S. et adj. (Anatomie) personne qui a les deux sexes, ou les parties naturelles de l'homme et de la femme.

Ce terme nous vient des Grecs ; ils l'ont composé du nom d'un dieu et d'une déesse, afin d'exprimer en un seul mot, suivant leur coutume, le mélange ou la conjonction de Mercure et de Vénus, qu'ils ont cru présider à la naissance de ce sujet extraordinaire. Mais soit que les Grecs aient puisé cette prévention dans les principes de l'Astrologie, ou qu'ils l'aient tirée de la Philosophie hermétique, ils ont ingénieusement imaginé qu'hermaphrodite était fils de Mercure et de Vénus. Il fallait bien ensuite donner au fils d'un dieu et d'une déesse une place honorable ; et c'est à quoi la fable a continué de prêter ses illusions. La nymphe Salmacis étant devenue éperduement amoureuse du jeune hermaphrodite, et n'ayant pu le rendre sensible, pria les dieux de ne faire de leurs deux corps qu'un seul assemblage ; Salmacis obtint cette grâce, mais les dieux y laissèrent le type imprimé des deux sexes.

Cependant ce prodige de la nature, qui réunit les deux sexes dans un même être, n'a pas été favorablement accueilli de plusieurs peuples, s'il est vrai ce que raconte Alexander ab Alexandro, que les personnes qui portaient en elles le sexe d'homme et de femme, ou pour m'expliquer en un seul mot, les hermaphrodites, furent regardés par les Athéniens et les Romains comme des monstres, qu'on précipitait dans la mer à Athènes et à Rome dans le Tibre.

Mais y a-t-il de véritables hermaphrodites ? On pouvait agiter cette question dans les temps d'ignorance ; on ne devrait plus la proposer dans des siècles éclairés. Si la nature s'égare quelquefois dans la production de l'homme, elle ne va jamais jusqu'à faire des métamorphoses, des confusions de substances, et des assemblages parfaits des deux sexes. Celui qu'elle a donné à la naissance, et même peut-être à la conception, ne se change point dans un autre ; il n'y a personne en qui les deux sexes soient parfaits, c'est-à-dire qui puisse engendrer en soi comme femme, et hors de soi comme homme, tanquam mas generare ex alio, et tanquam foemina generare in se ipso, disait un canoniste. La nature ne confond jamais pour toujours ni ses véritables marques, ni ses véritables sceaux ; elle montre à la fin le caractère qui distingue le sexe ; et si de temps à autre, elle le voile à quelques égards dans l'enfance, elle le décele indubitablement dans l'âge de puberté.

Tout cela se trouve également vrai pour l'un et l'autre sexe : que la nature puisse cacher quelquefois la femme sous le dehors d'un homme, ce dehors, cette écorce extérieure, cette apparence, n'en impose point aux gens éclairés, et ne constitue point dans cette femme le sexe masculin. Qu'il y ait eu des hommes qui ont passé pour femmes, c'est certainement par des caractères équivoques ; mais la surabondance de vie, source de la force et de la santé, ne pouvant plus être contenue au-dedans, dans l'âge qui est la saison des plaisirs, cherche dans cet âge heureux à se manifester au-dehors, s'annonce, et y parvient effectivement. C'est ce qu'on vit arriver à la prétendue fille Italienne, qui devint homme du temps de Constantin, au rapport d'un père de l'Eglise. Dans cet état vivifiant de l'humanité, le moindre effort peut produire des parties qu'on n'avait point encore aperçues ; témoin Marie Germain, dont parle Paré, qui après avoir sauté un fossé, parut homme à la même heure, et ne se trouva plus du sexe sous lequel on l'avait connue.

Les prétendus hommes hermaphrodites qui ont l'écoulement menstruel, ne sont que de véritables filles, dont Colombus dit avoir examiné les parties naturelles internes, sans y avoir trouvé rien d'essentiel, qui fût différent des parties naturelles des autres femmes. Ce petit corps rond, caverneux, si sensible, qui est situé à la partie antérieure de la vulve, a presque toujours fait qualifier d'hermaphrodites, des filles, qui par un jeu de la nature, avaient un corps assez long pour en abuser. Le même Columbus, dont nous venons de parler, a vu une Bohémienne, qui lui demanda de retrancher ce corps, et d'élargir le conduit de sa pudeur, pour pouvoir, disait-elle, recevoir les embrassements d'un homme qu'elle aimait.

L'hermaphrodite negre d'Angola, qui a fait tant de bruit à Londres, au milieu de ce siècle, était une femme qui se trouva dans le même cas de la Bohémienne de Columbus ; et ce cas est moins rare dans les pays brulans d'Afrique et d'Asie, que parmi nous.

La fameuse Marguerite Malaure eut passé pour une hermaphrodite indubitable, sans Saviard. Elle vint à Paris en 1693, en habit de garçon, l'épée au côté, le chapeau retroussé, et ayant tout le reste de l'habillement de l'homme ; elle croyait elle-même être hermaphrodite ; elle disait qu'elle avait les parties naturelles des deux sexes, et qu'elle était en état de se servir des unes et des autres. Elle se produisait dans les assemblées publiques et particulières de médecins et de chirurgiens, et elle se laissait examiner pour une légère gratification, à ceux qui en avaient la curiosité.

Parmi ces curieux qui l'examinaient, il y en avait sans-doute plusieurs, qui manquant de lumières suffisantes pour bien juger de son état, se laissèrent entrainer à l'opinion la plus commune qu'elle leur inspirait, de la regarder comme une hermaphrodite. Il y eut même des médecins et des chirurgiens d'un grand nom, qui assurèrent hautement qu'elle était réellement telle qu'elle se disait être, et justifièrent par leurs certificats, que l'on peut avoir acquis beaucoup de réputation en Médecine et en Chirurgie, sans avoir un grand fonds de connaissances solides, et de véritable capacité.

Enfin, M. Saviard se trouvant presque le seul homme de l'art qui fût incrédule, se rendit aux pressantes sollicitations que lui firent ses confreres de jeter les yeux, et d'examiner ce prodige en leur présence. Il ne l'eut pas plutôt vu, qu'il leur déclara que ce garçon avait une descente de matrice ; en conséquence, il réduisit cette descente, et la guérit parfaitement. Ainsi l'énigme inexplicable d'hermaphrodisme dans ce sujet, se trouva développé plus clair que le jour. Marguerite Malaure, rétablie de sa maladie, présenta au roi sa requête très-bien écrite, pour obtenir la permission de reprendre l'habit de femme, malgré la sentence des capitouls de Toulouse, qui lui enjoignait de porter l'habit d'homme.

Concluons donc, que l'hermaphrodisme n'est qu'une chimère, et que les exemples qu'on rapporte d'hermaphrodites mariés, qui ont eu des enfants l'un de l'autre, chacun comme homme et comme femme, sont des fables puériles, puisées dans le sein de l'ignorance et dans l'amour du merveilleux, dont on a tant de peine à se défaire.

Il faut pourtant demeurer d'accord, que la nature exerce des jeux fort étranges sur les parties naturelles, et qu'il a paru quelquefois des sujets d'une conformation extérieure si bizarre, que ceux qui n'ont pu en développer le véritable génie, sont en quelque façon excusables.

En 1697, M. Saviard, que je viens de nommer, accoucha une femme à terme de deux jumeaux vivants, dont l'un ne vécut que huit jours, et l'autre fut mis aux enfants trouvés à cause de la singularité de son sexe.

L'un de ces enfants avait une verge bien formée, située à l'endroit ordinaire avec le gland découvert, au-dessus duquel le prépuce renversé formait un bourrelet. Cette verge n'avait point d'urethre ; il n'y avait par conséquent aucune perforation à l'extrémité du gland ; elle n'était formée que des deux corps caverneux et des téguments ordinaires ; et ces corps caverneux avaient aussi leurs muscles érecteurs et accélerateurs.

Son scrotum était fendu en manière de vulve ; et au-bas de cette fente, il y avait un trou que l'on aurait pu prendre pour un vagin ; l'urine sortait par cette ouverture ; il y avait autour de petites éminences rougeâtres, que l'on pouvait prendre pour les caroncules myrtiformes. On voyait au-dessous un repli de la peau, qui pouvait passer pour ce que l'on appelle la fourchette dans les femmes ; et il y avait à côté d'autres rides, que l'on pouvait regarder comme des vestiges de nymphes. Enfin, dans chaque côté du scrotum ainsi fendu, l'on sentait bien distinctement un testicule. Les parties génitales intérieures étaient disposées comme dans les mâles ; et comme il n'y avait aucune apparence de matrice, ni de ses dépendances, il résulte que c'était un sujet mâle dont la situation de l'urethre était changée par un défaut de conformation, qui l'aurait rendu incapable d'avoir des enfants. Son frere jumeau qui fut mis aux enfants trouvés, mourut six semaines après sa naissance ; et c'est dommage que nous n'ayons pas la description de ses parties naturelles.

M. Saviard vit encore l'année suivante un second enfant d'une femme qu'il accoucha à terme, qui avait à-peu-près les mêmes défauts à ses parties génitales, que le précédent. Son urethre était fendue depuis l'extrémité du gland, jusqu'à la racine de la verge ; ce qui séparait le scrotum en deux bourses, où chacun des testicules était contenu. Le prépuce renversé au-dessus du gland, formait un bourrelet tout semblable au sujet dont on vient de parler ; et l'urethre sortait par un trou qui était à la racine de la verge, à l'endroit où est situé l'urethre des femmes. Il s'ensuit de-là, que ce sujet aurait été pareillement incapable de génération. J'ai choisi ces deux faits de Saviard seulement, parce qu'on peut compter sur son témoignage.

Feu M. Petit, médecin de Namur, à qui les Anatomistes doivent beaucoup d'observations importantes sur le cerveau, sur l'oeil, et sur les nerfs, en a donné une très-curieuse dans l'Histoire de l'acad. des Scienc. ann. 1720, sur un hermaphrodite intérieur, qu'on me passe ce terme. C'était un soldat, qui ayant été blessé, mourut à 22 ans à l'hôpital de Namur ; le chirurgien major qui l'ouvrit, par la seule curiosité du caractère de sa blessure, fut bien surpris de ne point trouver les testicules dans le scrotum ; cependant il les trouva dans le bas-ventre, mais avec une espèce de matrice ou de vagin, et la sorte d'appareil de parties de la génération qui est dans les femmes. Cette espèce de matrice était attachée au col de la vessie, et par son embouchure perçait l'urethre entre le col et les prostates. Du corps de cette matrice partaient de côté et d'autre deux cornes ou trompes qui s'attachaient à deux ovaires féminins, ou si l'on veut, testicules masculins, petits, mous, et qui avaient chacun leur épidydime, et leurs vaisseaux déférents.

Enfin, on a vu, on a peint, on a gravé une hermaphrodite qui parut à Paris aux yeux du public en 1749. Elle était alors âgée de 16 ans, n'avait point eu ses règles, n'avait aucune apparence de gorge naissante, ni les hanches aussi élevées, qu'il aurait convenu au corps d'une fille de son âge : je dis fille, parce qu'elle avait été baptisée du sexe féminin ; car d'ailleurs Paré, dans son traité des Monstres, ch. vij. p. 1015, rapporte l'histoire de trois sujets qui avaient été baptisés et élevés pour filles, et dont les parties de l'homme se développèrent à l'âge de puberté.

Quoi qu'il en sait, la verge de Marie-Anne Drouart, c'était son nom, recouverte de son prépuce, garnie d'un peu de poil à la racine, avait son gland et deux corps caverneux ; mais le canal de l'urethre y manquait pour le passage de l'urine ; le prépuce laissait une ouverture, qui approchait de la vulve d'une femme. Cette ouverture se terminait en-bas par un repli assez semblable à la fourchette, avec un petit bouton, tel que celui qui se trouve dans les jeunes vierges. Au-dessus de ce bouton était le trou du canal de l'urethre, lequel canal était fort court. L'ouverture de la vulve était très-étroite, et admettait avec peine l'intromission du petit doigt ; on n'y voyait point de caroncules myrtiformes, ni d'apparence de testicules, soit dans les aines, soit dans ce qui tient lieu de scrotum ; en un mot, ce sujet n'avait et n'aura, s'il vit encore, la puissance d'aucun sexe.

Voilà les seuls faits autentiques de ma connaissance sur la manière la plus étonnante, dont la nature se joue dans la conformation des parties de la génération. Je sai que plusieurs écrivains ont publié des traités exprès sur les hermaphrodites. Tel est Aldrovandus, dans son livre de Monstris, Bononiae, 1642, fol. Caspar Bauhin, de Hermaphroditis ; Oppenheim, 1614, in-8 °. Jacobus Mollerus, de Cornutis et Hermaphroditis, Berolini, 1708, in-4 °. Duval, traité de l'Accouchement des femmes, et des Hermaphrodites, Rouen, 1612, in-8 °.

J'ai parcouru tous ces écrits en pure perte, ainsi que les questions Medico-legales de Zacchias, Spondanus, ad annum 1478, num. 22. Bonaciolus, de conformatione foetus ; les nouvelles littéraires de la mer Baltique, année 1704, par Loffhagen, et autres semblables, dont je ne conseille la lecture à personne. Je recommanderai seulement le discours de Riolan sur les hermaphrodites, dans lequel il prouve qu'il n'y en a point de vrais. Mais, ce qui vaut encore mieux, c'est l'ouvrage publié dernièrement à Londres par M. Parsons, et qu'on aurait dû nous traduire en français ; il est intitulé Parsons's Mechanical, and Critical Enquiry into the nature of hermaphrodites, London, 1741, in-8°. L'auteur y démontre savamment et brievement, que l'existence des hermaphrodites n'est qu'une erreur populaire. (D.J.)

HERMAPHRODITE, (Mythologie) fils de Mercure et de Vénus, comme l'indique son nom. Ce jeune homme doué de toutes les grâces de la nature, à ce que prétend l'histoire fabuleuse, fut éperduement aimé de la nymphe Salmacis, dont il méprisa la tendresse ; elle l'aperçut un jour qu'il se baignait dans une fontaine de la Carie, et l'occasion lui parut favorable pour satisfaire son amour : mais le cœur de cet ingrat resta glacé ; et dans le désespoir où était la nymphe, de ne pouvoir faire passer jusqu'à lui une partie du feu qui la consumait, elle invoqua les dieux, et leur demanda que du-moins leurs deux corps ne fussent jamais séparés ; sa prière fut écoutée, et par une étrange métamorphose, ils ne devinrent plus qu'une même personne. Ovide peint ce changement en ces mots,

Nec foemina dici,

Nec puer ut possent, neutrumque, et utrumque videntur.

Le fils de Vénus obtint à son tour, que tous ceux qui se laveraient dans la même fontaine éprouveraient le même sort.

L'explication de cette fable n'est pas facile ; on sait seulement qu'il y avait dans la Carie, près de la ville d'Halycarnasse, une fontaine célèbre, où s'humanisèrent quelques barbares qui étaient obligés d'y venir puiser de l'eau aussi-bien que les Grecs. Le commerce qu'ils eurent avec ceux-ci les rendit non-seulement plus polis, mais leur inspira le goût du luxe de cette nation voluptueuse ; et c'est peut-être, dit Vitruve, ce qui peut avoir donné à cette fontaine la réputation de faire changer de sexe. Au bout du compte, qu'importe la raison ? la fable est très-jolie. (D.J.)