S. m. pl. (Théologie) disciples de Joachim, abbé de Flore en Calabre, qui passa pour un prophète pendant sa vie, et laissa après sa mort beaucoup de livres de prophétie, et plusieurs autres ouvrages qui furent condamnés avec leur auteur en 1215 par le concile de Latran, et par celui d'Arles en 1260.

Les Joachimites étaient entêtés de certains nombres ternaires. Ils disaient que le Père avait opéré depuis le commencement du monde jusqu'à l'avénement du Fils, que l'opération du Fils avait duré jusqu'à leur temps pendant 1260 ans, qu'après cela le S. Esprit devait opérer aussi à son tour. Ils divisaient ce qui regardait les hommes, les temps, la doctrine, la manière de vivre en trois ordres ou états, selon les trois Personnes de la sainte Trinité : ainsi chacune de ces trois choses comprenait trois états qui devaient se succéder, ou s'étaient déjà succédé les uns aux autres, ce qui faisait qu'ils nommaient ces divisions ternaires.

Le premier ternaire était celui des hommes, il comprenait trois états ou ordres d'hommes ; le premier était celui des gens mariés, qui avait duré, disaient-ils, du temps du Père éternel, c'est-à-dire, sous l'ancien Testament. Le second celui des clercs qui a regné par le Fils du temps de la grâce. Le troisième celui des moines qui devait régner du temps de la plus grande grâce par le Saint-Esprit. Le second ternaire était celui de la doctrine, qu'ils divisaient aussi en trois ; l'ancien Testament qu'ils attribuaient au Père, le nouveau qu'ils attribuaient au Fils, et l'évangile éternel qu'ils attribuaient au Saint-Esprit. Dans le ternaire des temps, ils donnaient au Père tout celui qui s'était écoulé depuis le commencement du monde jusqu'à Jesus-Christ, temps auquel, disaient-ils, regnait l'esprit de la loi mosaïque. Ils donnaient au Fils les 1260 ans depuis Jesus-Christ jusqu'à eux, pendant lesquels avait regné l'esprit de grâce. Enfin le troisième qui devait suivre, et qu'ils nommaient le temps de la plus grande grâce et de la vérité découverte, était pour le Saint-Esprit. Un autre ternaire consistait dans la manière de vivre. Dans le premier temps, sous le Père, les hommes ont vécu selon la chair ; dans le second, sous le règne du Fils, ils ont vécu entre la chair et l'esprit ; dans la troisième qui devait durer jusqu'à la fin du monde, ils vivront selon l'esprit. Les Joachimites prétendaient que dans le troisième temps, les sacrements, toutes les figures et tous les signes devaient cesser, et que la vérité paraitrait à découvert. Dictionn. de Trévoux.

Malgré l'autorité des conciles qui ont condamné les visions de l'abbé Joachim, et surtout son évangile éternel, il s'est trouvé un abbé de son ordre, nommé Grégoire Laude, docteur en Théologie, qui ayant entrepris d'écrire sa vie, et d'éclaircir ses prophéties, a tenté de le justifier du crime d'hérésie dans un ouvrage imprimé à Paris en 1660 en un vol. in-folio. Dom Gervaise, ancien abbé de la Trappe, a aussi donné depuis peu au public une histoire de l'abbé Joachim, dans laquelle il entreprend de justifier cet abbé.