PHILOSOPHIE DES, (Histoire, Philosophie) Les premières notions que nous avons eues de la religion et de la morale de ces peuples, étaient conformes à l'inattention, à l'inexactitude et à l'ignorance de ceux qui nous les avaient transmises. C'étaient des commerçans qui ne connaissaient guère des opinions des hommes que celles qu'ils ont de la poudre d'or, et qui ne s'étaient pas éloignés de leurs contrées pour savoir ce que des peuples du Gange, de la côte de Coromandel et du Malabar pensaient de la nature et de l'être suprême. Ceux qui ont entrepris les mêmes voyages par le zèle de porter le nom de Jesus-Christ, et d'élever des croix dans les mêmes pays, étaient plus instruits. Pour se faire entendre des peuples, ils ont été forcés d'en apprendre la langue, de connaitre leurs préjugés pour les combattre, de conférer avec leurs prêtres ; et c'est de ces missionnaires que nous tenons le peu de lumières sur lesquelles nous puissions compter : trop heureux si l'enthousiasme dont ils étaient possédés n'a pas altéré, tantôt en bien, tantôt en mal, des choses dont les hommes en général ne s'expliquent qu'avec l'emphase et le mystère.

Les peuples du Malabare sont distribués en tribus ou familles ; ces tribus ou familles forment autant de sectes. Ces sectes animées de l'aversion la plus forte les unes contre les autres, ne se mêlent point. Il y en a quatre principales divisées en 98 familles, parmi lesquelles celle des bramines est la plus considérée. Les bramines se prétendent issus d'un dieu qu'ils appellent Brama, Birama ou Biruma ; le privilege de leur origine c'est d'être regardés par les autres comme plus saints, et de se croire eux-mêmes les prêtres, les philosophes, les docteurs et les sages nés de la nation ; ils étudient et enseignent les sciences naturelles et divines ; ils sont théologiens et médecins. Les idées qu'ils ont de l'homme philosophe ne sont pas trop inexactes, ainsi qu'il parait par la réponse que fit un d'entr'eux à qui l'on demandait ce que c'est qu'un sage. Ses vrais caractères, dit le barbare, sont de mépriser les fausses et vaines joies de la vie ; de s'affranchir de tout ce qui séduit et enchaîne le commun ; de manger quand la faim le presse, sans aucun choix recherché des mets ; de faire de l'être suprême l'objet de sa pensée et de son amour ; de s'en entretenir sans cesse, et de rejeter, comme au-dessous de son application, tout autre sujet, en sorte que sa vie devient une pratique continuelle de la vertu et une seule prière. Si l'on compare ce discours avec ce que nous avons dit des anciens Brachmanes, on en conclura qu'il reste encore parmi ces peuples quelques traces de leur première sagesse.

Les Bramines ne sont point habillés, et ne vivent point comme les autres hommes ; ils sont liés d'une corde qui tourne sur le col, qui passe de leur épaule gauche au côté droit de leur corps, et qui les ceint au-dessus de reins. On donne cette corde aux enfants avec cérémonie. Quant à leur vie, voici comme les Indiens s'en expliquent : ils se lèvent deux heures avant le soleil, ils se baignent dans des eaux sacrées ; ils font une prière : après ces exercices ils passent à d'autres qui ont pour objet la purgation de l'âme ; ils se couvrent de cendres ; ils vaquent à leurs fonctions de théologiens et de ministres des dieux ; ils parent les idoles, ils craignent de toucher à des choses impures ; ils évitent la rencontre d'un autre homme, dont l'approche les souillerait ; ils s'abstiennent de la chair ; ils ne mangent de rien qui ait eu vie : leurs mets et leurs boissons sont purs ; ils veillent rigoureusement sur leurs actions et sur leurs discours. La moitié de leur journée est employée à des occupations saintes, ils donnent le reste à l'instruction des hommes ; ils ne travaillent point des mains : c'est la bienfaisance des peuples et des rois qui les nourrit. Leur fonction principale est de rendre les hommes meilleurs, en les encourageant à l'amour de la religion et à la pratique de la vertu, par leur exemple et leurs exhortations. Le lecteur attentif apercevra une grande conformité entre cette institution et celle des Thérapeutes ; il ne pourra guère s'empêcher, à l'examen des cérémonies égyptiennes et indiennes, de leur soupçonner une même origine ; et s'il se rappelle ce que nous avons dit de Xéxia, de son origine et de ses dogmes, ses conjectures se tourneront presque en certitude ; et reconnaissant dans la langue du malabare une multitude d'expressions grecques, il verra la sagesse parcourir successivement l'Archipel, l'Egypte, l'Afrique, les Indes et toutes les contrées adjacentes.

On peut considérer les Bramines sous deux aspects différents ; l'un relatif au gouvernement civil, l'autre au gouvernement ecclésiastique, comme législateurs ou comme prêtres.

Ce qui concerne la religion est renfermé dans un livre qu'ils appellent le veda, qui n'est qu'entre leurs mains et sur lequel il n'y a qu'un bramine qui puisse sans crime porter l'oeil ou lire. C'est ainsi que cette famille d'imposteurs habiles s'est conservée une grande autorité dans l'état, et un empire absolu sur les consciences. Ce secret est plus ancien.

Il est traité dans le veda de la matière première, des anges, des hommes, de l'âme, des châtiments préparés aux mécans, des récompenses qui attendent les bons, du vice, de la vertu, des mœurs, de la création, de la génération, de la corruption, des crimes, de leur expiation, de la souveraineté, des temples, des dieux, des cérémonies et des sacrifices.

Ce sont les bramines qui sacrifient aux dieux pour le peuple sur lequel on lève un tribut pour l'entretien de ces ministres, à qui les souverains ont encore accordé d'autres privileges.

Des deux sectes principales de religion, l'une s'appelle tchiva samciam, l'autre wistna samciam : chacune a ses divisions, ses sous-divisions, ses tribus et ses familles, et chaque famille ses bramines particuliers.

Il y a encore dans le Malabare deux espèces d'hommes qu'on peut ranger parmi les Philosophes ; ce sont les jogigueles et guanigueles : les premiers ne se mêlent ni des cérémonies ni des rits ; ils vivent dans la solitude ; ils contemplent, ils se macèrent, ils ont abandonné leurs femmes et leurs enfants ; ils regardent ce monde comme une illusion, le rien comme l'état de perfection ; ils y tendent de toute leur force ; ils travaillent du matin au soir à s'abrutir, à ne rien désirer, ne rien haïr, ne rien penser, ne rien sentir ; et lorsqu'ils ont atteint cet état de stupidité complete où le présent, le passé et l'avenir s'est anéanti pour eux ; où il ne leur reste ni peine, ni plaisir, ni crainte, ni espérance ; où ils sont absorbés dans un engourdissement d'ame et de corps profond, où ils ont perdu tout sentiment, tout mouvement, toute idée, alors ils se tiennent pour sages, pour parfaits, pour heureux, pour égaux à Foé, pour voisins de la condition de Dieu.

Ce quiétisme absurde a eu ses sectateurs dans l'Afrique et dans l'Asie ; et il n'est presqu'aucune contrée, aucun peuple religieux où l'on n'en rencontre des vestiges. Par-tout où l'homme sortant de son état se proposera l'être éternel immobile, impassible, inaltérable pour modèle, il faudra qu'il descende au-dessous de la bête. Puisque la nature t'a fait homme, sois homme et non dieu.

La sagesse des guanigueles est mieux entendue ; ils ont en aversion l'idolâtrie ; ils méprisent l'ineptie des jogigueles ; ils s'occupent de la méditation des attributs divins, et c'est à cette spéculation qu'ils passent leur vie.

Au reste, la philosophie des bramines est diversifiée à l'infini ; ils ont parmi eux des stoïciens, des épicuriens : il y en a qui nient l'immortalité, les châtiments et les récompenses à venir, pour qui l'estime des hommes et la leur est l'unique récompense de la vertu ; qui traitent le veda comme une vieille fable ; qui ne recommandent aux autres et ne songent eux-mêmes qu'à jouir de la vie, et qui se moquent du dogme fondamental, le retour périodique des êtres.

Ces impies professent leurs sentiments en secret. Les sectes sont au Malabare aussi intolérantes qu'ailleurs ; et l'indiscrétion a couté plusieurs fois la vie aux bramines épicuriens.

L'athéisme a aussi ses partisans dans le Malabare : on y lit un poème où l'auteur s'est proposé de démontrer qu'il n'y a point de Dieu, que les raisons de son existence sont vaines ; qu'il n'y a aucunes vérités absolues ; que la courte limite de la vie circonscrit le mal et le bien ; que c'est une folie de laisser à ses pieds le bonheur réel pour courir après une félicité chimérique qui ne se conçoit point.

Il n'est pas étonnant qu'il y ait des athées par-tout où il y a des superstitieux : c'est un sophisme qu'on fera par-tout où l'on racontera de la divinité des choses absurdes. Au lieu de dire Dieu n'est pas tel qu'on me le peint, on dira il n'y a point de Dieu.

Les bramines avadontes sont des espèces de gymnosophistes.

Ils ont tous quelques notions de Médecine, d'Astrologie et de Mathématiques : leur médecine n'est qu'un empyrisme. Ils placent la terre au centre du monde, et ils ne conçoivent pas qu'elle put se mouvoir autour du soleil, sans que les eaux des mers déplacées ne se répandissent sur toute sa surface. Ils ont des observations célestes, mais très-imparfaites ; ils prédisent les éclipses, mais les causes qu'ils donnent de ce phénomene sont absurdes. Il y a tant de rapport entre les noms qu'ils ont imposés aux signes du zodiaque, qu'on ne peut douter qu'ils ne les aient empruntés des Grecs ou des Latins. Voici l'abrégé de leur théologie.

Théologie des peuples du Malabare. La substance suprême est l'essence par excellence, l'essence des essences et de tout ; elle est infinie, elle est l'être des êtres. Le veda l'appelle vastou : cet être est invisible ; il n'a point de figure ; il ne peut se mouvoir, on ne peut le comprendre.

Personne ne l'a vu ; il n'est point limité ni par l'espace ni par les temps.

Tout est plein de lui ; c'est lui qui a donné naissance aux choses.

Il est la source de la sagesse, de la science, de la sainteté, de la vérité.

Il est infiniment juste, bon et miséricordieux.

Il a créé tout ce qui est. Il est le conservateur du monde ; il aime à converser parmi les hommes ; il les conduit au bonheur.

On est heureux si on l'aime et si on l'honore.

Il a des noms qui lui sont propres et qui ne peuvent convenir qu'à lui.

Il n'y a ni idole ni image qui puisse le représenter ; on peut seulement figurer ses attributs par des symboles ou emblêmes.

Comment l'adorera-t-on, puisqu'il est incompréhensible ?

Le veda n'ordonne l'adoration que des dieux subalternes.

Il prend part à l'adoration de ces dieux, comme si elle lui était adressée, et il la récompense.

Ce n'est point un germe, quoiqu'il soit le germe de tout. Sa sagesse est infinie ; il est sans tache ; il a un oeil au front ; il est juste ; il est immobile ; il est immuable ; il prend une infinité de formes diverses.

Il n'y a point d'acception devant lui ; sa justice est la même surtout. Il s'annonce de différentes manières, mais il est toujours difficile à deviner.

Nulle science humaine n'atteint à la profondeur de son essence.

Il a tout créé, il conserve tout ; il ordonne le passé, le présent et l'avenir, quoiqu'il soit hors des temps.

C'est le souverain pontife. Il préside en tout et par-tout ; il remplit l'éternité ; il est lui seul éternel.

Il est abimé dans un océan profond et obscur qui le dérobe. On n'approche du lieu qu'il habite que par le repos. Il faut que les sens de l'homme qui le cherche se concentrent en un seul.

Mais il ne se montre jamais plus clairement que dans sa loi et dans les miracles qu'il opère sans cesse à nos yeux.

Celui qui ne le reconnait ni dans la création ni dans la conservation, néglige l'usage de sa raison et ne le verra point ailleurs.

Avant que de s'occuper de l'ordination générale des choses, il prit une forme matérielle ; car l'esprit n'a aucun rapport avec le corps et pour agir sur le corps il faut que l'esprit s'en revêtisse.

Source de tout, germe de tout, principe de tout, il a donc en lui l'essence, la nature, les propriétés, la vertu des deux sexes.

Lorsqu'il eut produit les choses, il sépara les qualités masculines des féminines, qui confondues seraient restées stériles. Voilà les moyens de propagation et de génération dont il se servit.

C'est de la séparation des qualités masculines et féminines, de la génération et de la propagation qu'il a permis que nous fissions trois idoles ou symboles intelligibles qui fussent l'objet de notre adoration.

Nous l'adorons principalement dans nos temples sous la forme des parties de la génération des deux sexes qui s'approchent, et cette image est sacrée.

Il est émané de lui deux autres dieux puissants, le tschiven, qui est mâle : c'est le père de tous les dieux subalternes ; le tschaidi, c'est la mère de toutes les divinités subalternes.

Le tschiven a cinq têtes, entre lesquelles il y en a trois principales, brama, isuren et wistnou.

L'être à cinq têtes est inéfable et incompréhensible ; il s'est manifesté sous ce symbole par condescendance pour notre faiblesse : chacune de ses faces est un symbole de ses attributs relatifs à l'ordination et au gouvernement du monde.

L'être à cinq têtes est le dieu gubernateur ; c'est de lui qu'émane tout le système théologique.

Les choses qu'il a ordonnées retourneront un jour à lui : il est l'abime qui engloutira tout.

Celui qui adore les cinq têtes adore l'être suprême ; elles sont toutes en tout.

Chaque dieu subalterne est mâle, et la déesse subalterne est femelle.

Outre les premiers dieux subalternes, il y en a au-dessous d'eux trois cent trente millions d'autres ; et au-dessous de ceux-ci quarante mille. Ce sont des prophetes que ces derniers, et l'être souverain les a créés prophetes.

Il y a quatorze mondes, sept mondes supérieurs et sept mondes inférieurs.

Ils sont tous infinis en étendue, et ils ont chacun leurs habitants particuliers.

Le padalalogue, ou le monde appelé de ce nom, est le séjour du dieu de la mort, d'émen, c'est l'enfer.

Dans le monde palogue il y a des hommes : ce lieu est un carré oblong.

Le magaloque est la cour de Wistnou.

Les mondes ont une infinité de périodes finies ; la première et la plus ancienne que nous appelons ananden, a duré cent quarante millions d'années ; les autres ont suivi celle-là.

Ces révolutions se succedent et se succéderont pendant des millions innombrables de temps et d'années, d'un dieu à un autre, l'un de ces dieux naissant quand un autre périt.

Toutes ces périodes finies, le temps de l'isuren ou de l'incréé reviendra.

Il y a lune et soleil dans le cinquième monde, anges tutélaires dans le sixième monde ; anges du premier ordre, formateur des nuées dans le septième et le huitième.

Le monde actuel est le père de tous ; tout ce qui y est, est mal.

Le monde est éclos d'un œuf.

Il finira par être embrasé ; ce sera l'effet des rayons du soleil.

Il y a de bons et de mauvais esprits issus des hommes.

L'essence et la nature de l'âme humaine ne sont pas différentes de la nature et de l'essence de l'âme des brutes.

Les corps sont les prisons des âmes ; elles s'en échappent pour passer en d'autres corps ou prisons.

Les âmes émanèrent de Dieu : elles existaient en lui ; elles en ont été chassées pour quelque faute qu'elles expient dans les corps.

Un homme après sa mort peut devenir, par des transmigrations successives, animal, pierre ou même diable.

C'est dans d'autres mondes, c'est dans les vieux que l'âme de l'homme sera heureuse après sa mort.

Ce bonheur à venir s'acquérera par la pratique des bonnes œuvres et l'expiation des mauvaises.

Les mauvaises actions s'expient par les pélerinages, les fêtes, les ablutions et les sacrifices.

L'enfer sera le lieu du châtiment des fautes inexpiées : là les mécants seront tourmentés ; mais il y en a peu dont le tourment soit éternel.

Les âmes des mortels étant répandues dans toutes les substances vivantes, il ne faut ni tuer un être vivant ni s'en nourrir, surtout la vache qui est sainte entre toutes : ses excréments sont sacrés.

Physique des peuples du Malabare. Il y a cinq éléments ; l'air, l'eau, le feu, la terre et l'agachum, ou l'espace qui est entre notre athmosphère et le ciel.

Il y a trois principes de mort et de corruption, anoubum, maguei et ramium ; ils naissent tous trois de l'union de l'âme et du corps ; anoubum est l'enveloppe de l'âme, ramium la passion, maguei l'imagination.

Les êtres vivants peuvent se ranger sous cinq classes, les végétants, ceux qui vivent, ceux qui veulent, les sages et les heureux.

Il y a trois tempéraments ; le mélancholique, le sanguin, le phlegmatique.

Le mélancholique fait les hommes ou sages, ou modestes, ou durs, ou bons.

Le sanguin fait les hommes ou pénitens, ou tempérants, ou vertueux.

Le phlegmatique fait les hommes ou impurs, ou fourbes, ou mécans, ou menteurs, ou paresseux, ou tristes.

C'est le mouvement du soleil autour d'une grande montagne qui est la cause du jour et de la nuit.

La transmutation des métaux en or est possible.

Il y a des jours heureux et des jours malheureux ; il faut les connaitre pour ne rien entreprendre sous de mauvais présages.

Morale des peuples du Malabare. Ce que nous allons en exposer est extrait d'un ouvrage attribué à un bramine célèbre appelé Barthrouherri. On dit de ce philosophe que, né d'un père bramine, il épousa, contre la loi de sa secte, des femmes de toute espèce ; que son père au lit de la mort jetant sur lui des regards pleins d'amertume, lui reprocha que par cette conduite irrégulière il s'était exclu du ciel tant que ses femmes et les enfants qu'il avait eus d'elles, et les enfants qu'ils auraient existeraient dans le monde ; que Barthrouherri touché renvoya ses femmes, prit un habit de réforme, étudia, fit des pélerinages, et s'acquit la plus grande considération. Il disait :

La vie de l'homme est une bulle, cependant l'homme s'abaisse devant les grands ; il se corrompt dans leurs cours ; il loue leurs forfaits, il les perd, il se perd lui-même.

Tandis que l'homme pervers vieillit et décrait, sa perversité se renouvelle et s'accrait.

Quelque durée qu'on accorde aux choses de ce monde, elles finiront, elles nous échapperont, et laisseront notre âme pleine de douleur et d'amertume ; il faut y renoncer de bonne heure. Si elles étaient éternelles en soi-même, on pourrait s'y attacher, sans exposer son repos.

Il n'y a que ceux que le ciel a daigné éclairer, qui s'élèvent vraiment au-dessus des passions et des richesses.

Les dieux ont dédommagé les sages des horreurs de la prison où ils les retiennent, en leur accordant les biens de cette vie ; mais ils y sont peu attachés.

Les craintes attaquent l'homme de toutes parts ; il n'y a de repos et de sécurité que pour celui qui marche dans les voies de Dieu.

Tout finit. Nous voyons la fin de tout ; et nous vivons comme si rien ne devait nous manquer.

Le désir est un fil ; souffre qu'il se rompe ; mets ta confiance en Dieu, et tu seras sauvé.

Soumets-toi avec respect à la loi du temps qui n'épargne rien. Pourquoi poursuivre ces choses dont la possession est si incertaine ?

Si tu te laisses captiver par les biens qui t'environnent, tu seras tourmenté. Cherche Dieu ; tu n'auras pas approché de lui, que tu mépriseras le reste.

Ame de l'homme, Dieu est en toi, et tu cours après autre chose !

Il faut s'assurer du vrai bonheur avant la vieillesse et la maladie. Différer, c'est imiter celui qui creuserait un puits, pour en tirer de l'eau, lorsque le feu consumerait le toit de la maison.

Laisse-là toutes ces pensées vaines qui t'attachent à la terre ; méprise toute cette science qui t'élève à tes yeux et aux yeux des autres ; quelle ressource y trouveras-tu au dernier moment ?

La terre est le lit du sage ; le ciel le couvre ; le vent le rafraichit ; le soleil l'éclaire ; celle qu'il aime est dans son cœur ; que le souverain, le plus puissant du monde a-t-il de préférable ?

On ne fait entendre la raison ni à l'imbécille ni à l'homme irrité.

L'homme qui sait peu se taira, s'il est assis parmi les sages ; son silence dérobera son ineptitude, et on le prendra pour un d'entr'eux.

La richesse de l'âme est à l'abri des voleurs. Plus on la communique, plus on l'augmente.

Rien ne pare tant un homme, qu'un discours sage.

Il ne faut point de cuirasse à celui qui sait supporter une injure. L'homme qui s'irrite n'a pas besoin d'un autre ennemi.

Celui qui conversera avec les hommes, en deviendra meilleur.

Le prince imitera les femmes de mauvaise vie ; il simulera beaucoup ; il dira la vérité aux bons ; il mentira aux mécants ; il se montrera tantôt humain, tantôt féroce ; il fera le bien dans un moment, le mal dans un autre ; alternativement économe et dissipateur.

Il n'arrive à l'homme que ce qui lui est envoyé de Birama.

Le mécant interprête mal tout.

Celui qui se lie avec les mécans, loue les enfants d'iniquitté, manque à ses devoirs, court après la fortune, perd sa candeur, méprise la vertu, n'a jamais le repos.

L'homme de bien conforme sa conduite à la droite raison, ne consent point au mal, se montre grand dans l'adversité, et se plait à vivre, quel que soit son destin.

Dormez dans un désert, au milieu des flots, entre les traits des ennemis, au fond d'une vallée, au sommet d'une montagne, dans l'ombre d'une forêt, exposé dans une plaine, si vous êtes un homme de bien, il n'y a point de péril pour vous.