S. m. terme d'Anatomie ; c'est le premier des intestins greles ou petits boyaux, celui qui reçoit de l'estomac les aliments dont la chylification est à moitié faite. Voyez l'article INTESTINS.

On l'appelle duodenum, à cause qu'il est long de douze doigts, c'est pourquoi quelques-uns le nomment dodecadactilum.

Le duodenum vient du pylore ou de l'orifice droit de l'estomac ; de-là descendant vers l'épine de droit à gauche, il se termine où commencent les circonvolutions du reste.

Ses tuniques sont plus épaisses, et sa cavité ou canal moindre que ceux des autres intestins : à son extrémité la plus basse sont deux canaux qui s'ouvrent dans sa cavité ; l'un qui vient du foie et de la vésicule du fiel, appelé le canal commun cholidoque ; et l'autre qui vient du pancréas, appelé pancréatique. Voyez CHOLIDOQUE et PANCREATIQUE.

Le duodenum est parfaitement droit ; mais l'intestin jejunum fait différents tours et inflexions. La raison en est que la bile et le suc pancréatique se mêlant au commencement de ces intestins ou à l'extrémité du duodenum, précipiteraient trop rapidement sans ces circonvolutions non-seulement les parties grossières des excréments, mais encore le chyle lui-même. Voyez BILE, EXCREMENT, etc. Chambers. (L)

Maladies du duodenum. Cette première portion du canal intestinal est regardée par quelques auteurs, et particulièrement par Frédéric Hoffman, comme un estomac succenturial, c'est-à-dire un substitut de ce viscère, en tant qu'il semble que l'ouvrage de la digestion qui a été bien avancé dans le ventricule se perfectionne principalement dans le duodenum.

Ce sentiment est fondé sur les considérations suivantes : cet intestin a de plus fortes tuniques ; et il est plus large que les autres intestins grêles, selon l'observation de plusieurs grands anatomistes, tels que Vésale, Weslingius, Diemerbroeck. Il a une courbure en forme de cul-de-sac propre à retarder le cours des matières qui y sont contenues, telle qu'il ne s'en trouve point de semblable dans toute la suite des petits boyaux : il est garni d'un plus grand nombre de glandes qui fournissent une grande quantité de suc digestif salivaire, semblable au suc gastrique, plus fluide que la lymphe qui se sépare dans les autres glandes intestinales ; il n'a point de veines lactées ; il n'est point flottant dans la duplicature du mésentère, comme tous les autres boyaux.

Par tous ces caractères le duodenum a beaucoup de rapport avec l'estomac : il a de plus que ce viscère trois différents menstrues, qui s'y répandent abondamment : savoir la bile hépatique, la cystique, et le suc pancréatique, qui en se mêlant avec la pâte alimentaire fournie par l'estomac, dissolvent les matières grasses, résineuses, qui ont éludé l'action des sucs digestifs de l'estomac, qui n'ont pas les qualités propres pour les pénétrer. Les matières salines, gommeuses, sont aussi ultérieurement dissoutes par la lymphe des glandes de Brunner et du pancréas ; en sorte que le chyle, après avoir éprouvé aussi l'action des parois musculeux de cet intestin qui exerce une sorte de trituration, qui tend à broyer et à mêler plus intimement les matières inquilines avec les étrangères, sort du duodenum en état de commencer à fournir à la secrétion du chyle, dans les premières veines lactées qui se trouvent dans le jejunum ; et la matière alimentaire parait avoir été plus changée, plus élaborée depuis qu'elle est sortie de l'estomac, qu'elle ne l'avait été par toutes les puissances dont elle avait précédemment éprouvé l'action combinée.

Ainsi autant que la fonction de cet intestin est importante dans l'oeconomie animale saine, autant ses lésions peuvent-elles influer pour la troubler. C'est sur ce fondement que Vanhelmont et Sylvius Deleboè ont voulu en tirer la cause de presque toutes les maladies ; et qu'ils ont tenté d'en rendre raison d'après leur système : ils raisonnaient sur de faux principes, en supposant l'effervescence de la bile avec le suc pancréatique ; mais les conséquences qu'ils en inféraient étaient conformes à l'expérience de tous les temps, qui a fait regarder le duodenum comme le foyer, le siège d'un grand nombre de causes morbifiques, par la disposition qui s'y trouve à ce que les matières qui y sont contenues, y soient retenues, y croupissent, y contractent de mauvaises qualités, s'y pourrissent ; l'air dont elles sont imprégnées, s'en dégage, se gonfle, et y cause des flatuosités si ordinaires aux mélancholiques, aux hypocondriaques, aux hystériques : ce qui arrive surtout par la stagnation de bile, ensuite du relâchement, ou même du resserrement spasmodique de ce boyau. D'où résultent quelquefois des douleurs très-vives qui répondent aux lombes, et que l'on prend souvent pour l'effet d'une colique néphrétique, des constipations opiniâtres, des suppressions de bile qui donnent lieu à la jaunisse ; des vertiges, des mouvements convulsifs, des attaques d'épilepsie, des fièvres intermittentes, etc. La matière de la transpiration diminuée ou supprimée, celle de la goutte rentrée dans la masse des humeurs, se portent aussi souvent par les pores biliaires ou pancréatiques dans la cavité du duodenum, dont elles irritent les tuniques par leur acrimonie, et établissent la cause de la diarrhée, du tenesme, de la dyssenterie. La colere qui agite fortement les humeurs, et fait couler la bile en abondance dans le duodenum, est par cette raison la cause de bien des maux qui en résultent.

Ce sont toutes ces considérations qui ont donné lieu à la règle de pratique, qui consiste à faire toujours beaucoup d'attention à l'état des premières voies, et particulièrement à celui de l'estomac et du duodenum ; d'où on tire très-souvent l'indication de les vider des matières corrompues qui s'y sont fixées : ce que l'on fait principalement par le moyen des vomitifs employés avec prudence, qui sont dans plusieurs cas l'unique remède auquel on puisse avoir recours avec succès, et avec lequel on emporte souvent la cause de grandes maladies, s'ils sont placés au commencement. Il est plus court d'évacuer l'humeur morbifique par la voie du vomissement que de lui faire parcourir toute la longueur des boyaux ; d'ailleurs elle élude souvent l'action des simples purgatifs.

Après l'usage des évacuans, on doit s'appliquer à corriger le vice dominant dans le duodenum ; s'il pêche par un resserrement spasmodique, par trop de tension, par une disposition inflammatoire, par une irritation causée par l'acrimonie de la bile, il faut employer les délayans anodins, émolliens, adoucissants, nitreux, acidiuscules, qui doivent même être placés avant tout autre remède, si les évacuans vomitifs ou purgatifs sont contr'indiqués par l'ardeur et le sentiment douloureux, ou par la trop grande tension des tuniques intestinales, surtout dans la région épigastrique. Si c'est par le relâchement de ce boyau que les humeurs s'y ramassent et y dégénèrent, il faut s'appliquer à rétablir le ressort de ses tuniques par tout ce qui est propre à les fortifier, à ranimer le mouvement pérystaltique : ce que l'on pourra faire par le moyen des remèdes amers, tels que la rhubarbe, l'aloès, avec les martiaux ; on pourra y joindre les absorbans, s'il y a de l'acidité prédominante, comme aussi des correctifs appropriés, tels que les précipitants alkalins : on emploie les carminatifs, s'il y a beaucoup de ventosités, etc. Voyez la dissertation d'Hoffman de duodeno multorum malorum causâ, d'où cet article est extrait. Voyez aussi BILE, PANCREAS.