S. m. (Histoire ecclésiastique) hérésie qui s'éleva en Espagne sur la fin du iv. siècle ; elle fut ainsi nommée de Priscillien, un des plus apparents de la secte. On croit que le premier priscillianite fut un nommé Marc, égyptien de Memphis, et manichéen, qui eut pour premiers disciples une femme nommée Agape, et ensuite le rhéteur Elpidius, qui instruisirent à leur tour Priscillien, homme noble, riche, éloquent ; mais enflé des sciences profanes qu'il avait étudiées avec une curiosité qui l'avait, dit-on, porté jusqu'à la magie.

Sa doctrine et celle de ses sectateurs était la même que celle des Manichéens, mêlée des erreurs des Gnostiques et de plusieurs autres. Ils disaient que les âmes étaient de même substance que Dieu, et qu'elles descendaient volontairement sur la terre au-travers de sept cieux et par certains degrés de principautés pour combattre contre le mauvais principe qui les semait en divers corps de chair ; que les hommes étaient dominés par certaines étoiles fatales, et que notre corps dépendait des douze signes du zodiaque, attribuant le belier à la tête, le taureau au cou, les jumeaux aux épaules, et ainsi du reste, selon les réveries des astrologues. Ils ne confessaient la Trinité que de parole, soutenant avec Sabellius, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient le même sans aucune distinction de personnes. Ils semblaient différer des Manichéens en ce qu'ils ne rejetaient pas l'ancien Testament ; mais ce n'était qu'artifice, car ils l'expliquaient tout par des allégories à leur mode, et joignaient aux livres canoniques plusieurs écrits apocriphes. Ils s'abstenaient de manger de la chair comme immonde, et en haine de la génération ils rompaient les mariages même sans le consentement des parties. Ils jeunaient le dimanche, le jour de Pâques et celui de Noë, et se retiraient ces jours-là pour ne pas se trouver à l'église, parce qu'en haine de la chair ils croyaient que Jesus-Christ n'était né ni ressuscité qu'en apparence. Ils recevaient dans l'église l'Eucharistie comme les autres, mais ils ne la consumaient pas. Ils s'assemblaient de nuit entr'eux, et priaient nuds hommes et femmes, commettant beaucoup d'impuretés qu'ils couvraient d'un profond secret ; car ils avaient pour maxime de tout nier quand ils étaient pressés, ce qu'ils exprimaient par ce vers latin :

Jura, perjura, secretum prodere noli.

Jure, parjure-toi, mais garde le secret.

Priscillien leur chef ayant été convaincu de ces erreurs, et d'avoir souvent prié nud avec des dévotes de sa secte, fut d'abord condamné dans un concile tenu à Saragosse en 381, et dans un autre tenu à Bordeaux en 385 ; et en ayant appelé à l'empereur Maxime, qui résidait à Treves, il y fut de nouveau convaincu et condamné à mort avec plusieurs de ses partisans ; les autres furent envoyés en exil, ou poursuivis tant par les évêques que par les empereurs. Il y a apparence que cette secte ne fut pas d'abord entièrement extirpée, et qu'il en subsistait encore quelques restes en Espagne dans le VIe siècle, puisque le concile de Prague tenu en 563 renouvelle la condamnation de leurs erreurs. Fleury, dont les idées sont moins justes que celles de l'auteur de l'article suivant.