S. m. (Théologie) se disait chez les Juifs de la cinquantième année qui suivait la révolution de sept semaines d'années, lors de laquelle tous les esclaves étaient libres, et tous les héritages retournaient en la possession de leurs premiers maîtres. Voyez ANNEE et SABATH.

Ce mot, suivant quelques auteurs, vient de l'hébreu jobel, qui signifie cinquante ; mais c'est une méprise, car le mot hébreu jobel ne signifie point cinquante, ni ses lettres prises pour des chiffres, ou, selon leur puissance numérale, ne font point 50, mais 10, 6, 2 et 30, c'est-à-dire 48. D'autres disent que jobel signifiait un bélier, et qu'on annonçait le jubilé avec un cor fait d'une corne de belier, en mémoire de celui qui apparut à Abraham dans le buisson. Masios croit que ce nom vient de Jubal, qui fut le premier inventeur des instruments de Musique, auxquels pour cette raison on donna son nom. Delà ensuite les noms du jobel et de jubilé pour signifier l'année de la délivrance et de rémission, parce qu'on l'annonçait avec un des instruments qui ne furent d'abord que des cornes de bélier et fort imparfaits. Diction. de Trévoux.

Il est parlé assez au long du jubilé dans le XXVe chapitre du Lévitique, où il est commandé aux Juifs de compter sept semaines d'années, c'est-à-dire sept fois sept, qui font quarante-neuf ans, et de sanctifier la cinquantième année. Les Chronologistes ne conviennent pas si cette année jubilaire était la quarante-neuvième ou la cinquantième. Les achats qu'on faisait chez les Juifs des biens et des terres n'étaient pas à perpétuité, mais seulement jusqu'à l'année du jubilé. La terre se reposait aussi cette année-là, et il était défendu de la semer et de la cultiver. Les Juifs ont pratiqué ces usages fort exactement jusqu'à la captivité de Babylone. Mais ils ne les observèrent plus après le retour, comme il est marqué dans le talmud par leurs docteurs, qui assurent qu'il n'y eut plus de jubilé sous le second temple. Cependant R. Moïse, fils de Maimon, dans son abrégé du talmud, dit que les Juifs ont toujours continué de compter leurs jubilés, parce que cette supputation leur servait pour régler leurs années, et surtout chaque septième année, qui était la sabbatique, et certaines fêtes qui devaient régulièrement revenir à des temps marqués. M. Simon, suppl. aux cérémon. des Juifs.

On donne aujourd'hui le nom de jubilé à une solennité ou cérémonie ecclésiastique qu'on fait pour gagner une indulgence plénière que le pape accorde extraordinairement à l'Eglise universelle, ou tout au moins à ceux qui visitent les églises de S. Pierre et de S. Paul à Rome. Voyez INDULGENCE.

Le jubilé fut établi par Boniface VIII. l'an 1300, en faveur de ceux qui iraient ad limina apostolorum, et il voulut qu'il ne se célébrât que de cent en cent ans. L'année de cette célébration apporta tant de richesses à Rome que les Allemands l'appelaient l'année d'or, et que Clément VI. jugea à propos de réduire la période du jubilé à cinquante ans. Urbain VI. voulut qu'on le célébrât tous les trente-cinq ans, et Sixte IV. tous les vingt-cinq ans, pour que chacun put en jouir une fois en sa vie.

On appelle ordinairement ce jubilé, le jubilé de l'année sainte. La cérémonie qui s'observe à Rome pour l'ouverture de ce jubilé, consiste en ce que le pape, ou pendant la vacance du siège, le doyen des cardinaux, va à S. Pierre pour faire l'ouverture de la porte sainte qui est murée, et ne s'ouvre qu'en cette rencontre. Il prend un marteau d'or, et en frappe trois coups en disant, aperite mihi portas justitiae, etc. puis on acheve de rompre la maçonnerie qui bouche la porte. Ensuite le pape se met à genoux devant cette porte pendant que les pénitenciers de S. Pierre la lavent d'eau-benite, puis prenant la croix, il entonne le te Deum, et entre dans l'église avec le clergé. Trais cardinaux légats que le pape a envoyés aux trois autres portes saintes, les ouvrent avec la même cérémonie. Ces trois portes sont aux églises de S. Jean de Latran, de S. Paul et de sainte Marie majeure. Cette ouverture se fait toujours de vingt-cinq en vingt-cinq ans aux premières vêpres de la fête de Noë. Le lendemain matin, le pape donne la bénédiction au peuple en forme de jubilé. L'année sainte étant expirée, on referme la porte sainte la veille de Noë en cette manière. Le pape bénit les pierres et le mortier, pose la première pierre, et y met douze cassettes pleines de médailles d'or et d'argent, ce qui se fait avec la même cérémonie aux trois autres portes saintes. Le jubilé attirait autrefois à Rome une quantité prodigieuse de peuple de tous les pays de l'Europe. Il n'y en va plus guère aujourd'hui que des provinces d'Italie, surtout depuis que les papes accordent ce privilege aux autres pays, qui peuvent faire le jubilé chez eux, et participer à l'indulgence.

Boniface IX. accorda des jubilés en divers lieux à divers princes et monastères, par exemple, aux moines de Cantorbery ; qui avaient un jubilé tous les cinquante ans, durant lequel le peuple accourait de toutes parts pour visiter le tombeau de saint Thomas Becket. Les jubilés sont aujourd'hui plus fréquents, et le pape en accorde suivant les besoins de l'Eglise. Chaque pape donne ordinairement un jubilé l'année de sa consécration.

Pour gagner le jubilé, la bulle oblige à des jeunes, à des aumônes et à des prières. Elle donne pouvoir aux prêtres d'absoudre des cas réservés, de faire des commutations de vœux, ce qui fait la différence d'avec l'indulgence plénière. Au temps du jubilé toutes les autres indulgences sont suspendues.

Edouard III. roi d'Angleterre, voulut qu'on observât le jour de sa naissance en forme de jubilé, lorsqu'il fut parvenu à l'âge de cinquante ans. C'est ce qu'il fit en relâchant les prisonniers, en pardonnant tous les crimes, à l'exception de celui de trahison, en donnant de bonnes lais, et en accordant plusieurs privileges au peuple.

Il y a des jubilés particuliers dans certaines villes à la rencontre de certaines fêtes. Au Puy en Velay, par exemple, quand la fête de l'Annonciation arrive le vendredi saint : et à Lyon, quand celle de S. Jean-Baptiste concourt avec la fête-Dieu.

L'an 1640, les Jésuites célébrèrent à Rome un jubilé solennel du centénaire depuis la confirmation de leur compagnie ; et cette même fête se célébra dans toutes les maisons qu'ils ont établies en divers endroits du monde.

JUBILE ou JUBILAIRE, (Histoire ecclésiastique) se dit d'un religieux qui a cinquante ans de profession dans un monastère, ou d'un ecclésiastique qui a desservi une église pendant cinquante ans.

Ces sortes de religieux sont dispensés en certains endroits des matines et des rigueurs de la règle.

On appelle aussi dans la faculté de Théologie de Paris, jubilé, tout docteur qui a cinquante ans de doctorat, et il jouit de tous les émoluments, droits, etc. sans être tenu d'assister aux assemblées, thèses, et autres actes de la faculté.

Jubilé se dit encore d'un homme qui a vécu cent ans, et d'une possession ou prescription de cinquante ans : Si ager non invenietur in scriptione, inquiratur de senioribus, quantum temporis fuit cum altero, et si sub certo jubilaeo mansit sine vituperatione, maneat in aeternum.