(Critique sacrée) mot qui vient du grec synédrion, assemblée ; c'était un tribunal chez les Hébreux, dont on fait remonter l'institution jusqu'à Moïse, qui, par l'avis de Jethro son beau-pere, choisit soixante et dix des anciens d'Israèl, pour lui aider à porter le poids du gouvernement, Nombre ij. 16. On élisait les membres de ce conseil dans chaque tribu. Le chef s'appelait hanasée, président ; le second ab, père du conseil ; et le troisième hacam, sage ; mais il y avait encore chez les Juifs d'autres cours de justice subalterne, qu'on appelait sanhédrins.

Pour donner au lecteur une idée de ces divers tribunaux tels qu'ils étaient quelque temps avant Jesus-Christ, il faut savoir que Gabinius ayant rétabli Hircan dans la souveraine sacrificature, fit de grands changements dans le gouvernement civil, car il le rendit aristocratique de monarchique qu'il était. Jusques-là le prince avait gouverné la nation par le ministère de deux espèces de conseils ou cours de justice ; l'une de vingt-trois personnes, appelés le petit sanhédrin ; et l'autre de soixante-douze, qui était le grand sanhédrin. De la première espèce, il y en avait un dans chaque ville : Jérusalem seulement, à cause de sa grandeur et de la quantité d'affaires qui y survenaient, en avait deux, qui se tenaient en deux salles séparées.

Quant au grand - sanhédrin, il n'y en avait qu'un pour toute la nation ; il tenait ses assemblées dans le temple, et les y avait toujours tenues jusqu'alors. Les petits sanhédrins prenaient connaissance de toutes les affaires qui regardaient la justice pour la ville, et le territoire dans lequel ils se tenaient. Le grand Sanhédrin présidait sur les affaires de la nation en général, recevait les appels des cours inférieures, interprêtait les lais, et de temps en temps faisait de nouveaux règlements pour les mieux faire exécuter. Gabinius cassa tous ces tribunaux, et à leur place introduisit cinq différentes cours ou sanhédrins, dont chacune était indépendante des autres et souveraine dans son ressort. La première fut mise à Jérusalem ; la seconde, à Jéricho ; la troisième, à Gadara ; la quatrième, à Amathus ; et la cinquième à Séphoris. Tout le pays fut partagé en cinq provinces ou départements, et chaque province obligée de s'adresser pour la justice à une des cours qu'il venait d'établir, c'est-à-dire à celle qu'il lui avait assignée, et les affaires s'y terminaient sans appel.

La tyrannie d'Alexandre Jannée avait dégouté les Juifs du gouvernement monarchique. Ils s'étaient adressé à Pompée pour le faire abolir, quand il entra dans la discussion du démêlé des deux freres à Damas. Ce fut pour les contenter qu'il ôta le diadême et le nom de roi à Hircan, en lui rendant pourtant la souveraineté sous un autre nom, car il lui laissa toute la puissance ; mais dans cette rencontre ils obtinrent de Gabinius de lui en ôter le pouvoir, comme l'autre lui en avait ôté le nom ; et il le fit par le changement dont je viens de parler. En effet, son règlement transportait tout le gouvernement des mains du prince entre celles des grands qui entraient dans ces cinq cours souveraines ; la monarchie se trouvait par-là changée en aristocratie. Dans la suite Jules César, en passant par la Syrie, redonna la souveraineté à Hircan, et remit les choses sur l'ancien pied.

Hérode étant monté sur le trône trente-sept ans avant Jesus-Christ, versa le sang de ceux de la faction qui lui était opposée, dont il avait le plus à craindre le crédit et l'activité. Tous les membres du grand sanhédrin se trouvérent de ce nombre, à la réserve de Pollion et de Saméas, que Josephe appelle Hillel et Shammaï ; et de tous leurs docteurs de la mischna, ce sont ceux dont il est le plus parlé. Les descendants d'Hillel furent présidents du sanhédrin pendant dix générations. Siméon son fils est celui qui prit l'enfant Jesus entre ses bras, quand on le présenta à Dieu dans le temple, et qui prononça le Nunc dimittis en le voyant. Luc ij. Gamaliel, fils de Siméon, présidait au sanhédrin, quand S. Pierre et les autres apôtres y comparurent, Actes, v. 34. C'est aussi le maître aux pieds de qui S. Paul fut élevé dans la secte et dans la justice des pharisiens, Actes, xxij. 3. Il vécut jusqu'en l'an 18 avant la destruction de Jérusalem, et son fils qui lui succéda périt au sac de cette ville par les Romains.

Il me reste à dire un mot d'une troisième espèce de sanhédrin établi par les Juifs, auquel les vicissitudes dont nous avons parlé ne touchèrent point, et qui se soutint toujours la même. C'était la cour de trois qui décidait tous les différends entre particuliers, concernant des marchés, des ventes, des contrats et autres pareilles affaires. Dans tous ces cas-là, une des parties choisissait un arbitre pour juge ; l'autre en choisissait un second ; et ces deux arbitres convenaient d'un troisième. Ces trois personnes ensemble faisaient une cour qui, après avoir entendu les parties, décidait en dernier ressort.

Ces généralités peuvent suffire pour se faire quelque idée des sanhédrins des anciens Juifs ; mais les lecteurs plus curieux en trouveront des détails circonstanciés dans la Mischna, dans la Gémare, dans Maimonides, dans Selden, Lightfoot, Cock, et quelques autres qui ont traité ce sujet à fond. (D.J.)