(Philosophie) le sage, quelque part qu'il se trouve, est, comme dit Leibnitz, citoyen de toutes les républiques, mais il n'est pas le prêtre de tous les dieux ; il observe tous les devoirs de la société que la raison lui prescrit ; mais sa manière de penser au-dessus du vulgaire, ne dépend ni de l'air qu'il respire, ni des usages établis dans chaque pays. Il met à profit l'instant qu'il tient, sans trop regretter celui qui est passé, ni trop compter sur celui qui s'approche. Il cultive surtout son esprit ; il s'attache au progrès des Arts ; il les tourne au bien public, et la palme de l'honneur est dans sa main. Il sait tirer un bon usage des biens et des maux de la vie, semblable à la terre qui s'abreuve utilement des pluies, et qui se pénètre des chaleurs vivifiantes dans les jours brillans et serains. Il tend à de si grandes choses, dit la Bruyere, qu'il ne porte point ses désirs à ce qu'on appelle des trésors, des postes, la fortune, et la faveur. Il ne voit rien dans de si faibles avantages, qui soit assez solide pour remplir son cœur, et pour mériter ses soins. Le seul bien capable de le tenter, est cette sorte de gloire qui devrait naitre de la vertu toute pure et toute simple ; mais les hommes ne l'accordent guère, et il s'en passe.

Si vous avez quelque goût pour le sage, et que vous aimiez à entrer dans les détails de sa vie, et dans sa façon de penser, l'aimable peintre des saisons va vous en faire le tableau.

Le sage, dit - il, est celui qui dans les villes, ou loin du tumulte des villes, retiré dans quelque vallon fertile, goute les plaisirs purs que donne la vertu. Il ne voudrait pas habiter ces palais somptueux, dont la porte orgueilleuse vomit tous les matins la foule rampante des vils flatteurs qui sont à leur tour abusés. Il ne se soucie nullement de cette robe brillante, où la lumière fait réfléchir mille couleurs, qui flotte négligemment, ou qui se soutient par les bandes d'or, pour éviter la peine de la porter. Il n'est pas plus curieux de la délicatesse des mets : un repas frugal, débarrassé d'un vain luxe, suffit à ses besoins, et entretient sa santé ; sa tasse ne pétille pas d'un jus rare et couteux ; il ne passe pas les nuits plongé dans un lit de duvet, et les jours dans un état d'oisiveté : mais est-ce une privation pour celui qui ne connait pas ces joies fantastiques et trompeuses, qui promettent toujours le plaisir, et ne donnent que des peines ou des moments de trouble et d'ennui ?

Loin des traverses et des folles espérances, le sage est riche en contentement, autant qu'il l'est en herbes et en fruits : il s'assied tantôt auprès d'une haie odoriférante, et tantôt dans des bosquets et des grottes sombres ; ce sont les asiles de l'innocence, de la beauté sans art, de la jeunesse vigoureuse, sobre, et patiente au travail. C'est-là qu'habite la santé toujours fleurie, le travail sans ambition, la contemplation calme, et le repos philosophique.

Que d'autres traversant les mers courent après le gain ; qu'ils fendent la vague bouillonnante d'écume pendant de tristes mois ; que ceux-ci trouvant de la gloire à verser le sang, à ruiner les pays et les campagnes, sans pitié du malheur des veuves, de la désolation des vierges, et des cris tremblans des enfants ; que ceux-là loin de leurs terres natales, endurcis par l'avarice, trouvent d'autres terres sous d'autres cieux ; que quelques-uns aiment avec passion les grandes villes, où tout sentiment sociable est éteint, le vol autorisé par la ruse, et l'injustice légale établie ; qu'un autre excite en tumulte une foule séditieuse, ou la réduise en esclavage ; que ceux-ci enveloppent les malheureux dans des dédales de procès, fomentent la discorde, et embarrassent les droits de la justice. Race de fer ! Que ceux-là avec un front plus serein, mais également dur, cherchent leurs plaisirs dans la pompe des cours et dans les cabales trompeuses ; qu'ils rampent bassement en distribuant leurs souris perfides, et en suivant le pénible labyrinthe des intrigues d'état. Le sage libre de toutes ces passions orageuses, écoute, et n'entend que de loin et en sûreté, rugir la tempête du monde, et n'en sent que mieux le prix de la paix dont il est environné. La chute des rais, la fureur des nations, le renversement des états, n'agitent point celui qui dans des retraites tranquilles et des solitudes fleuries, étudie la nature et suit sa voix. Il l'admire, la contemple dans toutes ses formes, accepte ce qu'elle donne libéralement, et ne désire rien de plus.

Quand le printemps réveille les germes, et reçoit dans son sein le souffle de la fécondité, ce sage jouit abondamment de ses heures délicieuses ; dans l'été, sous l'ombre animée, et telle qu'on la goute dans le frais Tempé, ou sur le tranquille Némus, il lit ce que les Muses immortelles en ont chanté, ou écrit ce qu'elles lui dictent ; son oeil découvre, et son espoir prévient la fertilité de l'année. Quand le lustre de l'automne dore les campagnes, et invite la famille du laboureur, saisi de la joie universelle, son cœur s'enfle d'un doux battement ; environné des rayons de la maturité, il médite profondément, et ses chants trouvent plus que jamais à l'exercer. L'hiver sauvage même est un temps de bonheur pour lui : la tempête formidable et le froid qui la suit, lui inspirent des pensées majestueuses : dans la nuit les cieux clairs et animés par la gelée qui purifie tout, versent un nouvel éclat sur son oeil serein. Un ami, un livre, font couler tranquillement ses heures utiles ; la vérité travaille d'une main divine sur son esprit, élève son être, et développe ses facultés ; les vertus héroïques brulent dans son cœur.

Il sent aussi l'amour et l'amitié ; son oeil modeste exprime sa joie ; les embrassements de ses jeunes enfants qui lui sautent au cou et qui désirent de lui plaire, remuent son âme tendre et paternelle ; il ne méprise pas la gaieté, les amusements, les chants, et les danses ; car le bonheur et la vraie philosophie sont toujours sociables, et d'une amitié souriante. C'est-là ce que les vicieux n'ont jamais connu ; ce fut la vie de l'homme dans les premiers âges sans corruption, quand les anges, et Dieu même, ne dédaignaient pas d'habiter avec lui.

Ajouterai-je pour terminer le tableau du sage, la peinture qu'en a fait un de nos poètes d'après ces vers d'Horace, impavidum ferient ruinae.

Le sage grand comme les dieux

Est maître de ses destinées,

Et de la fortune et des cieux,

Tient les puissances enchainées ;

Il règne absolument sur la terre et sur l'onde ;

Il commande aux tyrants ; il commande au trépas ;

Et s'il voyait périr le monde,

Le monde en périssant ne l'étonnerait pas.

(D.J.)

SAGES, (Littérature) nom sous lequel les Grecs désignaient en général les Philosophes, les Orateurs, les Historiens, et les autres Savants de toute espèce. Pythagore sentit le premier que le titre de sage, êtait trop fastueux ; il prit celui de philosophe, qui signifie ami de la sagesse. La doctrine des sages, si on en excepte Thalès, qui cultivait déjà la Physique et l'Astronomie, se bornait à des sentences ou maximes pour la conduite de la vie ; du reste, ni système, ni école formée, ni contradicteurs. (D.J.)

SAGES - GRANDS, (Gouv. de Venise) il y a six sages-grands, ainsi nommés à Venise, parce qu'ils manient les grandes affaires de la république, et que pour cela, on suppose qu'ils ont plus de sagesse et d'expérience que le commun des nobles. Ils examinent entr'eux les affaires qui doivent être portées au sénat, et les lui proposent préparées et digérées ; leur pouvoir ne dure que six mois. On appelle sage de la semaine, celui qui à chaque semaine reçoit les mémoires et les requêtes qu'on présente au college des sages-grands, pour les proposer au sénat. Il y a encore cinq sages de terre ferme : leur fonction est d'assister aux recrues des gens de guerre, et de les payer. On les traite d'excellence comme les autres ; il y a de plus le conseil des dix sages. C'est un tribunal où l'on estime, et où l'on taxe le bien des particuliers, lorsqu'il se fait des levées extraordinaires. Enfin, il y a les sages des ordres, qui sont cinq jeunes hommes de la première qualité, à qui on donne entrée au college, où se traitent les affaires de la république, pour écouter et pour se former au gouvernement sur l'exemple des autres sages. Amelot de la Houssaye. (D.J.)

SAGE, (Maréchalerie) un cheval sage est un cheval doux et sans ardeur.

SAGE, tableau sage se dit en Peinture, d'un tableau dans lequel il n'y a rien d'outré, et où l'on ne voit point de ces écarts d'imagination, qui à force d'être pittoresques, tiennent de l'extravagant, et où les licences ne sont portées à tous égards qu'aux termes convenables. Peintre sage se dit aussi de celui qui fait des tableaux de ce genre.

SAGES CHIENS, (Vénerie) ce sont ceux qui conservent le sentiment des bêtes qui leur ont été données, et qui en gardent le change.

SAGE-FEMME, s. f. celle qui pratique l'art des accouchements. Les sages-femmes ont une maitrise, et ne forment point de communauté entr'elles. Elles sont reçues maîtresses sages-femmes par le corps des Chirurgiens, à la police duquel elles sont soumises. Les loix pour les sages-femmes de Paris sont différentes que pour les sages-femmes de province, tant des villes que des villages. A Paris on ne peut être reçu à la maitrise de sage - femme avant l'âge de vingt-ans ; il faut avoir travaillé en qualité d'apprentisse pendant trois années chez une maîtresse sage-femme de Paris, ou trois mois seulement à l'hôtel-dieu. Les brevets d'apprentissage chez les maîtresses sages-femmes doivent avoir été enregistrés au greffe du premier chirurgien du roi, dans la quinzaine de leur passation, à peine de nullité ; et les apprentisses de l'hôtel-dieu sont tenues de rapporter un simple certificat des administrateurs, attesté par la maîtresse et principale sage-femme de l'hôtel-dieu.

L'aspirante à la maitrise de sage-femme est interrogée à S. Côme par le premier chirurgien du roi ou son lieutenant, par les quatre prevôts du college de Chirurgie, par les quatre chirurgiens ordinaires du roi en son châtelet, et par les quatre jurées sages-femmes dudit châtelet, en présence du doyen de la faculté de Médecine, des deux médecins du Châtelet, du doyen des Chirurgiens, et de huit autres maîtres en chirurgie. Si l'aspirante est jugée capable, elle est reçue sur le champ, et on lui fait prêter le serment ordinaire, dont les principaux points sont de ne donner aucun médicament capable de causer l'avortement, et de demander du secours des maîtres de l'art, dans les cas épineux et embarassants.

Pour les sages-femmes de villages, on n'exige point d'apprentissage. Toute aspirante à l'art des accouchements est admise à l'examen pour la maitrise, en rapportant un certificat de bonnes vie et mœurs, délivré par son curé, qui ordinairement ne le donne qu'à celle dont les femmes de sa paraisse ont pour agréable de se servir dans leurs accouchements. Cette aspirante est ensuite interrogée, moins pour donner des preuves de sa capacité, que pour recevoir des instructions par le lieutenant du premier chirurgien du roi, les prevôts et deux maîtres, sur les difficultés qui se présentent aux fâcheux accouchements.

M. de la Peyronie, premier chirurgien du roi, a fondé par son testament deux professeurs et démonstrateurs pour les accouchements aux écoles de Chirurgie. Chaque année ils font, l'un un cours pour les sages-femmes et leurs apprentisses, l'autre pour les élèves en chirurgie. Il était persuadé qu'une partie aussi essentielle de l'art devait être enseignée pour l'utilité publique par des hommes consommés dans la théorie et dans la pratique des accouchements.

Il y avait une loi parmi les Athéniens qui défendait aux femmes d'étudier la Médecine. Cette loi fut abrogée en faveur d'Agnodice, jeune fille qui se déguisa en homme pour apprendre la Médecine, et qui sous ce déguisement pratiquait les accouchements ; les Médecins la citèrent devant l'aréopage ; mais les sollicitations des dames athéniennes qui intervinrent dans la cause, la fit triompher de ses parties adverses ; et il fut dorénavant permis aux femmes libres d'apprendre cet art. Voyez le dictionnaire de Bayle au mot Hiérophile, remarque A. (Y)