S. f. (Chronologie) fameuse époque des Arabes et des Musulmants. Le mot hégire, ou plutôt hégiratan en arabe, veut dire fuite, parce que Mahomet fut obligé de s'enfuir de Médine, pour éviter d'être pris par les magistrats de cette ville, qui voulaient l'arrêter. Prideaux, dans la vie qu'il a donnée de ce célèbre fondateur d'une fausse religion, nous apprend que l'époque de l'hégire fut établie par Omar, troisième empereur des Sarrasins, et que les Arabes commencèrent à compter leurs années depuis le jour de l'évasion de Mahomet de la Mecque, qui fut la nuit du 15 au 16 Juillet de l'an de J. C. 622, sous le règne de l'empereur Héraclius : jusqu'à l'établissement de cette époque, ils ne comptaient que depuis la dernière guerre considérable où ils s'étaient trouvés engagés.

Pour bien entendre l'époque nommée hégire, et la chose le mérite, il faut remarquer 1°. que l'année des nouveaux Arabes ou Mahométants est purement des mois lunaires, qui sont alternativement de trente et de vingt-neuf jours civils : de sorte que l'année commune est de trois cent cinquante-quatre jours : 2°. qu'ils ont une période de trente ans, composée de dix-neuf années et d'onze surabondantes, c'est-à-dire qui sont de trois cent cinquante-cinq jours. Ces années surabondantes sont la 2, 5, 7, 10, 13, 16, 18, 21, 24, 26 et 29 ; les autres, savoir la 1, 3, 4, 6, 8, 9, etc. sont ordinaires : 3°. il faut observer que cette année lunaire des Mahométants est plus courte d'onze jours que notre année solaire et grégorienne, qui est de trois cent soixante-cinq jours ; ainsi en trente-deux ans arabes finis, il manque trente-deux fois onze jours, qui font trois cent cinquante-deux jours, et par conséquent environ un an grégorien : donc trente-trois années arabes font trente-deux années grégoriennes, ou environ ; et par une méthode qui suffit pour l'Histoire, afin de désigner à-peu-près les temps, on peut faire une trente-troisième année intercalaire, et recommencer ainsi de trente-trois en trente-trois ans : 4°. enfin, pour éclaircir encore cette matière et éviter les erreurs, il faut remarquer que la première année de l'hégire commença, comme je l'ai dit, la nuit du 15 au 16 Juillet 622 de notre ere ; la seconde au 4 Juillet 623 ; la troisième au 23 Juin 624 ; et ainsi en rétrogadant d'onze jours, et parcourant tous les mois de l'année grégorienne.

On peut réduire en plusieurs manières les années de l'hégire, à l'année julienne ou grégorienne, c'est-à-dire trouver à quelle année grégorienne tombe chaque année de l'hégire.

Première manière. Il faut prendre le nombre donné d'années de l'hégire, et le réduire en une somme de jours, réduire ensuite ces jours en années grégoriennes de trois cent soixante-cinq jours ; c'est-à-dire voir combien 365 est dans le nombre de jours trouvé ; puis du quotient retrancher les intercalations, je veux dire autant de jours qu'il y a de fois quatre années, excepté chaque centième, à quoi l'on n'ajoute rien ; au contraire, à chaque centaine d'années il faut retrancher vingt-quatre jours. Enfin il faut ajouter le nombre d'années grégoriennes trouvé, à 622, et le produit sera l'année grégorienne, à laquelle tombe l'année de l'hégire donnée.

Autre manière. Il faut ajouter le nombre d'années de l'hégire donné, à 622 ; puis prendre autant de fois 11 qu'il y a d'unités ou d'années de l'hégire dans le nombre donné ; c'est-à-dire multiplier ce nombre par 11, ajouter au produit le nombre des jours intercalaires qu'il y a dû avoir dans le nombre des années de l'hégire donné, voir combien cette somme fait d'années grégoriennes, et les retrancher de la somme d'années trouvées d'abord ; le restant donnera l'année grégorienne à laquelle tombe l'année de l'hégire donnée.

Traisième manière. Prenez l'année de l'hégire donnée, ajoutez y 621, puis retranchez de la somme autant de fois 1 que 33 est compris dans le nombre de l'hégire donné : la raison de cette soustraction est que l'année mahométane ne répond pas exactement à l'année chrétienne, et que sur trente-trois il s'en faut une année à peu-près, c'est-à-dire que trente-trois années mahométanes n'en font qu'environ trente-deux des nôtres. De même, pour réduire les années de J. C. à celles de l'hégire, par la même raison, après avoir retranché 621 de l'année de J. C. il faut ajouter au restant autant de fois 33 que 33 est contenu de fois dans ce restant.

Donnons des exemples. Vous voulez savoir quelle est l'année 960 de l'hegire ; ajoutez 621 à 960, vous aurez 1581. Or 33 est vingt-neuf fais, plus 3 années, dans 960 ; négligez les trois années de plus, et retranchez 29 de 1581, il restera 1552, qui est l'année de l'ère chrétienne qui répond à l'année de l'hégire 960.

Voulez vous savoir quelle année de l'hégire comptent aujourd'hui les Musulmants en 1758 ? retranchez 621 de 1758, il restera 1137. Or 33 est 34 fais, plus 15 années, dans 1137. Négligez les 15 années, et ajoutez seulement 33 à 77, vous aurez 1170 pour l'année de l'hégire qui répond à notre année présente 1758.

Mais pour faciliter encore davantage la réduction des années de l'hégire, à celles de l'ère chrétienne, nous allons joindre ici une table méthodique qui pourra servir à ce dessein. Il suffit pour l'entendre, de savoir qu'après avoir ajouté 621 à l'année de l'hégire, il faut soustraire du produit le nombre qui est marqué dans cette table.

Par exemple, pour réduire l'année 757 de l'hégire à l'année de J. C. il faut premièrement ajouter 621, ce qui fait 1378 ; puis voir dans la table si le nombre de 757 s'y trouve. Comme il ne s'y trouve pas, on prend celui qui le précède, qui est 726, l'on soustrait le nombre qui lui répond, savoir 22, de 1378, et il vient 1356, qui est la véritable année de l'ère chrétienne.

Cette soustraction se fait parce que les années des Mahométants n'égalant pas, comme nous l'avons dit, celles des Chrétiens, il faut retrancher 1 an sur 33, 2 sur 66, 3 sur 99, 4 sur 132, etc.

Mais ceux qui voudront des calculs d'une savante chronologie, faits dans la dernière exactitude, doivent consulter les tables dressées par le P. Riccioli, dans sa chronolog. reform. Voyez aussi, sur la matière que nous traitons, Scaliger, de emendat. tempor. Petau, de doctrinâ tempor. cap. l. et lib. VII. cap. xij. ou son ration. tempor. part. II. lib. IV. cap. xv. (D.J.)