S. m. (Histoire et Discipline ecclésiastique) jour du Seigneur. Le dimanche considéré dans l'ordre de la semaine, répond au jour du Soleil chez les Payens ; considéré comme fête consacrée à Dieu, il répond au sabbat des Juifs, et en est même une suite ; avec cette différence pourtant que le sabbat était célébré le samedi. Les premiers chrétiens transportèrent au jour suivant la célébration du sabbat ou du dimanche, et cela pour honorer la résurrection du Sauveur, laquelle fut manifestée ce jour-là ; jour qui commençait la semaine chez les Juifs et chez les Payens, comme il la commence encore parmi nous.

Le jour qu'on appelle du Soleil, dit S. Justin, martyr, dans son apologie pour les chrétiens ; tous ceux qui demeurent à la ville ou à la campagne, s'assemblent en un même lieu, et là on lit les écrits des Apôtres et des Prophetes, autant que l'on a de temps. Il fait ensuite la description de la lithurgie, qui consistait pour lors en ce qu'après la lecture des livres saints, le pasteur, dans une espèce de prône ou d'homélie, expliquait les vérités qu'on venait d'entendre, et exhortait le peuple à les mettre en pratique : puis on récitait les prières qui se faisaient en commun, et qui étaient suivies de la consécration du pain et du vin, que l'on distribuait ensuite à tous les fidèles. Enfin on recevait les aumônes volontaires des assistants, lesquelles étaient employées par le pasteur à soulager les pauvres, les orphelins, les veuves, les malades, les prisonniers, etc.

On trouve dans les bréviaires et autres livres lithurgiques, des dimanches de la première et de la seconde classe ; ceux de la première sont les dimanches des Rameaux, de Pâques, de Quasimodo, de la Pentecôte, la Quadragésime ; ceux de la seconde sont les dimanches ordinaires. Autrefois tous les dimanches de l'année avaient chacun leur nom, tiré de l'introït de la messe du jour ; mais on n'a retenu cette coutume que pour quelques dimanches du carême, qu'on désigne pour cette raison par les mots de reminiscère, oculi, laetare, judica.

L'Eglise ordonne pour le dimanche de s'abstenir des œuvres serviles, suivant en cela l'institution du Créateur : elle prescrit encore des devoirs et des pratiques de piété, en un mot un culte public et connu. La cessation des œuvres serviles est assez bien observée le dimanche, et il est rare qu'on manque à cette partie du précepte, à moins qu'on n'y soit autorisé par les supérieurs, comme il arrive quelquefois pour des travaux publics et pressants, ou pour certaines opérations champêtres, qu'il est souvent impossible de différer sans s'exposer à des pertes considérables, et qui intéressent la société. On a beaucoup moins d'égard pour les fêtes, et je remarque depuis quelque temps à Paris que plusieurs ouvriers, les maçons entr'autres, s'occupent de leur métier ces jours-là, comme à l'ordinaire, même en travaillant pour des particuliers.

M. l'abbé de Saint-Pierre qui a tant écrit sur la science du gouvernement, ne regarde la prohibition de travailler le dimanche (Voyez œuvres politiq. tome VII. p. 73 et suivantes), que comme une règle de discipline ecclésiastique, laquelle suppose à faux que tout le monde peut chommer ce jour-là sans s'incommoder notablement. Sur cela il prend en main la cause de l'indigent (ibid. p. 76,) et non content de remettre en sa faveur toutes les fêtes au dimanche, il voudrait qu'on accordât aux pauvres une partie considérable de ce grand jour pour l'employer à des travaux utiles, et pour subvenir par-là plus surement aux besoins de leurs familles. Au reste on est pauvre, selon lui, dès qu'on n'a pas assez de revenu pour se procurer six cent livres de pain. A ce compte il y a bien des pauvres parmi nous.

Quoi qu'il en sait, il prétend que si on leur accordait pour tous les dimanches la liberté du travail après midi, supposé la messe et l'instruction du matin, ce serait une œuvre de charité bien favorable à tant de pauvres familles, et conséquemment aux hôpitaux ; le gain que feraient les sujets par cette simple permission, se monte, suivant son calcul, à plus de vingt millions par an. Or, dit-il (ibid. p. 74), quelle aumône ne serait-ce point qu'une aumône annuelle de vingt millions répandue avec proportion sur les plus pauvres ? N'est-ce pas là un objet digne d'un concile national qui pourrait ainsi perfectionner une ancienne règle ecclésiastique, et la rendre encore plus conforme à l'esprit de justice et de bienfaisance, c'est-à-dire plus chrétienne dans le fond qu'elle n'est aujourd'hui ? A l'égard même de ceux qui ne sont pas pauvres, il y a une considération qui porte à croire, que si après la messe et les instructions du matin, ils se remettaient l'après-midi à leur travail et à leur négoce, ils n'iraient pas au cabaret dépenser, au grand préjudice de leurs familles, une partie de ce qu'ils ont gagné dans la semaine ; ils ne s'enyvreraient pas, ils ne se querelleraient pas, et ils éviteraient ainsi les maux que causent l'oisiveté et la cessation d'un travail innocent, utile pour eux et pour l'état.

Si les évêques qui ont formé les premiers canons, avaient Ve des cabarets et des jeux établis, s'ils avaient prévu tous les désordres que devaient causer l'oisiveté et la cessation d'occupation journalière, ils se seraient bornés à l'audition de la messe et à l'assistance aux instructions du matin, &c.

Toute cette doctrine semble assez plausible ; le mal est qu'elle parait absolument contraire au précepte divin : septimo die cessabis (Exod. 23. 12.) ; difficulté qui se présente naturellement, mais que notre auteur ne s'est pas mis en devoir de résoudre. Tâchons de la lever nous-mêmes cette difficulté, en montrant la destination, le but et les motifs du repos sabbatique.

L'écriture dit : sex diebus operaberis, et facies omnia opera tua. Deut. 5. 13. Sex diebus operaberis, septimo die cessabis ut requiescat bos et asinus tuus, et refrigeretur filius ancillae tuae et advena. Exod. 23. 12. " Vous vous occuperez pendant six jours à vos différents ouvrages ; mais vous les cesserez le septième, afin que votre bœuf et votre âne se reposent, et que le fils de votre esclave et l'étranger qui est parmi vous puissent prendre quelque relâche, et même quelque divertissement " ; car c'est-là ce que signifie le refrigeretur de la Vulgate. Or ce que Dieu dit ici en faveur des animaux, en faveur des étrangers et des esclaves, doit s'entendre à plus forte raison en faveur des citoyens libres ; ainsi un délassement honnête, et qui doit être commun à tous, devient la destination essentielle du sabbat. Il parait même que la cessation des ouvrages prescrite au septième jour, est moins dans son institution une observance religieuse qu'un règlement politique, pour assurer aux hommes et aux bêtes de service, un repos qui leur est nécessaire pour la continuité des travaux.

Cette proposition est encore mieux établie par le passage suivant, dans lequel Moyse rappelle aux Israèlites la vraie destination du sabbat. " septimus dies, dit-il, sabbati est, id est requies domini Dei tui ; non facies in eo quidquam operis tu et filius tuus et filia, servus et ancilla, et bos et asinus, et omne jumentum tuum, et peregrinus qui est inter portas tuas, ut requiescat servus tuus et ancilla tua sicut et tu. Memento quod et ipse servieris in Aegypto, et eduxerit te inde Dominus Deus tuus in manu forti et brachio extento ; idcirco praecepit tibi ut observares diem sabbati. Deut. 5. 14. " Le septième jour est le repos du Seigneur votre Dieu ; ni vous ni vos enfants, vos esclaves ni vos bêtes, ni l'étranger habitué dans vos villes, vous ne ferez ce jour-là aucune sorte d'ouvrages, afin que les esclaves de tout sexe qui vous sont assujettis, puissent se reposer aussi-bien que vous. En effet (ajoute-t-il, toujours plaidant la cause du malheureux), souvenez-vous que vous avez été vous-même dans la servitude, que Dieu par des prodiges de sa puissance vous a retiré de cet état misérable : c'est dans cette vue de commisération et de repos nécessaire à tous, que Dieu vous a commandé l'observation du sabbat ".

De ce passage si formel et si précis, d'ailleurs si conforme à ce qu'a dit le Sauveur (Marc 2. 27.), que le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat, je conclus que l'intention du créateur, en instituant un repos de précepte, a été non-seulement de réserver un jour pour son culte, mais encore de procurer quelque délassement aux travailleurs, esclaves ou mercenaires, de peur que des maîtres barbares et impitoyables ne les fissent succomber sous le poids d'un travail trop continu.

Je conclus ensuite que le sabbat, dès-là qu'il est établi pour l'homme, ne doit pas lui devenir dommageable ; qu'ainsi l'on peut manquer au précepte du repos sabbatique, lorsque la nécessité ou la grande utilité l'exige pour le bien de l'homme ; qu'on peut par conséquent au jour du sabbat faire tête à l'ennemi, quicumque venerit ad nos in bello die sabbatorum, pugnemus adversus eum. 1. Macch. 2. 41. soigner son bétail, unusquisque vestrum sabbato non solvit bovem suum... et ducit ad aquare. Luc. 13. 15. sauver sa brebis, si ceciderit haec sabbatis in foveam, nonne tenebit et levabit eam (ovem) Mat. 12. 11. apprêter à manger, etc. Et je conclus encore, en vertu du même raisonnement, que l'artisan, le manouvrier qui en travaillant ne vit d'ordinaire qu'à demi, peut employer partie du dimanche à des opérations utiles, tant pour éviter le désordre et les folles dépenses, que pour être plus en état de fournir aux besoins d'une famille languissante, et d'éloigner de lui, s'il le peut, la disette et la misere ; maladies trop communes en Europe, surtout parmi nous.

Envain nous opposerait-on l'article du Décalogue qui ordonne de sanctifier le jour du sabbat, memento ut diem sabbati sanctifices (Exod. 20. 8.), attendu que ce qu'on a dit ci-devant sur cette matière, n'exclut point le culte établi par l'Eglise pour la sanctification des dimanches ; outre que la vraie signification des termes saint et sanctifier, prise dans la langue originale, n'a peut-être jamais été bien développée. Mais sans entrer dans cette discussion, sur laquelle on pourrait dire des choses intéressantes, je crois avoir prouvé solidement, qu'une des fins principales du sabbat a été le délassement, le repos et le bien-être des travailleurs ; que par conséquent, si la cessation des œuvres serviles, loin de produire ces avantages, y devient en certains cas absolument contraire, ce qui n'arrive que trop à l'égard du pauvre, il convient alors de bien pénétrer le sens de la loi ; et d'abandonner la lettre qui n'exprime que le repos et l'inaction, pour s'attacher constamment à l'esprit, qui subordonne toujours ce repos au vrai bien du travailleur, et qui conseille même les travaux pénibles, dès qu'il sont nécessaires pour prévenir des ruines ou des dommages, comme il est démontré par les passages déjà cités.

Revenons à M. l'abbé de Saint-Pierre, et tenons comme lui pour certain, que si l'on permettait aux pauvres de travailler le dimanche après midi, arrangement qui leur serait très-profitable, on rentrerait véritablement dans l'esprit du législateur, puisque enfin le sabbat est fait pour eux, et qu'ils ne sont point faits pour le sabbat. (Marc. 2. 27.)

On l'a déjà dit : on peut estimer à plus de vingt millions par an le gain que feraient les pauvres par cette liberté du travail. Une telle oeconomie mérite bien, ce me semble, l'attention du ministère, puisque souvent pour de moindres considérations l'on permet de travailler les fêtes et dimanches, comme nous l'avons remarqué plus haut. Mais en attendant qu'il se fasse là-dessus un règlement avantageux aux pauvres familles, ne peut-on pas proposer dans le même esprit, d'employer quelques heures de ce saint jour pour procurer à tous les villages et hameaux certaines commodités qui leur manquent assez souvent ; un puits, par exemple, une fontaine, un abreuvoir, une laverie, etc. et surtout pour rendre les chemins beaucoup plus aisés qu'on ne les trouve d'ordinaire dans les campagnes éloignées. En effet, quoique les grandes routes soient en bon état presque par tout le royaume, il reste encore plusieurs chemins de traverse où il y a beaucoup à refaire, et dont la réparation serait très-utile aux peuples.

A peine est-il une paraisse dans les campagnes où il n'y ait quelques passages difficiles ; ici des mares et des eaux sans écoulement, là une fondrière profonde et dangereuse ; ailleurs une colline trop inégale et trop roide : c'en est assez pour rendre certains endroits impraticables, et pour faire périr de temps à autre quelque malheureux. Cependant tout cela peut se corriger sans grande dépense, et sans qu'il y faille autre chose que le travail et l'industrie des peuples intéressés.

J'en dis autant des travaux qu'il faudrait entreprendre pour avoir des fontaines, des abreuvoirs et autres commodités dans les lieux où l'on en manque. Il est certain que la plupart de ces choses pourraient s'exécuter à peu de frais : il n'y faudrait que le concours unanime des habitants ; et avec un peu de temps et de persévérance, il en résulterait pour tout le monde des utilités sensibles.

Or puisque Jesus-Christ fait entendre clairement qu'il est permis de relever un animal tombé dans une fosse, et de faire toute autre bonne œuvre le jour du sabbat, licet sabbatis bene facère (Matth. ch. 12.), ne peut-on pas regarder comme œuvre de bienfaisance, et par conséquent œuvre des plus licites, le travail qu'on emploierait à ces sortes d'ouvrages ? Et après les instructions et les offices de paraisse, que peut-on faire de plus chrétien que de consacrer quelques heures à des entreprises si utiles et si louables ? De telles occupations ne vaudraient-elles pas bien les délassements honnêtes qu'on nous accorde sans difficulté, pour ne rien dire des excès et des abus que l'oisiveté des fêtes entraine infailliblement ?

Qu'il me soit permis de placer ici un trait d'érudition prophane. Virgile, l'un des grands maîtres de la théologie payenne, approuve hautement certaines occupations champêtres usitées de son temps aux jours de fêtes ; il assure même que la religion et les lois les autorisent également :

Quippe etiam festis quaedam exercère diebus

Fas et jura sinunt, rivos deducère nulla

Religio vetuit ; segeti praetendere sepem,

Insidias avibus moliri, incendere vepres,

Balantumque gregem fluvio mersare salubri.

Saepe oleo tardi costas agitator aselli

Vilibus aut onerat pomis, lapidemque revertens

Incusum, aut atrae massam picis urbe reportat.

Georg. lib. I. Ve 268.

& il l'assure avec d'autant plus de raison ; que les travaux aisés qu'il admet ces jours-là, rentrent dans l'esprit de délassement, qui est comme on a vu, un des principes du sabbat.

Je crois donc qu'un curé intelligent, un gentilhomme, et toute autre personne de poids et de mérite en chaque village, pourraient, sans s'éloigner de vues de la religion ; se mettre en quelque sorte à la tête de ces petits travaux, les conseiller et les conduire, et qu'ainsi l'on pourrait engager tous les habitants de la campagne à se procurer par un travail mutuel et légitime, la facilité des voyages et des charrais, et tant d'autres commodités publiques dont ils sont communément dépourvus. Cet article est de M. FAIGUET, maître de pension à Paris.