S. f. (Grammaire et Philosophie) est le rapport d'une chose à une autre, ou ce qu'elle est par rapport à l'autre. Ce mot est formé de refero, rapporter ; la relation consistant en effet, en ce qu'une chose est rapportée à une autre ; ce qui fait qu'on l'appelle aussi regard, habitude, comparaison. Voyez COMPARAISON et HABITUDE.

Nous nous formons l'idée d'une relation quand l'esprit considère une chose de manière qu'il semble l'approcher d'une autre, et l'y comparer, et qu'il promene pour ainsi dire sa vue de l'une à l'autre ; conséquemment les dénominations des choses ainsi considérées l'une par rapport à l'autre, sont appelées relatives, aussi-bien que les choses même comparées ensemble. Voyez IDEE.

Ainsi quand j'appelle Caius marc. ou une muraille plus blanche, j'ai alors en vue deux personnes ou deux choses avec lesquelles je compare Caius ou la muraille. C'est pourquoi les philosophes scolastiques appellent la muraille le sujet ; la chose qu'elle surpasse en blancheur, le terme ; et la blancheur, le fondement de la relation.

La relation peut être considérée de deux manières, ou du côté de l'esprit, qui rapporte une chose à une autre, auquel sens la relation n'est qu'une envie ou une affection de l'esprit par lequel se fait cette comparaison, ou du côté des choses relatives ; auquel cas ce n'est qu'une troisième idée qui résulte dans l'esprit de celle des deux premières comparées ensemble ; en sorte que la relation, dans quelque sens qu'on la prenne, ne réside toujours que dans l'esprit, et non pas dans les choses mêmes.

M. Locke observe que quelques-unes de nos idées peuvent être des fondements de relations, quoique quand les langues manquent d'expressions, cette sorte de relations soit difficile à faire sentir ; telle que celle de concubine, qui est un nom relatif aussi-bien que femme.

En effet, il n'y a pas d'idée qui ne soit susceptible d'une infinité de relations ; ainsi on peut cumuler sur le même homme les relations de père, de frere, de fils, de mari, d'ami, de sujet, de général, d'insulaire, de maître, de domestique, de plus gros, de plus petit, et d'autres encore à l'infini ; car il est susceptible d'autant de relations qu'il y aura d'occasions de le comparer à d'autres choses, et en autant de manières qu'il s'y rapportera ou en différera.

Les idées des relations sont beaucoup plus claires et plus distinctes que celles des choses mêmes qui sont en relation, parce que souvent une simple idée suffit pour donner la notion d'une relation, au lieu que pour connaitre un être substantiel, il en faut nécessairement rassembler plusieurs. Voyez SUBSTANCE.

La perception que nous avons des relations entre plusieurs idées que l'esprit considere, est ce que nous appelons jugement. Ainsi quand je juge que deux fois deux font quatre et ne font pas cinq, je perçais feulement l'égalité entre deux fois deux et quatre, et l'inégalité entre deux fois deux et cinq. Voyez JUGEMENT.

La perception que nous avons de relations entre les relations de différentes choses, constitue ce que nous appelons raisonnement. Ainsi quand de ce que quatre est un plus petit nombre que six, et que deux fois deux égalent quatre, je conclus que deux fois deux sont moins que six ; je perçais seulement la relation des nombres deux fois deux et quatre, et celle de quatre et six. Voyez RAISONNEMENT.

Les idées de cause et d'effet nous viennent des observations que nous faisons sur la vicissitude des choses, en remarquant que quelques substances ou qualités qui commencent à exister tirent leur existence de l'application et opération de certaines autres choses. La chose qui produit est la cause ; celle qui est produite est l'effet. Voyez CAUSE et EFFET. Ainsi la fluidité dans la cire est l'effet d'un certain degré de chaleur que nous voyons être constamment produit par l'application du même degré de chaleur.

Les dénominations des choses tirées du temps ne sont pour la plupart que des relations. Ainsi quand on dit que Louis XIV. a vécu 77 ans et en a régné 72, on n'entend autre chose, si ce n'est que la durée de son existence a été égale à celle de 77, et la durée de son règne à celle de 72 révolutions solaires ; telles sont toutes les autres expressions qui désignent la durée.

Les termes jeunes et vieux, et les autres expressions qui désignent le temps, qu'on croit être des idées positives, sont dans la vérité relatives, emportent avec elles l'idée d'un espace ou d'une durée dont nous avons la perception dans l'esprit. Ainsi nous appelons jeune ou vieux quelqu'un qui n'a pas atteint, ou qui a passé le terme jusqu'où les hommes ont coutume de vivre ; nous nommons jeune homme un homme de vingt ans ; mais à cet âge un cheval est déjà vieux.

Il y a encore d'autres idées véritablement relatives, mais que nous exprimons par des termes positifs et absolus ; tels que ceux de grand, de petit, de fort, de faible. Les choses ainsi dénommées sont rapportées à certains modèles avec lesquels nous les comparons. Ainsi nous disons qu'une pomme est grosse, lorsqu'elle est plus grosse que celles de sa sorte n'ont coutume d'être ; qu'un homme est faible lorsqu'il n'a pas tant de force qu'en ont les autres hommes, ou du-moins les hommes de sa taille.

Les auteurs divisent les relations différemment. Les philosophes scolastiques les divisent ordinairement en relations d'origine, par où ils entendent toutes les relations de cause et d'effet ; relations de négation, entre des choses opposées l'une à l'autre ; et relation d'affirmation, telles que les relations de convenance entre le tout et la partie, le signe et la chose signifiée, l'attribut et le sujet. Cette division est fondée sur ce que l'esprit ne peut comparer que de trois manières, ou en inférant, ou en niant, ou en affirmant.

D'autres les divisent en relations d'origine, relations de convenance, c'est-à-dire de ressemblance, de parité ; relation de diversité, c'est-à-dire de dissemblance et de disparité ; et celles d'ordre, comme la priorité, la postériorité, etc.

D'autres les divisent en prédicamentales et transcendantales. Sous la première classe sont rangées toutes les relations de choses qui ont un même prédicament ; telles que celles du père au fils. A la seconde appartiennent celles qui sont plus générales que les prédicaments, ou qui en ont de différents ; comme les relations de substance et d'accident, de cause et d'effet, de créateur et de créature. Voyez TRANSCENDANTE, etc.

M. Locke tire sa division des relations d'un autre principe. Il observe que toutes les idées simples dans lesquelles il y a des parties ou degrés, donnent occasion de comparer les sujets dans lesquels se trouvent ces parties à quelque autre, pour y appliquer ces idées simples ; telles sont celles de plus blanc, plus doux, plus gros, plus petit, etc. Ces relations dépendant de l'égalité et de l'excès de la même idée simple dans différents sujets, peuvent être appelées relations proportionnelles.

Une autre occasion de comparer les choses étant prise des circonstances de leur origine, comme père, fils, frere, etc. on peut appeler celles-ci relations naturelles.

Quelquefois la raison de considérer les choses, se tire d'un acte que fait quelqu'un, en conséquence d'un droit, d'un pouvoir, ou d'une obligation morale ; telles sont celles de général, de capitaine, de bourgeois ; celles-ci sont des relations instituées et volontaires, et peuvent être distinguées des naturelles, en ce qu'elles peuvent être altérées et séparées des sujets à qui elles appartiennent, sans que les substances soient détruites, au lieu que les relations naturelles sont inaltérables, et durent autant que leurs sujets.

Une autre sorte de relations consiste dans la convenance ou disconvenance des actions libres des hommes avec la règle à laquelle on les rapporte et sur laquelle on en juge ; on les peut appeler relations morales.

C'est la conformité ou la disconvenance de nos actions à quelque loi (à quoi le législateur a attaché par son pouvoir et sa volonté, des biens ou des maux, qui est ce qu'on appelle récompense ou punition), qui rend ces actions moralement bonnes ou mauvaises. Voyez BIEN et MAL.

Or ces lois morales peuvent se partager en trois classes qui nous obligent différemment. La première consiste dans les lois divines ; la seconde dans les lois civiles ; la troisième dans les lois de l'opinion et de la raison. Par rapport aux premières, nos actions sont ou des péchés ou des bonnes œuvres ; par rapport aux secondes, elles sont ou criminelles ou innocentes ; par rapport aux troisiemes, ce sont ou des vertus ou des vices. Voyez PECHE, VERTU, VICE, etc.

RELATION, en Logique, est un accident de substance que l'on compte pour une des dix catégories ou prédicaments.

Chaque substance est susceptible d'une infinité de relations. Ainsi le même Pierre, considéré par rapport à Henri, est en relation de maître ; par rapport à Jean, en celle de vassal ; par rapport à Marie, en celle d'époux, etc. De plus, comparé avec une personne, il est riche ; comparé avec une autre, il est pauvre ; enfin, comparé avec différentes personnes, il est éloigné ou proche, grand ou petit, voisin ou étranger, savant ou ignorant, bon ou mécant, égal ou inégal, etc. Les philosophes scolastiques disputent beaucoup sur la question de savoir si la relation est quelque chose qui soit formellement et réellement distinct de la substance même. Voyez SUBSTANCE.

RELATION s'emploie aussi en Théologie, pour désigner certaines perfections divines, qu'on appelle personnelles, par lesquelles les personnes divines sont rapportées l'une à l'autre, et distinguées l'une de l'autre. Voyez PERSONNES.

Ainsi les Théologiens enseignent qu'il y a en Dieu une nature unique, deux processions, trois personnes et quatre relations. Voyez TRINITE.

Ces relations sont la paternité, la filiation, la spiration active et la spiration passive. Voyez PATERNITE, etc. Voyez aussi PERE, FILS, ESPRIT, etc.

RELATION, en Géométrie, en Arithmétique, etc. est l'habitude ou le rapport de deux quantités l'une à l'autre à raison de leur grandeur. Cette relation s'appelle plus ordinairement raison. Voyez RAISON.

La parité ou l'égalité de deux semblables relations s'appelle proportion. Voyez PROPORTION.

RELATION, en termes de Grammaire, est la correspondance que les mots ont les uns avec les autres dans l'ordre de la syntaxe. Voyez SYNTAXE, CONSTRUCTION, et l'article RELATIF.

Les relations irrégulières et mal appliquées, sont des fautes que des écrivains corrects doivent éviter avec soin, parce qu'elles rendent le sens obscur, et souvent même équivoque, comme dans cet exemple : on le reçut avec froideur, qui était d'autant plus étonnante, qu'on l'avait prié instamment de venir, et qu'on l'attendait avec impatience ; car ici le mot froideur étant employé d'une manière indéfinie, le relatif qui ne peut pas avoir avec ce mot une relation juste et régulière. Voyez RELATIF.

RELATION se prend aussi très-souvent pour analogie, ou pour désigner ce qui est commun à plusieurs choses. Voyez ANALOGIE.

En Peinture, en Architecture, etc. c'est une certaine relation des différentes parties et des différents morceaux d'un bâtiment ou d'un tableau qui constitue ce qu'on appelle symétrie. Voyez SYMMETRIE.

RELATION, (Jurisprudence) signifie quelquefois témoignage ou rapport d'un officier public ; comme quand on dit que le notaire en second ne signe les actes qu'à la relation de celui qui reçoit la minute.

Relation signifie aussi quelquefois le rapport et la liaison qu'il y a entre deux termes ou deux clauses, ou deux parties différentes d'un acte. (A)

RELATION historique, (Histoire) les relations historiques instruisent des événements remarquables, tels que les conjurations, les traités de paix, les révolutions, et semblables intérêts particuliers à tout un peuple. C'est-là surtout qu'un historien ne peut, sans se manquer à lui-même, trahir la vérité, parce que le sujet est de son choix ; au lieu que dans une histoire générale, où il faut que les faits suivent l'ordre et le sort des temps, où la chaîne se trouve souvent interrompue par de vastes lacunes (car il y a des vides dans l'histoire, comme des déserts sur la mappe-monde) ; on ne peut souvent présenter que des conjectures à la place des certitudes ; mais comme la plupart des révolutions ont constamment été traitées par des contemporains, que l'esprit de parti met toujours en contradiction, après que la chaleur des factions est tombée, il est possible de rencontrer la vérité au milieu des mensonges opposés qui l'enveloppent, et de faire des relations exactes avec des mémoires infidèles. C'est une observation du chancelier Bacon ; on ne saurait trop orner cet ouvrage des pensées de ce beau génie. (D.J.)

RELATION, s. f. en Musique, c'est le rapport qu'ont entr'eux les deux sons qui forment un intervalle, considéré par l'espèce de cet intervalle. La relation est juste, quand l'intervalle est juste, majeur ou mineur, fausse, quand il est superflu ou diminué. Voyez INTERVALLE.

Parmi les fausses relations, on ne considère généralement comme telles, dans l'harmonie, que celles dont les deux sons ne peuvent entrer dans le même mode. Ainsi le triton, qui en mélodie est une fausse relation, n'en est point une dans l'harmonie, à moins que l'un de ces deux sons ne soit une corde étrangère au mode. Mais la quarte diminuée et les octaves diminuées et superflues qui sont des intervalles bannis de l'harmonie, sont toujours de fausses relations.

Autrefais les fausses relations étaient toutes défendues avec beaucoup de rigueur. Aujourd'hui elles sont presque toutes permises dans la mélodie, mais non dans l'harmonie. On peut pourtant les y faire entrer ; mais il faut qu'un des deux sons qui forment la fausse relation, ne soit admis que comme note de gout, et jamais ils ne doivent entrer tous les deux à la fois dans un même accord.

On appelle encore relation enharmonique, entre deux cordes qui sont à un ton de distance, le rapport qui se trouve entre le dièse de l'inférieure et le bémol de la supérieure. C'est la même touche sur l'orgue et sur le clavecin ; mais en rigueur ce n'est pas le même son ; et il y a entr'eux un intervalle enharmonique. Voyez ENHARMONIQUE. (S)