ou SABIISME, s. m. (Théologie) comme le nomme M. Fourmont l'ainé. C'est le nom de la première sorte d'idolâtrie qui soit entrée dans le monde. Voyez IDOLATRIE.

Le Sabaïsme consistait à adorer les étoiles, ou, comme le porte le texte de l'Ecriture, tuba schamaïm, ou seba schamaïm, omnes militias coeli ; et l'on sait que par ces termes, les Hébreux entendaient les astres et les étoiles : d'où les modernes ont formé le mot Sabaïsme, pour exprimer l'idolâtrie, qui consiste à adorer les corps célestes, et celui de Sabéens pour signifier ceux qui les adorent. Mais comme le mot hébreu d'où celui-ci est formé, est écrit avec un tzade, que les langues modernes rendent par une S ou par un Z, d'autres par T S ou par T Z : de-là vient qu'on trouve ce mot écrit avec différentes lettres initiales.

Quelques-uns croient que le Sabaïsme était la plus ancienne religion du monde, et ils en mettent l'origine sous Seth fils d'Adam, d'autres sous Noè, d'autres sous Nachor père de Tharé et ayeul d'Abraham. Maimonides qui en parle fréquemment dans son More Nevochim, remarque qu'elle était généralement répandue au temps de Moyse, et qu'Abraham la professait avant qu'il fût sorti de la Chaldée. Il ajoute que les Sabéens enseignaient que Dieu est l'esprit de la sphère et l'âme du monde ; qu'ils n'admettaient point d'autres dieux que les étoiles, et que dans leurs livres traduits en arabe, ils assurent que les étoiles fixes sont des dieux inférieurs, mais que le Soleil et la lune sont les dieux supérieurs. Enfin, ajoutent-ils, Abraham par la suite abandonna cette religion et enseigna le premier qu'il y avait un dieu différent du Soleil. Le roi des Euthéens le fit mettre en prison ; mais ce prince voyant qu'il persistait dans son opinion, et craignant que cette innovation ne troublât son état et ne détruisit l'idée qu'on avait des divinités adorées jusqu'alors, confisqua ses biens, et le bannit à l'extrémité de l'orient. Cette relation se trouve dans le livre intitulé la religion des Nabathéens.

Maimonides dit encore que les Sabéens joignaient à l'adoration des étoiles un grand respect pour l'agriculture et pour les bêtes à cornes et les moutons, enseignant qu'il était défendu de les tuer ; qu'ils adoraient le démon sous la figure d'un bouc, et mangeaient le sang des animaux, quoiqu'ils le jugeassent impur, parce qu'ils pensaient que les démons eux-mêmes s'en nourrissaient : tout cela approche fort de l'idolâtrie.

M. Hyde, dans son histoire de la religion des Perses, s'est au contraire attaché à prouver que le Sabaïsme était fort différent du Paganisme. Il prétend que Sem et Elam sont les premiers auteurs de cette religion ; que si dans la suite elle parut être altérée de sa première pureté, Abraham la réforma et soutint sa réformation contre Nemrod qui la persécuta ; que Zoroastre vint ensuite et rétablit le culte du vrai Dieu qu'Abraham avait enseigné ; que le feu des anciens Persans était la même chose que celui que conservaient les prêtres dans le temple de Jérusalem ; et qu'enfin les premiers ne rendaient au Soleil qu'un culte subalterne et subordonné au culte du vrai Dieu.

Selon M. Prideaux, le Sabaïsme était encore moins criminel. L'unité d'un Dieu et la nécessité d'un médiateur était originairement une persuasion générale et régnante parmi tous les hommes. L'unité d'un Dieu se découvre par la lumière naturelle : le besoin que nous avons d'un médiateur pour avoir accès auprès de l'être suprême, est une suite de cette première idée. Mais les hommes n'ayant pas eu la connaissance, ou ayant oublié ce que la révélation avait appris à Adam des qualités du médiateur, ils en choisirent eux-mêmes, et ne voyant rien de plus beau ni de plus parfait que les astres dans lesquels ils supposaient que résidaient des intelligences qui animaient et qui gouvernaient ces grands corps, ils crurent qu'il n'y en avait point de plus propre pour servir de médiateur entre Dieu et eux. Et enfin, parce que les planètes étaient de tous les corps célestes les plus proches de la terre et celles qui avaient le plus d'influence sur elle, ils lui donnèrent le premier rang parmi ces médiateurs ; et sur ce pié-là ils firent le Soleil et la Lune les premiers objets de leur culte. Voilà, selon M. Prideaux, la première origine de l'ancien Sabaïsme. hist. des Juifs. I. part. l. iij. p. 319.

Nous disons l'ancien Sabaïsme ; car il subsiste encore une religion de ce nom dans l'orient, qui parait être un composé du Judaïsme, du Christianisme et du Mahométisme ; ce qui a fait conjecturer à Spencer qu'elle est récente, et ne surpasse point le temps de Mahomet, puisqu'on n'en trouve le nom ni la religion marqués dans aucun auteur ancien, ni grec ni latin, ni dans aucun autre ouvrage écrit avant l'alcoran. Voyez SABEENS.