(Critique sacrée) termes syriaques qui signifient le seigneur vient ou le seigneur est venu ; ainsi que l'interpretent S. Jérôme, épitr. 137. et S. Ambraise, in. I. Cor.

C'était une menace ou une manière d'anathème parmi les Juifs. S. Paul dit anathème, maran-atha, à tous ceux qui n'aiment point Jesus-Christ, I. Cor. xvj. 22. La plupart des commentateurs, comme S. Jérôme, S. Chrysostome, Théodoret, Grotius, Drumius, etc. enseignent que maran-atha est le plus grand de tous les anathèmes chez les Juifs, et qu'il est équivalent à scham-atha ou schem-atha, le nom vient, c'est-à-dire le seigneur vient : comme si l'on disait : Soyez dévoué aux derniers malheurs et à toute la rigueur des jugements de Dieu ; que le seigneur vienne bientôt pour tirer vengeance de vos crimes. Mais Selden, de synedr. lib. I. cap. viij. et Ligfoot dans sa dissertation sur ce mot, soutiennent qu'on ne trouve pas maran-atha dans ce sens chez les rabbins. On peut cependant fort bien entendre ce terme dans S. Paul dans un sens absolu, que celui qui n'aime point notre seigneur Jesus-Christ, soit anathème, c'est-à-dire le Seigneur a paru, le Messie est venu ; malheur à quiconque ne le reçoit point : car le but de l'apôtre est de condamner l'incrédulité des Juifs. On peut voir sur cette matière les dissertations d'Elie Veihemajerus de Paulino anathematismo ad I. Cor. xvj. 22. et de Jean Reunerus, dans le recueil des dissert. intitulé, Thesaurus theologico-philosophicus, part. II. p. 578. 582 et seq. Calmet, Dictionn. de la Bible, tome II. pag. 615 et 616.

Bingham doute que cette espèce d'excommunication, qui répondait au scham-atha des Juifs, ait jamais été en usage dans l'Eglise chrétienne quant à ses effets, qui étaient de condamner le coupable, et de le séparer de la société des fidéles sans aucun espoir de retour. Il ajoute que dans les anciennes formules d'excommunication usitées dans la primitive église, on ne trouve point le mot maran-atha, ni aucun autre qui en approche pour la forme ; car enfin, dit-il, quelque criminels que fussent ceux que l'Eglise excommuniait, et quelque grieves que fussent les peines qu'elle leur infligeait, ses sentences n'étaient point irrévocables si les enfants séparés revenaient à résipiscence, et même elle priait Dieu de leur toucher le cœur. Et sur cela il se propose la question savoir si l'Eglise prononçait quelquefois l'excommunication avec exécration ou dévouement à la mort temporelle. Grotius croit qu'elle en a usé quelquefois de la sorte contre les persécuteurs, et en particulier contre Julien l'apostat, que Didyme d'Alexandrie, et plusieurs autres, soit évêques, soit fidéles, prièrent et jeunèrent pour demander au ciel la perte de ce prince qui menaçait le christianisme d'une ruine totale ; mais cet exemple particulier et quelques autres semblables, ne concluent rien pour toute l'Eglise ; et S. Chrysostome dans son homélie 76, soutient une doctrine toute contraire, et suppose que les cas où l'on voudrait sévir de la sorte contre les hérétiques ou les persécuteurs, non-seulement sont très-rares, mais encore impossibles, parce que Dieu n'abandonnera jamais totalement son Eglise à leur séduction ou à leurs fureurs. Bingham orig. eccles. tom. VII. lib. XVI. cap. xj. § 16 et 17.