(Philosophie des). Sous ce nom il faut comprendre non-seulement les philosophes Gaulois, mais encore tous ceux qui ont anciennement fleuri en Europe, soit dans les îles Britanniques, soit parmi les Germains et les Iberes, soit dans l'Italie. Burnet, dans ses Origines philosophiques, dit qu'il est fort vraisemblable que les Germains et les Bretons insulaires, ont eu des druides, moins savants peut-être, et moins respectés que ceux des Gaulois, mais au fond imbus de la même doctrine, et se servant de la même méthode pour la faire connaitre.

L'histoire de la philosophie des Celtes ne nous offre rien de certain ; et cette obscurité qui la couvre, n'a rien de surprenant ; tant les temps où elle se cache sont éloignés de notre âge, et de celui même des anciens Romains. Nous ne trouvons rien, soit dans nos mœurs et nos usages, soit dans le témoignage des auteurs Latins, qui puisse fixer nos doutes sur ce qui regarde ces peuples. Ce qui pourrait nous procurer des connaissances certaines, et nous instruire de leur religion, ce serait les écrits ou autres monuments domestiques qu'ils nous auraient laissés : mais tout cela nous manque, soit que le temps les ait détruits entièrement, soit qu'ils aient voulu les dérober à ceux qui n'étaient pas initiés dans leurs mystères, soit enfin, ce qui est le plus vraisemblable, qu'ils n'écrivissent point leurs dogmes, et qu'ils fussent dans l'usage de les transmettre par le canal de la tradition orale et vivante. Les fables qui défigurent leur histoire, et qui ont été compilées par Solin, Pline, Pomponius Mela, Aulu-gelle, Hérodote, et Strabon, montrent assez quel fond nous devons faire sur les écrivains, tant Grecs que Latins, qui se sont mêlés de l'écrire. César lui-même, vainqueur des Gaules, tout curieux observateur qu'il était des mœurs et des usages des nations qu'il avait vaincues, ne nous dit que très-peu de choses des Celtes, et encore le peu qu'il en dit est-il noyé dans un amas de fables. D'ailleurs, ce qui a contribué beaucoup à répandre de l'obscurité sur cette histoire, c'est le mélange de tous ces peuples, auxquels on donnait le nom de Celtes, avec les différentes nations qu'ils étaient à portée de connaitre ; par-là s'introduisit nécessairement dans leurs mœurs et dans leurs dogmes, une variété étonnante. Par exemple, du temps de César et de Tacite, les Gaulois différaient beaucoup des Germains, quoiqu'ils eussent une même origine. Les Germains étaient extrêmement grossiers en comparaison des Gaulois, qui, au rapport de Justin, avaient adouci leurs mœurs par le commerce des Grecs, qui étaient venus s'établir à Marseille, et avaient versé chez eux quelque teinture de cette politesse qui leur était comme naturelle. Les Grecs et les Latins n'ont bien connu que les derniers temps de l'histoire des Celtes ; et l'on peut dire que les premiers ont été pour eux couverts de nuages.

Quand nous parlons des Celtes, il ne faut pas se représenter des peuples polis à la manière des Grecs et des Romains, et cultivant avec le même soin les Arts et les Sciences. Cette nation était plus guerrière que savante, et plus exercée à chasser dans ses vastes forêts ; qu'à disserter avec subtilité sur des questions métaphysiques. Ce qui caractérise principalement cette nation, c'est qu'elle avait une excellente morale, et que par-là du-moins elle était préférable aux Grecs et aux Latins, dont le talent dangereux était d'obscurcir les choses les plus claires à force de subtilités. Son mépris pour les Sciences n'était pourtant pas si exclusif, qu'elle n'eut aussi des savants et des sages, qui étaient jaloux de répandre au loin leur philosophie, quoique sous une forme différente de celle des Grecs et des Romains. Ces savants et ces sages s'appelaient druides, nom fameux dans l'antiquité, mais très-obscur quant à son origine. L'opinion la plus probable dérive ce nom du mot chêne ; parce que, selon la tradition constante, les druides tenaient leurs assemblées dans un lieu planté de chênes, et qu'ils avaient beaucoup de vénération pour cette espèce d'arbre qu'ils regardaient comme sacré. La conformité de leur doctrine avec celle des Mages et des Perses, des Chaldéens de Babylone, des Gymnosophistes des Indes, prouve qu'ils ont été en relation avec ces philosophes.

On ne peut mieux connaitre quelles étaient les fonctions, l'autorité, et la manière d'enseigner des druides, que par ce qu'on en lit dans les commentaires de Jules César. " Les druides, nous dit ce général instruit, président aux choses divines, règlent les sacrifices tant publics que particuliers, interpretent les augures et les aruspices. Le concours des jeunes gens qui se rendent auprès d'eux pour s'instruire, est prodigieux ; rien n'égale le respect qu'ils ont pour leurs maîtres. Ils se rendent arbitres dans presque toutes les affaires soit publiques, soit privées ; et si quelque meurtre a été commis, s'il s'élève quelque dispute sur un héritage, sur les bornes des terres, ce sont eux qui règlent tout ; ils décernent les peines et les récompenses. Ils interdisent les sacrifices, tant aux particuliers qu'aux personnes publiques, lorsqu'ils ont la témérité de s'élever contre leurs decrets : cette interdiction passe chez ces peuples pour une peine très-grave ; ceux sur qui elle tombe sont mis au nombre des impies et des scélérats. Tout le monde les fuit et évite leur rencontre avec autant de soin que s'ils étaient des pestiférés. Tout accès aux honneurs leur est fermé, et ils sont dépouillés de tous les droits de citoyens. Tous les druides reconnaissent un chef, qui exerce sur eux une grande autorité. Si après sa mort il se trouve quelqu'un parmi eux qui ait un mérite éminent, il lui succede : mais s'il y a plusieurs contendants, c'est le suffrage des druides qui décide de l'élection ; il arrive même que les brigues sont quelquefois si violentes et si impétueuses, qu'on a recours à la voie des armes. Dans un certain temps de l'année, ils s'assemblent près des confins du pays chartrain situé au milieu de la Gaule, dans un lieu consacré, où se rendent de toutes parts ceux qui sont en litige ; et là leurs décisions sont écoutées avec respect. Les druides sont exempts d'aller à la guerre, de payer aucun tribut : en un mot ils jouissent de tous les droits du peuple sans partager avec lui les charges de l'état. Ce sont des privilèges qui engagent un grand nombre de personnes à se mettre sous leur discipline, et les parents à y soumettre leurs enfants. On dit qu'on charge leur mémoire d'un grand nombre de vers qu'ils sont obligés d'apprendre avant d'être incorporés au corps des druides ; c'est ce qui fait que quelques-uns, avant que d'être initiés, demeurent vingt ans sous la discipline. Quoiqu'ils soient dans l'usage de se servir de l'écriture qu'ils ont apprise des Grecs, tant dans les affaires civiles que politiques, ils croiraient faire un grand crime s'ils l'emploient dans les choses de religion ". On voit par ce long morceau que je viens de transcrire, que les druides avaient une grande influence dans toutes les délibérations de l'état ; qu'ils avaient trouvé le moyen d'attirer à eux la plus grande partie du gouvernement, laissant au prince qui vivait sous leur tutele, le seul droit de commander à la guerre. La tyrannie de ces prêtres ne pouvait être que funeste à la puissance royale : car je suppose qu'un roi s'échappant de leur tutele, eut eu assez de force dans l'esprit pour gouverner par lui-même sans daigner les consulter ; il est évident qu'ils pouvaient lui interdire les sacrifices, lancer contre lui l'anathème de la religion, soulever l'esprit de leurs disciples aveuglément dociles à leurs leçons, les menacer du courroux de leurs dieux, s'ils ne respectaient pas l'excommunication dont ils l'avaient frappé. Dans les druides je ne vois pas des philosophes, mais des imposteurs, qui uniquement occupés de leur intérêt, de leur gloire, et de leur réputation, travaillaient à asservir leur imbécille nation sous le joug d'une honteuse ignorance. Si l'on en croit les anciens écrivains, ces prétendus philosophes étaient vêtus magnifiquement, et portaient des colliers d'or. Le luxe dans lequel ils vivaient faisait tout leur mérite, et leur avait acquis parmi les Gaulois une grande autorité.

Les druides étaient partagés en plusieurs classes : il y avait parmi eux, selon Ammien Marcellin, les Bardes, les Eubages, et ceux qui retenaient proprement le nom de Druides. Les Bardes s'occupaient à mettre en vers les grandes actions de leurs héros, et les chantaient sur des instruments de musique. Les Eubages abysmés dans la contemplation de la nature, s'occupaient à en découvrir les secrets. Mais ceux qu'on appelait druides par excellence ; joignaient à l'étude de la nature la science de la morale, et l'art de gouverner les hommes. Ils avaient une double doctrine ; l'une pour le peuple, et qui était par conséquent publique ; l'autre pour ceux qu'ils instruisaient en particulier, et qui était secrète. Dans la première, ils exposaient au peuple ce qui concernait les sacrifices, le culte de la religion, les augures, et toutes les espèces de divinations : ils avaient soin de ne publier de leur doctrine que ce qui pouvait exciter à la vertu, et fortifier contre la crainte de la mort. Pour la doctrine qu'ils enseignaient à ceux qu'ils initiaient dans leurs mystères, il n'est pas possible de la deviner : c'eut été la profaner que de la rendre intelligible à ceux qui n'avaient pas l'honneur d'être adeptes ; et pour inspirer à leurs disciples je ne sai quelle horreur sacrée pour leurs dogmes, ce n'était pas dans les villes ni en pleine campagne qu'ils tenaient leurs assemblées savantes, mais dans le silence de la solitude, et dans l'endroit le plus caché de leurs sombres forêts : aussi leurs dogmes étaient-ils des mystères impénétrables pour tous ceux qui n'y étaient pas admis. C'est ce que Lucain a exprimé d'une manière si énergique par ces vers :

Solis nosse deos, et coeli numina vobis,

Aut solis nescire datum : nemora alta remotis

Incolitis lucis.

Après cela est-il surprenant que les Grecs et les Romains aient avoué leur ignorance profonde sur les dogmes cachés des druides ? Le seul de ces dogmes qui ait transpiré, et qui ait percé les sombres voiles sous lesquels ils enveloppaient leur doctrine, c'est celui de l'immortalité de l'âme. On savait bien en général que leurs instructions secrètes roulaient sur l'origine et la grandeur du monde, sur la nature des choses, sur l'immortalité et la puissance des dieux : mais ce qu'ils pensaient sur tous ces points, était absolument ignoré. En divulgant le dogme de l'immortalité des esprits, leur intention était, selon Pomponius Mela, d'animer le courage de leurs compatriotes, et de leur inspirer le mépris de la mort, quand il s'agirait de remplir leur devoir.

Les Celtes étaient plongés dans l'idolatrie ainsi que les autres peuples de la terre. Les druides leurs prêtres, dont les idées sur la divinité étaient sans-doute plus épurées que celles du peuple, les nourrissaient dans cette folle superstition. C'est un reproche qu'on peut faire à tous les législateurs. Au lieu de détromper le peuple sur cette multitude de dieux qui s'accorde si mal avec la saine raison, ils s'appliquaient au contraire à fortifier cette erreur dans les esprits grossiers, prévenus de cette fausse maxime, qu'on ne peut introduire le changement dans la religion d'un pays, quand même ce serait pour la réformer, qu'on n'y excite des séditions capables d'ébranler l'état jusque dans ses plus fermes fondements. Les dieux qu'adoraient les Celtes étaient Theutates, Hesus, et Taranès. Si l'on en croit les Romains, c'était Mercure qu'ils adoraient sous le nom de Theutates, Mars sous celui d'Hesus, et Jupiter sous celui de Taranès. Ce sentiment est combattu par de savants modernes, les uns voulant que Theutates ait été la première divinité des Celtes ; les autres attribuant cet honneur à Hesus ; dans lequel cas Theutates ne serait plus le Mercure des Romains ; ni Hesus leur dieu Mars, puisque ni l'un ni l'autre n'a été chez les Romains la principale divinité. Quoi qu'il en soit de cette diversité d'opinions, qui par elles-mêmes n'intéressent guère, nous sommes assurés par le témoignage de toute l'antiquité, que la barbare coutume de teindre de sang humain les autels de ces trois dieux, s'était introduite de tout temps chez les Celtes, et que les druides étaient les prêtres qui égorgeaient en l'honneur de ces dieux infames des victimes humaines. Voici comme Lucain parle de ces sacrifices.

Quibus immitis placatur sanguine diro

Theutates, horrensque feris altaribus Hesus,

Et Tanaris Scythicae non mitior ara Dianae.

S'il est permis de se livrer à des conjectures où la certitude manque, nous croyons pouvoir avancer que l'opinion de cette âme universelle qui se répand dans toutes les parties du monde et qui en est la divinité (opinion qui a infecté presque tout l'univers), avait pénétré jusque chez les Gaulois. En effet, le culte qu'ils rendaient aux astres, aux arbres, aux pierres, aux fontaines, en un mot à toutes les parties de cet univers ; l'opinion ridicule où ils étaient que les pierres mêmes rendaient des oracles ; le mépris et l'horreur qu'ils avaient pour les images et les statues des dieux : toutes ces choses réunies prouvent évidemment qu'ils regardaient le monde comme étant animé par la divinité dans toutes ses parties. C'est donc bien inutilement que quelques modernes ont voulu nous persuader, après se l'être persuadé à eux-mêmes, que les premiers Gaulois avaient une idée saine de la divinité ; idée qui ne s'était altérée et corrompue que par leur commerce avec les autres nations. Après cela je ne vois pas surquoi tombe le reproche injurieux qu'on fait aux anciens Celtes d'avoir été des athées : ils ont été bien plutôt superstitieux qu'athées. Si les Romains les ont regardés comme les ennemis des dieux ; ce n'est que parce qu'ils refusaient d'adorer la divinité dans des statues fabriquées de la main des hommes. Ils n'avaient point des temples comme les Romains, parce qu'ils ne croyaient pas qu'on put y renfermer la divinité. Tout l'univers était pour eux un temple, ou plutôt la divinité se peignait à eux dans tous les êtres qui le composent. Ce n'est pas qu'ils n'eussent des lieux affectés, comme les bois les plus sombres et les plus reculés, pour y adorer d'une manière particulière la divinité. Ces lieux étaient propres à frapper d'une sainte horreur les peuples, qui se représentaient quelque chose de terrible, appelant Dieu ce qu'ils ne voyaient point, ce qu'ils ne pouvaient voir.

Tant aux faibles mortels, il est bon d'ignorer

Les dieux qu'il leur faut craindre, et qu'il faut adorer.

Brebœuf.

Ou comme le dit plus énergiquement l'original :

Tantùm terroribus addit,

Quos timeant, non nosse deos.

Les Gaules ayant été subjuguées par les Romains qui voulaient tout envahir, et qui opprimaient au lieu de vaincre, ce fut une nécessité pour les peuples qui les habitaient, de se soumettre à la religion de leurs vainqueurs. Ce n'est que depuis ce temps qu'on vit chez eux des temples et des autels consacrés aux dieux à l'imitation des Romains. Les druides perdirent insensiblement leur crédit, ils furent enfin tous abattus sous les règnes de Tibere et de Claude. Il y eut même un decret du sénat qui ordonnait leur entière abolition, soit parce qu'ils voulaient perpétuer parmi les peuples qui leur étaient soumis l'usage cruel des victimes humaines, soit parce qu'ils ne cessaient de les exciter à conspirer contre les tirants de Rome, à rentrer dans leurs privilèges injustement perdus, et à se choisir des rois de leur nation.

Les druides se rendirent surtout recommandables par la divination, soit chez les Gaulois, soit chez les Germains. Mais ce qu'il y a ici de remarquable, c'est que la divination était principalement affectée aux femmes : de-là le respect extrême qu'on avait pour elles ; respect qui quelquefois allait jusqu'à l'adoration ; témoin l'exemple de Velleda et d'Aurinia qui furent mises au nombre des déesses, selon le rapport de Tacite.

C'est assez l'usage des anciens de ne parler de l'origine des choses qu'en les personnifiant. Voilà pourquoi leur cosmogonie n'est autre chose qu'une théogonie. C'est aussi ce que nous voyons chez les anciens Celtes. Au travers les fables, dont ils ont défiguré la tradition qui leur était venue de la plus haute antiquité, il est aisé de reconnaitre quelques traces de la création et du déluge de Moyse. Ils reconnaissaient un être qui existait avant que rien de ce qui existe aujourd'hui eut été créé. Qu'il me soit permis de passer sous silence toutes les fables qui s'étaient mêlées à leur cosmogonie : elles ne sont par elles-mêmes ni assez curieuses, ni assez instructives pour mériter de trouver ici leur place. Il ne parait pas que la métempsycose ait une opinion universellement reçue chez les druides. Si les uns faisaient rouler perpétuellement les âmes d'un corps dans un autre, il y en avait d'autres qui leur assignaient une demeure fixe parmi les manes ; soit dans le tartare, où elles étaient précipitées lorsqu'elles s'étaient souillées par des parjures, des assassinats, et des adultères ; soit dans un séjour bienheureux, lorsqu'elles étaient exemptes de ces crimes. Ils n'avaient point imaginé d'autre supplice pour ceux qui étaient dans le tartare, que celui d'être plongés dans un fleuve dont les eaux étaient empoisonnées, et de renaitre sans-cesse pour être éternellement en proie aux cruelles morsures d'un serpent. Ils distinguaient deux séjours de félicité. Ceux qui n'avaient que bien vécu, c'est-à-dire ceux qui n'avaient été que justes et tempérants pendant cette vie, habitaient un palais plus brillant que le soleil ; où ils nageaient dans un torrent de voluptés : mais ceux qui étaient morts généreusement, les armes à la main, pour défendre leur patrie, ceux-là avaient une place dans le valhalla avec Odin, auquel ils donnaient le nom d'Hésus, et qui était pour eux ce que le dieu Mars était pour les Latins. On dirait que Mahomet a imaginé son paradis d'après le valhalla des Celtes septentrionaux, tant il a de ressemblance avec lui. Solin, Mela, et d'autres auteurs rapportent que les nations hyperborées se précipitaient du haut du rocher pour éviter une honteuse captivité, et pour ne pas languir dans les infirmités de la vieillesse. Ceux qui se donnaient ainsi librement la mort, avaient une place distinguée dans le valhalla. De-là cette audace que les Celtes portaient dans les combats, cette ardeur qui les précipitait dans les bataillons les plus épais, cette fermeté avec laquelle ils bravaient les plus grands dangers, ce mépris qu'ils avaient pour la mort. Nous finirons cet article, en remarquant que les Celtes ne s'étaient endurcis et accoutumés à mener dans leurs forêts une vie si dure et si ennemie de tous plaisirs, que parce qu'ils étaient intimement persuadés du dogme de l'immortalité des esprits. De-là naissait en eux ce courage, que les Romains ont si souvent admiré dans ces peuples ; ce mépris de la mort qui les rendait si redoutables à leurs ennemis ; cette passion qu'ils avaient pour la guerre, et qu'ils inspiraient à leurs enfants ; cette chasteté, cette si délité dans les mariages si recommandée parmi eux ; cet éloignement qu'ils avaient pour le faste des habits et le luxe de la table : tant l'espoir d'une recompense dans une autre vie a de pouvoir sur l'esprit des hommes ! Il est fâcheux qu'une nation aussi respectable par ses mœurs et par ses sentiments que l'était celle des Celtes ait eu des druides pour ministres de sa religion. (X)