attaquent point des gens d'un âge décrépit et dont les forces soient épuisées, elles purifient merveilleusement le sang, résolvent puissamment les engorgements des viscères, atténuent et mettent dehors les matières morbifiques, dessechent les nerfs trop humectés, et raffermissent ceux qui sont trop relâchés.

C'est la seule action du mouvement fébrile, excité dans le genre musculaire, qui chasse par les excrétoires destinés à telles ou telles évacuations, la quantité surabondante de sérosité acre, circulante dans les humeurs ou dans quelque organe, comme on le voit dans les fièvres catarrheuses et scarlatines.

La fièvre est encore salutaire par elle-meme dans des maux inaccessibles aux secrets de la Médecine. Elle apaise, par exemple, les douleurs des hypochondres, quand elles ne sont point accompagnées d'inflammation, et elle soulage la passion iliaque causée par la difficulté d'uriner.

Les maladies produites par des obstructions et par la viscosité des humeurs, se guérissent heureusement par le secours de la fièvre, qui fait diviser et résoudre les liqueurs épaissies ou croupissantes, les préparer et les disposer à l'excrétion plus salutairement que ne le peut faire le plus habile praticien. Voilà pourquoi dans les obstructions considérables, c'est un mauvais signe, lorsque le mouvement fébrile n'est point proportionné à sa cause.

Si donc le génie du médecin consiste à arrêter une fièvre pernicieuse, il ne consiste pas moins à soutenir une fièvre salutaire. Il doit faire plus, il doit l'allumer quand elle est trop lente, afin qu'elle travaille encore mieux à délivrer le corps des atteintes qui lui deviendraient funestes. Telle est la doctrine des anciens, telle est celle des modernes véritablement éclairés. L'ordre que la divine Providence a établi dans le mécanisme des êtres corporels, est si beau, et ses vues si bienfaisantes, que ce que le premier coup-d'oeil présente comme nuisible, est souvent institué pour notre conservation. Nous mettons la fièvre de ce nombre, puisque tout calculé, elle est en général plus salutaire que préjudiciable aux hommes. Sydenham, Boerhaave, MM. Vanswieten, Quesnay, Tronchin, et autres maîtres de l'art, la regardent comme un effort de la nature, et comme une arme dont elle se sert pour remporter la victoire dans plusieurs maladies qui menacent sa destruction.

FIEVRE SCARLATINE, affection morbifique consistante dans des taches d'un rouge d'écarlate qui accompagnent quelquefois la fièvre, et qui lui ont donné le nom de scarlatine.

Ces taches, plus fréquentes dans l'âge tendre que dans aucun temps de la vie, ont coutume de paraitre sur le visage, et quelquefois même couvrent tout le corps. Elles commencent d'ordinaire le trois ou le quatrième jour d'une petite fièvre, deviennent insensiblement plus larges, subsistent peu de temps, et s'évanouissent en ne laissant sur la peau que quelques écailles farineuses.

Cette maladie parait avoir son siege dans les vaisseaux de la transpiration, et pour cause une dépravation bilieuse déposée sur la peau par un mouvement fébrile, en conséquence de la chaleur de la saison ou du tempérament. Alors cette matière dispersée dans la circulation avant l'éruption, et portée au-dehors par le secours de la fièvre, produit extérieurement sur la peau un leger sentiment de douleur et de chaleur, et intérieurement quelqu'anxiété, jointe à une petite toux assez fréquente. Si dans cet état l'on faisait rentrer la matière morbifique, le mal ne serait pas sans danger ; mais la nature montre le chemin de la guérison : elle ne demande que les diluents, de legers diaphorétiques, un régime convenable, une chaleur modérée, et l'abstinence des remèdes échauffans. Au reste, les fièvres scarlatines sont les plus douces de toutes les fièvres exanthémateuses ; il est très-rare qu'elles soient suivies de dépôts intérieurs.

FIEVRE SCORBUTIQUE, fièvre anomale, vague, périodique, communément intermittente, prenant toute la forme des autres fièvres, mais qui est particulière aux scorbutiques, et ne cede point à l'usage du quinquina.

Ses signes. Dans cette fièvre les urines déposent un sédiment briqueté, dont les molécules rouges, adhérentes à l'urinal en forme de crystaux, y tiennent fortement, tandis qu'il se forme sur l'urine une pellicule qui s'attache au bord du vaisseau, quand on l'incline. C'est à cet indice et aux autres symptômes du scorbut, qu'on reconnait l'espèce de fièvre dont il s'agit ici, laquelle est ordinairement plus fatigante que dangereuse.

Mais il y a néanmoins des fièvres scorbutiques continues, malignes, contagieuses et cruelles. De telles fièvres produisent des vomissements, des diarrhées, des dyssenteries, des anxiétés, des taches noires ; l'abattement des forces ; la putréfaction du foie, de la rate, du pancréas, du mésentère ; l'atrophie, la phtisie, la mort.

Cure. Cependant, quelle que soit la nature de ces sortes de fièvres, on doit toujours les traiter par les anti-scorbutiques opposés à l'espèce particulière de scorbut dont le malade est attaqué, et à l'acrimonie dominante, saline, muriatique, acide, alkaline, fétide, huileuse ou rancide. Voyez SCORBUT.

FIEVRE SEPTIMANE, c'est une fièvre continue qui s'étend jusqu'au septième jour, et que termine la simple défécation.

Par le secours de cette défécation, la fièvre s'affoiblit à mesure que la dépuration se fait ; et cette dépuration se manifeste dans les urines, qui sont ici fort chargées, troubles et épaisses : car cette fièvre n'a ni la violence ni le temps convenable pour produire d'autre coction. Il n'y a même ni jour indicatif ni jour confirmatif, qui marque régulièrement le temps où ces sortes de fièvres doivent finir : quelquefois c'est à la première, d'autres fois à la seconde, et d'autres fois à la troisième exacerbation ; rarement elles s'étendent jusqu'à la quatrième, et par conséquent elles se terminent dans la semaine où elles ont commencé, ce qui leur a fait donner le nom de septimane.

FIEVRE SPASMODIQUE, febris spasmodica. Ce n'est point une fièvre particulière, c'est une affection symptomatique et très-effrayante, qui se rencontre quelquefois jointe à la fièvre.

Cause prochaîne. Elle est produite par un vice du cerveau, lequel provient ou d'une irritation qui se communique au cerveau par le moyen des nerfs, ou du mouvement irrégulier et déréglé des liqueurs qui circulent dans ce viscère ; et cette irrégularité peut avoir pour causes toutes celles du délire, du coma, de l'insomnie.

Effets. Si le spasme dure longtemps ; il affecte tout le genre nerveux, par la communication réciproque que les nerfs ont ensemble, d'où naissent tant de tristes maux.

Prognostics. L'affection fébrile convulsive est plus ou moins dangereuse, suivant sa violence, ses répétitions, et les causes dont elle émane. Les convulsions qui succedent dans la fièvre à de grandes évacuations, sont pour l'ordinaire mortelles, ainsi que celles qui sont accompagnées d'un délire perpétuel.

Cure. On réglera toujours la méthode curative sur la variété des causes. En général, on tentera d'adoucir l'acreté dominante, de résoudre la matière engagée, de relâcher les parties qui sont en contraction, de fortifier celles qui sont faibles, de procurer une révulsion, etc. Si la fièvre spasmodique est occasionnée par une irritation locale, on portera les remèdes sur la partie irritée. En un mot, pour abreger ce vaste sujet selon les indications différentes, les causes, les parties affectées, les fonctions dérangées ou suspendues, on combattra le mal par des remèdes différents ; par la saignée, les purgatifs, les émétiques, les bains, les vésicatoires, les épispastiques, les fomentations, les frictions, les relâchans, les calmants, les cordiaux, les aromatiques, les nervins, les fétides, etc. d'où l'on voit assez combien sont ridicules les prétendus spécifiques anti-spasmodiques, auxquels le vulgaire, et principalement les grands seigneurs, donnent sottement leur confiance.

FIEVRE SPORADIQUE, ainsi dire de , je disperse. Ce sont des fièvres de différentes espèces, semées çà et là sur certaines personnes seulement, qu'elles attaquent en divers temps et lieux parce qu'elles procedent d'une cause qui leur est propre et particulière. Voyez SPORADIQUE.

Je connais un ancien auteur qui a traité exprès ce sujet ; c'est Amicus (Diomedes), dont l'ouvrage écrit en latin, parut à Venise en 1605, in -4°. Mais l'ouvrage de Ramazzini, de morbis artificum, fournit encore plus de connaissances sur les maladies sporadiques particulières.

FIEVRE STATIONNAIRE, voyez FIEVRE HOMOTONE. Mais Sydenham appelle fièvres stationnaires, fèbres stationarias, les fièvres continues épidémiques, qui dépendant d'une constitution particulière et inconnue de l'air, règnent pendant tout le temps de la durée de cette constitution, et ne paraissent jamais autrement.

FIEVRE STERCORALE. Je donne, avec M. Quesnay, le nom de fièvres stercorales à celles qui sont causées par des matières viciées retenues dans les premières voies, et qui se terminent par l'évacuation de ces matières, lorsqu'on a recours à la purgation avant que ces mêmes matières aient infecté la masse des humeurs.

Nous comprenons ici sous le nom de matières stercorales, non-seulement les matières fécales dépravées dans les intestins, mais les matières perverties contenues dans l'estomac, la bile dépravée qui est versée dans les intestins, les sucs vicieux qui séjournent dans les premières voies, en un mot toutes les matières qui sont immédiatement en prise à la purgation, et dont l'évacuation termine la maladie. Il faut par conséquent distinguer cette fièvre de la fièvre putride, qui dépend réellement de la dépravation putride des humeurs. Voyez FIEVRE PUTRIDE.

Caractère de cette fièvre. La fièvre stercorale n'a aucun caractère distinct ; c'est une fièvre plus ou moins compliquée, selon le degré d'érétisme que causent dans les premières voies les matières nuisibles qui y sont retenues ; en sorte que ce genre de maladie est susceptible de plusieurs symptômes spasmodiques plus ou moins considérables.

Signes. Les signes que peut fournir cette fièvre, sont un grand dégout, les rapports desagréables et de mauvaise odeur, l'amertume de la bouche, la langue chargée, la liberté du ventre, la fluidité et la puanteur des déjections, les angoisses ou le mal aise des premières voies, les borborygmes douloureux, les gonflements, les contractions de l'abdomen, les débilités ou les défaillances qui précèdent les évacuations. Quand ces signes manquent, et qu'on redoute néanmoins des matières dépravées dans les premières voies, on tentera d'exciter des évacuations par le moyen de lavements un peu purgatifs, comme de crystal minéral, dans une décoction émolliente, afin de s'assurer des qualités des déjections.

Causes. Parmi les causes qui occasionnent les fièvres stercorales, souvent épidémiques, la mauvaise constitution de l'air est la plus imperceptible, mais la plus fréquente, et la plus capable de pervertir les aliments dans l'estomac.

Cure. L'essentiel de la cure consiste, comme il est aisé de le comprendre, dans l'évacuation des matières dépravées, par le vomissement ou par la voie des selles, selon les dispositions favorables à l'un ou à l'autre genre d'évacuation. Les humectants, les relâchants sont nécessaires, et doivent y être joints pour faciliter l'effet des purgatifs, et prévenir l'irritation qu'ils peuvent causer. Si la fièvre est violente, le pouls dur et fort, on commencera par la saignée ; on la répetera promtement, et on recourra aux lavements adoucissants et laxatifs, au petit-lait pris en abondance, aux huileux, aux cataplasmes émolliens, pour pouvoir satisfaire au plutôt à la principale indication par les purgatifs les plus convenables, administrés alternativement avec les parégoriques et les autres remèdes relâchans. Si la fièvre est accompagnée d'ardeur et de soif pressante, on doit donner au malade pour boisson ordinaire, et en quantité, le petit-lait chargé de crême de tartre, parce qu'il relâche, tempere et évacue sans irritation. On peut encore conseiller la décoction légère de tamarins, ou celle de pruneaux avec le crystal minéral. Voyez Ballonius, epid. lib. II. qui est excellent sur ce sujet.

FIEVRE SUBINTRANTE, est celle dont l'intermission n'est point sensible : on la nomme autrement continue-remittente. Voyez FIEVRE REMITTENTE, EVRE CONTINUE-REMITTENTEENTE.

FIEVRE SUDATOIRE, helodes febris. La fièvre sudatoire est une affection morbifique, laquelle consiste en sueurs immodérées qui accompagnent les fièvres aiguës.

Causes. La sueur fébrile est produite par le relâchement et la faiblesse des petits vaisseaux, par la violence de la circulation du sang, par la facilité avec laquelle l'eau se dégage des autres principes du sang, par la dépravation des humeurs, par leur dissolution putride. Enfin les sueurs continuelles sont quelquefois causées par une simple acrimonie ; car suivant que cette acrimonie a une affinité particulière avec les organes de quelques-unes des voies excrétoires, elle excite, de même que celle des remèdes évacuans, l'action de ces organes, et provoque les évacuations qui se font par ces mêmes organes.

Effets. La sueur fébrile qui dure longtemps et immodérément, prive le sang de son liquide délayant ; épaissit le reste, excepté dans les fièvres colliquatives ; enlève la partie la plus subtile des humeurs, produit des obstructions, des faiblesses, l'exténuation du corps, l'abattement des forces.

Cure. Il ne faut ni provoquer la sueur, ni l'arrêter par le froid, mais la modérer en se couvrant moins, en s'abstenant de tout ce qui est échauffant, en réparant les pertes par des boissons douces et délayantes, en émoussant l'acreté, quelle qu'elle soit ; en corrigeant la colliquation des humeurs par les boissons anti-septiques et légèrement astringentes : mais quand les sueurs colliquatives jettent les malades dans une faiblesse extrême, elles peuvent être supprimées avec succès. Il est facile de remarquer dans de telles maladies, que le sang ou la partie la plus grossière des humeurs tombe en dissolution ; et que malgré les sueurs copieuses, la partie fluide domine encore dans le sang, comme il parait par celui qu'on tire alors des veines.

Observations de pratique. Les praticiens observent, 1°. que les évacuations critiques se font souvent tout-à-coup par le secours des sueurs, surtout dans les crises des inflammations et des fièvres aiguës ; mais les fièvres qui durent plusieurs semaines, se terminent rarement par des sueurs critiques remarquables. 2°. Les sueurs critiques abondantes s'annoncent d'ordinaire par un pouls véhément, gros, souple, mou et ondulent. 3°. Une grande sueur termine communément les accès de fièvres intermittentes ; mais les sueurs qui sont legeres, fréquentes ou continuelles, annoncent la lenteur de la coction, ou la longueur de la maladie. Voyez Hippocrate et ses commentateurs.

FIEVRE SYMPATHIQUE, fièvre excitée par la communication et la correspondance des nerfs du corps humain avec la partie où la cause irritante se trouve fixée.

On a mille exemples de ces sortes de fièvres ; car toutes celles qui sont occasionnées par des plaies, celles qui sont produites par une inflammation locale, celles qui sont causées par des douleurs ou des irritations dans une partie nerveuse, comme au bout du doigt lorsqu'il est attaqué d'un panaris, sont autant de fièvres sympathiques, qui cesseront seulement par la guérison de la plaie, de l'inflammation et de l'irritation locale, ou par l'amputation de la partie malade.

FIEVRE SYMPTOMATIQUE, c'est ainsi qu'on appelle toute fièvre excitée par quelque maladie générale ou particulière, et qui loin d'adoucir ou de détruire cette première maladie, ne fait au contraire que l'aggraver.

Causes. Sa cause prochaîne est donc toujours une maladie précédente, qui par son accroissement ou sa fâcheuse métamorphose, excite en vain les forces de la nature pour en opérer la guérison par le secours de la fièvre.

Signes. On juge qu'une fièvre est symptomatique, 1°. quand elle ne parait qu'après une autre maladie qui a précédé ; 2°. quand cette première maladie venant à s'augmenter, la fièvre s'allume aussi davantage ; 3°. quand le sédiment briqueté des urines ne marque plus les paroxysmes de la fièvre précédente ; 4°. quand on sait par le temps de l'année ou de la constitution épidémique, que la même nature de fièvre ne règne point ; 5°. quand cette fièvre ne cede pas aux meilleurs fébrifuges.

Cure. Sa guérison dépend uniquement de celle des maladies aiguës ou chroniques dont elle est l'effet, comme par exemple, quand elle survient à la goutte, au rhumatisme, au scorbut, à l'hydropisie, etc. Il faut donc bien distinguer la fièvre symptomatique de celle qui se guérit naturellement par coction ou par crise : autre chose est la fièvre qui se manifeste avant l'éruption de la petite vérole, autre chose est celle qui parait symptomatiquement après cette éruption.

FIEVRE SYNCOPALE, affection morbifique qui consiste dans de fréquentes syncopes, lesquelles surviennent au retour de l'accès ou du redoublement de la fièvre. Voyez SYNCOPE.

Comme ce symptôme est effrayant par la pâleur qu'il produit, la petitesse du pouls, la collabescence des vaisseaux, la flaccidité des muscles ; que d'ailleurs il n'est pas sans danger, parce qu'il arrête le cours du suc nerveux et suspend le mouvement de la circulation du sang, il faut tâcher d'en découvrir les diverses causes, pour y diriger les remèdes.

Si la syncope survient dans la fièvre, de la faiblesse de la circulation, on la ranimera par des aliments liquides, analogues, doux, gélatineux, artificiellement digérés, agréables, vineux, cardiaques, aromatiques, tirés du règne animal et végétal, donnés souvent en petite quantité, et aidés dans leurs effets par de legeres frictions aux parties extérieures du corps.

La syncope fébrile qui procede d'humeurs dépravées dans le ventricule, et quelquefois de vers qui s'y rencontrent, se dissipera par des vomitifs et par les vermifuges, et l'on en préviendra le retour par les stomachiques.

Quand la syncope procede de la mobilité des esprits, il faut les rappeler par les volatils portés fréquemment aux narines, les anti-hystériques, les cardiaques, les corroborants, et fortifier ensuite le corps par les stomachiques nervins.

La défaillance qui est occasionnée par des concrétions du sang qui commencent à se former, demande les délayans, les atténuans, les savonneux, l'action des muscles.

On connait que la compression du cerveau et du cervelet est la cause des défaillances, par la lésion des fonctions qui dépendent de leurs bonnes dispositions, lorsque, par exemple, la syncope est accompagnée de délire, de vertiges, de tremblements, etc. On relâchera les vaisseaux, en humectant par de douces fomentations la tête, le visage, les narines, la bouche, le cou, et en appliquant aux pieds les épispastiques.

FIEVRE TIERCE, voyez TIERCE.

FIEVRE TRITAEOPHIE, TRITAEOPHES, de , tierce, et , être de même nature et de même origine. Cette fièvre vient le troisième jour, et arrive alors presqu'à son plus haut période ; ce qui la distingue de la tierce proprement dite, de la tierce allongée, et de la demi-tierce. Du reste son nom est une épithète commune à toutes les fièvres qui ont leur accès ou leur retour périodique le troisième jour ; elle ne forme jamais de crise parfaite par les urines ou par les sueurs, mais les évacuations bilieuses naturelles l'apaisent. Comme ses causes et son prognostic sont les mêmes que de la fièvre tierce ou intermittente prolongée, elle demande le même traitement : voyez donc FIEVRE TIERCE.

FIEVRE TROPIQUE, tropica febris. Les anciens appelaient fièvres tropiques, les colliquatives putrides qui s'étendent jusqu'au quarantième jour : on leur a donné vraisemblablement ce nom, parce que le quarantième jour est le terme des révolutions septenaires.

Les crises sont bien moins violentes et moins remarquables dans les fièvres tropiques que dans les fièvres aiguës de toute espèce : apparemment que pendant un période si long, la coction qui se fait ne procure qu'une médiocre dépuration à chaque exacerbation ; c'est-à-dire que les crises s'opèrent seulement en détail et à différentes fais, jusqu'à ce que la maladie soit parfaitement terminée.

Il faut donc distinguer ces sortes de fièvres chroniques des fièvres hectiques, lesquelles dépendent d'une cause qui perpétue ou renouvelle continuellement celle qui les entretient, en sorte qu'elles ne peuvent produire ni coction ni crise qui les consume. Voyez FIEVRE HECTIQUE.

Toutes les fièvres dont la durée passe quarante jours, sont envisagées comme des maladies entretenues d'ordinaire par quelque vice des organes, ou même encore par l'impéritie du médecin. Tous articles du mot FIEVRE, sont de M(D.J.)

FIEVRE, (Mythologie) nom propre d'une divinité payenne, Febris. Les Romains firent de la Fièvre une déesse, et l'honorèrent seulement pour l'engager à moins nuire, suivant la remarque de Valere-Maxime, liv. II. ch. v. n. 6.

Cette déesse avait à Rome plusieurs temples ; et du temps de l'auteur que nous venons de citer, trois de ces temples subsistaient encore, l'un sur le mont Palatin, l'autre dans la place des monuments de Marius, et le troisième au haut de la rue longue. On apportait dans ces temples les remèdes contre la Fièvre, avant de les donner aux malades, et on les exposait quelque temps sur l'autel de la divinité. Ce moyen servait plus à guérir l'esprit que le corps, dit Valere-Maxime lui-même ; et les anciens Romains qui mirent la Fièvre au rang des dieux, durent leur santé bien plus à leur frugalité qu'à la protection de la déesse.

Nous ignorons comment ils la représentaient ; mais nous avons la formule d'une prière ou d'un vœu qui lui a été fait, et qui s'est conservé dans une inscription trouvée en Transylvanie. Cette inscription publiée par Gruter, donne à la Fièvre les noms de divine, de sainte, et de grande. La voici : FEBRI DIVAE, FEBRI SANCTAE, FEBRI MAGNAE, CAMILLA AMATA, PRO FILIO MALE AFFECTO, P. " Camilla Amata offre ses vœux pour son fils malade, à la divine Fièvre, à la sainte Fièvre, à la grande Fièvre. "

Au reste les Romains avaient reçu cette divinité des Grecs, avec cette différence que ces derniers en faisaient un dieu, parce que le mot , fièvre, est masculin, et que febris est féminin ; mais c'est toujours le même être qu'ils ont divinisé dans chaque pays, pour satisfaire aux préjugés du peuple. Article de M(D.J.)

FIEVRE, (Manège et Maréchalerie) maladie commune à l'homme et à l'animal. Le médecin profond et éclairé en recherche encore la nature individuelle ; l'ignorant toujours présomptueux se flatte de l'avoir saisie, la sage timidité de l'un, la précipitation hardie de l'autre, doivent inspirer la plus grande réserve. Je ne joindrai donc point témérairement ici mes faibles efforts à ceux du premier ; et je ne me livrerai pas d'une autre part, à l'inutile soin de reprimer le ton impérieux et décisif du second. Les divisions que suggèrent les différences que l'on remarque dans les fièvres dont le cheval est atteint ; les causes évidentes de ces fièvres, leurs symptômes, les justes indications qui peuvent déterminer le maréchal dans le choix et dans l'application des remèdes, sont les uniques points dans lesquels je me propose de me renfermer. Si je ne lui présente que les faits que j'ai scrupuleusement observés ; et si de ces faits présentés et certains je ne tente pas de m'élever par la voie des inductions et des conséquences, à la découverte d'un principe ou d'une cause prochaîne jusqu'à présent ensevelie dans les ténèbres de la nature, qu'il sache que la nuit profonde qui nous dérobe une foule innombrable d'objets et de vérités, est préférable aux vaines et fausses lueurs que nous ne prenons que trop souvent pour de véritables lumières ; qu'il apprenne que les systèmes, les hypothèses, et toutes les bizarres productions d'une imagination ou d'un esprit qui se perd, peuvent d'autant plus aisément l'égarer, qu'elles ont fait de la Médecine des hommes, c'est-à-dire de l'art le plus utile et le plus salutaire, un art funeste et dangereux ; et que qui méconnait le doute et ne craint point l'erreur, est inévitablement sujet à des écarts également indignes de la raison et du savoir, qui ne sauraient en être la source.

Toute fièvre qui ne subsiste pas par elle-même, et qui n'est que l'effet d'une maladie quelconque qui affecte quelque partie du corps de l'animal, est dite fièvre secondaire ou symptomatique.

Toute fièvre qui forme principalement la maladie, et qui ne peut en être regardée comme une dépendance, un accident, ou une suite, est appelée fièvre absolue, ou fièvre idiopathique, ou fièvre essentielle.

Celle-ci est intermittente ou continue.

On nomme fièvres intermittentes celles qui cessent par intervalles, et qui reprennent par accès, soit que leurs périodes soient réglées, soit qu'elles se montrent erratiques ou confuses.

Dans la distinction que M. de la Guérinière a faite des fièvres considérées par rapport à l'animal, il admet la fièvre tierce et la fièvre quarte. La définition triviale qu'il nous en donne, et à laquelle il se borne, ne dispose point à croire qu'il les ait réellement aperçues dans le cheval : son témoignage ne peut donc être de quelque poids qu'autant qu'il se trouve appuyé de l'autorité de Ruini. Ce dernier est de tous les auteurs qui méritent quelque confiance et que j'ai consultés, le seul qui en fasse mention : il parle même d'une sorte de fièvre intermittente subintrante qu'il appele, d'après les Médecins, fièvre quarte continue. Je ne nie point, relativement à l'animal dont il s'agit, la possibilité de leur existence, de leur retour, et de leurs redoublements périodiques ; mais je me suis imposé la loi de ne rien avancer qui ne soit généralement avoué, ou qui ne soit établi sur mes observations particulières ; et cette même loi m'interdit toute discussion à cet égard.

Il n'en est pas ainsi des fièvres continues, je veux dire de celles qui sont sans intermission : l'expérience m'a appris qu'il en est qui ne lui sont que trop souvent funestes.

Les unes m'ont paru simples, et les autres composées.

Celles-ci diffèrent essentiellement de celles qui sont simples, par les accès, les invasions, les redoublements, l'augmentation des symptômes qui pendant leur durée, prouvent et annoncent de plus grands efforts de la part de la cause morbifique : j'ajouterai que ces paroxysmes ou ces redoublements n'ont jamais à mes yeux évidemment gardé aucun ordre.

De toutes les fièvres continues, l'éphémère est la plus simple ; elle se termine ordinairement dans l'espace de vingt-quatre heures, quelquefois dans l'espace de trente-six. Si la durée s'étend au-delà de ce temps, elle est dite fièvre éphémère étendue, ou, pour me servir du langage de l'école, fièvre synoque simple : c'est cette même fièvre dont le cours est plus ou moins long, que l'on ne suppose point fomentée par l'amas et la corruption des humeurs, qui est égale depuis son commencement jusqu'à sa fin, et qui tant qu'elle subsiste, ne laisse entrevoir aucune diminution et aucune augmentation sensibles.

On peut encore envisager les fièvres continues par leur violence, par leur qualité, par leur constance, par leurs causes, et par leurs symptômes.

1°. Selon la rapidité de leurs progrès et selon la promtitude avec laquelle elles se terminent ; elles sont ou simplement aiguës, ou fort aiguës, ou extrêmement aiguës.

2°. La difficulté avec laquelle elles cedent aux remèdes, leur constance, la lenteur de leurs mouvements, dénotent des fièvres chroniques, semblables à celles que suscitent des dépôts internes, et telles, par exemple, que la fièvre colliquative qui accompagne la morve, quand elle est parvenue à un certain degré. Ces fièvres lentes sont toujours symptomatiques : on ne peut conséquemment en triompher qu'en attaquant et en domptant la maladie qui les occasionne. Il arrive aussi dans le cheval, comme dans l'homme, que des fièvres aiguës dégénèrent en fièvres de ce caractère.

3°. Dès qu'on se croit en droit d'accuser de la maladie présente une matière fébrile considérable, et que l'on suppose cachée dans le sang ou dans les premières voies, la fièvre continue ou synoque putride ; et si la perversion prétendue des humeurs est excessive ou entière, elle est ardente ou maligne. Les maréchaux la nomment alors feu, mal de feu, mal d'Espagne ; et elle est directement opposée par sa qualité aux fièvres synoques simples, et aux fièvres éphémères, qui sont des fièvres bénignes.

4°. Enfin si à tous les signes de la fièvre maligne se joignent une grande prostration des forces, des exanthèmes, des bubons, des anthrax, etc. la maladie se manifestera par des symptômes trop positifs pour qu'il soit permis d'y méconnaitre la fièvre pestilentielle.

Ces détails que je n'étendrai pas plus loin, suffisent à quiconque prétend se former une idée des fièvres qui peuvent survenir à l'animal ; elles sont toutes renfermées dans les divisions que j'en ai faites : celles dont le traitement m'a été confié, se réduisent à des fièvres continues, ou lentes, ou aiguës, ou éphémères, ou non putrides, ou putrides, ou pestilentielles, ou malignes.

Un travail immodéré et trop violent, un refroidissement, un repos trop constant et trop long, un défaut dans le régime, une nourriture abondante capable de surcharger l'estomac, à la suite d'un exercice pénible et forcé ; la faim, la soif même ; des eaux croupies, corrompues, indigestes ; une boisson froide donnée à un cheval échauffé ou qui est en sueur ; des aliments trop chauds, des fourrages aigres, le foin vasé et qui a été mouillé, le foin nouveau, de mauvais grains ; les vicissitudes de l'air ambiant ; des chaleurs excessives, des froids demesurés, des transitions subites et répétées des premières à ceux-ci ; des temps humides et pluvieux, des temps de sécheresse et d'aridité ; l'ardeur d'un soleil brulant, des exhalaisons putrides qui infectent quelquefois tout un pays, tout un camp, etc. telles sont en général les causes évidentes des unes et des autres ; à l'exception de la fièvre lente qui n'est point essentielle, ainsi que je l'ai déjà remarqué, qui n'est que le produit de la lésion de quelques viscères, ou d'une maladie chronique quelconque.

Les autres fièvres symptomatiques que le cheval éprouve, et qui peuvent être placées au rang des fièvres aiguës, procedent communément de la douleur plus ou moins vive que suscitent en lui de fortes tranchées, l'érésypele, l'étranguillon, la fourbure, des tumeurs phlegmoneuses, des abcès, des plaies, etc. Les médicaments propres à calmer et à détruire ces maux, sont aussi les seuls qu'il convient d'employer pour en abréger le cours.

Il est des signes généraux des fièvres ; il en est de particuliers à chacune d'elles.

Les signes généraux sont une respiration plus ou moins difficile, plus ou moins laborieuse, plus ou moins fréquente, et une accélération plus ou moins considérable des mouvements ordinaires du diaphragme et des muscles abdominaux ; mouvements très-sensibles dans les flancs, et accélérés selon la fréquence des inspirations que l'animal est machinalement obligé de faire pour faciliter et pour subvenir au passage du sang que le cœur agité chasse dans les poumons avec plus d'impétuosité et en plus grande abondance que ces organes ne peuvent en admettre dans l'état naturel.

Dans la plus nombreuse partie des chevaux, vainement tenterions-nous de consulter le pouls, cette règle des grands médecins, cet oracle qui leur dévoile la force du cœur et des vaisseaux, la quantité du sang, sa rapidité, la liberté de son cours, les obstacles qui s'y opposent, l'activité de l'esprit vital, son inaction, le siege, les causes, le danger d'une foule de maladies ; mais qui cesse d'être intelligible, et qui devient ambigu, obscur, et captieux pour ces docteurs frivoles, fourbes, ou ignorants, qui, sans égard à l'inégalité de la force de ce muscle, des canaux et du fluide sanguin dans les divers sujets, et aux variétés de cette même force dans un même individu, et sans la plus légère connaissance de la constitution et du tempérament du malade, prononcent au premier abord, et tirent ensuite du tact et de l'examen le moins réfléchi, des indications et des conséquences fausses et souvent meurtrières.

Il faut convenir néanmoins que ce signe ou cette mesure de l'action et des mouvements qui constituent la vie, ne nous abandonne pas toujours. J'ai vu quelques chevaux dont l'artère du larmier était assez superficielle et le cuir assez fin pour permettre de distinguer les pulsations, et même de juger de leur dureté, de leur mollesse, de leur fréquence, de leur rareté, de leur intermittence, de leur uniformité, de leur grandeur, de leur petitesse, de leur continuité, et de leur interruption. J'ai vérifié sur eux les observations rapportées dans l'Haemastatique de M. Halles, en ce qui concerne le nombre des battements, et j'en ai suivi la progression dans les divers âges : j'en ai compté quarante-deux par minute dans le cheval fait et tranquille ; soixante-cinq dans un poulain extrêmement jeune ; cinquante-cinq dans un poulain de trois ans ; quarante-huit dans un cheval de cinq ans, mais limosin, et par conséquent d'un pays où ces sortes d'animaux sont longtemps attendus ; trente dans un cheval qui présentait des marques évidentes de vieillesse ; cinquante-cinq, soixante, et même cent dans le même cheval dont j'avais ouvert les artères crurales, et que je sacrifiais à ma curiosité ; la fréquence des pulsations augmentant à mesure qu'il approche de sa fin : enfin dans des juments faites j'en ai compté trente-quatre et trente-six ; ce qui prouve que dans les femelles des animaux, le pouls est plus lent que dans les mâles ; et ce qui démontre, lorsque cette différence nous frappe dans les personnes des deux sexes, que la marche, les lois et les opérations de la nature sont à-peu-près les mêmes dans le corps de l'homme et de l'animal. Du reste, si les battements des artères de la machine humaine sont en raison double de ceux des artères du cheval, on ne doit point imaginer avec M. de Garsault que la consistance naturellement plus épaisse du sang de l'animal, soit en lui une des causes principales de l'éloignement des contractions du cœur ; elles sont toujours moins distantes les unes des autres dans les grands animaux, et elles sont toujours plus fréquentes dans les plus petits : on pourrait même s'en convaincre par leur variété dans un bidet et dans un grand cheval de carrosse ; non que la force du sang artériel ne l'emporte dans les animaux les plus grands, ainsi qu'on peut s'en assurer dans les tables de Halles, en comparant les hauteurs perpendiculaires du sang dans les tubes fixés aux artères, mais parce que ce liquide ayant en eux un plus grand nombre de ramifications, et des vaisseaux d'une bien plus grande étendue à parcourir, éprouve dans son cours beaucoup plus d'obstacle et de résistance.

Il est encore des chevaux dans lesquels les pulsations du tronc des carotides sont apercevables à la vue, précisément à l'insertion de l'encolure dans le poitrail, quand ils sont atteints de la fièvre : communément aussi dans la plupart de ceux qui fébricitent, le battement du cœur n'est point obscur ; mais ceux de toutes les artères sont absolument inaccessibles au tact : nous ne pouvons donc juger alors avec certitude de la liberté de l'action de ces canaux, de leur resserrement, de leur tension, de leur dureté, de leur sécheresse, etc. ni saisir avec précision une multitude de différences très-capables de guider des esprits éclairés ; et ces battements ne nous apprennent rien de plus positif que ce dont nous instruisent les symptômes généraux dont j'ai parlé, c'est-à-dire la respiration fréquente, et l'accélération du mouvement des flancs.

Les signes particuliers à la fièvre éphémère sont l'accès subit de cette fièvre, qui n'est annoncée par aucun dégout, et qui se montre tout-à-coup dans toute sa force, la chaleur modérément augmentée de l'animal, le défaut des accidents graves qui accompagnent les autres fièvres, et la promtitude de sa terminaison.

Ceux qui sont propres à la fièvre éphémère étendue, ou à la fièvre continue simple, diffèrent de ceux-ci par leur durée, et par la tristesse plus grande du cheval.

Des frissons qui s'observent, surtout aux mouvements convulsifs du dos et des reins ; la chaleur vive qui leur succede ; la véhémence du battement du flanc, sa tension, l'excessive difficulté de la respiration ; l'aridité de la bouche ; une soif ardente, l'enflure des parties de la génération ; la position basse de la tête ; beaucoup de peine à la relever ; la froideur extrême des oreilles et des extrémités ; des yeux mornes, troubles, et larmoyans ; une faiblesse considérable, une marche chancelante ; un dégoût constant ; la fétidité d'une fiente quelquefois dure, quelquefois peu liée, quelquefois graisseuse ; une urine crue et aqueuse ; la chute du membre ; la couleur fanée du poil ; une sorte de strangurie, qui n'a lieu que quand l'animal chemine ; la persévérance avec laquelle il demeure debout et sans se coucher, sont autant de symptômes qui appartiennent à la fièvre putride.

La plupart de ces mêmes symptômes sont aussi communs aux fièvres ardentes ; mais ils se présentent avec un appareil plus effrayant.

La chaleur d'ailleurs inégale en divers endroits, est telle qu'elle est brulante, surtout au front, autour des yeux, à la bouche, à la langue qui est âpre et noire, raboteuse, et à laquelle il survient souvent des espèces d'ulcères. L'air qui sort par l'expiration n'est pas plus tempéré ; l'accablement est encore plus grand ; la soif est inextinguible ; une toux seche se fait entendre ; la respiration est accompagnée d'un râlement ; la tête est basse et immobile ; l'haleine est puante ; une matière jaunâtre, verdâtre, noirâtre, flue quelquefois des nasaux, les excréments sont desséchés, ou bien ils sont semblables à ceux qui caractérisent le flux dissentérique : si l'ischurie n'a pas lieu, l'urine qui coule est noire et très-souvent sanguinolente ; enfin le cheval peut à peine avaler la boisson qu'il prend et qu'il rend alors par les nasaux dans lesquels elle remonte par l'arriere-bouche.

Dans la fièvre pestilentielle, tous ces signes d'une inflammation funeste s'offrent également ; les tumeurs critiques qui paraissent au-dehors, ainsi que je l'ai déjà dit, la désignent spécialement et d'une manière non équivoque.

Quant à la fièvre lente, dès que les lumières que nous pourrions acquérir par le pouls nous sont en général et presque toujours interdites, le seul symptôme univoque qui nous reste est le marasme, la consomption et un dépérissement insensible.

De toutes ces fièvres, celles qui portent avec elles un caractère de putridité, de malignité, et de contagion, sont les seules qui soient vraiment dangereuses ; la fièvre lente ne l'est pas par elle-même ; elle n'est que l'effet des progrès fâcheux d'une maladie chronique, qui conduit le cheval pas-à-pas à sa perte. Les suites de l'éphémère qui s'étend ou se prolonge ne sont redoutables qu'autant qu'elle dégénere en synoque putride : mais dans celle-ci comme dans les autres, la violence des signes que j'ai décrits, doit tout faire craindre : l'obscurcissement des yeux, leur immobilité, l'affaissement des paupières, le larmoyement involontaire, la difficulté de la déglutition, la sueur froide des parties génitales, le relâchement de la peau des tempes, la sécheresse de celle du front, la froideur et la puanteur de l'haleine, le refus obstiné de toute boisson et de tout aliment, l'inquiétude continuelle de l'animal qui se couche, se jette à terre, se releve, retombe, se roidit, s'agite, et se débat ; ses plaintes, son insensibilité totale, la pâleur et la lividité de ses lèvres, le grincement de ses dents, l'augmentation du râlement, la disparition subite des bubons et des charbons qui s'étaient montrés et qui ne reparaissent plus, etc. tels sont les présages presque assurés d'une mort plus ou moins prochaîne.

La route des succès dans le traitement de ces maux serait bien incertaine, si pour y parvenir il était question de remonter à la connaissance intime des degrés par lesquels les humeurs dégénèrent, de tous les changements et de tous les désordres que cette dégénération produit dans l'économie animale, des sources et de la transmission de toutes les impuretés qui les pervertissent, de la véritable action, des diverses combinaisons, de la forme, et des autres dispositions mécaniques de ces substances nuisibles, de leur affinité et de leurs rapports cachés avec les différentes parties qui composent la machine : pour moi, j'avoue que je n'aurai jamais assez d'audace et assez d'amour-propre pour entreprendre de pénétrer jusqu'à ces agens et à ces êtres imperceptibles et pernicieux ; content de m'opposer aux effets dont mes sens sont témoins, je n'ai garde de vouloir m'adresser à la cause efficiente qui m'est voilée.

Le soin de guérir la fièvre éphémère doit être abandonné aux mouvements spontanés des vaisseaux et du sang ; tout l'art consiste à ne point troubler l'ouvrage de la nature, le repos, la diete, l'eau blanche, l'usage des délayans concourront avec elles. Si cette fièvre outre-passe le temps ordinaire de sa durée, on examinera attentivement les signes qui l'accompagnent, à l'effet de distinguer si elle sera continue, simple, ou continue putride : dans le premier cas, on saignera l'animal, on lui administrera des lavements émolliens ; on jettera dans son eau blanchie quelques pintes de la décoction émolliente faite avec la mauve, la guimauve, la pariétaire ; on le tiendra au son, et on ne lui donnera point de fourrage, pour éviter que des mauvais sucs formés dans les premières voies, vu le trouble des fonctions des organes de la digestion dans cette circonstance, ne sollicitent des accidents plus graves : dans le second cas, les mêmes remèdes sont salutaires ; les saignées seront réitérées selon la véhémence des signes, les lavements émolliens multipliés ; on y ajoutera le crystal minéral ; on en jettera dans sa boisson. Lorsque les principaux symptômes seront évanouis ou calmés, on rendra purgatifs les lavements émolliens, en y délayant du miel mercuriel de nymphéa ou de violettes, environ quatre onces, et deux onces de pulpe de casse : on fera enfin observer à l'animal un régime toujours exact ; et s'il est encore besoin d'évacuer, on pourra terminer la cure par un purgatif : car ces sortes de médicaments ne sont funestes qu'autant qu'ils sont très-mal composés par les maréchaux, ou donnés avant que l'irritation soit apaisée.

Une écurie dans laquelle l'air sera pur, froid, et souvent renouvellé, sera très-convenable au cheval attaqué de la fièvre ardente. Elle demande dans les commencements, surtout si elle est avec toutes les marques d'inflammation que j'ai désignées, les secours de la saignée. La boisson de l'animal sera tiede, abondante ; on aura attention d'y jeter du crystal minéral. Si on peut lui faire avaler quelque chose avec la corne, on lui donnera de la décoction émolliente dans laquelle on aura ajouté des gouttes d'eau de rabel, jusqu'à ce qu'elle ait acquis une certaine acidité. On coupera avec cette même décoction émolliente, le lait de vache écremé dont on composera des lavements en y mêlant deux ou trois jaunes d'œufs : s'il en est besoin, on pourra employer en même temps le syrop de pavot blanc, à la dose de trois onces ; les indications devant nous diriger dans le choix des clystères. La vapeur de l'eau chaude déterminée dans ses nasaux, des injections poussées par la même voie dans l'arriere-bouche, et faites avec une décoction de feuilles d'alléluya, et quelques gouttes d'esprit de soufre ou d'eau de rabel, seront encore très-utiles : il s'agira en un mot de mettre fin à la contraction des fibres, par tous les moyens possibles, de délayer exactement les liqueurs, et d'évacuer insensiblement par les urines, par l'insensible transpiration, tout ce qui peut entretenir la maladie.

La saignée, les purgatifs doivent être proscrits dans la fièvre pestilentielle : il en est de même de la boisson nitrée, attendu l'abattement considérable des forces. Si néanmoins l'animal n'est pas beaucoup affaissé, et si l'on remarque une agitation très-vive dans les solides et dans les fluides, ainsi que tous les symptômes qui l'annoncent, on pourra tenter avec la plus grande circonspection, de l'apaiser par des lavements, et en lui ouvrant la veine. Cet objet rempli, on aura recours à des cordiaux tempérés, tels que les eaux de chardon benit, de scorsonere et de scabieuse, qu'on lui donnera avec la corne : peu-à-peu on passera de ces cordiaux tempérés à des cordiaux plus chauds et plus actifs, tels que le diaphorétique minéral, le bèzoard, la poudre de viperes, le sel volatil de corne de cerf, la thériaque, etc. dont l'effet est de chasser et de pousser à l'habitude du corps la matière morbifique, et par lesquels il est à propos de débuter, lorsque le cheval est, pour ainsi dire, anéanti.

A l'égard des tumeurs critiques, notre but principal doit être d'attirer le venin au-dehors, en favorisant la suppuration, pour rendre la crise parfaite. On emploiera pour y parvenir le cataplasme maturatif fait avec le levain, l'oseille, le basilicum, la fiente de pigeon : mais on appliquera, s'il est nécessaire, les ventouses sur le bubon qui dès que nous apercevrons de la fluctuation, sera ouvert avec un bouton de feu. Nous entretiendrons la suppuration jusqu'à ce que toute la dureté soit consumée : après quoi nous détergerons l'ulcère, nous le mondifierons, et nous le conduirons à une parfaite cicatrice ; sauf à mettre ensuite en usage les purgatifs pour terminer entièrement la cure. (e)