PHILOSOPHIE DES, (Histoire, Philosophie) On prétend que la Philosophie a passé de la Chaldée et de la Perse aux Indes. Quoi qu'il en sait, les peuples de cette contrée étaient en si grande réputation de sagesse parmi les Grecs, que leurs philosophes n'ont pas dédaigné de les visiter. Pythagore, Démocrite, Anaxarque, Pyrrhon, Apollonius et d'autres, firent le voyage des Indes, et allèrent converser avec les brachmanes ou gymnosophistes indiens.

Les sages de l'Inde ont été appelés brachmanes de Brachme fondateur de la secte, et gymnosophistes, ou sages qui marchent nuds, de leur vêtement qui laissait à découvert la plus grande partie de leur corps.

On les divise en deux sectes, l'une des brachmanes, et l'autre des samanéens ; quelques-uns font mention d'une troisième sous le nom de Pramnes. Nous ne sommes pas assez instruits sur les caractères particuliers qui les distinguaient ; nous savons seulement en général qu'ils fuyaient la société des hommes ; qu'ils habitaient le fond des bois et des cavernes ; qu'ils menaient la vie la plus austère, s'abstenant de vin et de la chair des animaux, se nourrissant de fruits et de légumes, et couchant sur la terre nuè ou sur des peaux ; qu'ils étaient si fort attachés à ce genre de vie, que quelques-uns appelés auprès du grand roi, répondirent qu'il pouvait venir lui-même s'il avait quelque chose à apprendre d'eux ou à leur commander.

Ils souffraient avec une égale constance la chaleur et le froid ; ils craignaient le commerce des femmes ; si elles sont mécantes, disaient-ils, il faut les fuir parce qu'elles sont mécantes ; si elles sont bonnes, il faut encore les fuir de peur de s'y attacher. Il ne faut pas que celui qui fait son devoir du mépris de la douleur et du plaisir, de la mort et de la vie, s'expose à devenir l'esclave d'un autre.

Il leur était indifférent de vivre ou de mourir, et de mourir ou par le feu, ou par l'eau, ou par le fer. Ils s'assemblaient jeunes et vieux autour d'une même table ; ils s'interrogeaient réciproquement sur l'emploi de la journée, et l'on jugeait indigne de manger celui qui n'avait rien dit, fait ou pensé de bien.

Ceux qui avaient des femmes les renvoyaient au bout de cinq ans, si elles étaient stériles ; ne les approchaient que deux fois l'année, et se croyaient quittes envers la nature, lorsqu'ils en avaient eu deux enfants, l'un pour elles, l'autre pour eux.

Buddas, Dandamis, Calanus et Iarcha, sont les plus célèbres d'entre les Gymnosophistes dont l'histoire ancienne nous a conservé les noms.

Buddas fonda la secte des Hylobiens, les plus sauvages des Gymnosophistes.

Pour juger de Dandamis, il faut l'entendre parler à Alexandre par la bouche d'Onésicrite, que ce prince dont l'activité s'étendait à tout, envoya chez les Gymnosophistes. " Dites à votre maître que je le loue du goût qu'il a pour la sagesse, au milieu des affaires dont un autre serait accablé ; qu'il fuie la mollesse ; qu'il ne confonde pas la peine avec le travail, et puisque ses philosophes lui tiennent le même langage, qu'il les écoute. Pour vous et vos semblables, Onésicrite, je ne désapprouve vos sentiments et votre conduite qu'en une chose, c'est que vous préfériez la loi de l'homme à celle de la nature, et qu'avec toutes vos connaissances vous ignoriez que la meilleure demeure est celle où il y a le moins de soins à prendre ".

Calanus, à qui l'envoyé d'Alexandre s'adressa, lorsque ce prince s'avança dans les Indes, débuta avec cet envoyé par ces mots. " Dépose cet habit, ces souliers, assied-toi nud sur cette pierre, et puis nous converserons ". Cet homme d'abord si fier, se laissa persuader par Taxile de suivre Alexandre, et il en fut méprisé de toute la nation, qui lui reprocha d'avoir accepté un autre maître que Dieu. A juger de ses mœurs par sa mort, il ne parait pas qu'elles se fussent amollies. Estimant honteux d'attendre la mort, comme c'était le préjugé de sa secte, il se fit dresser un bucher, et y monta en se félicitant de la liberté qu'il allait se procurer. Alexandre touché de cet héroïsme institua en son honneur des combats équestres et d'autres jeux.

Tout ce qu'on nous raconte d'Iarcha est fabuleux,

Les Gymnosophistes reconnaissaient un Dieu fabricateur et administrateur du monde, mais corporel : il avait ordonné tout ce qui est, et veillait à tout.

Selon eux l'origine de l'âme était céleste ; elle était émanée de Dieu, et elle y retournait. Dieu recevait dans son sein les âmes des bons qui y séjournaient éternellement. Les âmes des mécants en étaient rejetées et envoyées à différents supplices.

Outre un premier Dieu, ils en adoraient encore de subalternes.

Leur morale consistait à aimer les hommes, à se haïr eux-mêmes, à éviter le mal, à faire le bien, et à chanter des hymnes.

Ils faisaient peu de cas des sciences et de la philosophie naturelle. Iarcha répondit à Apollonius, qui l'interrogeait sur le monde, qu'il était composé de cinq éléments, de terre, d'eau, de feu, d'air et d'éther. Que les dieux en étaient émanés ; que les êtres composés d'air étaient mortels et périssables, et que les êtres composés d'éther étaient immortels et divins ; que les éléments avaient tous existé en même temps ; que le monde était un grand animal engendrant le reste des animaux ; qu'il était de nature mâle et femelle, etc.

Quant à leur philosophie morale, tout y était grand et élevé. Il n'y avait, selon eux, qu'un seul bien, c'est la sagesse. Pour faire le bien, il était inutile que la loi l'ordonnât. La mort et la vie étaient également méprisables. Cette vie n'était que le commencement de notre existence. Tout ce qui arrive à l'homme n'est ni bon ni mauvais. Il était vil de supporter la maladie, dont on pouvait se guérir en un moment. Il ne fallait pas passer un jour sans avoir fait quelque bonne action. La vanité était la dernière chose que le sage déposait, pour se présenter devant Dieu. L'homme portait en lui-même une multitude d'ennemis. C'est par la défaite de ces ennemis qu'on se préparait un accès favorable auprès de Dieu.

Quelle différence entre cette philosophie et celle qu'on professe aujourd'hui dans les Indes ! Elles sont infectées de la doctrine de Xekia, j'entends de sa doctrine esotérique ; car les principes de l'ésotérique sont assez conformes à la droite raison. Dans celle-ci, il admet la distinction du bien et du mal ; l'immortalité de l'âme : les peines à venir ; des dieux ; un dieu suprême qu'il appelle Amida, etc. Quant à sa doctrine ésotérique, c'est une espèce de Spinosisme assez mal entendu. Le vuide est le principe et la fin de toutes choses. La cause universelle n'a ni vertu ni entendement. Le repos est l'état parfait. C'est au repos que le philosophe doit tendre, etc. Voyez les articles PHILOSOPHIE en général, EGYPTIENS, CHINOIS, JAPONOIS, etc.