S. f. (Histoire ecclésiastique) il se dit de la subordination qui est entre les divers chœurs d'anges qui servent le Très-haut dans les cieux. Saint Denis en distingue neuf, qu'il divise en trois hiérarchies. Voyez ANGES.

Ce mot vient d', sacré et de , principauté.

Il désigne aussi les différents ordres de fidèles, qui composent la société chrétienne, depuis le pape qui en est le chef jusqu'au simple laïque. Voyez PAPE.

Il ne parait pas qu'on ait eu dans tous les temps la même idée du mot hiérarchie ecclésiastique, ni que cette hiérarchie ait été composée de la même manière. Le nombre des ordres a varié selon les besoins de l'Eglise, et suivi les vicissitudes de la discipline.

On a permis aux théologiens de disputer sur ce point tant qu'il leur a plu, et il est incroyable en combien de sentiments ils se sont partagés.

Quelques-uns ont prétendu qu'il y avait bien de la différence entre être dans la hiérarchie et être sous la hiérarchie. être dans la hiérarchie, selon eux, c'est par la consécration publique et hiérarchique de l'Eglise être constitué pour exercer ou recevoir des actes sacrés ; or tous ces actes ne sont pas joints à l'autorité et à la supériorité. être sous la hiérarchie, c'est recevoir immédiatement de la hiérarchie des actes hiérarchiques. Il y a dans ces deux définitions quelque chose de louche qu'on aurait écarté, si l'on avait comparé la société ecclésiastique à la société civile.

Dans la société civile, il y a différents ordres de citoyens qui s'élèvent les uns au-dessus des autres, et l'administration générale et particulière des choses est distribuée par portion à différents hommes ou classes d'hommes, depuis le souverain qui commande à tous jusqu'au simple sujet qui obéit.

Dans la société ecclésiastique, l'administration des choses relatives à cet état est partagée de la même manière. Ceux qui commandent et qui enseignent sont dans l'hiérarchie : ceux qui écoutent et qui obéissent sont sous l'hiérarchie.

Ceux qui sont sous la hiérarchie, quelque dignité qu'ils occupent dans la société civile, sont tous égaux. Le monarque est dans l'église un simple fidèle, comme le dernier de ses sujets.

Ceux qui sont dans l'hiérarchie et qui la composent, sont au contraire tous inégaux, selon l'ancienneté, l'institution, l'importance et la puissance attachée au degré qu'ils occupent. Ainsi l'Eglise, le pape, les cardinaux, les archevêques, les évêques, les curés, les prêtres, les diacres, les soudiacres semblent en ce sens former cette échelle qui peut donner lieu à deux questions, l'une de droit et l'autre de fait. Voyez EGLISE, PONTIFE, CARDINAUX, etc.

Je ne pense pas qu'on puisse disputer sur la question de fait. Les ordres de dignités dont je viens de faire l'énumération, et quelques autres qui ont aussi leurs noms dans l'Eglise, soit que leurs fonctions subsistent encore ou ne subsistent plus, et qu'il faut intercaler dans l'échelle, composent certainement le gouvernement ecclésiastique.

Quant à la question de droit, c'est une autre chose. Il semble qu'il y a le droit qui vient de l'institution première faite par Jesus-Christ, et le droit qui vient de l'institution postérieure faite soit par l'Eglise même, soit par le chef de l'Eglise, ou quelqu'autre puissance que ce sait. En ce cas, il y aura certainement parmi les hiérarques ecclésiastiques des ordres qui seront de droit divin, et des ordres qui ne seront pas de droit divin.

Tous les ordres qui n'ont pas été dès le commencement, ne seront pas de droit divin.

Parmi ces ordres qui n'ont pas été dès le commencement, plusieurs ne sont plus : ils ont passé. Parmi ceux qui sont, il y en a qui peuvent passer, parce qu'ils sont moins dispositionis dominicae veritate, quam autoritate.

Le P. Cellot Jésuite avance que l'hiérarchie n'admet que l'évêque, et que les prêtres ni les diacres ne sont point hiérarques ; mais Bellarmin, Gerson, Petrus Aurelius, saint Jérome, et d'autres pères de l'église ont eu sur ce point des sentiments très-différents.

Ne pourrait-on pas croire que ceux qui ont droit d'assister dans un concile et d'y donner leur voix, sont nécessairement dans la hiérarchie, ou du nombre de ceux qui ont part au gouvernement ecclésiastique, soit qu'il soit de droit divin ou non ?

Ne faudrait-il pas avoir égard aussi aux ordres qui conférés impriment un caractère ineffaçable, et ne permettent plus à celui qui l'a reçu de passer dans un autre état ?

Quoi qu'il en sait, sans prétendre décider les questions qui appartiennent à une hiérarchie aussi sainte et aussi respectable que celle de l'Eglise de Jesus-Christ, nous allons exposer simplement quelques idées propres à les éclaircir.

Jesus-Christ a institué l'apostolat. Des auteurs prétendent que l'Eglise a ensuite distribué l'apostolat en plusieurs degrés, qu'ils regardent en conséquence comme d'institution divine ; ont-ils raison ? ont-ils tort ? Voyez APOTRES.

D'autres ne sont d'accord ni sur ce que Jesus-Christ a institué, ni sur ce que ses successeurs ont institué d'après lui. Ils veulent que la cérémonie qui place le simple fidèle dans l'ordre hierarchique soit un sacrement, et comptent autant de sacrements que de degrés hiérarchiques.

Il y en a qui soutiennent que la consécration des évêques n'est point un sacrement ; parce que, disent-ils, l'évêque a reçu dans la prêtrise toute la puissance de l'ordre. Cependant entre les pouvoirs spirituels d'un évêque et d'un prêtre, quelle différence ! Voyez EVEQUES.

Frappés de cette différence, et considérant sur tout que l'épiscopat confère le pouvoir d'administrer le sacrement de l'ordre et d'élever à la prêtrise ; pouvoir que le prêtre n'a pas, même radical, comme celui de confesser et d'absoudre sans permission en cas de nécessité ; la plupart soutiennent que l'épiscopat est d'un autre ordre que la prêtrise, voyez PRETRE, et que le sacre épiscopal est un sacrement. Voyez EVEQUE.

Aucuns n'ont fait cet honneur à la tonsure ni à la papauté, quoique la tonsure tire le chrétien du commun des fidèles pour le placer dans l'état ecclésiastique, et qu'elle méritât bien autant d'être un sacrement que la cérémonie des quatre moindres qui confère au tonsuré le pouvoir de fermer la porte des temples, d'y accompagner le prêtre et de porter les chandeliers ; pouvoir qui n'appartient pas tant à l'ordonné, qu'un suisse, un bedeau, ou un enfant de chœur ne puisse le remplacer sans ordre ni facrement. Voyez TONSURE et TONSURE.

Mais la papauté à laquelle on attribue tant de prérogatives, et qui en a beaucoup, a-t-elle moins besoin d'une grâce solennelle que la fonction de présenter les burettes et de chanter l'épitre de l'évangile ? Jesus-Christ s'est-il plus expliqué en faveur du soudiaconat que du pontificat ? A-t-il dit à quelqu'un de ses diciples : Chantez dans le temple, essuyez les calices, comme il a dit à Pierre : Paissez mes ouailles ? Voyez DIACRE et SOUDIACRE.

Mais si l'Eglise a pu partager l'apostolat en plusieurs degrés, et étendre ou restraindre le sacrement de l'ordination ; ne l'a-t-elle pas encore de changer cette division, et de le faire une autre hiérarchie ? Qu'est-ce qui lui a donné le pouvoir d'établir, et lui a ôté celui de changer ?

Mais son usage a-t-il été invariable ? Qu'est-ce que les cardinaux d'aujourd'hui ? Que sont devenus les chorévêques d'autrefois qui avaient, selon le concile de Nicée, le pouvoir de conférer les moindres, et qui laissant le séjour des villes, formaient dans les campagnes comme un ordre ou échelon mitoyen entre la prêtrise et l'épiscopat. Voyez CHOREVEQUE.

Cet ordre a été supprimé de la hiérarchie par le pape Damase ; mais pesez bien la raison que ce pape en apporte. " Il faut, dit-il, extirper tout ce qu'on ne sait pas avoir été institué par Jesus-Christ, tout ce que la raison n'engage pas à maintenir ; et l'on ne voit que deux ordres établis par Jesus-Christ, l'un des douze apôtres et l'autre des soixante et dix disciples " Non amplius quam duos ordines inter discipulos Domini esse cognovimus ; id est, duodecim apostolorum et septuaginta discipulorum : undè iste tertius processerit funditùs ignoramus, et quod ratione caret extirpari necesse est. Sect. 6. c. 8. Chorepisc.

Mais si l'on suivait ce principe du pape Damase, quel renversement n'introduirait-il pas dans la hiérarchie ecclésiastique ? On n'y laisserait rien de ce qui n'est pas de l'institution de Jesus-Christ, ou de la nécessité d'un bon gouvernement ; or Jesus-Christ a-t-il donné la pourpre ou le chapeau à quelqu'un de ses disciples ?

Dire que lorsqu'on ne sait précisément quand une chose a commencé d'être établie ou d'être crue, elle l'a été dès la première origine ; c'est un raisonnement tout à fait faux, et on ne peut pas plus dangereux.

On objectera peut-être à la division du pape Damase de la hiérarchie en deux ordres, que les apôtres ont institué des diacres ; mais il est évident que cette dignité ne fut créée que pour vaquer à des fonctions purement temporelles. Les diacres faisaient distribution des aumônes et des biens que les fidèles avaient alors en commun, tandis que les diaconesses de leur côté veillaient à la décoration et à la propreté des lieux d'assemblée : quel rapport ces fonctions ont-elles avec la hiérarchie ?

Dans l'examen de ce sujet, il ne faut pas confondre le gouvernement spirituel, l'établissement, la propagation et la consécration du christianisme avec le service temporel. Ce n'est pas à ceux qui songent à accroitre les revenus de l'église, à les gérer, et à les partager, que Jesus-Christ a dit : Ecce ego mitto vos sicut misit me Pater.

Il n'y a que les premiers qui soient les vrais membres de Jesus-Christ. Il en est l'instituteur. Il n'y a rien à changer à leur hiérarchie. Il n'y a point d'autorité dans l'Eglise qui ait ce droit ; ni Pierre, ni Paul, ni Apollos ne l'ont pas, nec addes nec minues.

Ce qui part de cette source, doit durer sans altération jusqu'à la fin des siècles. Les autres sont d'institution ecclésiastique créés pour l'administration temporelle et le service de la société des chrétiens, selon la convenance des lieux, des temps et des affaires. On les appellera, selon eux, ministres de l'Eglise.

L'origine de leurs pouvoirs et de leurs fonctions ne remonte pas jusqu'à Jesus-Christ immédiatement, l'autorité qui les a créés peut les abolir : elle l'a fait quelquefois, et elle l'a dû faire.

Les apôtres ne préposèrent des diacres et des administrateurs qu'à l'occasion du mécontentement et des plaintes des Grecs contre les Hébreux ; trop chargés des occupations temporelles, ils ne pouvaient plus vaquer aux spirituelles. Le service d'économe commençait à nuire à l'état d'apôtre : non aequum est nos derelinquere verbum Dei et ministrare mensis.

Quoi qu'il en soit de toutes ces idées, je les soumets à l'examen de ceux qui par leur devoir doivent être plus versés dans la connaissance de l'histoire de l'Eglise et de sa hiérarchie.