(Histoire ecclésiastique) abbaye célèbre de Bénédictins, située dans le Mâconnais en Bourgogne sur la rivière de Grone, dans une petite ville à laquelle elle donne son nom, et qui a de long. 22. 8. et de lat. 46. 24. C'est le chef-lieu d'une congrégation de Bénédictins qu'on nomme l'ordre de la congrégation de Cluny.

L'abbaye de Cluny fut fondée sous la règle de S. Benait en 910, par Bernon abbé de Gigniac, sous la protection et par les libéralités de Guillaume I. duc d'Aquittaine et comte d'Auvergne. Quelques auteurs modernes ont voulu faire remonter sa fondation à l'an 826 ; mais leur opinion est destituée de preuves solides. La congrégation de Cluny a donné à l'Eglise trois papes, plusieurs cardinaux, prélats, etc. L'abbaye fut unie dans son érection sous la protection immédiate du S. Siège, avec défense expresse à tous les séculiers ou ecclésiastiques de troubler les moines dans leurs privileges, et surtout dans l'élection de leur abbé. Ils prétendirent par cette raison être exempts de la juridiction de l'évêque, ce qui donna lieu à-peu-près à d'autres abbés de former les mêmes prétentions. Cette contestation vient d'être terminée depuis quelques années au conseil en faveur de l'évêque de Mâcon. Cette abbaye est tenue en commande par un abbé nommé par le Roi : c'est aujourd'hui M. le Cardinal de la Rochefoucault, archevêque de Bourges, qui en est titulaire. On regarde la congrégation de Cluny comme la plus ancienne de toutes celles qui sont unies sous un chef en France, afin de ne composer qu'un seul corps de divers monastères sous la même règle. La maison chef d'ordre était autrefois d'une étendue immense ; puisqu'on raconte qu'en 1245, après la célébration du premier concile de Lyon, le pape Innocent IV. alla à Cluny avec les deux patriarches d'Antioche et de Constantinople, douze cardinaux, trois archevêques, quinze évêques, et plusieurs abbés, tous accompagnés d'une suite convenable, et qu'ils y furent logés sans qu'aucun des religieux qui étaient en grand nombre se dérangeât ; quoique S. Louis, la reine Blanche sa mère, le comte d'Artais son frère, sa sœur, l'empereur de Constantinople, les fils des rois d'Aragon et de Castille, le duc de Bourgogne, six comtes, et quantité d'autres seigneurs s'y trouvassent en même temps. Elle a souffert des malheurs des guerres civiles ; les Calvinistes l'ont pillée, et ont brulé la bibliothèque en 1562. (G)