S. m. (Histoire ecclésiastique) doctrine de Calvin et de ses sectateurs en matière de religion.

On peut réduire à six chefs principaux les dogmes caractéristiques du Calvinisme ; savoir, 1°. que Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie, mais qu'il n'y est qu'en signe ou en figure : 2°. que la prédestination et la réprobation sont antérieures à la présence divine des œuvres bonnes ou mauvaises : 3°. que la prédestination et la réprobation dépendent de la pure volonté de Dieu, sans égard aux mérites ou démérites des hommes : 4°. que Dieu donne à ceux qu'il a prédestinés, une foi et une justice inamissible, et qu'il ne leur impute point leurs péchés : 5°. que les justes ne sauraient faire aucune bonne œuvre, en conséquence du péché originel qui les en rend incapables : 6°. que les hommes sont justifiés par la foi seule, qui rend les bonnes œuvres et les sacrements inutiles. A l'exception du premier article, qu'ils ont constamment retenu, les Calvinistes modernes ou rejettent ou adoucissent tous les autres. Voyez ARMINIENS et GOMARISTES.

Il est vrai que de ces erreurs capitales suivent beaucoup de conséquences qui sont elles-mêmes des erreurs, et qu'ils en ont aussi plusieurs communes avec d'autres hérétiques ; mais c'est une exagération visible que de leur en attribuer cent, comme fait le P. Gauthier, jésuite, dans sa chronologie ; à plus forte raison quatorze cent, comme les leur impute le cordelier Feuardent dans son ouvrage intitulé Theomachia calvinistica.

Le Calvinisme, depuis son établissement, s'est toujours maintenu à Geneve qui fut son berceau, où il subsiste encore, et d'où il se répandit en France, en Hollande et en Angleterre. Il a été la religion dominante des Provinces-Unies jusqu'en 1572 ; et quoique depuis cette république ait toléré toutes les sectes, on peut toujours dire que le Calvinisme rigide y est la religion de l'état. En Angleterre il a toujours été en décadence depuis le règne d'Elisabeth, malgré les efforts qu'ont faits les Puritains et les Presbytériens pour le faire prédominer : maintenant il n'y est plus guère professé que par des Non-conformistes, quoiqu'il subsiste encore, mais bien mitigé, dans la doctrine de l'église anglicane ; mais il est encore dans toute sa vigueur en Ecosse, aussi-bien qu'en Prusse. Des treize cantons suisses, six professent le Calvinisme. La religion est aussi mélangée dans quelques parties de l'Allemagne, comme dans le Palatinat ; mais la catholique romaine commence à y être la dominante. Il a été toléré en France jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Les Protestants qui sortirent à cette occasion du royaume, et se retirèrent en Hollande et en Angleterre, remplirent l'univers de plaintes et d'écrits. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner s'il est utile à un état de ne souffrir qu'une religion ; mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que lorsqu'ils ont fait éclater à cette occasion les murmures et les reproches les plus sanglans, un espace de plus de quatre-vingt ans leur avait fait perdre de vue les moyens dont leurs pères s'étaient servis pour arracher d'Henri IV. alors mal affermi sur son throne, un édit qui n'était après-tout que provisionnel, et qu'un des successeurs de ce prince a pu par conséquent révoquer sans injustice.