S. f. terme de Chirurgie, qui signifie une excroissance charnue et fongueuse formée dans l'urethre ou col de la vessie, ou dans la verge, qui bouche le passage des urines.

Les carnosités sont très-difficiles à guérir : on ne les connait guère qu'en introduisant la sonde dans le passage, où elle trouve en ce cas de la résistance. Elles viennent ordinairement de maladies vénériennes négligées ou mal guéries.

Les auteurs ne conviennent point unanimement de l'existence des carnosités. Ils reconnaissent tous une maladie dans le canal de l'urethre, qui occasionne une difficulté d'uriner, laquelle consiste en ce que le jet de l'urine est fort délié, fourchu, et de travers. Les efforts que font inutilement les malades pour pisser, rendent cette action fort douloureuse, et leur fait rejeter souvent les excréments en même temps. La vessie, en ne se vuidant qu'imparfaitement, peut s'enflammer et s'ulcérer par l'acrimonie que l'urine contracte en séjournant dans la cavité de ce viscère. Cette maladie est très-fâcheuse ; elle peut avoir plusieurs suites funestes, telles que la rétention totale d'urine, et l'impossibilité de pénétrer dans la vessie avec la sonde, ce qui met les malades dans le cas d'une opération. Voyez RETENTION D'URINE. Il peut aussi se faire des crevasses à l'urethre, et en conséquence une inondation d'urine dans le tissu cellulaire qui entoure la vessie et le rectum : de-là des abcès gangréneux suivis de fistules, etc.

M. Dionis attribue la cause de tous les accidents à des cicatrices qui se sont faites sur des ulcères durs et calleux de l'intérieur de l'urethre. Il assure que quelque diligence qu'il ait faite en ouvrant les corps qu'on accusait d'avoir des carnosités, il n'en a jamais trouvé. Il traite d'erreur commune la persuasion de l'existance des carnosités. Il ajoute que ceux qui prétendaient avoir des remèdes particuliers pour les guérir, avaient intérêt de confirmer cette erreur plutôt que d'en désabuser ; d'autant plus que cette maladie ayant été abandonnée des véritables chirurgiens, était devenue le partage des charlatants ou distributeurs de secrets.

Dionis rapporte à ce sujet l'exemple de Jean-Baptiste Loiseau, maître chirurgien de Bordeaux, qui dans un recueil d'observations chirurgicales qu'il a écrites, dit qu'il fut appelé pour traiter le roi Henri IV. d'une carnosité ; qu'il l'avait pansé et guéri, et qu'il en avait été récompensé par une charge de chirurgien de sa majesté, que le roi lui donna. Dionis tient cette histoire pour apocryphe : " elle ne prouve point, dit-il, qu'il y ait des carnosités ; elle fait voir que ce M. Loiseau fait le mystérieux, et tient du charlatan, en publiant ce qu'il a fait, sans dire ni les moyens ni les remèdes dont il s'est servi. S'il avait été vrai, continue-t-il, que le roi eut eu une carnosité, il fallait qu'en écrivant cette histoire, M. Loiseau ne fit point un secret ni de la méthode, ni des drogues qu'il avait employées à une guérison pour laquelle il avait été si libéralement gratifié : et puisqu'il se tait sur l'essentiel, ajoute M. Dionis, je tiens le tout pour apocryphe ". Ce raisonnement est d'un ami du genre humain : mais il n'est pas concluant contre les carnosités.

Des praticiens postérieurs à M. Dionis ont essayé dans la maladie dont est question, de dilater peu-à-peu le canal de l'urethre, en se servant d'abord de sondes de plomb fort déliées, et les augmentant ensuite jusqu'à rétablir le diamètre naturel de ce conduit. D'autres avec des bougies de cordes à boyau qui se gonflent par l'humidité, sont parvenus à mettre en forme le canal de l'urethre ; ils ont en conséquence attribué le retrécissement de l'urethre au gonflement du tissu spongieux de ce canal, en rejetant l'opinion des carnosités et des cicatrices.

Benevole, chirurgien de Florence, a composé en 1725 un petit traité en langue italienne, sur les maladies de l'urethre. Il n'est d'aucune des opinions que nous venons d'exposer : il pense que la maladie fâcheuse dont nous parlons, est un effet de la tuméfaction des glandes prostates en conséquence de leur ulcération, puisque l'ulcère de cette glande est toujours le principe de ce qu'on appelle carnosité.

S'il m'était permis d'exposer mon sentiment après celui de tous ces praticiens, je dirais librement qu'ils ont erré en donnant pour cause exclusive le vice que quelques observations leur avaient fait apercevoir ; et je pense qu'ils n'ont trouvé cette maladie si rebelle, que pour avoir réglé leur méthode de traiter invariablement sur la cause qu'ils avaient reconnue, et qu'ils croyaient être unique.

Le retrécissement de l'urethre par la présence des carnosités est indubitable. La manière avec laquelle M. Daran traite ces maladies, en est une preuve. Il se sert de bougies, qui mettent en suppuration les obstacles de l'urethre. A mesure qu'ils disparaissent, l'urine reprend son cours ; et lorsqu'elle sort à plein canal, et que les bougies d'une grosseur convenable passent librement jusque dans la vessie, il cicatrise le canal avec des bougies dessicatives. On voit que M. Daran traite ces maladies comme on ferait un ulcère à la jambe. On doit rendre justice à la vérité : on ne peut disconvenir des succès de M. Daran ; son application à cette sorte de traitement, en lui faisant honneur, en fait beaucoup à la Chirurgie, dont cette maladie était presque devenue l'opprobre. Les guérisons qu'il a faites ne sont point, comme quelques personnes le pensent, le fondement d'une nouvelle théorie : elles rétablissent la doctrine des anciens ; elles encouragent tous les Chirurgiens à ne pas abandonner le traitement d'une maladie, et à ne pas se rebuter par les difficultés qu'il présente. M. Daran possède un remède pour mettre les obstacles de l'urethre en suppuration : il a apparemment des raisons particulières pour en garder le secret. Mais il y a tant de personnes qui ont besoin d'un tel secours ! ce remède n'aurait-il point de substituts qu'un habile chirurgien pourrait employer ? M. Goulard, célèbre chirurgien de Montpellier, en a découvert un qui produit les meilleurs effets, et qu'il a communiqué à la société royale de cette ville dont il est membre. La connaissance de la cause de la maladie fournira toujours des vues efficaces à un praticien suffisamment éclairé. J'ai réussi à vaincre quelques obstacles, et à mettre l'urethre en suppuration avec des bougies couvertes d'un mélange d'emplâtres de vigo cum mercurio, et de diachylum cum gummis, parties égales. Lorsque le conduit a été parfaitement libre, j'ai procuré la cicatrice des ulcères avec des bougies couvertes d'emplâtre de pierre calaminaire.

Aquapendente, au chap. XIVe du livre III. des ulcères et fistules, décrit la méthode curative des carnosités de l'urethre. Les personnes de l'art ne lisent point ce qu'on en dit sans en tirer quelque fruit.

Les bougies suppuratives ne sont point capables de détruire les cicatrices, et de remédier aux rétrécissements de l'urethre par le gonflement du tissu spongieux. Dans quelques-uns de ces cas, il faut avoir recours à l'usage des dilatants, et dans d'autres aux cathérétiques ; remèdes dont l'application demande beaucoup de prudence et de circonspection. On trouve un mémoire de M. Petit, dans le I. volume des mémoires de l'académie royale de Chirurgie, où l'on voit comme ce grand chirurgien a guéri des rétrécissements de l'urethre par l'usage des médicaments, et par opération.

Ambraise Paré, qui a fort bien traité des carnosités dans les chap. xxiij. et suiv. de son XIX. livre, propose des sondes tranchantes pour franchir l'obstacle qu'apportent les cicatrices de l'urethre. M. Foubert vient de rétablir et de perfectionner l'usage de ces sondes, que les modernes avaient méprisées. Une personne qui avait dans l'urethre un obstacle sur lequel les bougies de M. Daran n'agissaient point, consulta, de concert avec ce chirurgien, plusieurs maîtres de l'art. On ne put jamais parvenir à la sonder. M. Foubert qui fut appelé ensuite, examina attentivement ce qui se passait lorsque le malade faisait ses efforts pour uriner : il tenait l'extrémité de sa sonde sur l'obstacle ; et tâtant extérieurement la continuité de l'urethre, il observa que l'urine n'était retenue que par une cloison. Il promit de sonder le malade et de le guérir. Il demanda huit jours pour combiner les moyens convenables. Il fit armer une algalie d'une pointe de trocar, qui au moyen d'un stylet, pouvait être poussée hors de la sonde, ou y rester cachée. M. Foubert introduisit cette sonde dans l'urethre la pointe renfermée ; ayant posé l'extrémité de l'algalie sur l'obstacle, il poussa le stylet, fit sortir la pointe du trocar, et perça le diaphragme contre nature, qui bouchait la plus grande partie du canal. Il retira la pointe du trocar dans l'algalie, qu'il poussa ensuite très-facilement jusque dans la vessie. Le malade est parfaitement guéri par la cicatrice qui s'est formée pendant qu'on tenait une sonde d'un diamètre convenable dans le conduit de l'urine.

Les autres vices de l'urethre exigent des soins et des opérations particulières. Voyez RETENTION D'URINE. (Y)