S. f. (Anatomie) La tunique la plus externe, la plus épaisse, et la plus forte du globe de l'oeil, est la cornée, qui renferme toutes les autres parties dont ce globe est composé. Elle tire son origine de la dure-mère, qui enveloppe le nerf optique aussitôt qu'il passe du cerveau dans l'orbite. Etant arrivée à l'oeil, elle s'étend et forme comme une sphère. Parvenue à la partie antérieure de l'oeil, elle devient plus mince, plus souple, et transparente ; alors elle n'est plus si dure, et elle se jette davantage en-dehors. Tandis qu'elle est opaque, on lui donne le nom de sclérotique ; mais dès qu'elle devient transparente par-devant, elle porte celui de cornée : c'est pourquoi les Anatomistes la divisent en deux portions ; une grande, appelée cornée opaque ou sclérotique ; et une petite, nommée cornée transparente, située antérieurement, et qui n'est qu'un petit segment de sphère.

Je dis que la cornée transparente est un petit segment de sphère, mais je dois dire, pour parler plus exactement, qu'elle fait portion d'un sphéroïde un peu allongé ; ce qui est une suite nécessaire de la disposition des muscles droits qui compriment l'oeil selon la direction de son axe, et qui le tirent en même temps vers le fond de l'orbite, conformément aux observations de M. Petit médecin, qui a beaucoup travaillé sur la figure et sur les dimensions des parties de l'oeil. Selon cet habile homme, la cornée transparente est une portion de sphère, dont le diamètre est ordinairement de 7, 7 1/4 ou 7 1/2 lignes ; sa corde est de 5, 5 1/4 ou 5 1/2 lignes, et son épaisseur est le plus souvent de 2/12 ou 3/12 d'une ligne. Voyez l'hist. de l'ac. des Sc. an. 1728. Le savant P. Scheiner a connu, il y a plus d'un siècle, que la cornée n'était pas sphérique, car il la compare au sommet d'un sphéroïde parabolique ou hyperbolique.

La cornée opaque est composée de plusieurs couches étroitement collées ensemble ; son tissu est dur, compacte, semblable à une espèce de parchemin : elle est comme percée vers le milieu de la portion postérieure de sa convexité, où elle porte le nerf optique, et elle est assez épaisse dans cet endroit ; son épaisseur diminue par degrés vers la portion opposée : cette épaisseur a d'espace en espace quelques petits vaisseaux sanguins ; elle est encore traversée d'une manière particulière par des filets de nerfs, qui entrant dans sa convexité à quelque distance du nerf optique, se glissent dans l'épaisseur de la tunique, et pénètrent sa concavité vers la cornée transparente. Voyez l'épitre xiij de Ruysch.

La cornée transparente qu'on nomme simplement la cornée, en donnant le nom de sclérotique en particulier à l'autre portion, est pareillement composée de plusieurs couches ou lames très-intimement unies ensemble : elle est une continuation de la sclérotique ou cornée opaque, quoique d'un tissu différent : ce tissu se gonfle par la macération dans l'eau froide.

La convexité de cette portion est un peu saillante au-delà de la convexité de la cornée opaque, dans les uns plus, dans les autres moins ; de sorte qu'elle parait comme le segment d'une petite sphère, ajouté au segment d'une sphère plus grande : la circonférence de sa convexité n'est pas circulaire comme celle de sa concavité, mais un peu transversalement ovale ; car la portion supérieure et la portion inférieure de la circonférence, sont obliquement terminées dans leur épaisseur : cette obliquitté est à la vérité plus apparente dans le bœuf et le mouton, que dans l'homme.

La cornée transparente est percée d'un grand nombre de pores imperceptibles, par lesquels suinte continuellement une liqueur ou sérosité subtile, qui s'évapore à mesure qu'elle sort. On s'en peut assurer en pressant un oeil d'abord après la mort, l'ayant bien essuyé auparavant : alors on verra sensiblement une rosée très-fine s'accumuler peu-à-peu jusqu'à former de petites gouttelettes. Elle se trouve aussi dans ceux qui meurent sans fermer les paupières, et elle ternit quelquefois la cornée au point de faire presque disparaitre la prunelle. Voyez les mém. de l'acad. des Sc. an. 1721. pag. 320.

C'est cette rosée qui produit sur les yeux des moribonds une espèce de pellicule glaireuse très-délicate, qui se fend en plusieurs écailles quand on y touche, et que l'on emporte facilement en essuyant la cornée ; voilà pourquoi l'on dit d'ordinaire, cet homme Ve mourir, car sa vue est déjà obscurcie. En effet, dans cet état, les sphincters des vaisseaux étant extrêmement relâchés, la lymphe qui les abreuve, perce les pores de la cornée transparente, et s'y amasse. Stenon semble être le premier qui a connu la porosité de cette membrane. Disons un mot de son usage.

L'éminence sphérique de la cornée transparente excédant celle du globe, fait que les rayons qui rejaillissent de chaque petite partie des objets, se brisent en s'approchant chacun de la perpendiculaire de leur rentrée, plus qu'ils ne feraient sans cette éminence ; et continuant leur route en cette disposition par l'humeur aqueuse, il en passe un plus grand nombre par la prunelle qui, sans cette réfraction, tomberaient sur l'iris. Selon que cette éminence est saillante ou déprimée, c'est-à-dire selon qu'elle fait partie d'un plus grand ou d'un moindre cercle, on voit les objets ou plus petits, ou plus gros, ou de plus loin, ou de plus près.

Au reste, la cornée est sujette à plusieurs accidents, à des pustules, des phlyctenes, des ulcères, et en particulier à cet abcès que les Grecs ont nommé hypopyon. Voyez ce mot. Article de M(D.J.)

CORNEE, (Artificier) c'est ainsi que les Artificiers nomment une cuillerée de matière combustible, qu'on verse dans le cartouche avec une espèce de cuillière cylindrique de corne, de cuivre, ou de fer-blanc, dont la capacité est proportionnée à la grosseur de la fusée, et au diamètre intérieur du cartouche, pour ne mettre à chaque reprise de la charge qu'on doit battre et fouler à coups de maillet, que la quantité convenable, pour qu'elle le soit fortement et également. Dict. de Trév. (V)