S. m. pl. (Histoire ecclésiastique) secte qui s'est élevée en Allemagne dans le sein du Luthéranisme, et qui est presqu'aussi ancienne que le Luthéranisme même, et qui semble tenir le milieu entre les Quakers ou Trembleurs d'Angleterre, et les Quiétistes. Voyez QUAKERS et QUIETISTES.

Schwenfeld en avait ébauché le plan, Weigel l'avait perfectionné, et Jacques Bohm, cordonnier de Silésie, l'avait répandue dans sa patrie. C'étaient des hommes entêtés de la théologie mystique, qui ont outré l'idée de l'union de l'âme avec Dieu, prétendant que c'était une unité réelle, et une identité physique de l'âme transmuée en Dieu et en Jesus-Christ. Ensorte que l'on pouvait dire, selon eux, dans un sens propre et sans métaphore, " que l'âme était Dieu, et que Jesus-Christ était en nous le nouvel Adam ; qu'ainsi adorer son âme, c'était adorer Dieu et son Christ. " A cette erreur capitale, ils en ajoutaient plusieurs autres, selon un ministre de Dantzick, qui les accuse, non-seulement d'hérésie, mais encore de schisme.

Cet auteur définit le Piétisme, un assemblage de systèmes d'Anabaptistes, de Schwenfeldiens, de Weigeliens, de Ralhmaniens, de Labadistes et de Quakers, qui sous prétexte d'une nouvelle réforme, et dans l'espérance de temps plus favorables, abandonnent la confession d'Augsbourg, admettent à leur communion toutes sortes de sectes, particuliérement des Calvinistes, et sont parfaitement indifférents en matière de religion.

Il leur reproche encore de croire, avec les Donatistes, que l'effet des sacrements dépend de la piété et de la vertu du ministre ; que les créatures sont des émanations de la substance divine ; que l'état de grâce est une possession réelle des attributs divins ; qu'on peut être uni à Dieu quoique l'on nie la divinité de Jesus-Christ ; que toute erreur est innocente, pourvu qu'elle soit accompagnée de sincérité ; que la grâce prévenante est naturelle ; que la volonté commence l'ouvrage du salut ; que l'on peut avoir de la foi sans aucun secours surnaturel ; que tout amour de la créature est un péché ; qu'un chrétien peut éviter tous les péchés, et qu'on peut jouir dès ce monde du royaume de Dieu. Manipulus observationum antipietisticarum.

M. Chambers observe que toutes ces accusations ne sont pas également fondées, et que quelques-unes mêmes sont exagérées ; qu'il y a des Piétistes de différentes sortes, dont les uns sont dans des illusions grossières, et poussent le fanatisme jusqu'à détruire une grande partie des vérités chrétiennes ; que d'autres sont simplement visionnaires, et de bonnes gens, qui, choqués de la froideur et des formalités des autres églises, et enchantés de la dévotion ordinaire des Piétistes, sont attachés à leur parti sans donner dans la grossiéreté de leurs erreurs.

Mais on ne saurait les disculper d'avoir fait schisme avec les Luthériens : car en 1661, Thesphile Broschbandt et Henri Muller, l'un diacre de l'église de Rostok au duché de Meckelbourg, et l'autre docteur de l'université de cette ville, invectivèrent contre le reste des cérémonies romaines que les Luthériens ont conservées, autels, baptistères, chants ecclésiastiques, prédications, même tout selon eux devait être aboli ; et c'est ainsi qu'en usèrent Spenher et Jean Horts, qui retranchèrent tout l'appareil des cérémonies dans les églises dont ils étaient pasteurs, et convertirent le service qui se faisait dans les prêches, en assemblées particulières dans les maisons, où ils expliquaient l'Ecriture à leur mode, et qu'on nomma pour cela collèges de la parole de Dieu, collegia philobiblica. Leur secte d'abord répandue en Saxe et en Prusse, y a été proscrite, et s'est maintenue seulement à Hambourg et en Hollande. Catrou, hist. des Trembleurs, liv. III.

PIETISTES, secte des, (Histoire ecclésiastique) Secte moderne qui s'est élevée dans le xvije. siécle parmi les réformés, pour ranimer la piété chancelante, et conduire les hommes au salut par la seule foi qu'on doit avoir en la satisfaction de Jesus-Christ, mort pour nos péchés. Il est difficile de dire si ces Piétistes sont les mêmes que ceux de l'article précédent, tant on en parle diversement.

On place l'origine de cette secte plus pieuse qu'éclairée chez les Luthériens d'Allemagne, vers le milieu du dernier siècle. Elle s'est formée par les exhortations de Philippe-Jacques Spéner, célèbre Théologien Allemand. Il était né en Alsace, et mourut en 1705 à Berlin, où il était conseiller ecclésiastique, et un des principaux pasteurs.

Dans le temps qu'il demeurait à Francfort, frappé de la décadence de la piété et des progrès de la corruption, il forma le dessein de ranimer la première, et de s'opposer à l'autre. Dans cette vue il établit en 1670 une assemblée ou collège de piété dans sa maison, d'où il la transporta dans une église avec la permission du magistrat. A cette assemblée étaient admises toutes sortes de personnes hommes et femmes, mais les femmes étaient séparées des hommes. M. Spéner commençait l'exercice par un discours édifiant sur quelque passage de l'écriture sainte, après quoi, il permettait aux hommes qui étaient là, de dire leur sentiment sur le sujet qu'il avait traité.

Il publia un ouvrage où il indiquait les défauts qu'il croyait remarquer dans l'église luthérienne, et les moyens d'y remédier. Mais en plusieurs endroits les assemblées qu'il forma, produisirent parmi le peuple un mauvais effet, en lui inspirant une espèce de fanatisme plutôt que la pure religion, ce qui excita les plaintes de la plupart des théologiens, qui prétendaient que sous prétexte d'avancer la piété, on négligeait la saine doctrine, et on donnait occasion à des esprits séditieux de troubler la société et l'Eglise.

Ce fut à-peu-près dans le même temps qu'il se forma à Leipsick un autre collège de piété, semblable à celui de M. Spéner, et qui fut nommé collegium philo-biblicum. Des amis de ce pasteur fondèrent aussi dans la même ville des assemblées particulières, destinées à expliquer en langue vulgaire divers livres de l'Ecriture-sainte, de la manière la plus propre à inspirer la piété à leurs auditeurs. La faculté de Théologie autorisa ces assemblées où la foule était grande ; néanmoins on en parla à la cour de Saxe comme d'assemblées suspectes, et cette cour les défendit en 1690. Il faut consulter sur ce sujet Mosheim, institut. hist. christ. seculi XVIIIe

Ce fut ainsi que naquit le nom de Piétistes, qu'on a donné depuis à tous ceux qui ont voulu se distinguer par une plus grande austérité de mœurs, et par leur zèle vrai ou apparent pour la piété.

Leurs assemblées causèrent de grands mouvements en Allemagne, et leur secte s'étendit dans la Suisse, et particulièrement à Berne. Un nommé Vigler, du canton de Zurich, enseigna le premier la doctrine des Piétistes dans Berne en 1698. Il représentait si vivement l'énormité du péché, et la difficulté de se soustraire à la colere d'un Dieu justement irrité, qu'il jetait ceux qui l'écoutaient dans d'extrêmes perplexités. Leurs excellences firent des enquêtes très-sévères sur la doctrine de ce prédicateur ; mais elles trouvèrent plusieurs personnes de considération qui lui étaient secrétement attachées.

Il combattait surtout l'opinion de ceux qui prétendaient fonder le salut sur les œuvres extérieures de piété, les prières, les aumônes ; et il enseignait que l'unique voie pour obtenir le salut, consistait dans la foi qu'on doit avoir en la satisfaction de Jesus-Christ, mort pour nos offenses.

L'imagination effrayée du peuple, produisit dans quelques assemblées particulières des convulsions et des tremblements, qu'ils disaient ressentir par l'horreur de leurs péchés, et la difficulté pour eux d'être régénérés et faits enfants de Dieu.

Leurs principes enthousiastes se sont depuis répandus dans les Provinces-Unies, où l'on a Ve que trop de personnes qui en ont été imbues. (D.J.)