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Catégorie parente: Science de Dieu
Catégorie : Theologie
S. (Théologie) nom du premier homme que Dieu créa, et qui fut la tige de tout le genre-humain, selon l'Ecriture.

Ce n’est pas précisément comme nom propre, mais comme nom appelatif, que nous plaçons dans ce Dictionnaire le nom d’Adam, qui désigne tout homme en général, et répond au grec ἄνθρωπος ; en particulier le nom Hébreu אדם, répond au Grec πυῤῥὸς, et au Latin rufus, à cause de la couleur roussâtre de la terre, dont, selon les Interpretes, Adam avait été tiré.

On peut voir dans la Genèse, chap. 1. 2. 3. et 4. toute l'histoire d'Adam ; comment il fut formé du limon, et placé dans le paradis terrestre, et institué chef et roi de la terre, et des animaux créés pour son usage ; et quelle fut sa première innocence et sa justice originelle ; par quelle desobéissance il en déchut, et quels châtiments il attira sur lui-même et sur sa postérité. Il faut nécessairement en revenir à ce double état de félicité et de misere, de faiblesse et de grandeur, pour concevoir comment l'homme, même dans l'état présent, est un composé si étrange de vices et de vertus, si vivement porté vers le souverain bien, si souvent entrainé vers le mal, et sujet à tant de maux qui paraissent à la raison seule les châtiments d'un crime commis anciennement. Les Payens même avaient entrevu les ombres de cette vérité, et elle est la base fondamentale de leur métempsycose, et la clé unique de tout le système du Christianisme.

Quoique tous les Peres aient regardé ces deux différents états d'Adam comme le premier anneau auquel tient essentiellement toute la chaîne de la révélation, on peut dire cependant que S. Augustin est le premier qui les ait développés à fond, et prouvé solidement l'un et l'autre dans ses écrits contre les Manichéens et les Pélagiens ; persuadé que pour combattre avec succès ces deux Sectes opposées, il ne pouvait trop insister sur l'extrême différence de ces deux états, relevant contre les Manichéens le pouvoir du libre arbitre dans l'homme innocent, et après sa chute, la force toute-puissante de la grâce pour combattre les maximes des Pélagiens : mais il n'anéantit jamais dans l'un et l'autre état ni la nécessité de la grâce, ni la coopération du libre arbitre.

Les Interpretes et les Rabbins ont formé diverses questions relatives à Adam, que nous allons parcourir ; parce qu'on les trouve traitées avec étendue, soit dans le Dictionnaire de Bayle, soit dans le Dictionnaire de la Bible du P. Calmet.

On demande, 1° combien de temps Adam et Eve demeurèrent dans le jardin de délices. Quelques-uns les y laissent plusieurs années, d'autres quelques jours, d'autres seulement quelques heures. Dom Calmet pense qu'ils y purent demeurer dix ou douze jours, et qu'ils en sortirent vierges.

2°. Plusieurs auteurs Juifs ont prétendu que l'homme et la femme avaient été créés ensemble et collés par les épaules ayant quatre pieds, quatre mains et deux têtes, semblables en tout, hors le sexe, et que Dieu leur ayant envoyé un profond sommeil, les sépara et en forma deux personnes : idée qui a beaucoup de rapport aux Androgynes de Platon. Voyez ANDROGYNE. Eugubin, in Cosmopaeia, veut qu'ils aient été unis, non par le dos, mais par les côtés ; en sorte que Dieu, selon l'Ecriture, tira la femme du côté d'Adam : mais cette opinion ne s'accorde pas avec le texte de Moyse, dans lequel on trouverait encore moins de traces de la vision extravagante de la fameuse Antoinette Bourignon, qui prétendait qu'Adam avait été créé hermaphrodite, et qu'avant sa chute il avait engendré seul le corps de Jesus-Christ.

3°. On n'a pas moins débité de fables sur la beauté et la taille d'Adam. On a avancé qu'il était le plus bel homme qui ait jamais été, et que Dieu, pour le former, se revêtit d'un corps humain parfaitement beau. D'autres ont dit qu'il était le plus grand géant qui eut jamais été, et ont prétendu prouver cette opinion par ces paroles de la Vulgate, Josué, ch. XIVe Nomen Hebron ante vocabatur Cariath-arbe, Adam maximus ibi inter Enachim situs est : mais dans le passage le mot Adam n'est pas le nom propre du premier homme, mais un nom appelatif qui a rapport à Arbé ; en sorte que le sens de ce passage est : cet homme (Arbé) était le plus grand ou le père des Enachims. Sur ce fondement, et d'autres semblables, les Rabbins ont enseigné que le premier homme était d'une taille si prodigieuse, qu'il s'étendait d'un bout du monde jusqu'à l'autre, et qu'il passa des îles Atlantiques dans notre continent sans avoir au milieu de l'Océan de l'eau plus haut que la ceinture : mais que depuis son péché Dieu appesantit sa main sur lui, et le réduisit à la mesure de cent aunes. D'autres lui laissent la hauteur de neuf cens coudées, c'est-à-dire, de plus de mille trois cens pieds, et disent que ce fut à la prière des Anges effrayés de la première hauteur d'Adam, que Dieu le réduisit à celle-ci.

4°. On dispute encore aujourd'hui, dans les écoles, sur la science infuse d'Adam. Il est pourtant difficîle d'en fixer l'étendue. Le nom qu'il a donné aux animaux prouve qu'il en connaissait les propriétés, si dans leur origine tous les noms sont significatifs, comme quelques-uns le prétendent. Dieu l'ayant créé parfait, on ne peut douter qu'il ne lui ait donné un esprit vaste et éclairé : mais cette science spéculative n'est pas incompatible avec l'ignorance expérimentale des choses qui ne s'apprennent que par l'usage et par la réflexion. C'est donc sans fondement qu'on lui attribue l'invention des lettres hébraïques, le pseaume XCI. et quelques ouvrages supposés par les Gnostiques et d'autres Novateurs.

5°. Quoique la certitude du salut d'Adam ne soit pas un fait clairement revélé, les Peres, fondés sur ces mots du Livre de la Sagesse, ch. Xe Ve 2. custodivit et eduxit illum à delicto suo, ont enseigné qu'il fit une solide pénitence. C'est aussi le sentiment des Rabbins, et l'Eglise a condamné l'opinion contraire dans Tatien et dans les Encratites. Adam mourut âgé de neuf cens trente ans, et fut enterré à Hébron, selon quelques-uns qui s'appuient du passage de Josué, que nous avons déjà cité. D'autres, en plus grand nombre, soutiennent qu'il fut enterré sur le Calvaire ; en sorte que le pied de la Croix de Jesus-Christ répondait à l'endroit même où reposait le crane du premier homme, afin, disent-ils, que le sang du Sauveur coulant d'abord sur le chef de ce premier coupable, purifiât la nature humaine comme dans sa source, et que l'homme nouveau fût enté sur l'ancien. Mais S. Jérôme remarque que cette opinion, qui est assez propre à flatter les oreilles des peuples, n'en est pas plus certaine pour cela : favorabilis opinio, et mulcens aurem populi, nec tamen vera. In Matth. cap. xxvij.

Le terme d'Adam en matière de morale et de spiritualité, a des significations fort différentes selon les divers noms adjectifs avec lesquels il se trouve joint. Quand il accompagne ceux-ci, premier, vieil, et ancien, il se prend quelquefois dans un sens littéral, et alors il signifie le premier homme considéré après sa chute, comme l'exemple et la cause de la faiblesse humaine : quelquefois dans un sens figuré, pour les vices, les passions déréglées, tout ce qui part de la cupidité et de la nature dépravée par le péché d'Adam. Quand il est joint aux adjectifs nouveau ou second, il se prend toujours dans un sens figuré, et le plus souvent il signifie Jesus-Christ, comme l'homme Dieu, saint par essence, par opposition à l'homme pécheur, ou la justice d'une âme véritablement chrétienne, et en général toute vertu ou sainteté exprimée sur celle de Jesus-Christ, et produite par sa grâce. (G)



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