S. m. pl. (Histoire ecclésiastique) nom d'une congrégation de chanoines réguliers. Voyez CHANOINE.

Il y a trois ordres qui ont porté ou portent encore ce nom. L'un est d'Italie, l'autre a pris son origine dans les Pays-Bas, et le troisième en Boheme.

Ils prétendent venir de S. Clet, et ajoutent que S. Quiriace Juif, qui montra à S. Helene le lieu de la vraie croix, et qui se convertit ensuite, les réforma. Ce qu'il y a de certain, c'est que cet ordre était établi en Italie avant qu'Alexandre III. montât sur la chaire de S. Pierre, puisque ce pontife fuyant la persécution de l'empereur Fréderic Barberousse, trouva un asile dans le monastère des croisiers, qu'il prit ensuite sous sa protection en 1169, lui donnant la règle de S. Augustin.

Pie V. l'approuva de nouveau ; mais la discipline régulière s'y étant extrêmement affoiblie, Alexandre VII. les supprima tout à fait en 1656.

Matthieu Paris dit que des croisiers ou religieux porte-croix, portant des bâtons au bout desquels il y avait une croix, vinrent en Angleterre en 1244, se présenter au synode que tenait l'évêque de Rochester, pour être reçus.

Dodswarth et Dugdale parlent de deux monastères de cet ordre en Angleterre, l'un à Londres, l'autre au bourg de Ryegate ; celui-ci fondé en 1245, et l'autre en 1298. Quelques-uns en comptent un troisième à Oxford, où ils furent reçus en 1349. M. Allemand dit qu'il y avait quatorze monastères de croisiers en Irlande, et qu'ils étaient venus de ceux d'Italie, puisque ceux de France et des Pays-Bas ne les reconnaissaient point.

Les croisiers de France et des Pays-Bas furent fondés en 1211, par Theodore de Celles, qui ayant été servir en Palestine en 1188, et y ayant trouvé quelques-uns des croisiers institués par. S. Clet, conçut dès-lors le dessein d'en fonder une congrégation dans son pays. Ce qu'il y a de certain, c'est que Théodore étant de retour de la Palestine, s'engagea dans l'ordre ecclésiastique, et alla en qualité de missionnaire à la croisade contre les Albigeais. Etant retourné dans son pays en 1211, l'évêque de Liege lui donna l'église de S. Thibault près de la ville d'Hui, où avec quatre de ses compagnons il jeta les fondements de son ordre, qu'Innocent III. et Honorius III. confirmèrent. Théodore envoya de ses religieux à Toulouse, qui se joignirent à S. Dominique pour combattre les Albigeais, et cette congrégation s'établit et se multiplia depuis en France. Les papes ont voulu soumettre les croisiers d'Italie à ceux de Flandres.

Les croisiers ou porte-croix avec l'étoile en Boheme, font remonter leur origine jusqu'au temps de S. Quiriace, puisqu'ils disent qu'ils sont venus de Palestine en Europe, où ils ont embrassé la règle de S. Augustin et bâti plusieurs monastères. Ils ajoutent que Ste. Agnès de Boheme pour les distinguer des autres croisiers, obtint du pape Innocent IV. qu'ils ajouteraient une étoile à la croix qu'ils portent. Mais ce que l'on dit de S. Quiriace n'a aucun fondement, et c'est Agnès fille de Primislas roi de Boheme, qui institua cet ordre à Pragues en 1234. Ils ont maintenant deux généraux, et sont en très-grand nombre. Voyez les dict. de Moréri et de Chambers. (G)