RELIGION DE, (Histoire moderne, Superstition) cette religion qui s'est établie au Japon, a pour fondateur Siaka ou Xaca, qui est aussi nommé Budsdo, et sa religion Budsdoïsme. On croit que le buds ou le siaka des Japonais, est le même que le foè des Chinois, et que le visnou, le budda ou putza des Indiens, le sommonacodum des Siamais ; car il parait certain que cette religion est venue originairement des Indes au Japon, où l'on professait auparavant la seule religion du sintos. Voyez SINTOS. Les Budsdoïstes disent que Siaka naquit environ douze cent ans avant l'ère chrétienne ; que son père était un roi ; que son fils quitta le palais de son père, abandonna sa femme et son fils, pour embrasser une vie pénitente et solitaire, et pour se livrer à la contemplation des choses célestes. Le fruit de ses méditations fut de pénétrer la profondeur des mystères les plus sublimes, tels que la nature du ciel et de l'enfer ; l'état des âmes après la mort ; leur transmigration ; le chemin de l'éternelle félicité, et beaucoup d'autres choses fort au-dessus de la portée du commun des hommes. Siaka eut un grand nombre de disciples ; se sentant proche de sa fin, il déclara que pendant toute sa vie, il avait enveloppé la vérité sous le voile des métaphores, et qu'il était enfin temps de leur révéler un important mystère. Il n'y a, leur dit-il, rien de réel dans le monde, que le néant et le vuide : c'est le premier principe de toutes choses ; ne cherchez rien au-delà, et ne mettez point ailleurs votre confiance. Après cet aveu impie, Siaka mourut à l'âge de soixante-dix-neuf ans ; ses disciples divisèrent en conséquence sa loi en deux parties ; l'une extérieure, que l'on enseigne au peuple : l'autre intérieure, que l'on ne communique qu'à un petit nombre de prosélites. Cette dernière consiste à établir le vuide et le néant, pour le principe et la fin de toutes choses. Ils prétendent que les éléments, les hommes, et généralement toutes les créatures sont formées de ce vuide, et y rentrent après un certain temps par la dissolution des parties ; qu'ainsi il n'y a qu'une seule substance dans l'univers, laquelle se diversifie dans les êtres particuliers, et reçoit pour un temps différentes modifications, quoiqu'au fond elle soit toujours la même : à-peu-près comme l'eau est toujours essentiellement de l'eau, quoiqu'elle prenne la figure de la neige, de la pluie, de la grêle ou de la glace.

Quant à la religion extérieure du budsdoïsme, les principaux points de sa doctrine sont, 1°. que les âmes des hommes et des animaux sont immortelles ; qu'elles sont originairement de la même substance, et qu'elles ne diffèrent que selon les différents corps qu'elles animent. 2°. Que les âmes des hommes séparées du corps sont récompensées ou punies dans une autre vie. 3°. Que le séjour des bienheureux s'appelle gokurakf ; les hommes y jouissent d'un bonheur proportionné à leur mérite. Amida est le chef de ces demeures célestes ; ce n'est que par sa médiation que l'on peut obtenir la rémission de ses péchés, et une place dans le ciel, ce qui fait qu'Amida est l'objet du culte des sectateurs de Siaka. 4°. Cette religion admet un lieu appelé dsigokf, où les mécants sont tourmentés suivant le nombre et la qualité de leurs crimes. Jemma est le juge souverain de ces lieux ; il a devant lui un grand miroir, dans lequel il voit tous les crimes des réprouvés. Leurs tourments ne durent qu'un certain temps, au bout duquel les âmes malheureuses sont renvoyées dans le monde pour animer les corps des animaux impurs, dont les vices s'accordent avec ceux dont ces âmes s'étaient souillées ; de ces corps, elles passent successivement dans ceux des animaux plus nobles, jusqu'à ce qu'elles puissent rentrer dans des corps humains, où elles peuvent mériter ou démériter sur nouveaux frais.

5°. La loi de Siaka défend de tuer aucunes créatures vivantes, de voler, de commettre l'adultère, de mentir, de faire usage de liqueurs fortes. Cette loi prescrit, outre cela, des devoirs très-gênans, et une mortification continuelle du corps et de l'esprit. Les bonzes ou moines de cette religion punissent avec la dernière sévérité, et de la manière la plus cruelle, les moindres fautes de ceux qui sont soumis à leur direction ; ces moines sont de deux espèces, les uns appelés genguis, et les autres appelés goguis. Ils mènent une vie extraordinairement pénitente, et leur figure a quelque chose de hideux : le peuple les croit des saints, et n'ose résister à leurs ordres, quelques barbares qu'ils puissent être, et lors même que leur exécution doit être suivie de la mort. Ces bonzes font passer les pelerins qui visitent les temples de Siaka par les épreuves les plus cruelles, pour les forcer de confesser leurs crimes avant que de les admettre à rendre leurs hommages à ce dieu.

Cette religion a ses martyrs, qui se donnent une mort volontaire, dans la vue de se rendre agréables à leurs dieux. On voit, le long des côtes de la mer, des barques remplies de fanatiques, qui après s'être attachés une pierre au col, se précipitent dans le fond de la mer. D'autres se renferment dans des cavernes qu'ils font murer, et s'y laissent mourir de faim. D'autres se précipitent dans les abymes brulans des volcans. Quelques-uns se font écraser sous les roues des chariots sur lesquels on porte en procession Amida et les autres dieux de leur religion ; ces scènes se renouvellent chaque jour, et les prétendus martyrs deviennent eux-mêmes les objets de la vénération et du culte du peuple.

Il y a plusieurs fêtes solennelles que célebrent les sectateurs de la religion de Siaka. La principale est celle que l'on appelle la fête de l'homme. L'on y porte en procession la statue du dieu Siaka sur un brancard, celle de sa maîtresse parait ensuite ; cette dernière rencontre comme par hasard la statue de sa femme légitime : alors ceux qui portent celle-ci se mettent à courir de côté et d'autre, et tâchent d'exprimer par leurs actions le chagrin que la rencontre d'une rivale préférée cause à cette épouse infortunée ; ce chagrin se communique au peuple, qui communément se met à fondre en larmes. On s'approche confusément des brancards comme pour prendre parti entre le dieu, sa femme et sa maîtresse, et au bout de quelque temps, chacun se retire paisiblement chez soi, après avoir remis les divinités dans leurs temples. Ces idolâtres ont une autre fête singulière, qui semble faite pour décider, les armes à la main, la préséance que méritent les dieux. Des cavaliers armés de pied en cap, échauffés par l'ivresse, portent sur le dos les dieux dont chacun d'eux s'est fait le champion ; ils se livrent des combats qui ne sont rien moins que des jeux, et le champ de bataille finit par se couvrir de morts, cette fête sert de prétexte à ceux qui ont à venger des injures personnelles, et souvent la cause des dieux fait place à l'animosité des hommes.

La religion de Siaka a un souverain pontife, appelé siako, des évêques que l'on nomme tundes, et des moines ou bonzes appelés xenxus et xodoxins. Voyez ces différents articles.