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Catégorie parente: Science
Catégorie : Métaphysique
S. f. (Métaphysique) l'industrie prise dans un sens métaphysique, est, suivant M. Quesnay, qui me fournira cet article, une faculté de l'âme, dont l'objet roule sur les productions et les opérations mécaniques ; qui sont le fruit de l'invention, et non pas simplement de l'imitation, de l'adresse et de la routine, comme dans les ouvrages ordinaires des artisans.

Quoique l'industrie soit fille de l'invention, elle diffère du goût et du génie. Le sentiment exquis des beautés et des défauts dans les arts, constitue le gout. La vivacité des sentiments, la grandeur et la force de l'imagination, l'activité de la conception, font le génie. L'imagination tranquille et étendue, la pénétration aisée, la conception prompte, donnent l'industrie. Ceux qui sont fort industrieux, n'ont pas toujours un goût sur, ni un génie élevé. Je dis plus, des génies ordinaires, des génies peu propres à rechercher, à découvrir, à saisir des idées abstraites, peuvent avoir beaucoup d'industrie.

Ces trois facultés ne portent pas sur le même objet. Le goût discerne les choses qui doivent exciter des sensations agréables. Le génie, par ses productions admirables, fournit des sensations piquantes et imprévues ; mais ces sortes de sensations, que font naître le génie ou le gout, ne sont point l'objet de l'industrie. Elle ne tend qu'à découvrir, à expliquer, à représenter les opérations mécaniques de la nature, à trouver des machines utiles, ou à en inventer de curieuses et d'intéressantes par le merveilleux qu'elles présenteront à l'esprit.

Les facultés du gout, du génie et de l'industrie exigent aussi divers genres de sciences pour en perfectionner l'exercice. Le goût se fortifie par l'habitude, par les réflexions, par l'esprit philosophique, par le commerce des gens de gout. Quoique le génie soit un pur don de la nature, il s'étend par la connaissance des sujets qu'il peut peindre, des beautés dont il peut les embellir, des caractères, des passions qu'il veut exprimer ; tout ce qui excite le mouvement des esprits, favorise, provoque et échauffe le génie. L'industrie doit être dirigée par la science des propriétés de la matière, des lois des mouvements simples et composés, des facilités et des difficultés que les corps qui agissent les uns sur les autres peuvent apporter dans la communication de ces mouvements. L'industrie est l'ouvrage d'un goût particulier décidé pour la mécanique, et quelquefois de l'étude et du temps. Presque toutes les différentes lumières de l'industrie sont bornées à des perceptions sensibles, et aux facultés animales. (D.J.)

INDUSTRIE, (Droit polit. et Commerce) ce mot signifie deux choses, ou le simple travail des mains, ou les inventions de l'esprit en machines utiles, relativement aux arts et aux métiers ; l'industrie renferme tantôt l'une, tantôt l'autre de ces deux choses, et souvent les réunit toutes les deux.

Elle se porte à la culture des terres, aux manufactures, et aux arts ; elle fertilise tout, et répand par-tout l'abondance et la vie : comme les nations destructrices font des maux qui durent plus qu'elles, les nations industrieuses font des biens qui ne finissent pas même avec elles.

En Amérique, la terre y produit naturellement beaucoup de fruits dont on se nourrit ; si on laissait en Europe la terre inculte, il n'y viendrait guère que des forêts, des chênes, des pins, et autres arbres stériles. Ainsi pour faire valoir la terre en Europe, il y fallait beaucoup de travaux, d'industrie, et de connaissances ; car l'on voit toujours marcher d'un pas égal les besoins, l'industrie, et les connaissances. C'est pourquoi dans les états européens, l'on doit extrêmement protéger, récompenser les laboureurs, et les hommes utilement industrieux. La raison en est évidente ; tout accroissement dans la culture, et toute industrie, multiplie les denrées, les marchandises, et attire dans l'état l'argent qui est le signe de leurs évaluations.

C'est une vérité usée qu'il est presque honteux de répéter ; mais dans certains pays, il y a des gens qui éludent les expédiens qu'on leur donne pour la faire fructifier, et sacrifient constamment les principes de cette espèce, aux préjugés qui les dominent. Ils ignorent que les gênes imposées à l'industrie, la détruisent entièrement ; et qu'au contraire, les efforts de l'industrie qu'on encourage, la font prospérer merveilleusement par l'émulation et le profit qui en résulte. Bien loin de mettre des impôts sur l'industrie, il faut donner des gratifications à ceux qui auront le mieux cultivé leurs champs, et aux ouvriers qui auront porté le plus loin le mérite de leurs ouvrages. Personne n'ignore combien cette pratique a réussi dans les trois royaumes de la grande Bretagne. On a établi de nos jours par cette seule voie en Irlande, une des plus importantes manufactures de toiles qui soit en Europe.

Comme la consommation des marchandises augmente par le bon marché du prix de la main-d'œuvre, l'industrie influe sur le prix de cette main-d'œuvre, toutes les fois qu'elle peut diminuer le travail, ou le nombre des mains employées. Tel est l'effet des moulins à eau, des moulins à vent, des métiers, et de tant d'autres machines, fruits d'une industrie précieuse. On en peut citer pour exemple les machines inventées par M. de Vaucanson, celle à mouliner les soies connue en Angleterre depuis vingt ans, les moulins à scier les planches, par lesquels sous l'inspection d'un seul homme, et le moyen d'un seul axe, on travaille dans une heure de vent favorable, jusqu'à quatre-vingt planches de trois taises de long ; les métiers de rubans à plusieurs navettes, ont encore mille avantages ; mais toutes ces choses sont si connues, qu'il est inutile de nous y étendre. M. Melon a dit très-bien, que faire avec un homme, par le secours des machines de l'industrie, ce qu'on ferait sans elles avec deux ou trois hommes, c'est doubler, ou tripler le nombre des citoyens.

Les occasions d'emploi pour les manufacturiers, ne connaissent des bornes que celles de la consommation ; la consommation n'en reçoit que du prix du travail. Donc la nation qui possédera la main-d'œuvre au meilleur marché, et dont les négociants se contenteront du gain le plus modéré, fera le commerce le plus lucratif, toutes circonstances égales. Tel est le pouvoir de l'industrie, lors qu'en même temps les voies du commerce intérieur et extérieur sont libres. Alors elle fait ouvrir à la consommation des marchés nouveaux, et forcer même l'entrée de ceux qui lui sont fermés.

Qu'on ne vienne plus objecter contre l'utilité des inventions de l'industrie, que toute machine qui diminue la main-d'œuvre de moitié, ôte à l'instant à la moitié des ouvriers du métier, les moyens de subsister ; que les ouvriers sans emploi deviendront plutôt des mendiants à charge à l'état, que d'apprendre un autre metier ; que la consommation a des bornes ; de sorte qu'en la supposant même augmentée du double, par la ressource que nous vantons tant, elle diminuera dès que l'étranger se sera procuré des machines pareilles aux nôtres ; enfin, qu'il ne restera au pays inventeur aucun avantage de ses inventions d'industrie.

Le caractère de pareilles objections est d'être dénuées de bons sens et de lumières ; elles ressemblent à celles que les bateliers de la Tamise alléguaient contre la construction du pont de Westminster. N'ont-ils pas trouvé ces bateliers de quoi s'occuper, tandis que la construction du pont dont il s'agit, répandait de nouvelles commodités dans la ville de Londres ? Ne vaut-il pas mieux prévenir l'industrie des autres peuples à se servir des machines, que d'attendre qu'ils nous forcent à en adopter l'usage, pour nous conserver la concurrence dans les mêmes marchés ? Le profit le plus sur sera toujours pour la nation qui aura été la première industrieuse ; et toutes choses égales, la nation dont l'industrie sera la plus libre, sera la plus industrieuse.

Nous ne voulons pas néanmoins désapprouver le soin qu'on aura dans un gouvernement de préparer avec quelque prudence l'usage des machines industrieuses, capables de faire subitement un trop grand tort dans les professions qui emploient les hommes ; cependant cette prudence même n'est nécessaire que dans l'état de gêne, premier vice qu'il faut commencer par détruire. D'ailleurs, soit découragement d'invention, soit progrès dans les arts, l'industrie semble être parvenue au point, que ses gradations sont aujourd'hui très-douces, et ses secousses violentes fort peu à craindre.

Enfin nous concluons qu'on ne saurait trop protéger l'industrie, si l'on considère jusqu'où ses revenus peuvent se porter pour le bien commun dans tous les arts libéraux et mécaniques, témoin les avantages qu'en retirent la Peinture, la Gravure, la Sculpture, l'Imprimerie, l'Horlogerie, l'Orfèvrerie, les manufactures en fil, en laine, en soie, en or, en argent ; en un mot, tous les métiers et toutes les professions. (D.J.)



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